lundi 18 octobre 2021
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Tcheky Karyo : « J’aimerais beaucoup jouer dans Kaamelott »

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À l’occasion de la 60ème édition du festival de télévision de Monte-Carlo, Monaco Hebdo a rencontré Tchéky Karyo, Nymphe de Cristal, acteur de Baptiste, Bad Boys, The Patriot.

Vous avez reçu la Nymphe de cristal du festival. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Ça me fait plaisir. Je me dis qu’il ne faut pas faire la fine bouche et accepter cette récompense les bras ouverts. C’est l’occasion d’embrasser tous les gens qui sont heureux de me voir recevoir cette chose fragile et délicate. En même temps, ça me questionne sur ma vie. Moi, je me vis comme une personne de 30 ans et quand je réalise l’âge que j’ai [Tchéky Karyo a 67 ans — NDLR], ça me fait bizarre, mais c’est une réalité. Je trouve intéressant le fait de pouvoir se questionner de cette manière. C’est un moment de la vie qu’il faut vivre.

De plus en plus d’acteurs de cinéma font de la télévision. Pourquoi le petit écran est-il devenu si attirant ?

Il y a toujours eu cette vision la télévision, antichambre du cinéma. Mais je ne vois pas de différence. Parce que je suis devant une caméra, je dois travailler un rôle, j’ai des partenaires, il y a des histoires… Il n’y a pas de différence pour moi. La seule différence éventuellement, c’est le financement, le mode de travail, la façon d’écrire, le temps de tournage… Cela concerne plutôt le fonctionnement que le contenu. En revanche, pour les séries, en tant qu’acteur, c’est un travail de plus longue haleine.

Quel regard portez-vous sur l’explosion du streaming vidéo ?

C’est passionnant. Je trouve ça extraordinaire. Je n’ai jamais vu autant de choses depuis qu’on a les iPads, les smartphones. On peut faire un focus sur l’écran, et être avalé par une série. Quand on fait face à des chefs d’œuvre, c’est génial. Moi, je passe pas mal de temps à regarder des séries. Mais je fais attention de ne pas faire ce que j’interdis à mes enfants, c’est-à-dire être complètement absorbé (rires).

Vous avez joué dans Belle et Sébastien et dans des polars. Comment faites-vous pour être aussi à l’aise dans ces deux univers ?

J’ai fait beaucoup de théâtre avant de faire du cinéma. J’ai donc dû affronter des styles et des formes différentes et je trouve passionnant de pouvoir jouer avec des formes différentes et de ne pas s’enfermer dans un genre. C’est la raison pour laquelle je me suis senti à l’aise avec Jan Kounen dans Dobermann, avec Luc Besson dans Le baiser mortel du dragon, ou avec Éric Rohmer dans Les nuits de la pleine lune puis aussi avec Andrzej Zulawski dans un genre complètement éclaté. C’est passionnant en tant qu’acteur, de pouvoir jongler avec des genres et des styles.

« Je n’ai jamais vu autant de choses depuis qu’on a les iPads, les smartphones. On peut faire un focus sur l’écran, et être avalé par une série »

Quelles sont vos séries préférées ?

J’ai été passionné par Unorthodox. L’histoire de cette jeune fille qui se bat pour sortir d’un monde et trouver une liberté alors qu’elle vit dans un milieu comme les Amish, comme si le monde extérieur n’existait pas. Cette série est passionnante, surtout quand elle se découvre ce talent de chanteuse. J’aime beaucoup aussi la série turque Bir Baskadir avec le même thème, à savoir une jeune femme qui brise les fils de ses traditions et du machisme dans lequel elle grandit.

Qu’est-ce qui vous attire dans ces séries ?

Il y a comme une tentative d’être objectif par rapport au sujet et d’avoir une vision de haut. Et de ne pas avoir affaire à de la propagande. On essaie de comprendre la réalité de l’humanité et c’est intéressant de pouvoir prendre un peu de hauteur par rapport au nœud et aux dilemmes auxquels nous faisons face aujourd’hui dans plein de domaines.

Quels sont les films de cinéma que vous avez aimés récemment ?

Je dois avouer que j’ai surtout vu des séries. J’ai revu Les 400 coups (1959), il n’y a pas longtemps. J’ai envie de revoir des films de Truffaut. J’ai vu le film Les sept de Chicago avec Sacha Baron-Cohen (2020), et j’ai vraiment adoré. Cet acteur est génial.

Quelle comparaison faites-vous entre le cinéma français et américain ?

Je ne sais pas trop. Moi, je suis un peu le nez dans le guidon. Quand on me propose quelque chose, je regarde le sujet, à qui j’ai affaire, si les intentions sont bonnes… Le cinéma européen est peut-être un peu moins formaté. C’est vrai qu’il y a le poids de l’industrie qui fait qu’on formate certains films et on a affaire avec de grosses machines. Certains peuvent le vivre comme une sorte d’impérialisme. Mais j’aime me promener dans différents espaces et découvrir des choses différentes.

Quel regard jetez-vous sur la production française ?

Elle a beaucoup évolué et est de plus en plus présente à l’étranger. Les nouvelles générations ne s’enferment pas dans un espace. Elles ont envie d’aller voir ailleurs.

Quels sont vos futurs projets ?

Je tourne dans une série qui s’appelle Les combattantes. J’ai d’autres projets qui commencent à s’aligner, mais ils ne sont pas encore signés, donc je préfère ne pas trop m’étendre. Je vais aussi doubler Baptiste en français [série britannique dans laquelle il interprète le rôle de Julien Baptiste — NDLR]. Cette série me tient à cœur parce que c’est une histoire magnifique avec la BBC et les deux frères Harry et Jack Williams [respectivement diffuseur et créateurs de la série — NDLR].

« J’aimerais jouer des personnages qui sont chargés de ce que je suis aujourd’hui. C’est-à-dire un homme d’un certain âge, qui est encore en pleine forme, et qui a envie d’en découdre avec la jeune génération »

Qu’est-ce que cette série a de plus que les autres séries policières dans lesquelles vous avez joué ?

Ce n’est pas qu’une série policière. C’est une histoire d’humanité, des gens qui ont perdu leurs repères et qui touchent le fond. Comment fait-on quand on est au fond du tonneau ? Souvent, on dit qu’il faut taper du pied pour remonter (rires) mais il faut chercher comment s’en sortir. On peut peut-être aller voir ailleurs. Baptiste, lui, part en Hongrie et il est attiré par une femme qui a de la peine car sa famille a disparu. L’intérêt de cette série, c’est aussi le fait que le spectateur est un peu mon « collègue » car il fait l’enquête avec moi d’une certaine manière. Il y a aussi une actrice magnifique Fiona Shaw, avec un casting génial autour, des auteurs qui ont fait leurs preuves… C’est une série qu’il faut voir.

Que nous réserve la saison 2 de Baptiste ?

On va découvrir la Hongrie. On va découvrir certains angles de cette société qui seront comme une sorte de toile de fond. Ils font même partie prenante de l’intrigue.

Quel impact a eu la crise sanitaire ?

Quand nous tournions en Hongrie la première partie de Baptiste, nous avons dû partir en urgence en raison du confinement alors que nous étions présents sur place depuis deux mois et demi. Le confinement a démarré et ça a été ensuite une espèce d’autoroute incroyable, où tout s’est arrêté d’un coup. Avec mon épouse, nous avons eu l’occasion de nous rapprocher, d’être avec nos enfants de 8 et 5 ans, de leur faire l’école à la maison… C’était un moment formidable.

Quel souvenir gardez-vous de Kaamelott ?

Je garde un souvenir de jubilation. J’aime bien l’humour placide d’Alexandre Astier. Le personnage qu’il m’a donné à jouer est quand même très drôle. C’est génial de pouvoir interpréter des rôles comme ça. Il ne m’a pas encore appelé pour jouer dans le film mais j’aimerais beaucoup, s’il en a envie, voir ce personnage continuer à se développer, à être pris dans ses peines et sa frustration.

Vous avez incarné beaucoup de personnages au cinéma et à la télévision : lequel préférez-vous ?

Ne me demandez pas de choisir l’enfant que je préfère (rires). À chaque fois, ça a été une aventure originale et singulière, avec plein de moments et de choses à raconter.

Quel rôle rêveriez-vous d’interpréter ?

Le prochain (rires). J’aimerais jouer des personnages qui sont chargés de ce que je suis aujourd’hui. C’est-à-dire un homme d’un certain âge, qui est encore en pleine forme, et qui a envie d’en découdre avec la jeune génération. Je trouverais intéressant d’avoir des personnages pris dans les dilemmes de génération, car il y a des gens qui, dans le réel, ne sont pas capables de « dealer » avec de jeunes générations, qui ne le supportent pas, et qui sont coincés. Il faut échanger, essayer de faire des choses avec eux… J’aimerais bien jouer ce mec-là par exemple.

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Monaco Hebdo