lundi 18 octobre 2021
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Audrey Fleurot : « Les séries, c’est l’endroit de création par excellence »

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À l’occasion de la 60ème édition du festival de télévision de Monte-Carlo, Monaco Hebdo a rencontré Audrey Fleurot, actrice des séries Engrenages et HPI.

Que pensez-vous de la fin d’Engrenages ?

Je n’aime pas cette fin ! Je ne sais pas si je suis trop censée le dire, mais bon, c’est mon avis personnel. Je trouve ça très normatif, pour un personnage qui ne l’est tellement pas ! Ce qui m’a intéressé dans le personnage de Joséphine, à la base, c’est qu’elle ne ressemblait pas aux personnages que je pouvais voir à la télé. C’était un personnage féminin avec des caractéristiques presque masculines. En tout cas, il y a 15 ans. Et c’est vrai que clore ainsi l’aventure de ce personnage qui a connu tant de rebondissements… J’aurais préféré qu’elle bascule du côté obscur en fait. J’aurais préféré qu’elle quitte le barreau et qu’elle devienne la reine des mafieuses. Enfin je n’en sais rien, mais j’aurais préféré quelque chose de plus dans l’ADN de la série. Face à tant d’échecs, j’aurais trouvé ça fort qu’elle rende la robe.

Et les autres acteurs de la série ?

Je sais que Caro [Caroline Proust – NDLR] voulait que son personnage (Laure Berthaud) meure. On était tous partis sur des trucs un peu « dark » [sombre — NDLR]. Et il y a eu une volonté générale de finir sur quelque chose de plus lumineux. Mais bon, personnellement, l’idée que l’ouverture finale, concernant mon personnage, soit dans quelque chose d’aussi normatif qu’une histoire d’amour avec ce mec qui est à ses côtés depuis tellement longtemps, qui est du même métier qu’elle, j’ai trouvé ça un peu décevant.

Avez-vous eu votre mot à dire quant à l’évolution de votre personnage ?

En tant qu’actrice, c’est le genre de série dont on attend le prochain script de la nouvelle saison avec l’impatience d’un enfant un matin de Noël. On se demande bien ce qui attend notre personnage. Parfois, on est étonné de façon positive et parfois, il y a des déceptions par rapport à son propre désir. Mais en même temps, ce n’est pas notre bébé. On fait partie d’un projet plus global. Engrenages est une série chorale. On fait partie d’une grande histoire. Vous êtes au service de ce projet. Ce n’est pas comme sur HPI par exemple, où je suis beaucoup plus investie, où je porte la série. S’il y a quelque chose à laquelle je n’adhère pas, je peux dire non.

« [Dans la série Engrenages] l’idée que l’ouverture finale, concernant mon personnage, soit dans quelque chose d’aussi normatif qu’une histoire d’amour avec ce mec qui est à ses côtés depuis tellement longtemps, qui est du même métier qu’elle, j’ai trouvé ça un peu décevant »

Quelle est la part d’improvisation dans HPI ?

Je n’ai jamais été autant dans l’improvisation. C’est la première fois que j’ai été aussi préparée à un personnage parce que je suis arrivée sur le projet très en amont. J’ai participé aux dialogues et je suis arrivée sur le plateau en connaissant les scénarios comme jamais. Être aussi préparée me donne la liberté de faire des improvisations et comme j’ai rapproché le personnage de mon tempérament, de mon humour… ça me donne aussi cette liberté d’improviser. En tournage, j’essaie donc de maintenir un état de connerie permanent (sic) pour trouver des choses dans l’instant. Ensuite on les garde ou pas, mais il faut fournir.

Le succès de la série HPI n’est-il pas un succès de personnage ?

Oui bien sûr. Mais c’est aussi le cas sur Engrenages. Les gens ont aussi envie à un moment donné de retrouver les personnages auxquels ils se sont attachés. Mais ce n’est pas la même narration. Il y a évidemment les personnages mais il y a aussi l’histoire en elle-même. L’attrait du spectateur est beaucoup plus lié au fait de retrouver son personnage, comme une sorte d’ami, dans de nouvelles aventures. Mais mon désir, c’est aussi que l’enquête soit bien écrite.

Quelles sont les séries qui vous ont marquées quand vous étiez enfant ?

Je suis fille unique, j’ai passé beaucoup de temps devant la télévision. J’ai une grande passion pour MacGyver, dont j’ai revu les épisodes de nombreuses fois. J’étais en crise si je ratais un épisode. Je regardais aussi beaucoup Shérif, fais-moi peur, Madame est servie, Santa Barbara, Alf… C’est fascinant de voir à quel point les séries ont évolué. C’est vraiment aujourd’hui l’endroit de création par excellence, en tout cas plus que le cinéma à l’heure actuelle. C’est un endroit beaucoup plus audacieux, y compris sur les thèmes. Maintenant, on veut le fond et la forme. On veut s’attacher aux personnages, les voir dans leur quotidien. Désormais, le public a besoin que les enquêtes soient mieux ficelées.

« Engrenages est une série chorale. On fait partie d’une grande histoire. Vous êtes au service de ce projet. Ce n’est pas comme sur HPI par exemple, où je suis beaucoup plus investie, où je porte la série. S’il y a quelque chose à laquelle je n’adhère pas, je peux dire non »

Qu’est-ce qui vous a plu dans le scénario de la série Les Combattantes, dans laquelle vous êtes à l’affiche ?

Dans Les Combattantes, ce qui m’a beaucoup plu c’est que ça se passe pendant la guerre 14-18 du point de vue des femmes. On a beaucoup vu les hommes dans les tranchées. La guerre est une matière narrative qui a beaucoup été exploitée mais essentiellement du côté masculin. Et je trouve ça intéressant de voir les femmes qui se mettent à travailler à l’usine, qui se retrouvent infirmières du jour au lendemain… Et il y a aussi le principe même de la grande saga historique, un genre qui me plaît et qui avait un peu disparu. C’est chouette que la télévision renoue avec ce genre.

Vous jouez aussi dans Mensonges : Votre version sera-t-elle différente de la série britannique Liar ?

On m’a proposé plusieurs fois de faire des remakes de série, et j’ai toujours dit non. Quand l’originale me plaît, je trouve ça un peu absurde et tétanisant de vouloir faire une autre version. Je préfère faire des créations. Mais j’ai trouvé Liar perfectible. La série m’a à la fois accrochée et énervée. Le fait que le personnage féminin soit très « victimisé » m’énerve. J’ai envie de la rendre plus forte.

« C’est fascinant de voir à quel point les séries ont évolué. C’est vraiment aujourd’hui l’endroit de création par excellence, en tout cas plus que le cinéma à l’heure actuelle. C’est un endroit beaucoup plus audacieux, y compris sur les thèmes »

À quel point êtes-vous impliquée dans Kaamelott et avez-vous retrouvé l’ambiance de la série pendant le tournage du film ?

J’ai totalement retrouvé l’ambiance de la série étant donné qu’on vous donne le texte au maquillage comme à la grande époque, avec beaucoup plus de moyens. Le processus de fabrication est exactement le même. Le côté troupe de théâtre, on improvise un peu tout… c’est assez drôle. Je suis contente d’en faire partie mais j’avais en tout et pour tout deux jours de libre. Je n’ai pas vu le film et nous n’avons pas eu de scénario. On va donc totalement le découvrir. J’aurais été hyper-déçue de ne pas réussir à me libérer pour venir faire un clin d’œil car je suis très attachée au projet et à l’équipe.

Comment analysez-vous l’essor des séries françaises ?

J’ai eu la chance d’arriver au moment où l’exigence a commencé à être différente. On voit bien que les acteurs du cinéma viennent de plus en plus à la télé. Là où c’était totalement inconcevable il y a 15 ans. J’ai bénéficié du début de l’âge d’or et j’ai eu la chance d’avoir les bons projets entre les mains. Mais après, l’amélioration des séries est très liée à la mondialisation. Les plateformes [de streaming — NDLR] nous ont donné accès à énormément de séries du monde entier. C’est de plus en plus compétitif, et donc le degré d’exigence mondial a augmenté. C’est aussi un milieu qui génère beaucoup d’argent et d’enthousiasme, donc c’est le niveau global international des séries qui a monté dans tous les pays. Nous avons juste suivi et bénéficié de ce mouvement mondial dont nous ne pouvons que nous réjouir.

Vous avez incarné plusieurs personnages devenus iconiques : lequel préférez-vous ?

Celui qui me touche le plus, c’est Morgane Alvaro [son rôle dans la série HPI – NDLR] parce que je vis toujours un peu avec elle dans un coin de ma tête. J’y suis plus attachée, parce que mon niveau d’investissement dans le processus est plus important. Et Morgane est aussi le personnage le plus proche de moi. Je suis tellement contente du succès de cette série. Ce dont je suis le plus fière, c’est de voir qu’elle touche les enfants, le cœur de cible de TF1 mais aussi des gens qui n’allaient pas vers ce genre de série, ni vers TF1.

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Monaco Hebdo