samedi 19 septembre 2020
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Culture Sélection de juillet et août 2020

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coup de cœur Blu ray, livres, bandes-dessinées et albums.

La Vérité de Hirokazu Kore-eda

Mémoires. Fabienne (Catherine Deneuve), star du cinéma au crépuscule de sa carrière, et mère de Lumir (Juliette Binoche), une scénariste installée à New York, vient de publier ses mémoires. A cette occasion, la famille décide de se retrouver dans la maison où Lumir a grandi. Ce sera l’occasion d’un grand déballage, sur fond de règlement de comptes. Par rapport à ses films précédents, et notamment l’excellent Une affaire de famille, Palme d’or à Cannes en 2018, La Vérité est plus léger, et les thèmes de la famille et de la culpabilité, que Kore-eda affectionnent tant, sont ici moins subtilement traités que dans le passé. Néanmoins, les acteurs sont bons, et ce premier film en français du cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda vise suffisamment juste pour se montrer à la fois drôle et émouvant.

La Vérité de Hirokazu Kore-eda, avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke (FRA/JAP, 2019, 1h48), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray).

Dark Waters de Todd Haynes

DuPont. On connaissait l’engagement écologiste de l’acteur américain Mark Ruffalo. En produisant Dark Waters de Todd Haynes, il démontre une fois encore, à 52 ans, combien l’avenir de notre planète le préoccupe. C’est en 2016, en lisant un article de Nathaniel Rich publié dans The New York Times et intitulé « The lawyer who became DuPont’s worst nightmare » [« L’avocat qui est devenu le pire cauchemar de DuPont » – N.D.L.R.] que l’idée du film lui est venue. Dark Waters raconte comment DuPont, l’un des plus grands groupes de l’industrie chimique, a exposé ses salariés et la population à de dangereux polluants. Environ 7 000 tonnes de ces produits toxiques se sont retrouvés dans l’Ohio River, un affluent du Mississippi qui alimente en eau plus de 100 000 américains. L’avocat Robert Bilott (Mark Ruffalo) a donc décidé de poursuivre DuPont pour pollution. Précis et documenté, ce film est passionnant.

Dark Waters de Todd Haynes, avec Mark Ruffalo, Anne Hathaway, Tim Robbins (USA, 2020, 2h08), 24,99 euros (blu-ray), 19,99 euros (DVD). Sortie le 19 août 2020.

Les enfants du temps de Makoto Shinkai

Magie. Hodaka, un lycéen, tente l’aventure et part à Tokyo. Il finit par accepter un travail dans une revue consacrée aux phénomènes paranormaux. Lorsque des pluies torrentielles commencent à s’abattre sur le Japon, on lui demande alors de partir enquêter sur de supposées « prêtresses du temps ». Cette fois, après l’excellent Your Name (2016), Makoto Shintai a plus de mal à nous surprendre. Les ingrédients sont quelque peu semblables, avec notamment des retrouvailles amoureuses et un ton un peu mélo. Mais, comme dans Your Name, en faisant entrer le fantastique dans son film d’animation, Makoto Shintai ouvre des perspectives qui permettent aux Enfants du temps de s’imposer. L’amour et la magie triomphent toujours.

Les enfants du temps de Makoto Shintai, avec Gabriel Bismuth-Bienaimé, Maryne Bertieaux, Jérôme Pauwels (JAP, 2020, 1h54), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 9 septembre 2020.

Wet Season d’Anthony Chen

Mousson. C’est la période de la mousson à Singapour, et il pleut aussi dans le cœur de Ling (Yann Yann Yeo). Avec son mari, Andrew (Christopher Ming-Shun Lee), elle essaie d’avoir un enfant. Mais, peu à peu, le désir n’est plus là. Elle est professeur de chinois et ses cours sont suivis avec très peu d’entrain, car à Singapour c’est la langue anglaise qui prédomine. Le reste du temps, Ling s’occupe de la maison de son beau-père paralysé. Un jour, elle rencontre un de ses étudiants, Wei Lun (Koh Jia Ler), et une relation complexe débute. Il est pour elle une sorte de fils qu’elle n’a pas, et elle est pour lui sa première aventure amoureuse, venant ainsi remplir le vide laissé par le mari de Ling. Economie des mots, lenteur, pudeur des sentiments… Wet Season évoque les choix de vie de Ling, et la force qu’elle met pour vivre sa vie, pour ne pas renoncer. Le résultat est beau et sensible.

Wet Season d’Anthony Chen, avec Yann Yann Yeo, Christopher Ming-Shun Lee, Koh Jia Ler (SING/TAÏ, 2020, 1h43), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 22 septembre 2020.

Ian Curtis, Twenty-four hours de Diego Gil

Drame. Ian Curtis s’est suicidé il y a 40 ans, le 18 mai 1980, à Macclesfield, dans le comté de Cheshire, en Angleterre. Né le 15 juillet 1956 à Stretford, dans la banlieue de Manchester, il était le chanteur de Joy Division, et il s’apprêtait à embarquer pour une tournée américaine que les médias annonçaient triomphale. Diego Gil raconte les dernières 24 heures de sa vie, dans un récit sec et concis, ramassé sur 152 pages. C’est l’occasion d’évoquer ceux qui ont compté, comme le manager et producteur Rob Gretton (1953-1999) et l’ingénieur du son et producteur, Martin Hannett (1948-1991). Gil évoque aussi l’histoire d’amour de Ian Curtis avec Annick Honoré, et le drame sentimental qui va se jouer avec son épouse, Deborah Curtis. Diego Gil raconte aussi la rencontre ratée avec William Burroughs (1914-1997), l’une des idoles de Ian Curtis, à l’occasion d’un concert en Belgique. Pas de révélations fracassantes donc, mais une immersion réussie dans l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire du rock.

Ian Curtis, Twenty-four hours de Diego Gil (Le Boulon éditions du Layeur), 152 pages, 17 euros.

Bandit – Mémoires d’une fille de braqueur de Molly Brodak

Père. Comment un père de famille peut-il basculer et devenir un infatigable cambrioleur ? C’est à cette question que Molly Brodak (1980-2020) répond dans Bandit – Mémoires d’une fille de braqueur. Ce livre raconte sa vie, au sein d’une famille modeste du Michigan, avec un père qui travaille chez General Motors. Il est présenté comme aimant et impliqué avec ses deux filles. Mais sa face sombre le rattrape toujours. Kleptomane, il se lance dans des cambriolages de banques. Molly Brodak ne veut pas savoir ce que fait réellement son père. A son tour, elle vole des choses sans importance dans des supermarchés. Son père finira par être incarcéré et il ne sortira pas de prison. On apprend ensuite qu’il est né dans un camp de concentration nazi. Mais pas question de se réfugier derrière le déterminisme. L’absence de rédemption est totale dans ce livre qui traite avec intelligence de la complexité des relations familiales.

Bandit – Mémoires d’une fille de braqueur de Molly Brodak (éditions du Sous-Sol), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jakuta Alikavazovic, 265 pages, 22 euros.

Funèbre ! : tour du monde des rites qui mènent vers l’autre monde de Juliette Cazes

Thanatologie. Passionnée par l’archéologie et l’anthropologie, Juliette Cazes s’intéresse à la mort et aux rites funéraires. Depuis mars 2017, cette Lyonnaise a ouvert une chaîne YouTube, Le Bizarreum, sur laquelle elle décrypte tout ce qui rélève de la mort et de la thanatologie, c’est-à-dire de l’étude des aspects biologiques, sociologiques, et médicolégaux de la mort. L’exercice n’est pas simple, mais Juliette Cazes, 29 ans, parvient à traiter ce sujet avec bienveillance et humour. « J’ai choisi de voyager pour découvrir à quoi ressemble la mort ailleurs, et quels rapports les individus entretiennent avec elle », explique l’auteur au début de son ouvrage. France, Roumanie, Sicile, Ecosse, Nouvelle-Orléans, Mexique, Bolivie, Le Caire, Nouvelle-Zélande, Japon… En 13 escales, on perçoit combien la mort est vue très différemment d’un pays à un autre.

Funèbre ! : tour du monde des rites qui mènent vers l’autre monde de Juliette Cazes (éditions du Trésor), 160 pages, 17 euros.

Journal de Julie Delporte

Naissance. Première BD pour Julie Delporte qui évoque une rupture amoureuse et ce qu’il advient dans les mois qui suivent. Publié une première fois en 2014 par les éditions L’Agrume, ce livre appelle les mots suivants de la part de Julie Delporte : « Je le relis comme s’il appartenait à une autre femme, à une jeune artiste que j’admire d’avoir le courage d’être si sincère. C’est l’année de sa première séparation d’adulte, et, surtout, de sa rencontre avec les crayons de couleur. Ce livre témoigne de la naissance de l’artiste que je suis aujourd’hui. » De février 2011 à octobre 2012, on suit son parcours, fait de hauts et de bas. Avec en fil rouge, toujours cette farouche envie de dessiner, qui fait dire à Julie Delporte : « J’essaye les couleurs comme nous essayons de nouvelles vies… Avec beaucoup d’improvisation. » Mais Journal est bien plus que le récit de la fin d’une relation. C’est aussi et surtout l’autoportrait de la naissance d’une artiste. Et d’une artiste avec beaucoup de talent.

Journal de Julie Delporte (éditions Pow Pow), 192 pages, 22 euros. Sortie le 20 août 2020.

Tokyo Tarareba girls, volume 1 d’Akiko Higashimura

Mariage. Tokyo Tarareba girls est une série en 9 volumes qui a été publiée au Japon, dans le magazine Kiss, de mars 2014 à avril 2017. Elle met en scène trois femmes trentenaires à Tokyo. Insatisfaites en amour, elles passent une partie de leur temps à se raconter leurs échecs et leurs déceptions dans un bar ou au restaurant. A 33 ans, l’une d’elle, Rinko, une scénariste, décide qu’elle se mariera en 2020, une année qui coïncide avec la tenue des Jeux olympiques (JO) de Tokyo. Née à Miyazaki le 15 octobre 1975, Akiko Higashimura a débuté comme mangaka en 1999, et c’est en 2001 qu’elle a publié son premier manga. Tokyo Tarareba girls est un succès qui a aussi été décliné en une série télévisée de 10 épisodes, diffusée au Japon en 2017. Autant dire que, début septembre 2020, il faudra se ruer immédiatement sur le premier volume proposé par le Lézard Noir.

Tokyo Tarareba girls, volume 1 d’Akiko Higashimura, traduction de Miyako Slocombe (Le Lézard Noir), 170 pages, 11 euros. Sortie le 3 septembre 2020.

MENT x ETEP Session

Molchat Doma

Post-punk. Les Biélorusses de Molchat Doma ont fait leurs débuts en 2017. Si on peut littéralement traduire Molchat Doma par « les maisons sont silencieuses », la musique proposée par Egor Shkutko, Roman Komogortsev et Pavel ‘Pablo’ Kozlovsky s’apparente à une cold wave aussi sombre qu’élégante. Originaires de Minsk, ce groupe a déjà publié deux albums : S krish nashih domov (2017), et, dès l’année suivante, Etazhi (2018). Deux disques dans lesquels il faut se plonger sans hésiter pour se délecter de la synthpop de ce groupe à suivre de très près. Pour se faire une idée plus précise, on peut regarder une performance enregistrée le 7 février 2020 au Computer Museum de Ljubljana, à l’occasion du Ment festival, en collaboration avec le European Talent Exchange Programme (ETEP). En seulement trois titres d’une redoutable efficacité, Molchat Doma impose son univers post-punk. Mention spéciale pour Volny, un morceau doux et aérien.

MENT x ETEP Session, Molchat Doma (YouTube).

Indigo Dream

E.M.M.A.

Synthétique. En écoutant Indigo Dream, plusieurs sentiments cohabitent. La sensation d’abord de plonger dans une ambiance portée par une synthpop marquée par les années 1980. Ensuite, il y a aussi le son très actuel de clubs, avec une facilité à entraîner tout le monde vers le dancefloor le plus proche. Déjà, à l’occasion de la sortie de son premier album, Blue Gardens, E.M.M.A. avait mis tout le monde d’accord : son sens du rythme avait parlé pour elle. Indigo Dream affiche une durée de seulement 35 minutes et ses 9 titres sont construits autour de nappes synthétiques du plus bel effet. On pense notamment au titre Ryan Gosling in Space, à l’opposé de l’entrée dans ce disque qui se fait par le beaucoup plus rythmé Into Indigo. Au total, E.M.M.A. nous livre un disque varié, un compagnon idéal pour cet été 2020.

Indigo Dream, E.M.M.A (Local Action), 11 euros (cassette, édition limitée à 100 exemplaires, sur Bandcamp), 8 euros (MP3 sur Bandcamp).

До Свидания (Goodbye)

IC3PEAK

Intensité. Originaires de Moscou, Nastya Kreslina and Nikolay Kostylev sont l’une des sensations du moment. Leur électro sombre, et la voix aérienne de Nastya Kreslina, donnent un style assez unique à leur musique, à travers laquelle ils n’hésitent d’ailleurs pas à dénoncer la répression de la police russe, la censure ou le manque de démocratie. Si Kreslina chante en Russe, l’alchimie fonctionne parfaitement, ses murmures et ses cris, portés par les nappes synthétiques de Kostylev, emportent l’adhésion. En 2017, leur titre Sad Bitch avait déjà marqué les esprits, à tel point que le DJ américain Skrillex avait proposé un remix de ce morceau dans ses sets. Trois ans plus tard, IC3PEAK va encore plus loin, avec une force et une intensité incroyable. Le morceau Мертвая Луна, qui ouvre cet album, en est la parfaite illustration. Les 12 titres de ce disque relèvent tout simplement du sans faute.

До Свидания (Goodbye), IC3PEAK (auto-produit), 8 euros (sur Bandcamp).

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