mardi 28 septembre 2021
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Culture Sélection de janvier 2020

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coup de cœur Blu ray, livres, bandes-dessinées et albums.

Joker

de Todd Phillips

Rires. Filmé par Todd Phillips, le portrait d’Arthur Fleck, un homme qui vit seul avec sa mère et dont la société ne veut pas, est saisissant. Pour incarner celui qui deviendra l’ennemi juré de Batman, un Joaquin Phoenix de très haut vol, qui crève littéralement l’écran. C’est un véritable one-man-show que livre l’acteur américain, qui a d’ailleurs déjà été récompensé par le monde du cinéma pour cette performance hors normes. Amaigri, le dos voûté, il joue un Joker englué dans une vie morne, qu’il rêve de changer grâce à des sketchs qu’il joue devant son miroir. Mais, victime d’une maladie nerveuse qui le pousse à laisser échapper des rires incontrôlés, Arthur Fleck est la risée de tous. Avec pour cadre une ville en proie à des tensions sociales, où l’ultralibéralisme écrase tout, ancré dans le réel, le Joker de Todd Phillips est une totale réussite.

Joker de Todd Phillips, avec Joaquin Phoenix, Robert de Niro, Zazie Beetz (USA-CAN, 2019, 2h02), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray steelbook, édition spéciale Fnac 4K). Sortie le 5 février 2020.

Au bout du monde

de Kiyoshi Kurosawa

Réel. A la tête d’une émission qui cartonne au Japon, Yoko (Atsuko Maeda) part en tournage en Ouzbékistan. Loin de chez elle et de sa culture, c’est un voyage initiatique qu’entreprend Yoko. Souriante et à l’aise devant la caméra, elle craint le contact avec la population locale, qu’elle fuit ostensiblement dès qu’elle ne travaille plus. Entre repli sur soi et image médiatique faussée, Yoko se perd. Kiyoshi Kurosawa évoque ici la question de la représentation du réel, à l’heure de la toute puissance des écrans qui prétendent tout dire et tout montrer. Si c’est le cas, que reste-t-il de neuf à découvrir ? On se souvient des très bons films de fantômes Cure (1997), Kaïro (2001) ou Vers l’autre rive (2015) signés Kurosawa, sans oublier l’excellente série Shokuzai, tournée pour la télévision en 2012. Kurosawa récidive, avec ce très bon Au bout du monde.

Au bout du monde de Kiyoshi Kurosawa avec Atsuko Maeda, Ryô Kase, Shôta Sometani (JAP-OUZ-QAT, 2019, 2 heures), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 18 février 2020.

Portrait de la jeune fille en feu

de Céline Sciamma

Sensible. Céline Sciamma nous livre l’histoire d’une rencontre entre deux femmes en plein XVIIIe siècle. Marianne (Noémie Merlant) doit peindre le portrait d’Héloïse (Adèle Haenel), pour qu’il soit ensuite envoyé chez son fiancé, un aristocrate italien. Mais malgré l’insistance de sa mère, Héloïse ne veut pas se marier. Ce huis clos féminin, à la fois beau et délicat, est porté par des actrices toutes remarquables. Les liens que tissent la peintre et son modèle sont montrés de façon sensible, avec une gradation subtile, et ce feu qui, peu à peu, prend le dessus. Après Naissance des pieuvres (2007), Tomboy (2011) et Bande de filles (2014), le quatrième long-métrage de Céline Sciamma est un formidable tableau d’époque.

Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma avec Noémie Merlant, Adèle Haenel, Luàna Bajrami (FRA, 2019, 2h02), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray). Sortie le 18 février 2020.

Shaun le mouton, le film : la ferme contre-attaque

de Will Becher et Richard Phelan

Alien. Pur produit des studios totalement « british » Aardman, Shaun le mouton s’est fait un nom en 2007, grâce à une série diffusée à la télévision. Puis, un premier long-métrage réalisé par Richard Starzak et Mark Burton a permis à Shaun de doper encore un peu plus son audience. Avec un sens du gag et du rythme parfait, le tout sans dialogues, Will Becher et Richard Phelan nous ont faits beaucoup rire. Ils sont de retour, avec cette fois une menace extraterrestre qui plane sur la ferme. En guise d’alien, un lapin bleu avec des oreilles fuchsia, doté de pouvoirs assez étonnants. Toujours sans dialogues, l’inventivité et le burlesque de ce nouvel épisode des aventures de Shaun emportent l’adhésion.

Shaun le mouton, le film : la ferme contre-attaque de Will Becher et Richard Phelan, avec Justin Fletcher, Kate Harbour, David Holt (GB, 2019, 1h30), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 19 février 2020.

La crise commence où finit le langage

d’Eric Chauvier

« Lanterne ». Dans cet essai republié par les éditions Allia, l’écrivain et anthropologue Eric Chauvier estime que la crise que nous traversons est avant tout une crise de la culture. Et que, pour y faire face, il faut commencer par se réapproprier le langage. En complément de ce texte, on trouve un inédit : Comment la crise a généré les réseaux sociaux. Eric Chauvier évoque Twitter, depuis sa création en 2006, mais aussi Facebook, qui participent, selon lui, à cette crise de la communication. Partant du principe que « l’accès à la raison anthropologique de la crise n’est pas la chasse gardée d’une élite de spécialistes », Éric Chauvier envisage cette raison comme « une discipline de vie, une lanterne pour avancer dans les marais de ce que les historiens et les politiciens nomment « civilisation » ».

La crise commence où finit le langage d’Eric Chauvier (Allia), 64 pages, 6,20 euros.

Crève, mon amour

d’Ariana Harwicz

Critique. Pour un premier roman, c’est un choc. Crève mon amour date de 2012 et on peut se féliciter que Le Seuil ait enfin décidé de le traduire en français. Ce texte raconte l’histoire d’une jeune femme qui, sur le papier, a à peu près tout pour être heureuse : un mari, un enfant et une vie à la campagne qui ferait fantasmer tout citadin coincé dans les embouteillages à l’heure de sortie du bureau. Et pourtant. Elle a des regrets, comme celui d’être devenue mère. Ariana Harwicz ne se refuse rien et s’attaque à une critique en règle des conventions sociales, maternité et mariage y compris. Elle évoque aussi le poids que représente pour une femme l’obligation de devoir ressembler à ce que la société attend. Née à Buenos Aires (Argentine) en 1977, Ariana Harwicz a écrit trois autres livres. Vivement une traduction française.

Crève, mon amour d’Ariana Harwicz (Seuil), traduit de l’espagnol (Argentine) par Isabelle Gugnon, 208 pages, 18 euros.

18.3 – Une année à la PJ

de Pauline Guéna

Plongée. C’est une première, assure le communiqué de presse. Pendant une année, la police judiciaire (PJ) française a ouvert ses portes à la romancière Pauline Guéna en l’occurrence. Elle débute son immersion en novembre 2015, soit juste avant les attentats du 13 novembre. Ce livre nous offre une véritable plongée dans le quotidien de la PJ, avec juste ce qu’il faut de distance et de sobriété dans les mots, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer ces actions terroristes. Mais il est aussi question d’autres crimes, bien différents, mais parfaitement remis en perspective, sur plus de 500 pages. On suit chaque enquête avec intérêt : les hauts, les bas, l’excitation, l’abattement, le tout sans voyeurisme. Passionnant.

18.3 – Une année à la PJ de Pauline Guéna (Denoël), 527 pages, 21 euros.

Gousse et Gigot

d’Anne Simon

Quatrième. C’est tout un univers totalement déjanté, puisqu’on a à peu près autant de chance d’y croiser des animaux étonnants que David Bowie ou les Beatles, qu’a imaginé Anne Simon. En plongeant dans ce monde deux sœurs, Gousse et Gigot, Anne Simon s’ouvre le champ des possibles et s’autorise à traiter de beaucoup de questions, y compris politiques. Cette BD est le quatrième tome d’une série appelée les Contes du Marylène, commencée avec La Geste d’Aglaé, et poursuivie avec Cixtite impératrice et Boris l’enfant patate (lire Culture Sélection de février 2018). Gousse et Gigot évoque des sujets de société actuels, comme le repli sur soi, la solitude, le féminisme… Ce quatrième tome est aussi l’occasion d’en apprendre davantage sur le rapport de ces deux sœurs à l’amour, un thème aussi universel qu’inépuisable.

Gousse et Gigot, Anne Simon (Misma), 164 pages, 19 euros.

Stop !! Hibari-Kun !, volume II 

d’Hisashi Eguchi

Fille. Une fois de plus, Le Lézard Noir fait un travail salutaire, en éditant cette fois Stop !! Hibari-Kun !. Initialement publié dans les années 1980 au sein de Weekly Shonen Jump, ce manga raconte l’histoire d’Hibari, le fils d’un chef yakuza, qui s’oppose à son père, car il veut se faire accepter en tant que fille. C’est évidemment très compliqué face à son père, mais aussi face à ses sœurs. Surtout que cela n’empêche pas Hibari de se battre, notamment face à des yakuzas, et d’être un sportif accompli. Pour ne pas alourdir le propos, Hisashi Eguchi mise sur l’humour, notamment lorsqu’il s’agit d’évoquer les scènes de drague d’Hibari. Plus de 30 ans après, Stop !! Hibari-Kun ! n’a rien perdu de sa force.

Stop !! Hibari-Kun !, volume II d’Hisashi Eguchi (Le Lézard Noir), traduit du japonais par Aurélien Estager, 272 pages, 18 euros.

Scanning Backwards

Phase Fatale

Martiale. Deuxième album pour l’artiste américain Phase Fatale. Hayden Payne, c’est son vrai nom, est aussi l’un des DJ’s résidents dans le club berlinois le Berghain, qui a inspiré ce disque. C’est d’ailleurs le label du Berghain, Ostgut Ton, qui sort les 8 titres de cette production techno totalement hypnotique. On se souvient aussi que le mini-album Reverse Fall (2018) avait déjà été publié par le label du Berghain. « Tous les morceaux de l’album, quel que soit le style, ont été conçus pour sonner d’une certaine façon au Berghain […] Cela inclut les paroles, les hautes fréquences, les instruments qui pénètrent le cerveau et des textures que je n’aie pas utilisées si souvent jusqu’à présent, mais qui ont, je crois, un effet sur les pensées et la mémoire », explique Hayden Payne dans un communiqué. Ce qui est sûr, c’est que sa techno rythmée, parfois presque martiale, est d’une redoutable efficacité. Très Berghain, en somme.

Scanning Backwards, Phase Fatale (Ostgut Ton), 12,48 euros (Beatport).

Romance Noire (EP)

Double Mixte

Moderne. Thomas Maan et Clara Apolit savent comment marquer les esprits. Des synthétiseurs et la possibilité pour l’un, comme pour l’autre, de chanter. Le titre Romance Noire évoque une séparation, la douleur et un constat d’échec. La froideur synthétique de l’ensemble, et un texte glacé, emportent tout sur leur passage : « Oh mon Amour, Ma douleur, J’ai délaissé la partie, Lassée des plaintes et des rejets ». Arlette et November sont tout aussi beaux et évoquent une bande son cinématographique. Produit et mixé par Johnny Jewel, du groupe américain Chromatics, ce duo synthpop livre une pop moderne et élégante, qui séduit presque immédiatement. D’ailleurs, la trentenaire Clara Apolit et le quadragénaire Thomas Maan, originaire d’Antraigues-sur-Volane, un petit village situé en Ardèche, ont été les premiers Français à convaincre le label californien Italians Do It Better. Une sacrée performance et une vraie reconnaissance.

Romance Noire (EP), Double Mixte (Italians Do It Better), 4,50 euros (CD), 9 euros (vinyle). Disponible sur https://italiansdoitbetter.com/product/double-mixte-romance-noire/.

Therapy

Eko & Vinda Folio

Géorgien. Premier album pour Eko & Vinda Folio. Originaires de Tbilissi (Géorgie), leur électro pop ciselée est à écouter d’urgence. Grâce au label bordelais Talitres, à qui l’on doit déjà Motorama, on peut aujourd’hui se plonger dans cette Therapy d’une rare efficacité. Ce duo composé de Erekle Deisadze (chant) et Temo Ezugbaia (guitare) s’est lancé à Tbilissi en 2012. Minimalistes et portés par des guitares aériennes qui rappellent Seventeen Seconds (1980) et Faith (1981) de The Cure, les 10 titres qui composent Therapy sont aussi doux que mélancoliques. Leur new wave venue du Caucase serait inspirée par des groupes comme The National, que ce duo tiendrait en haute estime. Chanté en géorgien, ce disque pas comme les autres est une véritable découverte sur laquelle Monaco Hebdo vous recommande chaudement de vous jeter. Il vous accompagnera pendant cet hiver 2020, et même au-delà.

Therapy, Eko & Vinda Folio (Talitres/L’Autre Distribution), 8 euros (Bandcamp).

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