samedi 22 janvier 2022
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Hélène Cixous
La littérature pour terre d’asile

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Hélène Cixous affiche une carrière d’une grande richesse, qui puise à la fois dans ses racines familiales, dans ses voyages et dans ses rencontres avec d’autres artistes.

Née le 5 juin 1937 à Oran, en Algérie, l’écrivaine et dramaturge Hélène Cixous connaît le succès dès 1968, avec la sortie de L’Exil de James Joyce ou l’art du remplacement, puis avec Dedans, l’année suivante, avec lequel elle décroche le prix Médicis. Avant cela, pour mieux comprendre l’œuvre d’Hélène Cixous, il faut s’attarder sur sa famille. Sa mère, Eve Klein (1910-2013) est sage-femme. Elle naît en 1910 à Strasbourg (Allemagne). Du côté maternel, la famille Jonas est originaire d’Osnabrück, en Allemagne, où Hélène Cixous est allée pour la première fois en 2014, ce qui lui a d’ailleurs inspiré le livre Gare d’Osnabrück à Jérusalem (2016). Les Jonas se déplacent beaucoup et s’installent sur presque tous les continents, ce qui explique que l’on voyage énormément dans l’œuvre d’Hélène Cixous. Son père, Georges Cixous (1908-1948), qui est médecin, est né en Algérie, un pays où elle voit aussi le jour et grandit. Elle n’a qu’une dizaine d’années lorsque son père meurt subitement. C’est un véritable choc qui contribue à déclencher chez elle le désir d’écriture, comme elle l’explique dans l’interview qu’elle nous a accordée (lire ci-contre). Même si elle est enfant, elle connaît donc l’Algérie sous le régime de Vichy entre 1940 et 1944. Privée alors d’école, elle avait détaillé ses souvenirs au Monde, en mars 2018 : « A 3 ans, les barreaux se sont matérialisés. J’ai compris que nous étions dans des prisons qui s’appelaient, par exemple, “juif”. Il était impossible de trouver une réponse aux agressions , à hauteur d’enfant, la solution ne pouvait pas passer par la confrontation, mais par le rêve, le passage dans un autre monde. Ce que la littérature a été pour moi, tout de suite, une terre d’asile, et ce qui va avec, c’est-à-dire la possibilité de penser nos propres limites pour mieux les déborder. »

Féminisme

Laïque, sa famille est de tradition juive, ashkénaze par la mère, et séfarade par le père. Ils finissent pas quitter l’Algérie en 1954. Elle a alors 16 ans. Professeure à l’université de Nanterre en 1967, elle est très active et ouverte sur le monde qui l’entoure. Du coup, pendant l’automne 1968, Hélène Cixous participe à la création du centre universitaire de Vincennes, avec l’aval du ministre français de l’éducation nationale de l’époque, Edgar Faure (1908-1988). C’est là qu’elle crée en 1974 le tout premier centre d’études féminines installé au sein d’une université européenne, qui deviendra Paris-VIII par la suite. En 1975, Hélène Cixous publie Le Rire de la Méduse qui est considéré comme un texte important du féminisme français. Depuis 1984, elle a aussi écrit une série de pièces pour le compte du théâtre du Soleil, en compagnie de l’une des cofondatrices de ce lieu de culture, Ariane Mnouchkine. Depuis L’Histoire terrible, mais inachevée, de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge (1985), la collaboration se poursuit. Avide de culture, elle collabore aussi avec des artistes, comme le peintre français d’origine hongroise Simon Hantaï (1922-2008), ou le peintre et graveur belge Pierre Alechinsky. Lucide, son regard est aujourd’hui précieux, notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer Mai 68 ou la lutte des femmes.

Pour retrouver notre interview de Hélène Cixous, cliquez ici

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Monaco Hebdo