dimanche 17 octobre 2021
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Culture Sélection de septembre 2021

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

Luca

D’Enrico Casarosa

Ligurie. Ces dernières années, Pixar nous a habitués à produire des dessins-animés de grande qualité. Luca ne déroge pas à cette règle. L’histoire se déroule dans les années 1950-60, pas très loin de Monaco, dans la région des Cinque Terre, sur la Riviera italienne. Savamment travaillés, les décors sont superbes. Luca est un aqua-môme : au contact de l’eau, il se transforme en une sorte de poisson. Quand il en sort, il reprend une forme humaine. Passionné de Vespa, il nourrit aussi beaucoup de curiosité pour un port, situé non loin de chez lui. Ses parents lui ont défendu de s’en approcher, mais, bien sûr, il ne les écoute pas. Pour son premier long-métrage d’animation, Enrico Casarosa nous emmène en Ligurie, où il a grandi, tout en glissant quelques références au cinéma italien. Et c’est superbe.

Luca d’Enrico Casarosa, avec Aloïs Le Labourier Tiêu, Matt Mouredon, Juliette Davis (USA, 2021, 1h36), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 24,99 euros (édition spéciale Fnac Steelbook Blu-ray).

Nomadland

De Chloé Zhao

“Van dwellers”. Dans le film de la réalisatrice Chloé Zhao, c’est indiscutablement la performance de Frances McDormand qui emporte tout sur son passage. Lion d’or à Venise et lauréat aux Golden Globes, Nomadland a été récompensé par trois Oscars. Chloé Zhao évoque les “van dwellers”, ces voyageurs qui vivent dans leur caravane et travaillent épisodiquement dans les villes qu’ils traversent. Frances McDormand, qui produit aussi Nomadland, joue le rôle d’une femme désargentée après le décès de son mari. Elle décide alors de partir au volant de son vieux van pour un périple sans but précis, mais qui la met au contact de routards avec lesquels elle tisse des liens. Ce film fonctionne sur une économie des dialogues savamment orchestrée, mais aussi sur des paysages superbes. Et, bien sûr, sur une Frances McDormand très émouvante.

Nomadland de Chloé Zhao, avec Frances McDormand, David Strathairn, Gay DeForest (USA, 2021, 1h48), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray). Sortie le 15 octobre 2021.

Freaky

De Christopher Landon

“Slasher”. Suite à une rencontre avec le Boucher, un affreux tueur en série, Millie Kessler, 17 ans, se retrouve bloquée dans le corps de son agresseur. Désormais, elle n’a que 24 heures pour essayer d’en sortir. Le “slasher movie”, c’est-à-dire le film d’épouvante construit autour de tueurs en série, n’en finit pas de se réinventer. Après Scream (1996) imaginé par Wes Craven qui a donné lieu à cinq films, dont le prochain est prévu pour 2022, voici Freaky. Le décalage créé par cette inversion de corps fonctionne à merveille. La jeune fille (Kathryn Newton) devenue d’une grande cruauté, contraste avec le tueur (Vince Vaughn) aussi grand et massif, transformé en un être timide et féminin. Si le registre horrifique reste très convenu, l’humour que dégage Freaky est totalement jubilatoire.

Freaky de Christopher Landon, avec Vince Vaughn, Kathryn Newton, Celeste O’Connor (USA, 2021, 1h42), 14,99 euros (DVD), 16,99 euros (Blu-ray). Sortie le 20 octobre 2021.

Sans un bruit 2

De John Krasinski

Hors-champ. Voici le second volet des aventures de la famille Abbott. Après le très réussi Sans un bruit (2018), John Krasinski est de retour avec ses Aliens aveugles qui tuent au moindre bruit. Cette fois, on suit la mère de cette famille américaine, Evelyn (Emily Blunt), à la recherche d’un abri. Après un prologue qui explique comment les Abbott en sont arrivés là, on plonge dans l’exploration d’un territoire hostile. Pour faire sursauter le public, ce récit post-apocalyptique joue bien évidemment avec sa bande-son. Donc, visionner ce film sans un équipement home-cinéma en 5.1 lui ôte une bonne partie de son efficacité. Mais Sans un bruit 2 joue aussi beaucoup avec le hors-champ, puisque c’est dans cette zone que restent tapis les monstres, toujours prêts à surgir. Et c’est sans doute ça le plus effrayant.

Sans un bruit 2 de John Krasinski, avec Emily Blunt, John Krasinski, Cillian Murphy (USA, 2021, 1h37), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray), 34,99 euros (édition limitée steelbook Blu-ray 4K Ultra HD). Sortie le 27 octobre 2021.

Un corps à soi

De Camille Froidevaux-Metterie

Réflexion. Dans Un corps à soi, la philosophe Camille Froidevaux-Metterie se questionne sur le corps des femmes et sur les raisons qui font qu’aujourd’hui encore, trop souvent, on le conçoit comme un objet d’aliénation. Érostisme, possible fonction maternelle, ou encore supposée faiblesse, le corps de la femme a régulièrement été limité à cela, ce qui a permis d’asseoir la domination masculine. Il est donc grand temps que les femmes se lancent dans une réappropriation de soi par leurs corps, afin de se recentrer sur ce qui fait leur force, et non leur faiblesse. Camille Froidevaux-Metterie évoque aussi les corps féminins sous le prisme des différentes étapes qu’il traverse au cours d’une vie. Après La Révolution du féminin (Gallimard, 2015) et Le Corps des femmes. La bataille de l’intime (Philosophie Magazine Editeur, 2018), Un corps à soi prolonge cette passionnante et nécessaire réflexion.

Un corps à soi de Camille Froidevaux-Metterie (Seuil), 352 pages, 23 euros (format papier), 17 euros (format numérique).

Et tes parents, ils font quoi ?

d’Adrien Naselli

« Transfuge ». Dans ce livre qui est une enquête réalisée à partir d’entretiens croisés, le journaliste Adrien Naselli évoque le « transfuge de classe ». Cette expression évoque celles et ceux qui, grâce à l’école et à leurs diplômes, ont changé de classe sociale, et ont quitté le milieu social dans lequel ils ont grandi. Pour traiter ce sujet, Adrien Naselli, a interrogé quinze parents. Et il n’oublie pas les siens. Lui qui est fils d’un chauffeur de bus et d’une secrétaire, a intégré l’École normale supérieure, puis le centre de formation des journalistes (CFJ). Les parents questionnés ne se mettent pas en avant. Tout juste évoquent-ils les sacrifices qu’ils ont consentis pour aider à la réussite scolaire de leurs enfants. On note aussi souvent la présence d’une mère forte, très impliquée. Tout le monde fait de son mieux. Même les parents qui ne savaient ni lire, ni écrire se sont organisés pour suivre les devoirs de près. Avec réussite.

Et tes parents, ils font quoi ? d’Adrien Naselli (éditions JC Lattès), 288 pages, 19 euros (format papier), 13,99 euros (format numérique).

Dans la maison rêvée

de Carmen Maria Machado

Lesbiennes. Née en 1986, l’écrivaine américaine Carmen Maria Machado se raconte et évoque les dessous d’une relation toxique. Dans la maison rêvée est le second livre de cet auteur traduit en français, après son recueil de nouvelles Son corps et autres célébrations (L’Olivier, 2019). Carmen Maria Machado raconte les violences qu’une autre femme lui a imposées. Cette femme était alors déjà en couple avec une autre femme, qu’elle finira par quitter pour Carmen Maria Machado. Mais, au fil du temps, leur liaison se tend, pour se teinter de jalousie, d’humiliations, puis de violences. Dans la maison rêvée apparaît comme une thérapie, qui permet à la narratrice de mettre des mots sur cette difficile expérience, et sur les violences lesbiennes, un sujet encore trop peu traité.

Dans la maison rêvée de Carmen Maria Machado, traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Cohen (Christian Bourgois), 374 pages, 22,50 euros (format papier), 15 euros (format numérique).

Moon River

De Fabcaro

Joue. Depuis le succès rencontré par Zaï Zaï Zaï Zaï (6 Pieds sous terre, 2015), on n’arrête plus Fabcaro. Il multiplie les projets : dessinateur de BD bien sûr, scénariste aussi, et même le cinéma, où il a bénéficié d’adaptations, notamment avec Le Discours (2020) de Laurent Tirard. Avec Moon River, Fabcaro multiplie les genres et s’offre ainsi une inégalable liberté qui l’autorise à (à peu près) tous les délires et tous les excès. La preuve : à Hollywood, dans les années 1950, lors d’un tournage, l’immense actrice Betty Pennyway se réveille avec un sexe d’homme dessiné sur sa joue. L’émoi est total. Le lieutenant Baxter enquête et tente de comprendre les motivations de cet acte odieux. Le tournage est montré dans un format horizontal cinémascope, l’enquête se déroule en bichromie bleue et noire, et les moments autobiographiques sont en vert olive et noir. Et le tout est aussi drôle que totalement déjanté.

Moon River, de Fabcaro (6 Pieds sous terre), 80 pages, 16 euros.

Le sens de la vie et ses frères

d’Éric Veillé

Absurde. Parue en 2008, la première édition du Sens de la vie et ses frères était épuisée un peu partout. Les éditions Cornélius ont donc eu l’excellente idée de proposer une nouvelle édition cartonnée et toilée de cette BD, dont on rappelle ici le fondement : « Le 25 juin 2005, lassé d’attendre que son pantalon se défroisse, Éric Veillé décide de partir à la recherche du sens de la vie. Equipé d’un carnet à dessin et d’une paire de lunettes, il mène sa quête entre Pornic et Le Pouliguen. » Environ 80 “strips” sont réunis dans cette BD indispensable, qui mêle un humour absurde, décalé et sensible à un surréalisme assumé. Des idées étonnantes se superposent sur des saynètes empruntées à la banalité du quotidien. Elles parviennent à rendre cette banalité signifiante, et même captivante. Résultat, Le sens de la vie et ses frères est aussi surprenant qu’amusant. Il faut donc se ruer sur cette deuxième édition, avant qu’elle ne disparaisse à son tour.

Le sens de la vie et ses frères d’Éric Veillé (Cornélius), 160 pages, 17,50 euros.

Happier Than Ever

Billie Eilish

Humeur. À seulement 19 ans, c’est le deuxième album studio qu’a livré pendant cet été 2021 Billie Eilish. Après le très bon When We Fall Asleep, Where Do We Go ? (2019), voici Happier Than Ever. On retrouve le timbre de voix doux et fragile de Billie Eilish et son électro aussi minimaliste qu’irrésitible. Le titre Oxytocin en est l’exemple parfait. Une seule écoute suffit pour séduire. Les 16 titres de Happier Than Ever sont portés par des changements d’humeur. Comme sur son premier album, Billie Eilish a de nouveau travaillé avec son frère, Finneas O’Connell, qui est à la fois musicien et producteur. Cette fois, les ambiances sont beaucoup plus variées. De la beauté tranquille de Your Power, au calme s’échouant dans un mur de guitares de Happier Than Ever, ce disque est un compagnon indispensable pour aborder cette fin d’année 2021 en excellente compagnie.

Happier Than Ever, Billie Eilish (Darkroom/Interscope Records/Universal), 15,99 euros (CD), 34,99 euros (vinyle, édition limitée Fnac).

Body Electric (EP)

Ultra Sunn

Dance floor. Composé de Gaëlle Souflet et de Samuel Hugé, le duo belge Ultra Sunn vient de sortir un second “Extended play” (EP). Night is Mine (2019), leur premier EP, leur avait permis de se faire remarquer. Body Electric devrait asseoir un peu plus leur notoriété. Les six titres de ce nouveau disque sont aussi sombres que dansants. Entre cold wave et EBM, Body Electric a été construit en studio avec des machines analogiques. Créé en 2019 à Bruxelles, Ultra Sunn sait viser juste. Le titre Young Foxes et son clip tourné au fin fond d’une forêt par Gaëlle Souflet et Samuel Hugé, est aussi dansant qu’obsédant. Rythmé avec talent, Body Electric est une invitation à investir le dance floor le plus proche.

Body Electric (EP), Ultra Sunn (Cold Transmission Music), 8 euros (album numérique sur Bandcamp), 12 euros (CD), 20 euros vinyle.

Couleur Chaos

Yan Wagner

Fils. Depuis 2012 et This Never Happened, on était presque sans nouvelles de Yan Wagner. Ces derniers mois, on se souvient tout de même de l’excellent titre 1978 que Thylacine a composé pour la série OVNI(s) diffusée sur Canal+, et sur lequel Yan Wagner a posé sa voix. Après des débuts très remarqués avec Forty Height Hours (2012), marqué par un son électronique et froid, Yan Wagner délaisse l’anglais pour chanter (en partie) en français. Le titre de ce nouveau disque a été inspiré par son fils, qui lui aurait dit, en lui montrant un bleu qu’il venait de se faire : « Regarde, c’est encore couleur chaos, là. » La voix toujours aussi grave et profonde de Yan Wagner vient servir une pop très 80’s, teintée de disco et de funk, notamment sur le très bon Brexit. Sur Take It All, Yan Wagner nous offre une balade lumineuse et aérienne, à laquelle il vous sera difficile de résister.

Couleur Chaos, Yan Wagner (Yotanka/PIAS), 9 euros (album numérique sur Bandcamp), 13 euros (CD), 20 euros (vinyle).

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