mercredi 25 novembre 2020
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La fiction pour rire, malgré la réalité

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Pour sa 17ème saison, à cheval sur 2020 et 2021, Tout l’Art du Cinéma tente de nous faire oublier la morosité ambiante avec des œuvres qui veulent nous réconcilier avec la vie.

Vincent Vatrican, directeur de l’Institut audiovisuel de Monaco, nous présente le programme cet événement.

«Pour cette nouvelle édition, nous avons voulu proposer quelque chose d’enjoué, de léger, de chantant. L’an dernier, le Covid-19 a tout bousculé, et a même entraîné l’arrêt brutal de la programmation. Il nous a poussés à changer nos plans, et cette 17ème saison se veut une réponse cinématographique à un contexte compliqué. » Vincent Vatrican, directeur de l’Institut audiovisuel de Monaco, a présenté le 24 septembre 2020 la nouvelle programmation de Tout l’Art du Cinéma, événement sur plusieurs mois qui regroupe des projections de films d’archive, de patrimoine et d’art et d’essai. Une nouvelle édition qui a été conçue avec la crise sanitaire en tête et se révèle sous un autre jour, alors que les restrictions de déplacement se multiplient un peu partout, que les quotidiens changent, et que la vie se veut un peu plus dure, un peu moins gaie, un peu moins drôle tous les jours. « Notre ambition a été de construire une programmation positive, un moment de détente pour les spectateurs. Cela n’empêche pas les films d’évoquer des thématiques difficiles, mais on sort des séances d’avantage rasséréné que d’ordinaire. » Alors, que voir pendant ces quelques mois de séances de cinéma pour échapper, le temps d’un film, aux actualités estampillées Covid-19 ? L’un des meilleurs antidotes à la morosité du moment nous a été proposé par Howard Hawks, avec Chérie, je me sens rajeunir (1952). Dans cette œuvre datant de 1952, un savant lunatique parvient à mettre au point un sérum susceptible de rendre à chacun sa jeunesse, et provoque une cascade de situations qui pousse toujours plus loin les frontières de l’absurde et du burlesque. « Nous trouvions amusant, par les temps qui courent, d’évoquer l’idée d’un sérum magique, qui permettrait de revenir à des temps plus agréables, sourit Vincent Vatrican. Néanmoins, le film apporte aussi une critique de ce genre d’état d’esprit. »

La crise est finie

Début novembre 2020, on remarquera aussi un film de 1934, dont le titre constitue une belle promesse au regard du contexte actuel : La crise est finie (1934), de Robert Siodmak. « C’est vrai, on pourrait voir ce titre comme une injonction, même s’il ne s’agit pas de la même crise bien évidemment. J’aime assez l’idée de la nécessité d’un “shoot” de bonheur, comme on peut le voir dans ce film, grâce à une troupe de théâtre de province qui monte à Paris en pleine crise sociale et politique. » Et de grands classiques, à voir et à revoir : Fellini Roma (1972) de Federico Fellini, Edward aux mains d’argent (1990) de Tim Burton, Les demoiselles de Rochefort (1966) de Jacques Demy, My Fair Lady (1964) de George Cukor, ou encore Broadway Danny Rose (1984) de Woody Allen. Autant d’œuvres qui mêlent bonne humeur, situations burlesques, élégance et petits bonheurs de la vie pour, une nouvelle fois, dépasser la réalité grâce à la fiction. « Si je devais choisir des coups de cœur dans cette programmation, je citerais d’abord Fellini Roma, qui date de 1972, reprend Vincent Vatrican. Dans cette œuvre, Fellini tourne un film sur une ville qu’il connaît mieux que personne, mêle les prises de vue réelles et les reconstitutions, et fait voyager les spectateurs. Le résultat, c’est un film un peu fou, baroque, stupéfiant, dans lequel on rit beaucoup. J’ai aussi envie de citer 12h08 à l’est de Bucarest. Avec son histoire de témoignages rapportés au cours d’une émission sur la révolution en Roumanie, il montre que l’on peut être drôle, alors que l’on parle d’un sujet terrible. »

Un cinéma qui infuse la vie

Pourtant, à la base, la programmation de cette 17ème édition de Tout l’Art du Cinéma avait été pensée pour flirter avec l’horreur et le fantastique, pour montrer comment le cinéma, empruntant la figure du monstre à la littérature, au roman ou à la fable, l’a transposée, réinventée, pour libérer les peurs et les névroses de nos sociétés, souligner la teneur éthique, politique ou religieuse qu’elle véhicule à travers les âges. Ce qui explique, d’ailleurs, la présence de plusieurs monstres du cinéma : Edward aux mains d’argent dans sa version fable, Nosferatu (1922) dans sa dimension plus noire… Aujourd’hui, le cinéma présenté dans cette programmation infuse la vie, plus qu’il ne cherche à faire peur ou à surprendre. Une question de perspective, sans doute. « Après tout, nous sommes tous, en ce moment, les acteurs vivants d’un film fantastique, digne de David Cronenberg ou de John Carpenter ! », s’amuse ainsi Vincent Vatrican. Notons, enfin, que les amoureux de la principauté pourront profiter, avant chaque séance, de l’instantané Monaco en films. L’occasion de voir, ou de revoir, les passages du Rocher sur le grand écran, dans des œuvres diverses et variées — dont Trente et quarante (1945), de Gilles Grangier, programmée pour mai 2021 au théâtre des Variétés. « Cette capsule, c’est l’occasion de montrer notre quotidien, explique Vincent Vatrican. Repérer, classer, mettre en valeur des éléments, pour construire les archives de la principauté. Avec elle, et avec Tout l’Art du Cinéma, nous faisons tout pour partager cette mémoire cinématographique. »

La programmation Tout l’Art du Cinéma 2020-2021

  • Chérie, je me sens rajeunir, de Howard Hawks (1952)

Le jeudi 24 septembre à 20 heures, au théâtre princesse Grace

  • Méditerranée, de Jean-Daniel Pollet (1963) et Godard Sollers, de Jean-Paul Fargier (1984)

Le mardi 6 octobre à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Nosferatu, de Friedrich W. Murnau (1922)

Le mercredi 21 octobre à 20 heures, à la salle Garnier

  • L’amour c’est gai, l’amour c’est triste, de Jean-Daniel Pollet (1968)

Le mardi 27 octobre à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • La crise est finie, de Robert Siodmak (1934)

Le mardi 3 novembre à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Fellini Roma, de Federico Fellini (1972)

Le mardi 10 novembre à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Let’s get lost, de Bruce Weber (1988)

Le lundi 16 novembre à 20 heures 30, à la salle Garnier

  • Gosses de Tokyo, de Yasujiro Ozu (1932)

Le mardi 1er décembre à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Edward aux mains d’argent, de Tim Burton (1990)

Le mardi 15 décembre à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Les demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy (1966)

Le dimanche 20 décembre à 11 heures, au Grimaldi Forum Monaco

  • Bienvenue Mr. Marshall, de Luis Garcia Berlanga (1953)

Le mardi 12 janvier 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • La douleur, d’Emmanuel Finkiel (2017)

Le mardi 19 janvier 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Pas sur la bouche, d’Alain Resnais (2003)

Le mardi 26 janvier 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Le carrosse d’or, de Jean Renoir (1952)

Le mardi 2 février 2021 à 20 heures, au théâtre princesse Grace

  • Mafioso, d’Alberto Lattuada (1962)

Le mardi 9 février 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • 12h08 à l’est de Bucarest, de Corneliu Poromboiu (2006)

Le mardi 16 février 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • La soupe au canard, de Leo McCarey (1933)

Le mardi 23 février 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • L’inconnu de Collegno, de Maïder Fortuné (2018)

Le mardi 9 mars 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Les chansons d’amour, de Christophe Honoré (2007)

Le mardi 16 mars 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • It must be heaven, d’Elia Suleiman (2019)

Le mardi 23 mars 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Touche pas à la femme blanche, de Marco Ferreri (1973)

Le mardi 6 avril 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • My fair lady, de George Cukor (1964)

Le dimanche 11 avril 2021 à 15 heures, au cinéma de Beaulieu

  • Vingt et une nuits avec Pattie, de A. et J.-M. Larrieu (2015)

Le mardi 20 avril 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Trente et quarante, de Gilles Grangier (1945)

Le mardi 11 mai 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Alouettes, le fil à la patte, de Jiri Menzel (1969)

Le mardi 25 mai 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Tueurs de dames, d’A. Mackendrick (1955)

Le mardi 1er juin 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Broadway Danny Rose, de Woody Allen (1984)

Le mardi 15 juin 2021 à 20 heures, au théâtre des Variétés

  • Ciné-conférence : le palais en images

En partenariat avec les archives du palais de Monaco.

Tarifs : place à 6 euros la séance pour les 21 projections organisées au théâtre des Variétés. 3 euros pour les étudiants et les moins de 21 ans. Abonnement 8 séances à 40 euros. Plus d’informations auprès de l’Institut audiovisuel de Monaco : 97 98 43 26 ou sur toutlartducinema.mc.

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