mardi 18 janvier 2022
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Culture Sélection de décembre 2021

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

Depeche Mode 101

De D. A. Pennebaker, Chris Hegedus et David Dawkins

Mythique. D’octobre 1987 à juin 1988, le groupe Depeche Mode s’est lancé dans une tournée mondiale, conclue par un concert mythique au Rose Bowl de Pasadena (Californie). Ce 101ème et dernier concert du Music for the Masses Tour s’est déroulé le 18 juin 1988, devant plus de 66 000 fans. Cette luxueuse réédition de leur album live 101, sorti en 1989, allie musique et images. Derrière la caméra, le documentariste américain D.A. Pennebaker (1925-2019), connu pour avoir suivi la tournée anglaise de Bob Dylan en 1965 (Don’t Look Back). Épaulé par Chris Hegedus et David Dawkins, il filme cet ultime concert, mais aussi le parcours de fans embarqués dans cette tournée. Ce monument de la pop culture bénéficie d’une restauration en 4K, couplée à une série de passionnants bonus. Notamment des titres inédits et des images signées Anton Corbjin, artiste et photographe néerlandais, qui travaille avec Depeche Mode depuis 1986.

101, de D. A. Pennebaker, Chris Hegedus et David Dawkins (États-Unis, 1989, 1h57), 94,99 euros (édition Deluxe limitée, 5 CD et Blurays).

The Hand of God

De Paolo Sorrentino

Maradona. Né à Naples, Paolo Sorrentino signe ici son premier film pour Netflix. Le réalisateur de La Grande Bellezza (2013), de Youth (2015), et de la très réussie mini-série The Young Pope (2016) et The New Pope (2020), raconte son enfance à Naples, dans les années 1980. Adolescent mal dans sa peau, Fabietto Schisa grandit dans une famille frappée par la mort, suite à la disparition accidentelle de ses parents. À cette époque, de 1984 à 1992, la star du football mondial, l’Argentin Diego Maradona (1960-2020), joue à Naples. « Maradona n’est pas simplement un joueur de football. Il était capable de transcender la réalité, et il a été ma première chance de me confronter avec l’art », a expliqué à l’AFP Paolo Sorrentino, 51 ans, à Venise, où il a décroché l’Ours d’Argent pour ce film. Maradona a sauvé la vie de Sorrentino, au propre et au figuré. The Hand of God est un grand film, qui explique brillamment comment.

The Hand of God, de Paolo Sorrentino, avec Filippo Scotti, Toni Servillo, Teresa Saponangelo (ITA, 2021, 2h14). Sur Netflix.

Le Sommet des Dieux

De Patrick Imbert

Everest. Il y a des passions qui confinent à la folie et dont on ne revient pas. Patrick Imbert le démontre, en adaptant l’histoire de l’alpiniste Habu Jôji, l’un des protagonistes du Sommet des Dieux, un célèbre manga de Jirō Taniguchi, publié en plusieurs tomes au début des années 2000. Le réalisateur de l’excellent Le Grand Méchant Renard et autres contes… (2017), nous livre un magnifique film d’animation, qui met en avant cette quête extrême, dans un cadre alpin aussi sublime que dangereux. Fukamachi, un journaliste japonais expert du sport alpin, croise Habu Jôji, un alpiniste que l’on croyait mort. Dans ses mains, Fukamachi croit voir un appareil photo qui aurait appartenu à un alpiniste membre d’une équipe qui aurait tutoyé le sommet de l’Everest, en 1924. Il décide de se lancer à la recherche de la vérité.

Le Sommet des Dieux, de Patrick Imbert, avec Lazare Herson-Macarel, Eric Herson-Macarel, Damien Boisseau (FRA, 1h35, 2021), 19,99 euros (DVD), 29,99 euros (Bluray). Sortie le 26 janvier 2022.

Dune

De Denis Villeneuve

Epice. Bien évidemment, l’attente était énorme, et la pression maximale. Comment Denis Villeneuve allait-il succéder au Dune de David Lynch, sorti en 1984, et adapté du célèbre roman de science-fiction de Frank Herbert (1920-1986), publié en 1965 ? « Brillamment », est-on tenté de répondre. Denis Villeneuve est en effet parvenu à imaginer un univers construit autour d’une esthétique qui place Dune à distance des blockbusters américains. Il faut d’ailleurs absolument voir ce film au cinéma, tant l’immersion offerte par un très grand écran et un dispositif sonore immersif est nécessaire. Les tableaux qui s’enchaînent sont d’une beauté à couper le souffle. On retrouve avec plaisir les Fremen, la maison Atréides, les Harkonnen, et, bien sûr, l’épice sacrée. On attend donc avec impatience la suite de cette très réussie première partie.

Dune, de Denis Villeneuve, avec Timothée Chalamet, Rebecca Ferguson, Oscar Isaac (USA, 2h36, 2021), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Bluray), 34,99 euros (Bluray 4K). Sortie le 26 janvier 2022.

Adultère

de Yves Ravey

Plan. Dix-septième roman pour Yves Ravey, qui nous embarque dans une histoire de règlement de compte à suspense. Jean Seghers, le patron d’une station-service se retrouve en faillite, et, alors que son veilleur de nuit et mécanicien lui réclame le solde de ses indemnités, il soupçonne que sa femme ne le trompe avec le président du tribunal de commerce. Ce qui pourrait, au final, arranger ses affaires. À moins qu’elle ne le trompe avec quelqu’un d’autre ? Et dans cette hypothèse, ce sont des envies de vengeance qui font peu à peu leur apparition. Sous ses airs de polar, Adultère dresse un impitoyable inventaire des travers humains, et de leur face la plus sombre. Le plan échafaudé par Seghers pour récupérer sa femme et résoudre ses problèmes financiers l’atteste.

Adultère de Yves Ravey (Les éditions de Minuit), 144 pages, 11 euros (numérique), 14,50 euros (format « papier »).

Ce qu’elles disent

De Miriam Toews

Féministe. L’histoire se déroule dans la communauté mennonite, fictive, de Molotschna. Lorsqu’une affaire de viols collectifs éclate, huit femmes décident de se rapprocher pour parler et évoquer la conduite à tenir. En parallèle, les hommes du village se sont rendus en ville, afin de faire libérer sous caution les agresseurs présumés. Cette absence offre à ces femmes quarante-huit heures pour prendre une décision. Miriam Toews utilise des faits réels pour bâtir la problématique de ce passionnant roman. Que faire dans une telle situation ? Faut-il condamner et fuir par souci de sécurité ? Faut-il pardonner ? Quelles relations peuvent entretenir victimes et coupables ? Ce qu’elles disent critique le système patriarcal et, en cela, il résonne de façon très actuelle, porté par sa vision féministe.

Ce qu’elles disent de Miriam Toews, traduit de l’anglais (Canada) par Lori Saint-Martin et Paul Gagné (Buchet-Chastel), 240 pages, 19 euros.

La Nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles

de Joyce Carol Oates

Réaction. Pour cette fin 2021, on pourra doubler la dose de Joyce Carol Oates. En effet, en plus de ce livre, on pourra aussi se plonger dans le recueil de nouvelles Beaux jours (Philippe Rey, 416 pages, 14 euros (numérique), 21 euros (format « papier »)). La Nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles débute par une mort, celle de John Earle McClaren. Cet ancien maire d’Hammond, dans l’État de New York, est victime d’un tir de Taser, alors qu’il s’interpose entre deux policiers et un jeune Indien. Joyce Carol Oates s’intéresse alors à la réaction des cinq enfants de John Earle McClaren, et à celle de sa femme, Jessalyn. Chacun s’exprime selon ses convictions, son parcours et ses secrets, aussi. Sur plus de 900 pages, Oates nous plonge dans ces sept vies, aussi diverses que passionnantes.

La Nuit. Le sommeil. La mort. Les étoiles, de Joyce Carol Oates, traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban (Philippe Rey), 924 pages, 17 euros (numérique), 25 euros (format « papier »).

L’Entaille

D’Antoine Maillard

Errances. Antoine Maillard est diplômé des arts décoratifs de Strasbourg. Il est aussi illustrateur pour le New York Times ou le New Yorker, et il a signé en 2021 sa première bande dessinée (BD). Derrière L’Entaille, il y a huit ans de travail. Les prémices remontent à la période où il fréquentait l’École européenne supérieure de l’image d’Angoulême. Le récit est construit autour d’un tueur qui fait régner l’angoisse dans une ville côtière des États-Unis. Fan de films d’horreur, Antoine Maillard utilise la matière et les codes apportés par ce genre pour braquer son projecteur sur la jeunesse américaine et ses errances. Son trait rappelle notamment le travail du peintre et graveur américain Edward Hopper (1882-1967), et du photographe américain, Gregory Crewdson. L’Entaille est aussi une BD qui appelle à la contemplation et à la rêverie, faisant de cet album un incontournable pour cette fin d’année 2021.

L’Entaille, d’Antoine Maillard (Cornélius), 152 pages, 25,50 euros.

Dessiner encore

De Coco

Mémoire. Il s’est écoulé six ans depuis les attentats qui ont frappé Charlie Hebdo. Si la dessinatrice Coco n’a pas été physiquement blessée, elle a été dévastée par le poids de la culpabilité. Menacée, elle a été contrainte à déverrouiller un digicode, et à laisser pénétrer les tueurs dans la rédaction. Dans Dessiner encore, Coco consacre quelques cases à ce très douloureux épisode, qui la hante encore. Elle évoque aussi le scénario, et ce qu’il serait advenu, si elle avait refusé d’obéir aux terroristes. Intitulé « et si… » ce moment est une suite de vignettes entrecoupées par des cases rouge sang, qui font écho à la confusion mentale dans laquelle elle a alors été plongée. Avec Dessiner encore, Coco accomplit aussi un important travail de mémoire [à ce sujet, lire l’interview de l’historien et chercheur au CNRS, Denis Peschanski : Mémoire des attentats du 13 novembre 2015 « Un grand récit partagé va peut-être se construire », publiée dans Monaco Hebdo n° 1218 — NDLR].

Dessiner encore, de Coco (Les Arènes), 350 pages, 28 euros.

KiCk i / KiCk ii / KiCk iii /kiCK iiii / kiCK iiiii

Arca

Extravagant. Lancé en 2020, Kick, le projet d’anthologie de la Vénézuélienne Arca (Alejandra Ghersi) a accéléré la cadence. En 2021, Arca a publié les volumes II à V de cette extravagante entreprise. Chaque partie de Kick possède une couleur et une forme qui lui sont propres. Ainsi, Kick iii est plus criard que Kick iiii, qui brille davantage par son calme et son harmonie. Du plus simple et efficace, comme le duo avec Sia sur Born Yesterday, au plus expérimental, avec Skullqueen, Arca ne recule devant rien. Le titre Fireprayer s’impose parmi les moments forts de cette œuvre d’une densité vertigineuse. Un coup d’œil aux invités sur ces quatre disques donne le tournis, puisqu’on y retrouve Rosalía, Björk ou Shygirl. C’est tout aussi riche du côté de la production, avec l’appui de Boys Noize, Machinedrum, ou Cardopusher, notamment. Qualifiée de « diva expérimentale », Arca a fait de Kick une œuvre majeure de cette année 2021.

KiCk i à kiCK iiiii, Arca (XL Recordings/Wagram), 9,99 euros (MP3), 15 euros (CD), 30 euros (vinyle).

Basic Needs (EP)

Minuit Machine

Millimétré. Depuis 2013, le duo composé par Hélène de Thoury et Amandine Stioui enchante. Sous le nom de Minuit Machine, elles proposent une musique électronique à la fois sombre et rythmée. Cette année, elles ont publié un EP, Basic Needs, dans lequel, en seulement trois titres, elles emportent l’adhésion. Le titre Vanity est taillé pour le dancefloor. Dès les premières secondes, les relents technos de ce morceau ne permettent aucune hésitation, et le chant d’Amandine Stioui donne une belle profondeur à l’ensemble. Le morceau titre, Basic Needs, est lui aussi d’une rare efficacité, porté par un tempo millimétré. Enfin, Sisters, plus martial, plus noir, apporte une touche quasi-gothique bienvenue. Seulement trois titres donc pour cet EP, mais Hélène de Thoury et Amandine Stioui ont réussi leur pari. Basic Needs séduit, et donne l’envie d’un album. Peut-être en 2022 ?

Basic Needs (EP), Minuit Machine (Warriorecords), 6,66 euros (sur Bandcamp : minuitmachine.bandcamp.com/album/basic-needs).

Old Friends

New Friends

Nils Frahm

Délicat. Le musicien, compositeur et producteur allemand Nils Frahm, notamment connu pour ses mélanges de musique classique et de musique électronique, nous fait un joli cadeau de fin d’année. Dans son nouveau disque, Old Friends New Friends, il a réuni 23 titres créés entre 2009 et 2021, mais jamais terminés. Tels de vieux amis que Nils Frahm retrouve aujourd’hui, ces morceaux ont donc été achevés cette année. À l’écoute de cet album subtil et délicat, on se dit qu’on a évité le pire : que ces ébauches ne finissent à la poubelle, plutôt que gravées sur un vinyle. À l’arrivée, ce n’est pas tout à fait un nouvel album, ce n’est pas non plus une compilation, mais peu importe, finalement. L’essentiel, c’est qu’à l’écoute de Old Friends New Friends, le plaisir soit total. Et il l’est.

Old Friends New Friends, Nils Frahm (Leiter/Rough Trade), 15,99 euros (MP3), 17,99 euros (CD), 25,99 euros (vinyle).

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