Donnie Darko

de Richard Kelly

Apocalypse. On en rêvait, Carlotta l’a fait. Donnie Darko, grand classique signé Richard Kelly sorti en 2001, a enfin bénéficié d’une restauration en 4K. On a donc pu le revoir au cinéma en juin 2019 et, cerise sur le gâteau, on peut maintenant se l’offrir pour le (re)voir chez soi grâce à ce coffret « ultra collector », qui regroupe le film en blu-ray, en DVD et ajoute un livre de 200 pages. Limitée à 3 000 exemplaires, cette édition numérotée propose le film dans sa version “director’s cut” et dans sa version cinéma. Donnie Darko (Jake Gyllenhaal, alors âgé de 19 ans), est un adolescent désabusé et sombre, qui a pour ami imaginaire, Frank, un lapin aux dents longues. Persuadé que la fin du monde est proche, Donnie Darko tente de collecter les signes annonciateurs de cette imminente apocalypse. Superbement porté par la musique de Tears For Fears ou de Echo and The Bunnymen (forcément), Donnie Darko est un film inoubliable.

Donnie Darko de Richard Kelly, avec Jake Gyllenhaal, Jena Malone, Drew Barrymore (USA, 2001, 1h53), 49,99 euros (coffret « ultra collector » blu-ray, DVD et livre, limité à 3 000 exemplaires).

Quand nous étions sorcières

de Nietzchka Keene

Beauté. Au Moyen Age, deux sœurs, Katla (Bryndis Petra Bragadottir) et sa cadette Margit (Björk), s’exilent après que leur mère ait été accusée d’être une sorcière et brûlée. Elles finissent par s’installer chez un fermier veuf que Katla parvient à séduire. Mais les pouvoirs magiques grandissants de Margit sont aussi une source d’inquiétude. Inspiré du Conte du genévrier des frères Grimm, Quand nous étions sorcières a été tourné en Islande pendant l’été 1986. Il faudra ensuite trois ans pour en assurer la post-production. La première projection de ce film en noir et blanc s’est déroulée le 10 avril 1990 à Los Angeles, et il a fallu attendre 30 ans pour le voir au cinéma en France. C’est aussi l’occasion de voir une Björk âgée de seulement 21 ans d’une incroyable justesse dans son premier rôle au cinéma. Si le film de Nietzchka Keene (1952–2004) est austère, il est aussi d’une grande force et d’une étonnante beauté.

Quand nous étions sorcières de Nietzchka Keene, avec Björk, Bryndis Petra Bragadóttir, Valdimar Orn Flygenring (ISL/USA, 1990, 1h19), 19,99 euros (combo blu-ray + DVD, exclusivité Fnac).

Parasite

de Bong Joon-ho

Violence. Le 7ème film du talentueux réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho lui a permis de remporter la Palme d’or à Cannes, en mai dernier. Une Palme d’or méritée, qui a aussi été validée par le public, puisque depuis sa sortie en salle le 5 juin 2019, Parasite a attiré plus de 1,7 millions de spectateurs au cinéma. Cela faisait 15 ans qu’un film primé à Cannes n’avait pas aussi bien marché. Le réalisateur de Memories of Murder (2003) et de The Host (2006) signe donc un film qui met tout le monde d’accord. En filmant deux familles que tout oppose, Bong Joon-ho multiplie aussi les styles : de la comédie de départ, on passe au suspens, voire à l’horreur. La famille Ki-taek est pauvre, mais lorsque le fils est embauché pour donner des cours chez les Park, une famille aisée, tout bascule peu à peu. La violence des rapports sociaux coréens est décortiquée comme jamais.

Parasite de Bong Joon-ho, avec Kang-ho Song, Woo-sik Choi, So-Dam Park (SUD-COR, 2019, 2h12), 24,99 euros (blu-ray), 19,99 euros (DVD). Sortie le 4 décembre 2019.

Midsommar

d’Ari Aster

Suède. Ari Aster a frappé fort d’entrée, avec Hérédité (2018) un premier long métrage aussi étrange que réussi. Avec Midsommar, il ne faiblit pas et propose un film d’horreur qui remplit le cahier des charges du genre, mais questionne et va donc plus loin qu’habituellement. Dans Midsommar, on suit Dani et Christian, un couple sur le point de se séparer. Mais un horrible drame qui frappe Dani finit par les rapprocher. Tous deux étudiants en anthropologie, ils décident de partir passer l’été en Suède, dans une communauté installée à la campagne, pour participer à une cérémonie qui n’a lieu que tous les 90 ans. Mais, peu à peu, la violence s’immisce, alors que le rythme des cérémonies s’intensifie et que Dani cherche du sens à tout ce qui lui arrive. On la suit avec intérêt dans ce cauchemardesque labyrinthe mental.

Midsommar d’Ari Aster, avec Florence Pugh, Jack Reynor, Will Poulter (USA, 2019, 2h27), 19,99 euros (DVD), 29,99 euros (blu-ray, inclus la version cinéma et la version “director’s cut” inédite). Sortie le 2 décembre 2019.

Quand je tourne mes films

de Hirokazu Kore-eda

Carnet. Après sa très méritée Palme d’Or en 2018 pour Une affaire de famille, Hirokazu Kore-eda a séduit le public français et monégasque. Son prochain film, La Vérité, qui devrait sortir en salles le 25 décembre 2019, a d’ailleurs été tourné en français et il réunira Catherine Deneuve et Juliette Binoche. En attendant, on peut se plonger dans ce très beau livre proposé par l’Atelier Akatombo, et publié en 2016 au Japon. Dans cette autobiographie découpée en 9 chapitres et présentée comme une sorte de carnet de création, pages de story-board comprises, Hirokazu Kore-eda se raconte à la première personne et détaille son parcours. Né en 1962 à Tokyo, ce réalisateur japonais questionne le statut et le devenir de l’image, et émet quelques avis, comme celui-ci, assez définitifs : « Quelle stupidité de se chausser des lunettes pour voir les choses en 3D ! ». Après sa Palme d’Or, il dit espérer que c’est « l’audace » qui l’attend et pas la « prudence ». Nous aussi.

Quand je tourne mes films de Hirokazu Kore-eda (Atelier Akatombo), 414 pages, 24 euros.

La découpe du monde de rugby

Par Ovale Masqué

Hilarant. « Tout savoir sur les 7 pays qui jouent au rugby (et ceux qui essayent encore de comprendre les règles) ». En une phrase, tout l’esprit de ce livre, pas tout à fait comme les autres, est résumé. Si la Coupe du monde de rugby au Japon vient de se terminer sur une victoire de l’Afrique du Sud sur l’Angleterre, ce livre hilarant élargit les débats et passe au crible une vingtaine de pays. La France (« on va gagner parce qu’on est français »), l’Irlande (« à quoi bon jouer les demies quand on peut les boire ? ») ou les Tonga (« si ta tête dépasse, ne t’étonne pas de la perdre »), tout le monde en prend pour son grade. Et pour ceux qui ont raté les épisodes précédents, Ovale Masqué propose une rétrospective, toute aussi décalée, des 8 Coupes du monde précédentes, de 1987 à 2015. Alors que la prochaine Coupe du monde se déroulera en France en 2023, on peut déjà lire la rubrique « comment devenir champion du monde ». Avec ce conseil : « Etre néo-zélandais. Ça ne marche pas à tous les coups, mais ça reste de loin la meilleure option. »

La découpe du monde de rugby, par Ovale Masqué (Marabout), 144 pages, 14,90 euros.

La tempête qui vient

de James Ellroy

Multiples. Deuxième tome de son second Quatuor de Los Angeles, La tempête qui vient succède à Perfidia (2014) et frappe fort d’entrée, puisqu’il s’ouvre sur le discours, diffusé à la radio le 30 décembre 1941, du père Charles Coughlin (1891-1979). Ouvertement antisémite, Coughlin a aussi été à la tête d’un journal qui n’hésitait pas à afficher ses sympathies pour le régime nazi. Comme d’habitude, les intrigues sont multiples chez Ellroy, mais on retrouve le flic Dudley Smith, découvert dans Clandestin (1982), puis dans les trois volets du premier Quatuor de Los Angeles (1987-1991) et dans Perfidia. Le sergent Smith affronte son rival, le capitaine William Parker, alors que, seulement 23 jours après l’attaque surprise du Japon sur la base navale américaine de Pearl Harbor, les attaques contre la communauté japonaise se multiplient. Dans cette suite dense d’environ 700 pages, et où à peu près tout le monde se drogue, on retrouve aussi la suite de l’enquête sur le massacre de la famille Watanabe, largement évoquée dans Perfidia.

La tempête qui vient de James Ellroy (Rivages/Noir), 697 pages, 24,50 euros.

Cannabis, la criminalisation de la marijuana aux Etats-Unis

de Box Brown

Substances. Illustrateur et fondateur de Retrofit, une maison d’édition indépendante de BD, l’Américain Box Brown s’est fait remarquer avec Andre the Giant : Life and Legend (2014). Cette fois, il retrace l’histoire du cannabis, qui est arrivé au Mexique en 1518, avec le conquistador Hernán Cortés (1485-1547). Utilisé ensuite en tant que substance récréative approximativement à partir de 1760, le chanvre a été introduit aux Etats-Unis essentiellement par les travailleurs immigrés mexicains. Politique, racisme et pression d’à peu près tous les présidents américains depuis Richard Nixon (1913-1994), ont fait basculer le cannabis du côté des substances interdites. Dommage que Box Brown n’évoque pas les dangers de désocialisation liés à une utilisation régulière et prolongée du cannabis, les trafics et la violence qui peuvent l’accompagner. Cela fait quelque peu glisser cette BD dans le militantisme et affaiblit son argumentation.

Cannabis, la criminalisation de la marijuana aux Etats-Unis de Box Brown (La Pastèque), 250 pages, 20 euros.

Zenkamono repris de justice

de Masahito Kagawa & Tohji Tsukishima

Réhabilitation. Comment ne pas replonger quand on a déjà commis l’irréparable ? Cette nouvelle série proposée par les éditions du Lézard Noir se déroule au Japon, et elle met en scène Ishikawa, un homme de 35 ans qui a tué son frère. Agawa travaille dans une supérette, mais elle est aussi agent de probation, une fonction totalement bénévole au Japon qui a pour but de faire baisser le taux de récidive. Mais saura-t-elle se montrer à la hauteur de la tâche qui l’attend ? Ishikawa réussira-t-il sa réhabilitation ? Faut-il nécessairement tout pardonner ? Ce “seinen” [manga destiné aux jeunes adultes — N.D.L.R.] promet beaucoup, puisqu’il se présente dans une forme qui rappelle le polar, le tout dans un univers confiné qui est celui de l’île d’Enoshima près de Tokyo.

Zenkamono repris de justice de Masahito Kagawa & Tohji Tsukishima (Lézard Noir), 226 pages, 13 euros.

Eden

Etienne Daho

Indispensable. Les trois rééditions à ne pas manquer, c’est par ici. Actuellement en tournée avec son Eden Daho Tour, qui ne passe hélas pas par la Côte d’Azur, Etienne Daho vient de rééditer trois albums : Reserection (1995) enregistré avec le groupe Saint-Étienne, Réévolution (2003), et donc, Eden (1996). Plutôt mal accueilli lors de sa sortie, Eden trouve aujourd’hui le rang qui lui était dû. Qualifié d’album « important » par Daho lui-même, ce disque est aussi marqué par la présence d’Arnold Turboust, avec qui a été enregistré Pop Satori (1986), un disque qui a marqué le début du succès public pour cet artiste né à Oran, avec les singles Tombé pour la France et Épaule tatoo. Les bandes d’origine ont été restaurées et numérisées pour offrir la meilleure qualité possible. De plus, ces rééditions sont enrichies de versions rares ou inédites, de maquettes de travail ou de titres interprétés sur scène. Bref, indispensable.

Eden, Reserection, Réévolution, Etienne Daho (Parlophone/Warner Music), de 16,99 euros à 21,99 euros (CD ou vinyle, éditions limitées).

When I have fears

The Murder Capital

Important. La découverte de la semaine, c’est par ici. Premier album pour les cinq Irlandais de The Murder Capital, et c’est une belle claque. Après avoir formé leur groupe en 2015, ils s’étaient déjà fait remarquer sur scène, et leur single, Green And Blue, avait attisé la curiosité. Désenchanté, froid, et plein de rage, le rock de The Murder Capital est porté par la voix grave et le charisme de James McGovern. Joliment produit par Flood, connu pour son travail avec Depeche Mode, PJ Harvey ou New Order, ce disque composé de 10 titres sait se montrer subtil, à l’image de Slowdance I et Slowdance II, deux faces d’un même morceau, totalement hypnotique et d’une sidérante beauté. Que dire de On Twisted Ground, sinon que cette balade, triste et profonde, est magnifiée par le lyrisme d’un McGovern littéralement habité.

Pour toutes ces raisons, il faut courir acheter When I have fears, car c’est un album important de cette année 2019.

When I have fears, The Murder Capital (Human Season Records), 11,99 euros (CD), 32 euros (vinyle).

Obverse

Trentemøller

Évident. Fin septembre 2019, quand Trentemøller a publié sur Internet la vidéo de Blue September, le ton était donné. La voix féminine et aérienne de Lisbet Fritze, saupoudrée de “beats” irrésistibles, ont fait de ce morceau une réussite, et Obverse s’est rapidement imposé comme un cinquième album évident, dansant et prenant comme jamais. L’écoute de Deceive n’a fait que confirmer cette première impression. Une rythmique totalement répétitive et hypnotique, et un sens de l’efficacité imparable : ce titre ne vous quittera plus. Toujours plus aérien, plus doux, One Last Kiss To Remember est également très convaincant, tout comme l’ouverture de ce disque, confiée à Rachel Goswell de Slowdive au chant sur le titre Cold Comfort. Mention spéciale aussi à In The Garden, appuyé par la jolie voix et la guitare de Lina Tullgren, pour un résultat proche de Motorama. Depuis son premier album, The Last Resort, paru en 2006, le musicien de Copenhague trace sa voix. Et elle reste aussi sombre que possible.

Obverse, Trentemøller (In my Room/Bigwax), 14,99 euros (CD), 26,95 euros (vinyle).