jeudi 5 août 2021
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Laurent Puons :
« La 60ème édition du Festival de télévision sera un très bon cru »

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Après une année blanche pour cause de Covid-19, le Festival de télévision de Monte-Carlo fait son grand retour au Grimaldi Forum du 18 au 22 juin 2021.

Et pour cette 60ème édition, le programme s’annonce riche et dense avec 27 programmes en lice pour une Nymphe d’Or, trois avant-premières mondiales et une pléiade de stars européennes. Laurent Puons, vice-président délégué du festival, revient pour Monaco Hebdo sur les coulisses de cette édition pas comme les autres. Interview.

Quel sentiment prédomine à l’approche du festival ?

Si l’on tient compte de la pandémie de Covid-19, on peut dire que la 60ème édition du Festival de télévision sera un très bon cru. Le festival sera beaucoup plus orienté Europe, avec une participation quasi-nulle des Américains. Mais ce sera un très bon cru, car le contenu est égal aux années passées.

Comment avez-vous procédé pour organiser un événement dans ce contexte particulier de crise sanitaire ?

La solution de facilité aurait été de ne rien faire et d’attendre de voir comment les choses allaient évoluer. Mais nous ne pouvions pas nous le permettre car nous ne pouvons pas préparer un événement comme le Festival de télévision en deux mois. Comme pour tous les événements de Monaco Mediax [organisateur de l’événement — NDLR] qui, malheureusement à ce jour, n’ont pas pu se tenir, sauf les Sportel Awards, nous avons travaillé dans le but de faire l’événement avec systématiquement un plan B, voire un plan C. Nous avons à chaque fois dû travailler avec une double stratégie. Ça a été un cauchemar d’organiser un événement dans des conditions pareilles.

« La 60ème édition sera sûrement moins festive pour des raisons de sécurité autour du Covid, mais elle tiendra bien la route »

Laurent Puons, vice-président délégué du festival de télévision de Monte-Carlo

N’avez-vous pas peur de dégrader l’image du festival ?

Non pas du tout, parce que l’événement ne va pas être dégradé. Nous sommes en attente de belles surprises. Nous attendons encore certaines confirmations qui vont faire de cette édition, une édition de très haut niveau en tenant compte du contexte. Nous avons un contenu très riche, notamment en événements spéciaux, avec un nouveau format de compétition. Parmi les 9 programmes sélectionnés, trois sont des avant-premières mondiales. En plus, les acteurs seront sur place. Cette édition fera la part belle aux acteurs, actrices et producteurs européens. Elle permettra de démontrer qu’en Europe, la production des séries est très importante et de qualité. La 60ème édition sera sûrement moins festive pour des raisons de sécurité autour du Covid, mais elle tiendra bien la route.

À quel genre de festival faut-il s’attendre cette année ?

La soirée d’ouverture sera comme d’habitude suivie d’un after. Mais en tenant compte des mesures sanitaires. C’est-à-dire qu’au lieu d’avoir 400 personnes, nous serons 200 avec des tables de six. Au lieu d’avoir des buffets, les services se feront assis. Il n’y aura pas de DJ. Ce qui va vraiment impacter le festival, c’est son côté festif. C’est malheureux, mais nous n’avons pas le choix. Si le festival, qui va se dérouler en majeure partie en plein air, permet à tous nos invités de retrouver un peu de liberté, si nous arrivons à les faire rêver sans pour autant que ce soit aussi festif que par le passé… nous aurons gagné notre pari.

Les fans pourront-ils approcher les invités ?

Nous avons mis en place sur l’esplanade [du Grimaldi Forum — NDLR] un système de roulement des fans avec des distances, un nombre de personnes limité, des filtres pour savoir s’ils ont bien le PCR ou le vaccin… Il faudra faire preuve de savoir-vivre et de bon sens, mais nous prévoyons la possibilité à tous les fans, de rencontrer durant le tapis rouge les différents acteurs, actrices et producteurs. Il y aura une table avec des stylos désinfectés pour les autographes. Toutes les mesures sanitaires seront mises en œuvre à la lettre. Après, nos invités auront le choix. Nous ne leur imposerons pas d’aller signer des autographes. Le selfie collé joue contre joue, il est certain que ça risque d’être compliqué.

© Monaco Mediax

« Nous avons mis en place un tas de mesures qui va amener le festival, année après année, à un événement le plus environnemental possible »

Laurent Puons, vice-président délégué du festival de télévision de Monte-Carlo

Allez-vous demander des tests PCR aux fans ?

Nous suivons la réglementation imposée par le gouvernement monégasque. Nous verrons au 18 juin quelles seront les mesures parce que je pense qu’elles peuvent évoluer. Peut-être qu’elles seront allégées ou au contraire renforcées. Nous ferons avec. Aujourd’hui [l’interview a été réalisée le 27 mai 2021 — NDLR], il est trop difficile pour moi de dire ce qui va être fait. Nous communiquons les mesures à nos invités et aux fans. Si les gens ne veulent pas se faire tester, ils ne viendront pas. À ce jour, ce sont ces conditions. On ne peut pas se permettre de jouer avec ça.

Les fans pourront-ils assister aux projections ?

Grâce au nouveau format de la compétition, les 9 sélectionnés pour les Nymphes d’Or seront projetés tout au long de la manifestation. Et il est prévu la possibilité au public, aux professionnels ainsi qu’à la presse d’assister à ces projections. Parfois, cela se fera en présence du cast [des acteurs — NDLR], notamment pour les trois avant-premières mondiales. Mais le public pourra assister à ces projections ainsi qu’à celle d’ouverture en avant-première mondiale de la série sud-africaine Reyka. Ils pourront également assister à tous les événements publics, dans le respect des mesures sanitaires.

Quel sera le protocole pour les projections ?

À ce jour, en collaboration avec le Grimaldi Forum, c’est un siège sur deux avec le masque. Les sièges seront désinfectés entre chaque projection et entre chaque conférence de presse. Nous avons un budget Covid car la mise en œuvre de ces mesures coûte énormément d’argent.

Quelles sont les trois avant-premières mondiales au programme cette année ?

Trois séries retenues dans la compétition sont des avant-premières mondiales : ANA All In (Espagne), Line in the Sand (Israël), The Defender (République Tchèque). Les six autres sont des avant-premières européennes ou uniquement françaises. Cela montre toute la richesse de la production en Europe. À l’exception de 2019, où nous avions débuté avec une avant-première européenne, le Festival de télévision a systématiquement ouvert avec une avant-première mondiale.

Pourquoi avoir choisi une série sud-africaine, Reyka, en ouverture ?

Compte tenu de la notoriété acquise par cette manifestation, beaucoup de studios veulent être projetés en avant-première à l’ouverture du festival. À la base, nous souhaitions projeter une production d’Amazon. La productrice principale est très connue mais le problème, c’est qu’elle vit aux États-Unis. Il y avait donc un risque pour qu’elle ne soit pas présente le jour J. Et même si j’aime prendre des risques, il fallait assurer. Fremantle nous a ensuite proposé cette série sud-africaine. L’histoire est belle, c’est un studio que nous connaissons, il y a aussi le lien avec la princesse Charlène et nous n’avions jamais ouvert avec une production sud-africaine. Donc nous avons accepté.

La thématique environnementale sera encore très présente cette année avec notamment l’avant-première mondiale du documentaire Lions, bones and bullets (1) ?

Le prince Albert II est notre président d’honneur. Nous avons mis en place un partenariat avec sa fondation. Et dans le cadre de celui-ci, nous projetterons ce film en avant-première mondiale en présence du producteur [Richard Peirce — NDLR]. Le festival s’oriente également comme un événement « vert ».

C’est-à-dire ?

Nous avons par exemple passé un partenariat avec des boissons qui font des emballages recyclables. Nous ne faisons plus aucune invitation papier, nous n’imprimons plus… Nous avons mis en place un tas de mesures qui va amener le festival, année après année, à un événement le plus environnemental possible. Et nous allons continuer cette démarche pendant les Sportel Awards.

« Trois séries retenues dans la compétition sont des avant-premières mondiales : ANA All In (Espagne), Line in the Sand (Israël), The Defender (République Tchèque). Les six autres sont des avant-premières européennes ou uniquement françaises. Cela montre toute la richesse de la production en Europe »

Laurent Puons, vice-président délégué du festival de télévision de Monte-Carlo

Faire venir en principauté des acteurs du monde entier ne va-t-il pas à l’encontre de cette démarche environnementale ?

Malheureusement, nous serons toujours obligés de voyager, mais moins qu’avant. Pour essayer de compenser un petit peu, si tout le monde essaie de mettre en place certaines mesures pour préserver l’environnement, ce sera toujours une pierre supplémentaire à l’édifice.

Comment élaborez-vous la sélection des Nymphes d’Or ?

Nous avons deux comités de présélection. Nous avons d’abord un comité par région (États-Unis, Europe du Nord, Asie…) composé de conseillers et de consultants. Dans chaque région, des professionnels essaient de nous dénicher la série qui va avoir le petit plus. Une fois que toutes ces œuvres sont rassemblées, un premier tri est effectué. Et ensuite, il y a un deuxième niveau de présélection où on va réaliser la sélection officielle des neuf programmes en fiction.

Vous recevez beaucoup de candidatures ?

Oui beaucoup. D’ailleurs, cette année nous n’avons pas eu de baisse significative. À une dizaine près, c’est sensiblement le même nombre que l’an dernier.

Quels sont les critères à remplir pour pouvoir participer ?

Il faut déjà que ce soit le premier épisode de la première saison juste avant le festival. Il ne faut pas que cela ait été diffusé jusqu’au festival. Ce qui évite d’avoir systématiquement la même série ou le même acteur qui gagne pendant des années. On peut ainsi être dénicheur de talents puisqu’en récompensant le premier épisode, la première saison, on peut espérer chaque année avoir un talent qui crève l’écran.

Et pour la sélection “actualité” ?

Il existe plusieurs catégories (films documentaires, grands reportages d’actualités, reportages d’actualités) avec également un comité de présélection. Et comme pour la fiction, nous avons un jury sur place qui va décerner les Nymphes d’Or.

Comment sélectionnez-vous les membres du jury ?

Nous essayons d’être le plus international possible. Cette année, c’est plus compliqué [à cause de la crise sanitaire — NDLR]. Nous essayons d’avoir un mélange de professionnels et d’acteurs-actrices pour apporter une touche un peu glamour. Cette année, malgré tout, le jury est très relevé. Il y a des professionnels mais aussi deux acteurs dont Joey Starr et Arnaud Ducret. Ensuite, il y a des producteurs, des scénaristes… Cette année, le président est Mans Marlind. Ce producteur et réalisateur suédois a notamment produit The Bridge, Midnight Sun [Jour polaire, en français — NDLR] et Shadowplay.

« De plus en plus de professionnels venaient sur la manifestation au travers de la compétition. […] J’ai donc voulu leur offrir un espace où ils peuvent échanger, discuter et, pourquoi pas, faire une overview [aperçu — NDLR] de la production et de la réalisation internationale »

Laurent Puons, vice-président délégué du festival de télévision de Monte-Carlo

Vous attribuez également chaque année une Nymphe de Cristal, qui récompense un acteur ou une actrice majeur de la télévision international. À qui sera-t-elle attribuée cette année ?

La Nymphe de Cristal sera remise à Tchéky Karyo. Il rassemble tous les éléments pour avoir cette récompense puisqu’il a été un des rares Français à s’expatrier aux États-Unis. Il a quand même joué dans Bad Boys, dans The Patriot… Il est capable de jouer aussi bien un tueur fou dans La Balance que dans Belle et Sébastien. Et depuis une dizaine d’années, il s’est reconverti à la télévision. Il tourne beaucoup à Londres, notamment dans Baptiste qui est une série qui s’exporte internationalement. On taxe souvent le festival d’être pro-américain, en le choisissant on démontre aussi qu’en France, nous avons nos Michael Douglas. Car pour moi, c’est un acteur qui s’est bien vendu à l’international, notamment aux États-Unis. Et ils sont peu nombreux à avoir réussi à le faire.

Quel est votre coup de cœur cette année ?

C’est la Nymphe de Cristal, Tchéky Karyo. Sur le contenu, la série diffusée en ouverture (Reyka) sera très bien. Dans la compétition, la série anglaise It’s a sin est très bien aussi. Après, c’est difficile car il y a de très bonnes séries.

Quelles sont les nouveautés du festival ?

Nous avons décidé d’ajouter une partie business au contenu du festival : le business content. Il s’agit d’un programme de conférences qui vont se tenir en présentiel et aussi en virtuel pour les intervenants américains. Nous avons déjà vendu des pass à des professionnels donc ça prouve qu’il y a une véritable envie pour les gens de retrouver une partie de leur liberté et que la notoriété acquise par le festival donne envie aux personnes, qu’elles soient professionnelles, acteurs, actrices ou même les fans, de venir au festival.

Pourquoi avez-vous créé ces rendez-vous entre professionnels ?

De plus en plus de professionnels venaient sur la manifestation au travers de la compétition. Un de mes objectifs quand j’ai pris la tête du festival [en 2012 – NDLR], c’était de continuer à développer la compétition qui est le cœur du festival. Nous avons transformé la compétition, nous avons effectué plusieurs changements qui ont fait que la compétition a attiré de plus en plus de professionnels. J’ai donc voulu leur offrir un espace où ils peuvent échanger, discuter et, pourquoi pas, faire une overview [aperçu – NDLR] de la production et de la réalisation internationale. Pour les 60 ans, nous avons donc lancé le business content.

À quoi donne accès le pass pro ?

Il permet d’accéder au business content, à une plateforme de mise en rendez-vous et également au business lounge, qui est un lieu confortable, convivial qui permettra à tous ces professionnels de se rencontrer, discuter, faire du business dans d’autres conditions car le festival n’est pas un marché. Créer un cycle de conférences comme cela se fait au Festival de Cannes, au MIPCOM ou MIPTV, ce n’est pas non plus notre objectif. On se différencie en mettant en place ce business content, on va travailler sur la qualité. L’objectif, c’est d’ici un ou deux ans d’avoir une centaine de personnes payantes avec des conférences de haut niveau.

D’autres nouveautés ?

Le format de la compétition change. Auparavant, nous avions par exemple 24 nommés dans plusieurs catégories. Nous avons désormais regroupé plusieurs catégories et nous avons une sélection officielle. Et le fait d’avoir neuf programmes nous permet de les projeter en totalité. Avant il y avait trois jurys, aujourd’hui il n’y en a plus qu’un. Nous les avons regroupés pour donner encore plus d’importance. Nous avons fait des changements importants pour évoluer avec notre temps. Auparavant, nous ne pouvions pas projeter les 24 œuvres. En revanche, neuf c’est réalisable. Je mise beaucoup sur cette réforme pour porter la compétition à un niveau supérieur.

A-t-il été plus difficile de convaincre les acteurs et actrices de venir en raison du contexte sanitaire ?

Non pas du tout. Au contraire, nous sommes le premier festival de l’année dans un pays où la crise du Covid a été exceptionnellement bien gérée. Nous avons tout de suite senti une envie de tous nos invités, quel que soit le pays, de venir à Monaco. Une fois qu’on est venu au festival, on a vraiment envie d’y revenir. Parce qu’on est un family event [événement familial – NDLR] et l’atmosphère y est unique.

Le festival fête ses 60 ans cette année, quel est votre meilleur souvenir ?

Un bon souvenir, c’est quand le souverain a remis la Nymphe d’honneur à Jerry Bruckheimer en 2014. Accueillir Jerry Bruckheimer au Festival de Télévision pour une Nymphe d’honneur, c’était énorme pour moi. Un autre grand souvenir, c’est quand j’ai rencontré Desmond Tutu Prix Nobel de la paix. Ce sont deux personnes que j’ai beaucoup appréciées. Sinon en 2019, lors de la soirée de clôture, j’étais en loge avec le souverain et Michael Douglas. Le souverain discutait avec l’accompagnant de Michael Douglas et moi, je discutais avec l’acteur. À un moment, je me suis dit : « tu es dans la loge princière et tu discutes avec Michael Douglas ». C’était fou.

« Tom Hanks ? Ça fait deux-trois ans qu’on y travaille, je ne lâcherai pas. J’estime aujourd’hui que Tom Hanks en termes de Nymphe d’honneur, c’est top »

Laurent Puons, vice-président délégué du festival de télévision de Monte-Carlo

Votre pire souvenir ?

Ce sont les problèmes que j’ai rencontrés avec des acteurs ou actrices qui avaient des revendications qui n’étaient pas légitimes. Je me suis rendu compte qu’il y avait des personnes inintéressantes dans ce milieu. Ils étaient toujours insatisfaits, alors qu’on avait déjà fait pour eux plus que pour d’autres. Finalement, on aurait mieux fait de ne rien faire du tout car ce sont des insatisfaits.

Comment faites-vous pour convaincre toutes ces stars de venir au festival ?

La destination Monaco plaît. Elle fait rêver, notamment les Américains. Pendant le règne du prince Rainier et de la princesse Grace, des sommités sont venues au Festival de télévision. Il y avait un lien avec l’Amérique qui était déjà très fort à l’époque. Ensuite, tout un travail a été fait depuis vingt ans, d’abord par David Tomatis qui se rendait deux à trois fois par an aux États-Unis. Une relation de confiance s’est installée avec les studios américains et européens. Ensuite, j’ai repris le flambeau et j’ai continué dans cette voie en développant la participation. Et depuis que j’ai pris la tête du festival, je travaille en collaboration avec un producteur américain, Gary Pudney. Il a le contact avec tous les agents des stars. Je n’ai pas honte de le dire, Michael Douglas, Helen Mirren, Jerry Bruckheimer c’est lui.

Quelle star rêveriez-vous d’accueillir sur le festival ?

Tom Hanks. Ça fait deux-trois ans qu’on y travaille, je ne lâcherai pas. J’estime aujourd’hui que Tom Hanks en termes de Nymphe d’honneur, c’est top. C’est un producteur de séries, réalisateur… Il a tout fait.

(1) Le documentaire Lions, Bones & Bullets révèle les coulisses d’un trafic international d’animaux sauvages. Il sera projeté lundi 21 juin 2021, à 19 heures, au Grimaldi Forum.

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