lundi 17 janvier 2022
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« Faire du théâtre populaire élitiste »

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Anthéa Sogno explique et défend la programmation 2015-2016 de son théâtre des Muses.

 

« Même si on travaille comme des fous, on vit un rêve éveillé. » Depuis l’ouverture de son théâtre en 2012, Anthéa Sogno doit réfléchir à la meilleure manière de remplir son petit théâtre de seulement 100 places. Avec une logique ambitieuse : « Faire du théâtre populaire élitiste », lance la directrice de cette salle. L’an dernier, le théâtre des Muses a attiré 14 035 spectateurs. « Il en faudrait plus… Mais pour un petit théâtre privé qui en est à sa troisième saison, je crois que c’est presque du jamais vu ». Pour la saison 2015-2016, l’objectif est simple : attirer 1 000 spectateurs de plus. Par la suite, « gagner 1 000 spectateurs chaque année, ce serait formidable ». Il faut en tout cas se débrouiller avec un budget de fonctionnement très réduit. Au théâtre des Muses, on essaie donc de faire beaucoup, avec peu. « Je fais le boulot de 4 ou 5 personnes, explique Anthéa Sogno. On a aussi une caissière, qui est là en permanence. C’est une passionnée qui ne compte pas ses heures. Et notre régisseur, Alain Cheval. C’est tout. Je m’appuie aussi sur ma famille et des bénévoles qui nous aident beaucoup ». Sinon, c’est un peu le système D qui prévaut. « Certains spectateurs sont des mordus de théâtre. D’ailleurs, ils nous aident lorsqu’il faut aller chercher certains artistes à l’aéroport ou à la gare. De plus, on a un appartement dans lequel on peut loger les artistes. Ce qui nous permet d’économiser les frais d’hébergement et de restauration ».

 

« Masques à gaz »

Pour répondre à son exigence de théâtre « populaire élitiste », Anthéa Sogno a construit une programmation 2015-2016 selon une logique assez précise : « A part avec des comédiens de la trempe de Raymond Devos (1922-2006) ou de Bernard Azimuth, je n’aime pas les one-man-shows. Vous n’en verrez donc pas au théâtre des Muses. Pas plus que des pièces de café-théâtre faciles, du genre Ma voisine ne suce pas que de la glace ou Ma colocataire est encore une garce ». Le sillon qui intéresse Anthéa Sogno est plus proche de Sacha Guitry (1885-1957) ou d’un « Georges Feydeau (1862-1921) moderne. J’aime les pièces drôles, sans vulgarité et qui donnent matière à penser. Je cherche à divertir en apprenant. J’aime que les spectateurs ressortent de mon théâtre avec quelque chose de plus ». Une pause. Puis, elle reprend : « L’objectif, c’est toujours de construire une saison éclectique et excellente. L’idée, c’est d’amener les spectateurs venus pour une pièce comique vers des choses plus fines et plus profondes. » Exemple : Qui es-tu Fritz Haber ?, une pièce proposée l’an dernier avec une série de questionnements autour de ce chimiste juif allemand qui a inventé des gaz toxiques utilisés notamment pendant la Première guerre mondiale. « Sur les tracts pour cette pièce, il y avait des masques à gaz… », se souvient Anthéa Sogno.

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Nuit gravement au Salut © Photo L’instant d’un regard

 

Tuyauterie

Cette saison 2015-2016 (1) a débuté le 10 octobre avec Philippe Caubère et son Bac 68 (voir Monaco Hebdo n° 940) : « Avoir cet artiste dans un si petit théâtre, ça relève de la magie. C’est aussi un énorme privilège ». Elle prendra fin le 5 juin avec Sophie Forte, accompagnée de Didier Constant pour Le Chaman et moi. Dans l’intervalle, on pourra se laisser tenter par Sœur Emmanuelle, sur une mise en scène de Michael Lonsdale. A noter aussi le retour de Thomas le Douarec avec Le Portrait de Dorian Gray. Ou d’Eric Metayer, avec cette fois Des Cailloux Plein les Poches. La pièce Fabrice Luchini et moi d’Olivier Sauton, devrait aussi être un autre temps fort de cette saison 2015-2016. Même chose pour Rupture à domicile, avec Olivier Sitruk, qui devrait attirer pas mal de monde. Ou encore pour Coup de Foudre, une création collective mise en scène par Laureline Collavizza et Une Diva à Sarcelles, une comédie dramatique de Virginie Lemoine, qui assure aussi la mise en scène. « Maintenant, on a des compagnies suisses et belges qui viennent », souligne Sogno. Les Belges seront représentés par Philippe de Blasband et sa Tuyauterie. Francis Lalanne viendra jouer De Mémoire Amoureuse, pour un spectacle à mi-chemin entre le récital de poésie et le concert acoustique.

 

(1) Retrouvez l’intégralité de la programmation 2015-2016 sur theatredesmuses.fr.

 

Théâtre des Muses, 45 A, boulevard du Jardin Exotique, Monaco. Tarifs : de 17 à 28 euros (plein tarif). Abonnements : de 54 à 330 euros, selon le nombre de spectacles et les éventuelles réductions. Réservations : 97 98 10 93.

 

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