lundi 17 mai 2021
Accueil Culture Marginalia : la bande dessinée à l’honneur

Marginalia : la bande dessinée à l’honneur

Publié le

Le Nouveau musée national de Monaco (NMNM) propose une exposition dédiée à la bande dessinée, un art parfois encore mal aimé des musées traditionnels.

C’est aussi l’occasion de rendre hommage à la carrière de Marie-Claude Beaud, désormais ex-directrice de ce musée, qui a permis au NMNM d’acquérir un petit trésor de guerre en la matière.

La bande dessinée est parfois prise un peu de haut et occupe rarement une place de choix dans le cercle fermé des professionnels de l’art. Ce n’est pas au Nouveau musée national de Monaco (NMNM) qu’on dira le contraire. On le déplore même : « Des musées ont mis à l’honneur des artistes de bande dessinée. Mais l’art de la bande dessinée, en lui-même, l’est assez peu. On le réduit trop souvent à la science-fiction ou à la littérature jeunesse, explique Damien MacDonald, commissaire invité. C’est un art qui a pourtant contribué au respect de l’autre, aux libérations sexuelles, et à la lutte contre les discriminations, car la bande dessinée est avant-gardiste. » L’exposition Marginalia. Dans le secret des collections de bande dessinée, présentée au NMNM-Villa Sauber du 1er avril au 5 septembre 2021 met justement la BD à l’honneur. La date de lancement n’est pas anodine, puisqu’elle correspond à celle du départ à la retraite de Marie-Claude Beaud, jusqu’alors directrice du musée, à qui l’exposition est quelque peu dédiée [lire notre encadré par ailleurs]. On y découvre les œuvres de plus de 90 artistes, parmi les plus grands noms du genre, qualifié de « neuvième art » : le futuriste Enki Bilal, l’anti-conforme Alex Barbier (1950-2019), l’érotique Milo Manara, l’immanquable Albert Uderzo, l’acide Gotlib, traditionnellement associé à Fluide Glacial (1934-2016), ou encore l’Américain Carl Barks (1901-2000), connu pour avoir mis en scène le personnage de Donald Duck chez Disney, pendant des années. Sucrée et colorée comme une planche de Jean-Claude Mézières, le créateur de Valérian et Laureline, Marginalia s’intéresse à l’art de la bande dessinée, dans son essence. C’est un art jeune, qui est né en même temps que le cinéma et la psychanalyse, dans le courant du XIXème siècle. Mais c’est aussi un art qui s’est tourné, par nature, vers la transgression, l’audace et l’humour, au contraire de l’académisme, du conventionnel et du sévère. Bref, il s’agit bien d’un art à proprement parler.

© Photo NMNM

« Les Marginalia sont de petits dessins qu’on trouvait au Moyen-Âge, dans la marge des manuscrits. Souvent profanes, parfois drolatiques, toujours fascinants, ils entretiennent un dialogue avec les textes qu’ils éclairent, expliquent ou critiquent » Damien MacDonald. Commissaire de l’exposition Marginalia

Retour aux origines

Au fait, pourquoi ce nom, Marginalia ? « Les Marginalia sont de petits dessins qu’on trouvait au Moyen-Âge, dans la marge des manuscrits. Souvent profanes, parfois drolatiques, toujours fascinants, ils entretiennent un dialogue avec les textes qu’ils éclairent, expliquent ou critiquent », raconte Damien MacDonald. Il s’agit donc d’un grand salto arrière vers le passé, vers les origines de la bande dessinée, où ont coopéré dès le début, le dessin et l’écriture, union juste et parfaite comme l’art et la plume. Selon le principe de ces Marginalia, les œuvres graphiques ont été soumises au regard critique des commissaires de l’exposition, grâce à des interventions mêlant textes et images, disposées en périphérie des cimaises. Ils proposent des lectures sur le travail des artistes présentés. L’affiche de l’exposition, ainsi que le visuel en couverture du catalogue dédié à l’exposition, ont aussi été réalisés spécialement pour l’occasion par le dessinateur avant-gardiste Herr Seele. Une sorte de clin d’œil, qui illustre, avec ce qu’il faut de malice, la rencontre de la peinture dite « classique », avec l’art de la bande dessinée.

Infos pratiques : à la Villa Sauber, 17 avenue princesse Grace. Téléphone : +377 98 98 91 26. Ouvert tous les jours de 10 heures à 18 heures. Fermée le 1er mai, et les jours de Grand Prix. Attention port du masque obligatoire à partir de 5 ans. Entrée : 6 euros. Gratuit pour les moins de 26 ans, groupes scolaires et groupes d’enfants, Monégasques, membres Icom et Cimam, demandeurs d’emploi sur justificatif, personnes en situation de handicap. Entrée gratuite le mardi de 12h30 à 14h pour « Midi au Musée » et tous les dimanches.

© Photo NMNM

« L’art comptant pour rien s’est vengé »

Arrivée un 1er avril, en 2009, elle repart un 1er avril, en 2021. Marie-Claude Beaud, désormais ex-directrice du NMNM, remplacée par l’historien de l’art Björn Dahlström, tire sa révérence avec un brin d’humour. Mais aussi, et surtout, avec Marginalia, sa dernière exposition, qui lui est finalement dédiée par l’équipe des musées de la Villa Paloma et de la Villa Sauber. Dédiée, car son respect pour l’art de la bande dessinée aura bien réussi à la principauté, comme en témoigne Damien MacDonald, commissaire invité : « Lorsque Marie-Claude a débuté sa carrière dans les années 70, elle a acquis plusieurs planches du musée d’art moderne de Grenoble qui se sont vues ajouter cinq zéros depuis. Elle a fait preuve de beaucoup de jugeote, d’autant que les institutions françaises s’en sont peu procuré. » Lorsque le prince Albert II et la princesse Caroline sont ensuite venus jusqu’à elle, au Luxembourg, où elle exerçait alors comme directrice du musée, pour lui proposer son nouveau poste en 2009, Marie-Claude Beaud à posé ses valises à Monaco, mais aussi ses planches. Son trésor. En organisant Marginalia, la Chevalier des arts et des lettres, également chevalier de la Légion d’honneur, profite une dernière fois de sa notoriété pour honorer cet art à part : « La bande dessinée est une forme artistique reconnue aujourd’hui comme indéniablement complète et complexe, mais qui a pourtant souffert pendant de longues décennies d’une véritable déconsidération dont les raisons sont multiples. Nous voulions revenir sur cette histoire de l’admission de la BD dans le champ de l’art des musées, dans l’espace même des institutions publiques et dans les collections », a expliqué Marie-Claude Beaud dans son discours de présentation. « L’art des cancres, l’art comptant pour rien, s’est vengé d’une certaine façon de ce mépris : les mauvais élèves, les scribouillards bêtes et méchants, les marginaux de la société ont fini par quitter les bas-côtés de l’establishment », a-t-elle ajouté. « Les bandes dessinées, ces beautés pleines de sens souvent cachés donnent raison aux rêves, par opposition au « rêve de la raison qui engendre des monstres », pour paraphraser une eau-forte célèbre des Caprices de Goya (1746-1828). L’artiste tient les sens de ses contemporains en éveil. Je tiens donc à remercier chaleureusement les prêteurs qui ont accepté de partager avec nous leurs collections et les secrets de leur passion, ainsi que les spécialistes et bédéphiles qui ont bien voulu participer à ce catalogue. Plus que tout, je souhaite saluer les artistes qui nous permettent d’explorer chaque fois de nouveaux mondes. »

Publié le

Les plus lus

Honda Civic Type R limited Edition, le péché d’orgueil

La Civic Type R est devenue un emblème, un étendard, une démonstration de force face à la concurrence. C’est dans cet esprit qu’est née la version limitée de la Civic type R.

The Gentlemen, à voir le 17 mai

Monaco Hebdo