jeudi 16 septembre 2021
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Jade Sapolin : « Monaco, une évidence »

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Depuis le 1er septembre 2020, l’académie de musique et de théâtre fondation prince Rainier III a une nouvelle directrice : Jade Sapolin. Musicienne de formation, elle revient pour Monaco Hebdo sur son parcours et son rapport à la musique classique.

De Paris à Monaco, « des étoiles plein les yeux ». Depuis la rentrée, Jade Sapolin a pris la direction de l’Académie de musique et de théâtre Fondation Prince Rainier III, un établissement spécialisé d’enseignement musical. Succédant à Christian Tourniaire à ce poste, elle est devenue la première femme à prendre les commandes de cette institution depuis sa création en 1922. Le tout, avec « l’envie de faire de belles choses et de mener de beaux projets ». Elle raconte : « Lorsque la possibilité de prendre la direction de l’académie de musique de Monaco s’est ouverte, je n’ai pas hésité une seconde, assure-t-elle. La perspective de travailler au sein de cette institution était des plus motivantes, bien sûr, tout comme l’était l’idée de bénéficier de la richesse culturelle de la principauté. De plus, j’ai la chance d’être à 100 mètres de l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo (OPMC), et de pouvoir m’y rendre plusieurs fois par semaine ! Bref, mon arrivée ici s’est faite naturellement, avec beaucoup d’envie et d’idées de projets musicaux à mener. » Il faut dire que la musique, pour Jade Sapolin, s’est très vite imposée comme une évidence. Comme une histoire de famille assumée, revendiquée et poursuivie : « Mon grand-père maternel, Patrice Sciortino, est compositeur, il a notamment dirigé le conservatoire du XIIIème arrondissement de Paris. Le père de mon grand-père, Edouard Sciortino, a également été compositeur, il a notamment été l’élève de Vincent d’Indy, et a enseigné le chant grégorien à la Schola Cantorum de Paris. Ma mère a fait de la danse : si elle n’a pas été musicienne de profession, on reste donc dans le domaine artistique ! » Résultat ? C’est dans un univers tourné vers la culture que la jeune Jade va grandir et s’épanouir. Découvrir de nouveaux artistes. Créer, apprendre. Et faire d’une destinée familiale, une passion. « J’ai grandi dans un milieu incroyable, c’est vrai. Dans ma famille, on ne vit que pour l’artistique et le culturel. On s’enrichit de rencontres, de découvertes. Du coup, aujourd’hui, je n’ai pas l’impression de faire un métier : je vis de ma passion et je mets mes compétences et mes acquis au service d’autres passionnés. C’est une chance dont je suis tout à fait consciente. »

© Photo DR

Un début de carrière en tant que violoncelliste

Ses acquis musicaux remontent ainsi à ses 5 ans. Alors qu’à son âge, beaucoup d’enfants jouent de la musique pour s’amuser, elle, s’amuse en jouant – vraiment – de la musique. Elle apprend le violoncelle, et ira jusqu’à faire ses études au lycée La Fontaine, dans le XVIème arrondissement de Paris. « Je n’ai jamais arrêté de jouer, je ne suis jamais découragée, se souvient-elle. J’ai été portée par l’univers dans lequel j’ai grandi. La musique, ce n’est pas que des leçons ou des concerts. Ce sont des échanges, des dîners, des soirées, des découvertes… » Ainsi, elle commencera sa carrière professionnelle en tant que musicienne. Avec succès : elle remporte notamment le premier prix de Violoncelle de la ville de Paris en 2000, le premier prix de musique de chambre en 2002, et le premier prix de Violoncelle au conservatoire national de région en 2003. « J’ai commencé par gagner ma vie en tant que musicienne, confirme-t-elle. En parallèle, je contribuais à l’organisation d’un événement créé par notre famille, le festival des nuits du Mont Rome. C’est là que je me suis mise au service de l’organisation d’événements. Je me suis formée, j’ai pris d’année en année une place plus importante dans ce festival, je me suis occupée de plus en plus de choses… Finalement, j’ai monté avec une associée ISIS Production, une structure indépendante dédiée au spectacle vivant. » Pendant dix ans, elle va contribuer à l’organisation de nombreux événements. Citons, notamment, les Journées Ravel, le Galitzine festival de Musique du Haut-Doubs, le Festival/Salon Guitares au Beffroi à Montrouge, Ensemble Musique Oblique, Ensemble Court-Circuit, Saison Rive Gauche Musique, l’Académie musicale de Villecroze (fondation en charge du développement de carrière des jeunes talents internationaux)… « Nous nous occupions de festivals très différents, avec du jazz, de la musique classique, de la musique baroque, contemporaine… Il fallait être très organisée : avec 12 projets à mener de front, il n’y a pas le droit à l’erreur. »

L’école Prizma, puis le conservatoire de Bois-Colombes

L’enseignement entrera dans sa vie professionnelle un peu plus tard. « Au bout de 7-8 ans, nous avons été démarchés pour mener des formations au sein de l’IESA à Paris, l’école internationale des métiers de la culture et du marché de l’art, pour le module « production de projets culturels – spectacle vivant ». Je me suis intéressée à l’enseignement à ce moment-là. L’idée de chercher des façons originales d’accrocher et d’intéresser les élèves me passionnait. Dans la pédagogie, il y a autant d’enfants que de façons d’enseigner, c’est une remise en question perpétuelle. » En parallèle, l’aventure ISIS Production touche à sa fin. Son associée part à la retraite et, faute de trouver quelqu’un avec qui porter les projets en duo, Jade Sapolin donne une nouvelle direction à sa carrière. Ce sera à l’école Prizma, à Boulogne-Billancourt, qui accueille chaque année près de 1 500 élèves, encadrés par 47 professeurs qualifiés et diplômés. Elle en sera la directrice adjointe, pour une année : elle prend ensuite la direction du Conservatoire de Bois-Colombes, toujours dans les Hauts-de-Seine. « Cela a été très enrichissant. J’ai créé des méthodes de pédagogie adaptée, lancé des ateliers numériques, développé des méthodes d’aide à l’apprentissage du solfège, ouvert le Conservatoire à des enfants atteints d’autisme avec un parcours adapté… Bref, j’ai pu mettre à profit toutes mes idées. Il en résulte une très belle expérience. »

« Créer des passerelles pédagogiques »

Deux ans après avoir perfectionné ses gammes à Bois-Colombes, voici donc Jade Sapolin à Monaco, à la tête de l’académie de musique et de théâtre fondation prince Rainier III. Des débuts mouvementés : des problèmes techniques, nécessitant des travaux, ont entraîné la fermeture du bâtiment, et ont imposé une rentrée décalée pour les élèves. Et fait naître un défi : où installer les 900 élèves (200 en classes CHAM et 700 élèves traditionnels), les 57 professeurs et les dizaines d’instruments ? « Nous reprendrons début novembre à l’hôtel Columbus, indique-t-elle. Cela n’a pas été facile, mais ce sont des impondérables avec lesquels il faut apprendre à composer. Nous avons trouvé des solutions en équipe, avec le soutien sans faille du secrétariat général de la mairie de Monaco, qui a fait de nos soucis une priorité de tous les instants. Il a tout de même fallu trouver un lieu capable de nous accueillir sur la durée, déplacer des pianos droits, des clavecins, des harpes… Être directeur, c’est ne jamais être seul à bord : mes collaborateurs ont été remarquables, souples, inventifs. Chaque membre de l’équipe administrative et technique a une place très importante dans une institution comme l’académie de musique de la principauté. » Ainsi, à partir du 3 novembre 2020, Jade Sapolin pourra mener à bien ses projets pour cette école pas comme les autres, où les notes de musique emplissent l’air et les cœurs des enfants et adolescents. « Après cette rentrée difficile, je souhaite pouvoir apporter à chaque élève une pédagogie adaptée, varier les enseignements, amener nos effectifs le plus loin possible dans l’apprentissage de leurs disciplines, mener des projets transversaux (avec les ballets de Monte-Carlo par exemple) et créer des passerelles pédagogiques. Il ne s’agit pas que d’un apprentissage en formation ou de techniques pour jouer d’un instrument : j’espère réussir à leur donner envie de se dépasser, de s’épanouir dans une culture musicale diverse et ouverte sur le monde. Tous ne deviendront pas forcément des musiciens professionnels, certes. Mais je souhaite qu’ils deviennent des adultes heureux de leur cursus et de leurs années passées parmi nous, héritiers d’une longue tradition musicale, curieux du monde qui les entoure et désireux de rendre encore plus belle la société dans laquelle ils évoluent. Si tel devait être le cas, je considérerais avoir rempli ma mission. »

Jade Sapolin : Son parcours en 5 points

• 2007-2017 : administratrice, ISIS Production Spectacles (structure indépendante, au service de différentes formations du spectacle vivant ) ;

• 2017-2018 : directrice adjointe de l’école Prizma (1 500 élèves et 47 professeurs), à Boulogne-Billancourt, en région parisienne ;

• 2018-2020 : directrice du conservatoire de Bois-Colombes (500 élèves, 30 professeurs), en région parisienne ;

• Depuis septembre 2020 : directrice de l’académie de musique et de théâtre fondation prince Rainier III (Monaco)

• De nombreuses expériences en tant que musicienne : création en partenariat avec les solistes de Lyon Bernard Tétu, festival en Octuor avec Gautier Capuçon, festival de musique

de Villefavard, festival de Roquebrune, participation à divers orchestres (avec John Scott, Jean Walter Audoli, Michel Piquemal…), violoncelliste solo sur la tournée de Julie Zenatti, violoncelliste solo pour des concerts de Roch Voisine, Patrick Bruel, Eddy Mitchell…

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