vendredi 27 novembre 2020
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Culture Sélection d’octobre 2020

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et albums.

L’Ombre de Staline d’Agnieszka Holland

“Fake news”. Après être parvenu à réaliser une interview d’Adolf Hitler dès 1933, le jeune journaliste gallois Gareth Jones enchaîne, et part à Moscou pour interroger Staline sur la supposée réussite de la Russie. Refusant de renoncer, avec une abnégation de tous les instants, il parviendra à dénoncer la famine en Ukraine, organisée par Staline, mais sans trouver l’écho recherché. Dans cette histoire vraie, Gareth Jones découvre l’horreur. Il sera à son tour victime de la faim et du froid, mais il résistera. Car pour parvenir à témoigner, il faut vivre. Agnieszka Holland, qui a été l’assistante d’Andrzej Wajda, évoque un sujet finalement très actuel, avec le phénomène des “fake news”. Dans L’Ombre de Staline, les “fake news” proviennent de Walter Duranty (Peter Sarsgaard), journaliste très corruptible du New York Times, qui contredit Gareth Jones pour de sombres intérêts économiques.

L’Ombre de Staline d’Agnieszka Holland, avec James Norton, Vanessa Kirby, Peter Sarsgaard (POL/GB/UKR, 1h58, 2020), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (combo blu-ray+DVD). Sortie le 4 novembre 2020.

Brooklyn Secret d’Isabel Sandoval

Transgenre. Olivia, une migrante transgenre philippine, s’occupe d’Olga une vieille dame russe ashkénaze installée à Brighton Beach, à Brooklyn. Le mariage blanc organisé et payé par Olivia avec un Américain tombe à l’eau, car ce dernier a rencontré une femme dont il est tombé amoureux. C’est alors qu’Olivia rencontre Alex, le petit-fils d’Olga, avec qui l’amour semble possible. Mais Olivia ne dit rien de sa transformation à son petit ami. Le film autobiographique d’Isabel Sandoval frappe par sa justesse. Comme Olivia, Isabel Sandoval est passée du sexe masculin au féminin il y a une dizaine d’années. Interprété par Eamon Farren – l’un des acteurs principaux de la série The Witcher (2019) diffusée sur Netflix – Alex boit trop d’alcool et manque de sérieux au travail. Se considérant trahi par Olivia, Alex va chercher à prendre sa revanche. Sensible, Brooklyn Secret est aussi un film subtil.

Brooklyn Secret d’Isabel Sandoval, avec Isabel Sandoval, Eamon Farren, Ivory Aquino (USA/PHIL, 1h29, 2020), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 17 novembre 2020.

Exit de Rasmus Kloster Bro

Minimaliste. Alors qu’elle réalise un reportage sur le chantier du métro de Copenhague, Rie, une journaliste danoise, est victime d’un accident. Elle se retrouve coincée dans un sas de décompression avec Bharan et Ivo, deux ouvriers. Un huis clos débute alors, avec pour seul objectif la survie des protagonistes. Minimaliste dans sa forme, de type documentaire, Exit est ambitieux sur le fond. Ramus Kloster Bro remporte son pari, car, enfermé pendant près de 1h30 dans un sas de décompression, on ne s’ennuie pas une seule seconde. Le réalisateur explore les méandres les plus sombres de l’âme humaine, et ce n’est pas toujours très beau à voir… Seuls les claustrophobes pourraient ne pas adhérer totalement à ce film danois, que Monaco Hebdo vous recommande toutefois sans réserve.

Exit de Ramus Kloster Bro, avec Christine Sønderris, Samson Semere Russom, Kreşimi Mikic (DAN, 1h24, 2020), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 17 novembre 2020.

Lucky Strike de Yong-hoon Kim

Coen. Un sac rempli de billets, forcément, ça attise toutes les convoitises. Que ce soit l’employé du sauna qui trouve ce sac, ou tous les autres personnages qui croiseront sa route. Ce polar survitaminé lorgne clairement vers les films noirs des frères Coen. Très cynique, Lucky Strike nous plonge dans un monde dominé par l’argent, où l’individualisme, érigé en modèle, finit par tuer. Sans briller par son originalité, c’est une véritable hécatombe que convoque le réalisateur Yong-hoon Kim. Ce thriller sud-coréen pêche toutefois un peu par une chronologie approximative, et par une multiplication des personnages qui rendent le début du film parfois peu lisible. Mais le premier long-métrage de Yong-hoon Kim reste suffisamment ludique, amusant et absurde pour emporter l’adhésion.

Lucky Strike de Yong-hoon Kim, ave Jeon Do-Yeon, Woo-Sung Jung, Seong-woo Bae (CORSUD, 1h48, 2020), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 18 novembre 2020.

Le reste n’était qu’obscurité De Jon Savage

Orale. Alors que 2020 marque le 40ème anniversaire de la sortie de leur album Closer (1980), Joy Division n’en finit pas de générer documentaires et films, comme l’excellent Control (2007) d’Anton Corbijn. Le mythe lié à ce groupe de Manchester et à Ian Curtis (1956-1980), son chanteur qui s’est suicidé alors qu’il n’avait pas encore 24 ans, semble inépuisable. Les autres membres de Joy Division, à savoir le guitariste Bernard Sumner, le batteur Stephen Morris et le bassiste Peter Hook, ont tous publié leur autobiographie, sans oublier la veuve du chanteur, Deborah Curtis (Joy Division : Histoire d’une vie, Camion blanc, 1995). Cette fois, le journaliste et écrivain anglais, Jon Savage, a décidé de compiler une trentaine de témoignages, afin de créer une captivante « histoire orale de Joy Division », notamment autour du patron de leur label Factory, Tony Wilson (1950-2007), de leur réalisateur artistique, Martin Hannett (1948-1991), ou de leur manager, Rob Gretton (1953-1999). Indispensable.

Le reste n’était qu’obscurité, de Jon Savage (Allia), 365 pages, 22 euros.

Dévotion de Patti Smith

Mystère. Née en 1946, la chanteuse et musicienne de punk-rock Patti Smith publie son premier livre de fiction. « J’ai toujours écrit et je me considère plus comme écrivaine que comme musicienne. […] Je me considère plus comme une sorte de « performeuse » sur scène. La discipline la plus importante à mes yeux, celle à laquelle je me suis le plus tenue, c’est vraiment l’écriture », a récemment déclaré Patti Smith au micro de France Culture. Dans Dévotion, elle évoque les mystères de la création, à travers un texte construit autour de son journal intime, et d’un conte, à la fois beau et triste. Celle qui a marqué les esprits et l’histoire du punk-rock avec Horses (1975), son premier album studio, a écrit plusieurs nouvelles et romans dans les années 1980, mais elle n’était pas satisfaite du résultat. Cette fois, elle peut vraiment l’être.

Dévotion de Patti Smith, (Folio, Gallimard), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, 160 pages, 6,30 euros.

French Exit De Patrick deWitt

Upper East Side. On connaît Patrick deWitt pour Ablutions. Notes pour un roman (2010), Les Frères Sisters (2012), ou encore Heurs et malheurs du sous-majordome Minor (2017). Il est de retour avec un roman totalement irrésistible, qui se déroule constamment à mi-chemin entre le rire et les larmes. En pleine faillite, une riche veuve new-yorkaise décide de fuir à Paris. Fini le luxe de l’Upper East Side pour Frances Price, son fils Malcolm et leur chat. Dans la capitale parisienne, ils découvrent peu à peu une galerie de portraits des plus étonnants, notamment une SDF qui s’adonne à la voyance, ou encore une héritière complètement décalée. Les dialogues ciselés de Patrick deWitt font mouche. Et la réflexion autour de la quête du bonheur à travers la recherche du « toujours plus », est posée avec une passionnante acuité.

French Exit de Patrick deWitt (Actes Sud), traduit de l’anglais (Canada) par Emmanuelle et Philippe Aronson (272 pages), 22 euros.

Les aventures de Siméon à Londres De Jean-Daniel Beauvallet et Robin Feix

“Queen Mum”. Ce ne sont pas des inconnus. Les auteurs de cette BD sont, pour les illustrations, le bassiste de Louise Attaque et Vertige, Robin Feix, et pour les textes, Jean-Daniel Beauvallet, le cofondateur du magazine Les Inrockuptibles. Passionnés par l’Angleterre, il n’est pas étonnant que ce duo d’amis ait situé les aventures de Siméon du côté de Londres. Jugé « différent » ou même « bizarre » par les élèves de son collège, Siméon est fou de joie à l’idée de partir à Londres, qui représente pour lui la liberté et l’éloge de l’acceptation de la différence. Tout pour lui plaire, en somme. Les dessins “flashy” véhiculent l’ambiance très “britpop” de cette BD, dans laquelle on croise, entre autres, des footballeurs, le “street artist” Banksy, un groupe très librement inspiré de Blur, et même la “Queen Mum”. “So British”, on vous dit.

Les aventures de Siméon à Londres de Jean-Daniel Beauvallet et Robin Feix (GM éditions), 124 pages, 19,50 euros.

La solitude du marathonien de la bande dessinée D’Adrian Tomine

Autobiographie. Une vie de dessinateur est aussi faite de moments de solitude et de questionnements. C’est précisément à ce sujet que s’est intéressé Adrian Tomine dans La solitude du marathonien de la bande dessinée. Pour cela, il rejoint les personnages de BD qu’il a imaginés, tout en se donnant le premier rôle. Or, avoir le premier rôle dans cet exercice autobiographique, c’est très loin d’être un cadeau. Car Adrian Tomine se dessine en superbe “loser”, et c’est franchement très drôle. Il ne s’épargne rien, ni les moments gênants, problèmes gastriques en tête, ni les moments qui auraient dû être parfaits, et qui sont finalement très loin de l’être. Dans un tel foisonnement de gags, difficile d’identifier ce qui relève de la réalité ou de l’invention pure. Mais peu importe. Adrian Tomine apporte une véritable profondeur, et même de la nostalgie, au fil de ces scénettes indépendantes les unes des autres, qui racontent, à leur manière, l’histoire de sa vie.

La solitude du marathonien de la bande dessinée d’Adrian Tomine (Cornélius), traduit de l’anglais (E.U.) par Jean-Baptiste Bernet, 168 pages, 23,50 euros.

Dark Hearts

Annie

Beauté. C’est l’information de la semaine. Après onze ans, Anne Lilia Berge Strand, plus connue sous le nom d’Annie, vient de sortir son troisième album studio. Après Anniemal (2004) et Don’t Stop (2009), la DJ, chanteuse et productrice norvégienne, nous fait un joli cadeau avec Dark Hearts. Présenté comme la « bande son d’un film qui n’existe pas », cet album a été imaginé avec l’appui du producteur Stefan Storm, membre du duo de synthpop suédois The Sound Of Arrows. Il a été précédé par la sortie d’un premier single très électro, American Cars. Littéralement porté par la voix douce et aérienne d’Annie, American Cars est d’une sidérante beauté. L’attente valait clairement la peine avant de pouvoir déguster cette élégante électro, qui sonne très 80’s. En 13 titres, Annie séduit en multipliant les changements de rythmes, comme sur The Bomb ou sur The Streets Where I Belong. Pendant Corridors of Time, elle susurre. Et nous rappelle que ce disque a été enregistré dans une maison hantée.

Dark Hearts, Annie (Anniemelody), 11,95 euros (MP3), 11,95 euros (cassette), 15,95 euros (CD), 27,95 euros (vinyle).

EP1

Isola

Voyage. C’est bien sûr la voix qui frappe les esprits en premier. La voix d’Ivana Carrescia plane sur cet album articulé autour de 7 titres. On retient particulièrement le très beau Any Day, aussi léger que doux, qui se matérialise comme une véritable invitation à la rêverie. Née à Las Vegas, Ivana Carrescia a écrit cet album en compagnie de Nick Sylvester du label Godmode. Du coup, imaginé pour ces raisons entre Las Vegas et Los Angeles, EP1 est un disque varié, qui ne choisit jamais vraiment entre dance music et pop. Il oscille constamment entre une multitude d’ambiances, et garde ainsi sa précieuse liberté. Sur un fond de house, Ivana Carrescia murmure sur Said It Again, et confesse sa peine : « And in the nothing night, I cried for you/And in the morning time, I flew the field ». Ce joli disque prend fin avec les 7’46 de Ricorda – Tell Me, un morceau qui est un voyage à lui tout seul. On ne peut donc que vous recommander d’embarquer immédiatement.

EP1, Isola (Godmode), 5 euros (MP3).

Love+Light

Daniel Avery

Dancefloors. Il nous avait déjà conquis avec son premier album, Drone Logic (2013), avant d’achever de nous convaincre cinq ans plus tard avec Song for Alpha (2018). On a retrouvé la trace du producteur et DJ anglais Daniel Avery au printemps 2020, dans le cadre d’une collaboration avec Alessandro Cortini de Nine Inch Nails. Cette fois, c’est un disque avec deux faces distinctes qu’il nous propose. Love offre des morceaux plein d’énergie, rappelant le meilleur de la techno des années 90. Plus calme, plus doux, Light vient temporiser et calmer le feu allumé par Love, grâce à des morceaux éthérés, comme London Island ou Katana, par exemple. Il faut dire qu’il est impossible de résister à des titres taillés pour les dancefloors comme Dusting for Smoke ou Dream Distortion, notamment. Comme une évidence, Love+Light offre les deux moments d’une soirée : la folie du dancefloor et le calme d’un “after”. Daniel Avery a pensé à tout.

Love+Light, Daniel Avery (Phantasy/PIAS), 14,99 euros (CD), 23,99 euros (vinyle). Sortie le 13 novembre 2020.

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