dimanche 17 octobre 2021
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Ingrid Chauvin : « En France, un acteur populaire à la télévision ne peut pas passer le sas du cinéma »

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À l’occasion de la 60ème édition du festival de télévision de Monte-Carlo, Monaco Hebdo a rencontré Ingrid Chauvin, actrice dans la série Demain Nous Appartient (Chloé Delcourt).

Vous faites figure de taulière dans la série Demain nous appartient (DNA) au casting plutôt jeune. Comment cela se passe-t-il avec la nouvelle génération d’acteurs ?

J’aime rencontrer et travailler avec de jeunes acteurs. Et, à chaque fois, c’est une jolie relation. Ce n’est jamais évident de débarquer dans une série, y compris quand on a de l’expérience, parce que nous sommes dans une machine immense avec un rythme infernal. La charge de textes à apprendre quotidiennement est colossale. Il faut habituer son cerveau et avec les petits, j’essaie toujours de leur dire de rester le plus humble possible. Car on peut acquérir une notoriété très facilement, qui plus est aujourd’hui avec les réseaux sociaux. Et cela peut être très dangereux. Donc il faut toujours garder à l’esprit que tout peut s’arrêter demain.

Que vous apportent-ils ?

Ils m’emportent dans leur jeunesse. Cette série est incroyable car ils [les scénaristes – NDLR] arrivent toujours à caster [sélectionner – NDLR] des personnalités qui fonctionnent bien ensemble. Ce qui fait qu’on a beau être plus de 400 acteurs à travailler sur la série, ça se passe toujours bien. Les rapports sont toujours bienveillants, joyeux et agréables.

Clément Rémiens, qui interprète votre fils dans Demain nous appartient, joue désormais dans une autre série (Ici tout commence). Comment avez-vous vécu son départ ?

Ça n’a pas été facile. En même temps, c’était une jolie opportunité pour lui parce qu’on lui offrait la possibilité d’être à la tête d’une série. On continue de se voir en dehors, on ne se lâche pas (rires). Cela a été aussi un peu déstabilisant pour Alexandre [Brasseur, son mari dans la série — NDLR] car nous avons perdu une partie de nous. Mais ça fait partie du jeu, nous sommes dans une fiction donc nous acceptons.

« J’ai organisé ma vie autour de Sète, je me suis attachée à ce personnage, à cette grande famille de fiction. Nous nous voyons en dehors. Si demain la série s’arrête, je resterai vivre à Sète. Tout s’est organisé autour de ce projet »

Avez-vous votre mot à dire sur l’évolution de votre personnage ?

Nous pouvons émettre des choses. Mais c’est extrêmement délicat. Les auteurs ont toujours une longueur d’avance sur nous. Ils se projettent sur l’année à venir et nous ne savons rien de tout ça. Nous sommes donc en attente tous les 15 jours de recevoir 10 scénarios et de voir ce qui va nous arriver. Donc c’est un peu la découverte. Parfois, on est heureux. Parfois, on est un peu frustré. Mais du coup, il n’y a pas de monotonie, ni de lassitude malgré les années qui passent avec ces personnages. J’aimerais que Chloé Delcourt [son personnage dans la série — NDLR] soit un peu extraordinaire, qu’elle vive des choses plus truculentes, plus fortes. Un peu de comédie, de romance, qu’elle ait des sentiments nouveaux.

Avez-vous déjà envisagé d’arrêter la série ?

Sincèrement, tant qu’on me garde je reste (rires). J’ai organisé ma vie autour de Sète, je me suis attachée à ce personnage, à cette grande famille de fiction. Nous nous voyons en dehors. Si demain la série s’arrête, je resterai vivre à Sète. Tout s’est organisé autour de ce projet.

Quel regard portez-vous sur les séries concurrentes (Plus Belle La Vie, Un si grand soleil…) ?

Ces séries sont sur le même format que Demain nous appartient. Mais elles ont chacune une identité. Et c’est intéressant parce que ça crée énormément d’emplois. Chacune correspond à un public un peu différent. Je ne les regarde pas mais je pense que chacune a sa place et aucune ne prend la place de l’autre. Elles ont toutes leur propre identité.

Ces séries essuient aussi des critiques notamment sur le jeu des acteurs ou leurs scénarios ubuesques : cela vous touche-t-il ?

Tout est perfectible. Il ne faut pas oublier que l’on fait du soap-opera [série télévisée populaire – NDLR]. Nous travaillons dans des conditions extrêmes, dans le sens où tout va extrêmement vite, et pour le peu de temps qui nous est imparti, je trouve que nous nous en sortons plutôt très bien. L’image reste qualitative, les arches [intrigues – NDLR] sont bien décrites. Effectivement parfois, comme nous sommes une quotidienne, il peut y avoir dans l’année des arches un peu plus faibles, mais c’est normal. Et puis, les audiences sont là. Je pense que nous avons encore un petit avenir devant nous.

© Photo Festival de télévision de Monte-Carlo

« Parfois, comme nous sommes une quotidienne, il peut y avoir dans l’année des arches un peu plus faibles, mais c’est normal. Et puis, les audiences sont là. Je pense que nous avons encore un petit avenir devant nous »

Avez-vous peur qu’Ici tout commence grignote un peu votre audience ?

Au contraire, je pense que c’est porteur. C’est la même production, c’est encore un projet qui est dans le même format mais qui diffère aussi beaucoup. Il est plus axé sur les jeunes, il est dans un décor unique avec une image différente. Je pars du principe qu’il y en a pour tout le monde et ça crée encore des emplois donc c’est chouette.

Espérez-vous plus de passerelles entre Demain nous appartient et Ici tout commence pour retrouver votre fils de fiction ?

Pourquoi pas. On nous avait un peu vendu ces petits allers et retours mais c’est extrêmement compliqué à gérer. Tout d’abord, nous sommes loin physiquement et au niveau de la logistique, c’est un vrai casse-tête avec les plannings. À Noël, nous sommes venus voir Clément à l’Institut. Lui va venir pour le 1 000ème épisode de DNA.

Quel bilan faites-vous alors que la série a atteint la barre des 1 000 épisodes ?

C’est allé tellement vite. Jamais je n’aurais imaginé quatre ans après, être toujours au coeur de la série et tourner ce 1 000ème épisode. C’est extraordinaire, je ne regrette rien du tout. Ma vie a été chamboulée avec cette série, mais de façon tellement positive. Nous réservons une belle surprise au public pour ce 1 000ème épisode. Ce sera un gros tournage avec beaucoup de pression, dans lequel Chloé tiendra une place particulière. Et la famille Delcourt aussi.

Jusqu’à quand peut tenir DNA ?

C’est difficile de répondre. Il est extrêmement important de ne pas se relâcher, de penser au public qui est très jeune donc très averti et exigeant. Rester moderne, être inventif, changer l’image et la musique, changer la façon d’écrire, de filmer les décors… Si on ne se relâche pas, on peut se maintenir très longtemps mais c’est un gros travail.

Avez-vous des envies de cinéma ?

Je n’y pense même pas en fait. J’ai une chance inouïe d’être la comédienne populaire que je suis devenue. Et je n’ai pas de frustration à ce niveau-là. La télé, le cinéma, pour moi je fais le même métier. En France, quand on est un acteur populaire à la télévision, on ne peut pas passer le sas du cinéma. C’est comme ça. Alors qu’a contrario, un acteur populaire au cinéma peut intégrer une série. Il ne faut pas lutter et accepter ce qui arrive. Je me considère tellement chanceuse que je n’ai pas mon mot à dire là-dessus. Si c’était à refaire, je recommencerais tout pareil.

Avez-vous d’autres projets ?

Pour le moment, non. J’ai tourné avec Alex Lutz pour un projet pour Canal+. Il s’agit d’une parodie de La vengeance aux deux visages, qui s’appelle La vengeance au triple galop. J’y interprète le rôle d’une juge complètement décalée. Nous sommes dans une parodie totale, donc c’est très très éloigné de DNA et de Chloé Delcourt. Ce sont des projets courts que je peux faire parce que ça me prend 48 heures. Mais je pourrai difficilement m’engager ailleurs.

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Monaco Hebdo