samedi 22 janvier 2022
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Culture Sélection de février 2020

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coup de cœur Blu ray, livres, bandes-dessinées et albums.

Uncut Gems

de Benny Safdie et Josh Safdie

Frénésie. La vie de Howard (Adam Sandler) est un véritable tourbillon. Pendant 2h15, on suit les petites magouilles, les espoirs et les rêves de ce petit bijoutier juif du Diamond District de Manhattan. Il achète et revend des pierres, en risquant de tout perdre pour céder à son péché mignon : les paris sportifs, de préférence sur le basket-ball qu’il adore. C’est à travers une opale noire qu’il vient de recevoir de l’Ethiopie de Juifs africains que l’on suit les errances et les contradictions d’Howard. Une pierre qu’il prête à la star des Celtics de Boston, Kevin Garnett (KG), mais qu’il affirme vouloir vendre dans une vente aux enchères. Le film des réalisateurs du très bon Good Time (2017) s’ouvre et se referme sur l’intérieur de cette opale, qui est à chaque fois connectée sur un orifice humain, laissant entendre qu’elle contient tout l’univers. Faisant ainsi d’Uncut Gems un incroyable film cosmique.

Uncut Gems de Benny Safdie et Josh Safdie (USA, 2020, 2h15), acec Adam Sandler, Julia Fox, The Weeknd (actuellement sur Netflix).

Braquer Poitiers

de Claude Schmitz

Libre. Ne cherchez plus, la comédie la plus déjantée du mois est ici. Né à Namur en 1979, Claude Schmitz s’est imposé au théâtre, avant de s’intéresser au grand écran. Premier long-métrage de Claude Schmitz, Braquer Poitiers est un film décalé, qui ne suit aucune règle, un long métrage totalement libre, en somme. Le patron d’une entreprise de lavage automatique de voitures se laisse sciemment dépouiller par Francis et Thomas, deux voyous totalement minables, qui sont ensuite rejoints par leurs copines bimbo, Hélène (Hélène Bressiant) et Lucie (Lucie Guien). Si ce film est étonnant, sa genèse l’est tout autant. Wilfrid Ameuille, un ami de l’oncle de Claude Schmitz, a invité ce dernier à tourner dans son entreprise de lavage de voitures. Schmitz a accepté, à condition qu’Ameuille joue son propre rôle et finance ce film. Banco. On connaît la suite.

Braquer Poitiers de Claude Schmitz, avec Francis Soetens, Hélène Bressiant, Wilfrid Ameuille (FRA, 2019, 1h25), 16,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 3 mars 2020.

Le Traître

de Marco Bellocchio

Rédemption. Dans Le traître, le cinéaste italien Marco Bellocchio retrace le parcours du repenti Tommaso Buscetta qui a accepté de révéler les noms de membres de Cosa Nostra aux autorités italiennes. Pour interpréter Tommaso Buscetta, l’excellent Pierfrancesco Favino qui, pour échapper à la bataille sans pitié que se livrent les parrains de la mafia sicilienne, décide de fuir au Brésil. Finalement arrêté par la police brésilienne, puis extradé en Italie, Buscetta accepte de parler au juge Falcone. Le Traître est une véritable fresque, entre film de mafia et film de procès, qui traite intelligemment de la question de la trahison. C’est aussi une plongée dans le monde intérieur de Buscetta qui évoque l’éternelle question de la rédemption.

Le Traître de Marco Bellocchio, avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Ferracane (ITA/FRA/ALL/BRE, 2019, 2h33), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 3 mars 2020.

A couteaux tirés

de Rian Johnson

Cluedo. Entre Agatha Christie, Cluedo et Hitchcock, A couteaux tirés évite intelligemment les clichés du genre, en ajoutant une touche de modernité bienvenue. De plus, ce film n’épargne pas l’hypocrisie et les travers de la société américaine. Pour cela, il met en scène l’enquêteur Benoît Blanc (Daniel Craig), chargé d’élucider la mort dans son manoir du célèbre écrivain de romans à mystère Harlan Thrombey (Christopher Plummer), 85 ans au compteur. C’est lorsque Rian Johnson présente le clan Thrombey que le film décolle : Jamie Lee Curtis, Don Johnson, Toni Collette, Chris Evans ou Michael Shannon, tous sont détestables, à différents niveaux, et pour différentes raisons. Tous ont quelque chose à dire de leur époque, faisant de ce film un objet malin, qui va bien au-delà du simple “whodunit”.

A couteaux tirés de Rian Johnson, avec Daniel Craig, Chris Evans, Ana de Armas (USA, 2019, 2h21), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 27 mars 2020.

Le Sel du Présent, chroniques de cinéma

d’Eric Rohmer

Relief. C’est un livre important que viennent de publier les éditions Capricci. A l’occasion des 100 ans de la naissance du cinéaste Eric Rohmer (1920-2010) et des 10 ans de sa disparition, 200 textes parus entre 1948 et 1959 ont été réunis pour mettre son œuvre en relief. Cette tâche a été réalisée par un expert, puisqu’elle a été confiée à Noël Herpe, historien du cinéma, co-auteur d’une biographie sur Rohmer (Stock, 2014), directeur de Rohmer et les Autres (PUR, 2007), et responsable de l’intégrale Rohmer en DVD et blu-rays chez Potemkine. On découvre ainsi un Rohmer rédacteur en chef aux Cahiers du Cinéma de 1958 à 1963, qui écrit notamment sur Mikhail Kalatozov (1903-1973), auteur de Quand passent les cigognes, Palme d’Or 1958 à Cannes, ou encore sur le cinéma japonais ou américain. Le Sel du Présent permet de redécouvrir Rohmer à travers des textes parfois rares, ou même inédits. De quoi combler les amoureux de cinéma.

Le Sel du Présent, chroniques de cinéma, d’Eric Rohmer (Capricci), 512 pages, 22 euros.

Cruel est le ciel

de Tetsuya Honda

Main. Après la sortie de Rouge est la nuit (lire Culture Sélection d’avril 2019), l’Atelier Akatombo publie la suite de cette série de romans policiers qui compte huit volumes. Si Rouge est la nuit a lancé en 2006 la carrière de Tetsuya Honda grâce à des ventes estimées à 5 millions d’exemplaires au Japon, Cruel est le ciel est le deuxième tome d’une série de huit volumes sur le lieutenant Reiko Himekawa. Cette fois, la jeune lieutenante du département de la police métropolitaine de Tokyo (DPMT) enquête sur Kenichi Takaoka, le patron d’une entreprise de charpente qui a disparu, et dont on n’a retrouvé que la main. En parallèle, un ouvrier se jette du haut d’un échafaudage, l’ombre des yakuzas n’est jamais loin et les luttes internes se poursuivent au sein du DPMT. Une fois encore, on suit avec beaucoup d’intérêt Reiko Himekawa dans ce polar noir, aussi rythmé que surprenant.

Cruel est le ciel de Tetsuya Honda, traduit du japonais par Dominique Sylvain, Frank Sylvain et Alice Hureau (Atelier Akatombo), 350 pages, 18 euros.

Martin John

d’Anakana Schofield

Immersion. Après Malarsky (2012), voici le deuxième roman d’Anakana Schofield. Elle nous plonge dans la tête de Martin John, un jeune homme à la marge, fragile, qui vit avec sa mère. Très vite, la question est posée : est-ce que Martin John s’en prend à des femmes dans le métro londonien, ou tout ça n’est-il que le fruit de son imagination ? Pour faciliter l’immersion, Anakana Schofield a rédigé ce livre sous la forme d’un journal de bord, qui se révèle être un redoutable outil pour explorer chaque cm2 de l’âme de Martin John. A la manière de l’excellent Joker (2019) de Todd Phillips (lire Culture Sélection de janvier 2020), Anakana Schofield soupèse le poids de la société dans certaines pathologies, et ne réduit pas Martin John à un simple monstre à la cruauté débridée. La réalité est évidemment plus complexe, comme le démontre cet excellent roman.

Martin John d’Anakana Schofield, traduit de l’anglais (Canada) par Anne Rabinovitch (Actes Sud), 368 pages, 22,50 euros.

Détective Kahn

de Min-seok Ha

Rose. Les premières aventures de Détective Kahn ont été publiées dans la revue Dopututto Max. C’est là que Min-seok Ha a commencé à travailler avec l’éditeur français Misma. Présenté comme un « inspecteur Gadget » coréen par Misma, Détective Kahn est appelé par l’inspecteur en chef Kong qui a besoin de lui pour résoudre une affaire que les adultes ne parviennent pas à dénouer. Accompagné de son assistant, le chat Nibalius, le très jeune Kahn va devoir se lancer dans des enquêtes incroyables, qui vont l’amener à s’opposer à de grands criminels, lancés dans des opérations de conquête du monde diverses et variées. Nous, on dévore sans s’arrêter les plus de 350 pages de cette BD colorée, menée à un train d’enfer par ce détective en herbe, à l’imperméable rose.

Détective Kahn de Min-seok Ha (Misma), 356 pages, 19 euros.

Les Oiseaux ne se retournent pas

de Nadia Nakhle

Exil. Comment évoquer le thème de l’exil et de l’enfance auprès des enfants ? Pour répondre à cette problématique, Nadia Nakhlé propose un roman graphique animé, à la fois disponible en version « papier », mais aussi pour smartphones et tablettes. L’interactivité est bien sûr la règle pour ce projet original. La BD raconte l’histoire d’Amel, une orpheline de 12 ans, qui cherche à fuir son pays qui est en guerre. Mais Amel se retrouve isolée après avoir perdu la trace de la famille qui l’accompagnait dans ce périple. C’est alors qu’elle rencontre Bacem, un soldat déserteur qui est également un ancien musicien. Les Oiseaux ne se retournent pas est aussi joué en « direct », sous la forme d’une « BD-concert », à l’aide de projections et de séquences animées tirées du roman graphique, et appuyées par de la musique et des sons permettant de s’immerger dans ce récit. Ce sera le 2 avril 2020 au Cube (Issy-Les-Moulineaux), et au Lucernaire (Paris) le 13 avril 2020.

Les Oiseaux ne se retournent pas de Nadia Nakhlé (Delcourt/Mirages), 224 pages, 25,50 euros. Sortie le 18 mars 2020.

Hardship

Dilk

Espagnols. Premier album pour les Espagnols Dilk. Enregistré au Brazil Studio de Madrid, Hardship lorgne clairement vers les productions 80’s de groupes de rock gothiques comme les Sisters of Mercy et son leader, Andrew Eldritch. Graveyard Orbit illustre ce parti pris, alors que d’autres titres, comme le très bon RIP, tendent davantage vers une electro-dark dansante. Les 10 titres de ce disque tournent autour de la question de l’identité, du sentiment d’être inadapté dans le monde qui nous entoure, et, au final, de ne pas être compris. Tout est allé très vite pour ce trio, car Carlos Pedro (chant et guitare), Esperanza Ruiz (basse) et Jaime P. Damborenea (clavier et composition) se sont rencontrés à Madrid mi-2018. Leur cold wave ultra-efficace, notamment avec I Can’t Figure It Out, est portée par Carlos Pedro tout au long de cet album sombre, mais jamais lugubre.

Hardship, Dilk (Cold Transmission Music), 9 euros (Bandcamp), 13 euros (CD).

Myopia

Agnes Obel

Perception. On pourrait avoir la crainte de se lasser. Mais cette crainte est très rapidement balayée. Dès les premières secondes de Camera’s Rolling, le premier titre de Myopia, Agnes Obel séduit et emporte l’adhésion. C’est toujours aussi beau, toujours aussi fragile, et, finalement, toujours nouveau. Encore une fois composé à Berlin, une ville où elle trouve l’atmosphère nécessaire à la création, Myopia est construite autour du trio piano-violon-violoncelle, et a pour thème la distorsion de la perception. Loin de Copenhague, sa ville natale, Agnes Obel continue de nous émouvoir, avec sa musique douce et mélancolique. A commencer par Island of Doom et Broken Sleep, deux morceaux publiés sur Internet en préambule de la sortie de cet album intense, beau et précieux.

Myopia, Agnes Obel (Deutsche Grammophon/Universal), 19,99 euros (vinyle bleu, exclusivité Fnac), 15,99 euros (CD, édition limitée).

Miss Anthropocene

Grimes

Magie. So Heavy, qui fait l’ouverture de ce cinquième album de Grimes, est un pur délice. On y retrouve la voix totalement planante de Claire Boucher, alias Grimes, qui nous avait déjà fait beaucoup voyager lors de la sortie de son précédent album, Art Angels (2015). La magie (noire) opère à nouveau, comme la sortie du premier single We Appreciate Power pouvait le laisser présager. Un morceau à la fois sucré, très pop et saignant, avec quelques relents industriels que Trent Reznor, l’une des influences revendiquées de Grimes, ne bouderait pas. My Name Is Dark est tout aussi efficace, pendant que l’énergie de 4ÆM, un titre composé pour la bande-son du jeu vidéo Cyberpunk 2077, sur laquelle ont aussi travaillé d’autres artistes comme Nina Kraviz ou A$AP Rocky, emporte tout sur son passage.

Miss Anthropocene, Grimes (4AD/Wagram), 20,99 euros (vinyle), 11,99 euros (CD).

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