samedi 4 décembre 2021
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Culture Sélection d’octobre 2021

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

La Nuée

De Just Philippot

Écolo. Pour faire face à une conjoncture économique difficile, Virginie décide de miser sur l’élevage et la commercialisation de sauterelles comestibles. Elle se lance à corps perdu dans cette nouvelle activité, qui devient peu à peu une véritable obsession. Elle délaisse ses enfants, et se focalise uniquement sur ses sauterelles. Ce premier film horrifique, signé Just Philippot, impose peu à peu, et avec brio, une forte tension. Pas étonnant que cette fable écolo-fantastique ait été sélectionnée en 2020, dans le cadre de la Semaine de la critique au festival de Cannes. En regardant La Nuée, on pense bien sûr aux Oiseaux (1963) d’Alfred Hitchcock. Mais Just Philippot déploie aussi et surtout une inventivité largement inspirée d’un réel qui nous entoure hélas déjà. Car la catastrophe écologique est déjà en route.

La Nuée, de Just Philippot, avec Suliane Brahim, Sofian Khammes, Marie Narbonne (FRA, 2021, 1h41), 19,99 euros (combo blu-ray + DVD). Sortie le 2 novembre 2021.

Digger

De Georgis Grigorakis

Liens. Au nord de la Grèce, en Macédoine, face à une compagnie minière qui lorgne avidement sur sa propriété située au fin fond d’une forêt, Nikitas résiste. Mais les choses se compliquent lorsque son fils, Johnny, réapparaît après une vingtaine d’années de silence, pour mettre la main sur sa part d’héritage. Ce premier long-métrage du Grec Georgis Grigorakis, 38 ans, est une réussite. Entre tragédie et écologie, Digger oscille entre les plans d’action pure tournés caméra à l’épaule, et des moments beaucoup plus contemplatifs. Peu à peu, presque imperceptiblement, Georgis Grigorakis glisse quelques éléments supplémentaires à son récit, comme les raisons qui ont poussé Nikitas à partir vivre loin de tout avec sa famille, avant de perdre cette dernière. L’ensemble est d’une grande beauté. La réflexion sur les liens familiaux et ce qui rattache l’homme à la nature, captive.

Digger, de Georgis Grigorakis, avec Vangelis Mourikis, Argyris Pandazaras, Sofia Kokkali (GRE, 2021, 1h50), 19,99 euros (DVD uniquement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 2 novembre 2021.

Titane

De Julia Ducournau

Meurtres. « Titane, c’est une Palme de l’audace », nous avait dit le critique de cinéma chez Positif, Psychologies Magazine et Canal+ Cinéma, Philippe Rouyer, dans Monaco Hebdo n° 1205. La Palme d’Or du festival de Cannes 2021 débarque enfin en Blu-ray, et c’est un événement à ne pas rater. On avait déjà beaucoup aimé Grave (2016), le premier long-métrage de Julia Ducournau, dans lequel on suivait une étudiante can­nibale. Dans Titane, on s’intéresse à Alexia. Suite à un accident de la route, elle doit subir la pose d’un implant en titane dans son crâne. Alexia commence alors à avoir des envies de meurtres. Là encore, les mutilations et le cannibalisme ne sont jamais loin. Mais, tout en restant noir, Titane s’ouvre aussi sur l’amour, sans respecter les conventions, bien sûr.

Titane, de Julia Ducournau, avec Vincent Lindon, Agathe Rousselle, Garance Marillier (FRA, 2021, 1h48), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray). Sortie le 16 novembre 2021.

Old

De M. Night Shyamalan

Paradisiaque. Des vacances sous les tropiques, c’est bien. Mais quand on se rend compte qu’arrivé sur place, la mort guette, c’est moins bien. Dans ce huis clos très sombre, M. Night Shyamalan adapte la bande dessinée de Frederik Peeters et Pierre-Oscar Lévy, Château de sable (Atrabile, 2010). On apprend que la famille composée de Guy (Gael Garcia Bernal), Prisca (Vicky Krieps), et de leurs deux enfants, Trent et Maddox, vit ses dernières vacances ensemble, car le couple a prévu de se séparer. Mais ça tourne au cauchemar. Impossible de quitter cette crique paradisiaque dans laquelle le vieillissement est accéléré au point de limiter l’espérance de vie à seulement une journée. La compression cinématographique du temps rend perceptible notre glissement vers une mort certaine, ce qui fait de Old un film particulièrement angoissant.

Old, de M. Night Shyamalan, avec Gael Garcia Bernal, Vicky Krieps, Pierre-Oscar Levy (USA, 2021, 1h48), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 24,99 euros (Blu-ray 4K, édition spéciale Fnac steelbook). Sortie le 24 novembre 2021.

L’Italie en train

De Lucie Tournebize

Malin. L’Italie autrement. C’est en quelque sorte ce que nous propose ce mois-ci Lucie Tournebize. En 216 pages et 18 itinéraires malins, on sillonne l’Italie en train, des gares de Sardaigne, en passant par celles des Pouilles, de Calabre ou des Dolomites. Comme le rappelle Lucie Tournebize, avec 17 000 kilomètres de voies ferrées qui couvrent le territoire italien, difficile d’être déçu. On peut parcourir l’Italie du nord au sud, et suivre les conseils de cette expatriée, installée à Padoue. C’est dans l’air du temps, dans L’Italie en train, il est aussi question de faire l’éloge de la lenteur, d’enfin opter pour un tourisme qui sait prendre son temps. Le train apparaît donc comme un moyen parfaitement adapté à cette logique. Et le livre malin et très bien construit de Lucie Tournebize sera un allié précieux pour assurer cette démarche.

L’Italie en train de Lucie Tournebize (Hachette), 216 pages, 24,95 euros.

Pierre,

De Christian Bobin

Noir. Pierre est sous-titré « portrait intime du peintre Pierre Soulages ». Dans ce livre publié en 2019, et qui fait son arrivée dans la collection Folio de Gallimard, cet écrivain et poète ne s’attelle pas à nous raconter la vie et l’œuvre de ce peintre. Inutile d’être un fan, ou fin connaisseur de Pierre Soulages, pour plonger dans ce livre. Christian Bobin utilise une trame simple : une nuit, celle de Noël 2018, et un train qui file vers Sète pour l’anniversaire de Pierre Soulages, qui a fêté ses 100 ans un an plus tard, le 24 décembre 2019. Pierre commence par ces mots : « Je me moque de la peinture. » Et pour convaincre ceux qui ne verraient qu’un simple dégradé de noir dans l’œuvre de Soulages, l’auteur lance : « Rien de plus maigre que du noir ratissé à gauche, à droite, verticalement, en oblique. On devrait s’ennuyer, et c’est le contraire qui advient. » On ne peut que confirmer.

Pierre, de Christian Bobin (Folio/Gallimard), 102 pages, 6,30 euros.

Hangsaman

de Shirley Jackson

Folie. Shirley Jackson (1916-1965) reste une romancière peu connue à Monaco et en France. Une nouvelle traduction de La Maison hantée (The Haunting of Hill House, 1959, porté à l’écran sur Netflix en 2018 par le biais d’une brillante série signée Mike Flanagan) proposée par Rivages en 2016, a permis de remettre son œuvre en perspective. Cette auteure américaine a publié six romans, dont Hangsaman en 1951. Pour la première fois, ce livre est traduit en français. Shirley Jackson met en scène Natalie Waite, 17 ans, qui vit avec un père écrivain et une mère au foyer. Victime d’un viol, elle décide d’enfouir ce traumatisme. Son départ pour l’université est un échec. Elle est incapable de faire sa place dans la vie du campus, où méchanceté et cruauté prennent le dessus. Alors, elle rédige son journal. Peu à peu, elle glisse, elle se laisse aller, jusqu’à perdre le contrôle et ses repères. Soixante-dix ans après, ce livre n’a rien perdu de sa force. Entre réalité, fantasme et folie, Hangsaman est aussi beau que sombre.

Hangsaman de Shirley Jackson (Rivages/Noir), traduit de l’anglais (États-Unis) par Fabienne Duvigneau, 281 pages, 21 euros.

Des Vivants

De Raphaël Meltz, Louise Moaty et Simon Roussin

Historique. Avec Des Vivants, Raphaël Metz, Louise Moaty et Simon Roussin ont relevé le défi de la BD historique. Ils nous racontent avec intelligence et justesse l’histoire de la Résistance, en se basant sur des documents issus de comptes rendus de procès, de journaux, ou de correspondances diverses. Pendant que les scénaristes Louise Moaty et Raphaël Meltz ont rassemblé ces traces laissées par l’Histoire, le dessinateur Simon Roussin a mis en scène cette BD très rigoureuse. Aucun des dialogues n’a été inventé. « Comme on est très rigoureux sur les dialogues, mon dessin devait être au contraire très libre et romanesque. Les corps des personnages sont construits de manière épurée, avec des arrière-plans flous qui tendent vers l’abstraction. Je trouvais que ça aiderait Des vivants à décoller de la BD historique classique pour être plus un livre de mémoire et de fantômes » a indiqué Simon Roussin à Télérama. Pari réussi.

Des Vivants, de Raphaël Meltz,

Louise Moaty et Simon Roussin (2024), 254 pages, 29 euros.

L’épopée infernale

D’Émilie Plateau

Choix. L’idée est excellente. Dans L’épopée infernale, Émilie Plateau parodie les mythiques livres « dont vous êtes le héros », qui ont fait fureur dans les années 1980. Vous incarnez une autrice de bande dessinée (BD) qui essaie de s’imposer dans un milieu où la précarité se conjugue parfois avec la misogynie et le sexisme. Avec une énorme dose d’humour, Émilie Plateau promène le lecteur d’un coin de ce livre à l’autre, en demandant, de page en page, d’effectuer une série de choix qui provoque des conséquences très particulières. Par exemple, après avoir travaillé trois jours non-stop, vous pouvez : vous effondrer dans votre lit douillet en page 171, laver vos vitres en page 226, ou faire la vaisselle en page 40. Autant de possibilités qui vous conduiront, peut-être, jusqu’au grand prix de la BD à Angoulême. Et très sûrement à quelques jolies crises de fous rires.

L’épopée infernale, d’Émilie Plateau (Misma), 280 pages, 16 euros.

Friends That Break Your Heart

James Blake

Introspective. Cinquième album studio pour le musicien britannique James Blake. Après Assume Form (2019), son électro est toujours aussi introspective, et toujours aussi passionnante. De If I’m Insecure à Friends That Break Your Heart, cet album est d’une beauté saisissante. La voix de James Blake, toujours aussi douce et apaisante, vient caresser les 12 titres de ce disque important. On retrouve la mélancolie des débuts, ce qui n’empêche pas cet auteur, compositeur et interprète, de sortir de sa zone de confort pour se risquer sur des territoires qui ne sont pas les siens. L’excellent titre Frozen, avec JID et SwaVay, en est l’exemple parfait. La collaboration avec SZA sur Coming Back est tout aussi réussie, et accouche d’un titre R&B revisité de la plus belle des manières. Il faut absolument écouter Friends That Break Your Heart. Foncez.

Friends That Break Your Heart, James Blake (Republic Records/Universal), 15,99 euros (CD), 19,99 euros (vinyle).

B-sides and rarities, volume  II

Nick Cave

Enfin. En 2005, Nick Cave a sorti un coffret composé de trois CD, baptisé B-sides and rarities, centré autour de morceaux composés entre 1984 et 2005. Seize ans plus tard, B-sides and rarities, volume II livre enfin 27 titres qui couvrent la période 2006-2020. Compilé par Nick Cave et Warren Ellis, ce disque permet d’écouter quelques-uns des premiers enregistrements du 16ème et superbe album de Cave, Skeleton Tree (2016), comme Girl in Amber, Bright Horses et Waiting for You. La version de Push The Sky Away avec l’orchestre symphonique de Melbourne est grandiose, tout comme Free To Walk, avec Debbie Harry, l’ex-chanteuse de Blondie de 1974 à 1982. Les 56 morceaux regroupés dans les deux CD de ce coffret permettent un survol des 15 dernières années de la carrière de Nick Cave. Parfait avant d’aller voir Nick Cave et ses Bad Seeds aux Nuits de Fourvière, à Lyon (6 et 7 juin 2022), ou à Rock en Seine (26 août 2022).

B-sides and rarities, volume  II, Nick Cave (Mute), 11,99 euros (CD), 25,99 euros (vinyle).

Dissidænce Épisode 1

Vitalic

Energie. « Rave against the system, we won’t stop, we can’t stop ! ». En quelques mots, tout est dit. Le nouveau disque du producteur dijonnais Vitalic (Pascal Arbez-Nicolas), qui affiche, au passage, vingt ans de carrière, est la première partie d’un album dont le second volume sera publié en février 2022. Gavé d’énergie, les huit titres de Dissidænce Épisode 1 mélangent tous les genres pour se les approprier, les digérer, et en faire autant de bonnes raisons de foncer vers le dancefloor le plus proche. Dès les premières secondes de Rave Against the System, on est emporté par le rythme et la puissance de ce titre, taillé pour les clubs. Ce cinquième album de Vitalic depuis OK Cowboy (2005) s’appuie sur différentes ambiances, de l’urgence de Carbonized, au rythme martial de OK Boomer. Mais le fil rouge de ce disque, c’est l’énergie qu’il dégage. Et ce, de bout en bout.

Dissidænce Épisode 1, Vitalic (Citizen Records/Bigwax), 12,99 euros (CD), 21,99 euros (vinyle).

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Monaco Hebdo