samedi 15 août 2020
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Direction du NMNM Björn Dahlström, la continuité dans le changement

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Le 1er avril 2021, le Nouveau musée national de Monaco aura un nouveau directeur. Il s’agit de Björn Dahlström qui remplacera Marie-Claude Beaud, après douze années à la tête de l’institution. Un changement qui se veut un prolongement du travail accompli, puisque Björn Dahlström se réclame très franchement de l’école Marie-Claude Beaud.

«C’est une façon très élégante de procéder, je tenais à le saluer ». Mercredi 17 juin 2020, à la villa Sauber de Monaco, s’est tenue la passation de pouvoir entre Marie-Claude Beaud, actuelle directrice du Nouveau musée national de Monaco (NMNM) et Björn Dahlström, son successeur. Visiblement, ce dernier, 45 ans, apprécie que sa prise de fonction soit entérinée 10 mois auparavant, en présence de Patrice Cellario, conseiller-ministre pour l’intérieur et de Françoise Gamerdinger, directrice des affaires culturelles de la principauté. Pour cause, le futur directeur du NMNM, à partir d’avril 2021, n’en est pas à sa première intronisation. Cet historien de l’art de formation a déjà dirigé divers lieux culturels. L’an dernier, il était à la tête du musée Yves Saint Laurent, à Paris. A Monaco, il succède ainsi à Marie-Claude Beaud, en poste depuis 2009. Le choix de la continuité pour celui qui s’est, à de nombreuses reprises, réclamé de l’héritage de l’actuelle cheffe du NMNM. « Avec Marie-Claude, on s’est rencontré il y a 20 ans. J’étais tout jeune. On s’est rencontré dans une sorte de coup de foudre, partagé, j’espère ! », s’exclame Björn Dahlström, qui, tout au long de la présentation, n’aura que mots tendres et déférence pour sa mentore. Il y a quelques jours, Le Quotidien de l’art titrait : « Björn Dahlström, l’héritier de Marie-Claude Beaud ». Tout au long de la conférence de presse officialisant le changement à la tête de l’institution, les mots « continuité », « héritage » et « transmission » sont revenus avec insistance. « Vous avez eu beaucoup d’héritiers, et je suis très heureux de me revendiquer de l’école Marie-Claude », déclame-t-il. Au terme d’une longue carrière dans le monde de l’art, Marie-Claude Beaud tirera, elle, sa révérence à 75 ans. « Ce qui est particulier, c’est que c’est vraiment un passage de relais. Mais c’est surtout pour moi d’arrêter totalement ma carrière. Après 52 ans, ça fait un petit choc », lâche-t-elle.

Une longue collaboration artistique

Leur rencontre remonte à 2000. Alors que Björn Dahlström travaille au Watermill Center (New York) pour l’artiste américain Bob Wilson, il rencontre Marie-Claude Beaud, qui, à l’époque, dirige le Musée d’art moderne du Luxembourg (Mudam). Elle l’invite à le rejoindre dans le Duché, et le prend sous son aile. Là-bas, il sera chargé de la préfiguration et de la programmation du musée, alors en construction. Ils travailleront ensemble pendant 7 ans. Si Björn Dahlström se revendique comme l’héritier de Marie-Claude Beaud, c’est probablement parce qu’à son contact il a appris le décloisonnement artistique, une remise en cause des hiérarchies de l’art que fustige Marie-Claude Beaud. Et qui se poursuivra au NMNM, sans nul doute. « J’ai souvent dit que c’était mon mentor, et c’est vrai. J’ai appris beaucoup de choses à son contact. J’ai appris le décloisonnement des disciplines de l’art, la transversalité, la création », détaille le futur directeur du musée monégasque, regroupant la villa Paloma et la villa Sauber. « Alors que j’avais 25 ans, j’étais en charge de projets importants. Notamment à la biennale de Venise, où vous étiez commissaire de cette exposition [s’adressant à Marie-Claude Beaud, assise à côté — N.D.L.R.], j’en étais le curateur (1), en 2003. On a gagné le Lion d’or. Ce qui était tout à fait exceptionnel dans notre histoire. C’était un petit pavillon, en dehors des jardins, à Venise ».

Une entreprise de mécénat en Afrique

En 2008, Björn Dahlström travaille au service de la marque de vêtements et de chaussures, Puma. L’équimentier l’enrôle dans son entreprise de mécénat pour valoriser l’art contemporain en Afrique. « En Afrique, et pour l’Afrique », précise-t-il. Une action qui s’est conclue par la création d’un musée d’art contemporain à Cape Town (Afrique du Sud), du nom du PDG de Puma de 1993 à 2011, Jochen Zeitz : le Zeitz Museum of Contemporary Art Africa. « Après, j’ai rencontré Pierre Bergé. Il m’a demandé de réaliser un musée de civilisation, dans un domaine tout à fait différent de celui de la création contemporaine, puisqu’il s’agissait de créer un musée berbère au sein du jardin Majorelle, à Marrakech. A la suite de quoi, il m’a demandé d’assurer avec lui la maîtrise d’ouvrage d’un nouveau musée dédié à l’œuvre d’Yves Saint Laurent et qui serait construit à proximité directe du jardin Majorelle ». Il y restera jusqu’en 2019, où il prendra ensuite la tête du musée Yves Saint Laurent de Paris. Toutes ses compétences de directeur acquises, il dit les devoir à sa prédécesseure, entre autres choses. « J’ai appris à gérer un lieu, à investir un lieu, à imaginer un projet, évidemment sous la baguette de Marie-Claude. […] J’ai aussi appris une chose très importante. C’est le respect de l’artiste. Je l’avais déjà, mais en travaillant à son contact, c’est le respect de l’artiste, de sa parole, de son engagement, de la nécessité de travailler avec des artistes vivants dans les institutions. De les confronter au regard du public. De pouvoir permettre cette rencontre. Ce respect de l’artiste, c’est une évidence, mais dans le cas des institutions, ce n’est pas évident. Marie-Claude a vraiment ce respect-là, auquel j’accorde beaucoup d’importance, et qu’elle m’a transmis parmi beaucoup de choses ».

© Photo Monaco Hebdo.

« Dans un moment de pandémie que nous vivons, tout l’accueil du public est complètement reconsidéré. Je dirais presque que ce qui a été fait était avant-gardiste. C’est le moment de privilégier le rapport de l’œuvre au visiteur » Björn Dahlström. Futur directeur du NMNM

Continuer différemment

C’est donc un nouveau défi qui s’offre à cet homme de musée. Il doit respecter un cahier des charges, veut s’inscrire dans la continuité du travail de Marie-Claude Beaud, tout en apposant sa marque de fabrique. « C’est la première fois que je marche dans les pas du directeur précédent, puisque j’ai toujours travaillé dans des institutions qui se créaient. Donc là, c’est la première fois finalement que je succède à quelqu’un ». Il lit alors une citation du prince Rainier, issue d’une préface du cahier des charges écrite en 2004 : « J’approuve ce projet pour son originalité, sa modernité, sa capacité d’allier la création la plus contemporaine à l’héritage patrimonial et historique de la principauté. » Puis, il ajoute : « Je pense que tout est dit, et c’est ce que vous avez mis en œuvre, à chaque fois en sollicitant des artistes pour porter un regard sur le passé, sur le patrimoine ». Si, on l’a compris, le maître-mot est continuité, comment peut-il imprimer sa spécificité au NMNM ? « C’est vrai que récemment, j’ai beaucoup travaillé dans la mode. Peut-être que j’imaginerai une exposition mode en lien avec Monaco. Il y a la botanique qui m’intéresse également, qui fait sens aussi à Monaco, avec le Jardin exotique. Il y a plein de thèmes qui pourraient m’intéresser, l’ethnographie par exemple. Il y a beaucoup de choses à Monaco. Malgré la modestie du territoire, il y a plein de domaines intéressants que l’on peut explorer », proposant ainsi des choix de thèmes différents pour marquer sa singularité.

Un familier des lieux

Björn Dahlström aura donc un an pour se préparer à diriger le musée de Monaco. Pour autant, il n’est pas un étranger des lieux. Depuis quelques années, il officie au Comité scientifique du NMNM. « Ça fait un moment que je viens. Ça a commencé en 2007, lorsque j’avais parrainé une œuvre, dans le cadre du prix Prince Pierre de Monaco, une œuvre de Candice Breitz, qui avait été lauréate. Puis vous [Marie-Claude Beaud — N.D.L.R.], avez été nommée ici, donc forcément je me suis intéressé à ce que vous y faisiez, et j’ai vu beaucoup des expositions qui ont été programmées ici. Et j’ai ensuite rejoint le Comité scientifique du musée ». Par ailleurs, lui ne voit pas les restrictions sanitaires actuelles comme une contrainte, mais comme une ressource à prendre en compte. « Dans un moment de pandémie que nous vivons, tout l’accueil du public est complètement reconsidéré. Je dirais presque que ce qui a été fait était avant-gardiste. C’est le moment de privilégier le rapport de l’œuvre au visiteur ».

« Définir un discours »

Finalement, que va apporter Björn Dahlström avec ce fameux décloisonnement des disciplines artistiques, cher à Marie-Claude Beaud ? Est-ce le regard porté sur l’œuvre qui « décloisonne », ou bien la juxtaposition des disciplines dans une même exposition ? « En fonction de comment on accroche, on a un discours différent. L’accrochage est fondamental. Après, un artiste vivant choisit de montrer son œuvre d’une certaine manière. A partir du moment où vous travaillez avec un artiste vivant qui a une maîtrise totale de comment il montre son travail, à ce moment-là, l’accrochage est direct. Il n’y a pas d’intermédiaire. En revanche, à partir du moment où vous travaillez avec du patrimoine, et que vous y ajoutez un objet ou une sculpture à telle hauteur face à tel objet, vous créez un discours. C’est notre rôle de conservateur, de gens de musée, de définir ce discours. C’est tout l’aspect passionnant de notre travail. Qu’est-ce que ça veut dire, comment on le dit, et avec quoi on le dit ? ». Rendez-vous en avril 2021 pour écouter, regarder et découvrir ses discours sur l’œuvre.

1) Curateur, anglicisme qui vient de cure (« prendre soin »). Version francisée de “curator”, assimilable au commissaire d’exposition.

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