vendredi 22 octobre 2021
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Culture Sélection de décembre 2020

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et albums.

Énorme

De Sophie Letourneur

Grossesse. Le film de Sophie Letourneur est atypique. Mixant plans documentaires et plans fictionnels, il propose de suivre un couple, Claire (Marina Foïs) et Frédéric (Jonathan Cohen). Claire est une pianiste de talent, centrée sur son art, pendant que Frédéric est à la fois son agent et son homme à tout faire. Frédéric désire un enfant, Claire moins. Du coup, il provoque la grossesse de sa femme et en assume les conséquences. Pour suivre cette aventure, Sophie Letourneur a d’abord tourné de façon documentaire à l’hôpital Trousseau ou à la maternité des Bluets. Ensuite, elle a ajouté les plans qui relèvent de la fiction, grâce à un usage malin du champ-contrechamp. Fiction et documentaire se marient parfaitement dans cette comédie féroce et intelligente.

Énorme de Sophie Letourneur, avec Marina Foïs, Jonathan Cohen, Jacqueline Kakou (FRA/1h41/2020), 14,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 9 janvier 2021.

Antebellum

De Gerard Bush et Christopher Renz

Faulkner. Le duo Gerard Bush et Christopher Renz signe ici un premier film ambitieux, dans lequel ils n’hésitent pas à faire un lien entre l’esclavagisme du XIXème siècle et le racisme systémique, tel qu’on le connaît encore, hélas, au XXIème siècle. Antebellum commence par une citation de William Faulkner (1897-1962) : « Le passé ne meurt jamais. Ce n’est même pas le passé. » L’actrice et chanteuse Janelle Monáe incarne Veronica Henley, une auteure à succès qui se retrouve plongée dans une histoire incroyable, dont on taira ici volontairement les détails pour conserver le suspens intact. Antebellum rappelle les films malins de Jordan Peele, Us (2019) et surtout Get Out (2017). Sans doute moins subtil, Antebellum reste suffisamment précieux sur le fond pour mériter un visionnage.

Antebellum de Gerard Bush et Christopher Renz, avec Janelle Monáe, Jena Malone, Kiersey Clemons (USA/1h46/2020), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 24,99 euros (Blu-ray 4K). Sortie le 9 janvier 2021.

Ailleurs

De Gints Zibalodis

Infini. Que faire lorsqu’on se réveille dans un arbre, après avoir été victime d’un accident d’avion, et que l’on est poursuivi par une forme inconnue et menaçante ? Fuir semble une bonne option. C’est en tout cas ce que décide de faire un jeune garçon qui se réfugie dans une grotte, dans laquelle il trouve une moto et une carte. Donc de quoi traverser l’île où il se trouve pour atteindre les secours. Prix Contrechamp en 2019 au festival du film d’animation d’Annecy, Ailleurs est un premier film à petit budget, épuré et élégant, qui rappelle La Tortue rouge (2016) de Michael Dudok de Wit. On évolue dans ce qui pourrait être un jeu vidéo, avec autour de soi un espace sans limites, porté par une bande-son qui incite à la rêverie. Un univers aussi infini que le plaisir procuré par ce film d’animation.

Ailleurs de Gints Zibalodis (LET/1h14/2020), 14,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 20 janvier 2021.

Adieu les cons

d’Albert Dupontel

Décalée. Les films d’Albert Dupontel sont souvent construits autour de personnages complètement barrés. Adieu les cons ne fait pas exception à la règle. On retrouve Suze Trappet (Virginie Efira) une coiffeuse qui apprend à 43 ans qu’il lui reste peu de temps à vivre, Jean-Baptiste Cuchas, dit « JB » (Albert Dupontel), un fonctionnaire à la fois quinquagénaire et dépressif et enfin M. Blin (Nicolas Marié), un archiviste aveugle, très compétent sur les dossiers d’accouchement sous X. Condamnée par les effluves des bombes de laque de son salon de coiffure, Suze décide de partir à la recherche de l’enfant qu’elle a été obligée d’abandonner à sa naissance, il y a 23 ans. Elle croise « JB » qui tente de se suicider, avant que le duo ne soit rejoint par l’archiviste devenu aveugle, victime d’une bavure policière. Délirante et décalée, cette comédie grinçante peine toutefois à convaincre totalement.

Adieu les cons d’Albert Dupontel, avec Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié (FRA/1h27/2020), prix : NC (DVD), prix : NC (Blu-ray). Sortie le 21 janvier 2021.

Comédies françaises

d’Eric Reinhardt, Gallimard

Internet. Dimitri est un jeune journaliste qui décide de se lancer dans une enquête sur la naissance d’Internet. Sa curiosité est décuplée, lorsqu’il découvre qu’en 1974, l’ingénieur à l’origine du système de transmission de données a été bloqué dans ses recherches par l’Etat. C’est en s’apercevant qu’Internet aurait pu être une invention française que Reinhardt s’est lancé dans l’écriture de Comédies françaises. En effet, le Français Louis Pouzin, qui est le père de la transmission de données électroniques par paquets, le datagramme, a vu son programme de recherche stoppé en 1975. L’industriel et lobbyiste Ambroise Roux (1921-1999) a notamment convaincu le président Valéry Giscard d’Estaing (1926-2020) de tourner le dos au projet européen « Unidata », auquel était lié le travail de Pouzin. Comédies françaises retrace donc un échec pour la France, devenu un roman à succès pour Eric Reinhardt.

Comédies françaises d’Eric Reinhardt (Gallimard), 478 pages, 16 euros (format numérique), 22 euros (format « papier »).

Rainbowman, 1983-2016, tome II

De Jérôme Soligny

Référence. Le tome I couvrait la période 1967-1980. Voici le tome II qui révèle l’essentiel de la riche carrière de David Bowie (1947-2016), cette fois sur la période 1983-2016. À la fois musicien, écrivain et conseiller de la rédaction du magazine Rock & Folk depuis les années 1990, Jérôme Soligny est considéré comme l’un des meilleurs connaisseurs de David Bowie, qu’il a pu interviewer à plusieurs reprises, et sur lequel il a beaucoup écrit. « J’ai collaboré à Rainbowman parce que l’angle choisi par Jérôme [Soligny – NDLR], la musique de David Bowie en partie racontée par ceux qui l’ont faite avec lui, est le bon […] je sais que Bowie, l’artiste, a toujours eu confiance en Soligny, l’auteur », assure le producteur historique de David Bowie, Tony Visconti, dans la préface. En deux volumes et plus de 1 200 pages, avec l’appui de plus de 300 témoignages le plus souvent exclusifs, Rainbowman se pose comme une véritable référence, quasi-définitive, sur Bowie.

Rainbowman, 1983-2016, tome II de Jérôme Soligny (Gallimard), 656 pages, 35 euros.

On va déguster l’Italie

De François-Régis Gaudry et ses amis

Régal. Pour terminer l’année 2020 autour d’une bonne table, on se plongera dans ce joli livre proposé par François-Régis Gaudry et ses amis. Même si la frontière italienne est très proche de Monaco, en cette période de pandémie de Covid-19 et de restrictions, il est judicieux de se lancer dans la réalisation de plats et de spécialités transalpines. Les plus classiques, comme les lasagnes ou la salade caprese, sont là bien sûr, sans oublier la fameuse panna cotta. Plus amusant, une rubrique de ce livre est consacrée à la cuisine avec une approche qui insiste sur la dimension historique. On pourra alors se pencher avec délice sur les plats préférés de la mafia ou sur les écrivains qui se nourrissent d’Italie. Un régal.

On va déguster l’Italie, de François-Régis Gaudry et ses amis (Marabout), 464 pages, 42 euros.

L’Arabe du futur, tome V

De Riad Sattouf

Rennes. Cinquième volume pour la série toujours aussi brillante de Riad Sattouf, L’Arabe du futur, dans laquelle il continue de raconter son enfance et sa trajectoire entre la France, la Libye et la Syrie. Après les périodes 1978-1984, 1984-1985, 1985-1987 et 1987-1992, cet auteur franco-syrien de bande dessinée (BD) traite cette fois des années 1992-1994. On trouve dans cette BD très drôle l’origine du film de Riad Sattouf, Les Beaux Gosses (2009), dans laquelle il met en scène son adolescence, l’amour et ses relations avec les filles. Il est aussi question d’art et de BD, avec sa passion pour les récits de science-fiction et son admiration pour H. P. Lovecraft (1890-1937), Moebius (1938-2012), Philippe Druillet et Enki Bilal. Après le drame survenu dans le tome IV, que nous tairons ici pour ceux qui ont du retard dans leurs lectures, ce tome V s’attarde sur la vie à Rennes, scolaire et extra-scolaire, du jeune Riad. Vivement le tome VI.

L’Arabe du futur, tome V, de Riad Sattouf (Allary Editions), 184 pages, 22,90 euros.

À mains nues, tome I. De Leïla Slimani et Clément Oubrerie

Féminisme. Considérée comme une pionnière de la chirurgie esthétique, Suzanne Noël (1878-1954) a voué son existence aux femmes. C’est cette existence hors normes qui a aiguisé la curiosité de l’écrivaine Leïla Slimani. Épaulée par Clément Oubrerie pour les dessins, elle a décidé de mêler les éléments biographiques et fictionnels. Les moments les plus fameux de sa carrière sont là. Par exemple, après un lifting raté aux Etats-Unis, Suzanne Noël prend en charge la comédienne Sarah Bernhardt (1844-1923). Sa vie privée est aussi évoquée, avec son mariage, mais aussi les doutes et les souffrances provoqués par la présence d’un amant. La vie de Suzanne Noël est suffisamment riche pour donner lieu à un deuxième tome, dans lequel il devrait notamment être question de ses actes héroïques pendant la Seconde Guerre mondiale, et sa mobilisation en faveur du féminisme, à travers le mouvement des Soroptimist.

À mains nues, tome I, de Leïla Slimani et Clément Oubrerie (Les Arènes), 104 pages, 20 euros.

Thank U 4 Taking Me To The Disco / I’d Like 2 Go Home

Meg Myers

Mouchoirs. Ce n’est pas un, mais deux nouveaux EPs que Meg Myers nous livre ce mois-ci. Ceux qui ont toujours en tête le titre Desire (2015), single à la fois doux, sensuel et torturé, vont devoir se laisser aller à des élans davantage pop, que distille efficacement Meg Myers sur ces deux disques. Notamment avec Any Way You Wanna Love, un titre sur lequel la chanteuse joue très habilement avec les différentes sonorités de sa voix. Mais le sommet de ces deux EPs reste occupé, et haut la main, par I Hope You Cry, un duo avec Morgxn qui frappe par sa beauté immédiate. « C’était beau de parvenir à être connectée avec Morgxn d’une façon dont, soyons honnêtes, beaucoup d’hommes ont peur. Être vulnérable, être vrai, se laisser voir des autres, est une vraie force. I Hope You Cry est la permission de faire tout ça », explique Meg Myers. Sortez les mouchoirs.

Thank U 4 Taking Me To The Disco / I’d Like 2 Go Home, Meg Myers (Sumerian Records), 13,60 euros (CD).

Serpentine Prison

Matt Berninger

Grâce. Premier album solo pour le leader de The National, Matt Berninger. Enregistré chez lui, à Los Angeles, pendant l’été 2019, au Earthstar Creation Center, un studio de Venice, cet album a été conçu avec l’appui du producteur et multi-instrumentiste Booker T. Jones. Sur les 10 titres du très beau Serpentine Prison, on retrouve bien sûr la voix grave et sublime de Matt Berninger. Les fans de The National seront séduits, car ils retrouveront ce son si caractéristique, notamment sur l’excellent One More Second ou sur Serpentine Prison. On a aussi beaucoup aimé Loved So Little, un titre à la fois doux et profond, qui aurait pu sortir de l’imaginaire de Nick Cave, dont on parle aussi cette semaine dans Culture Sélection. Comme le rockeur australien, Matt Berninger évoque ses manques, ses peines et ses souffrances, avec une grâce qui touche dès la première écoute.

Serpentine Prison, Matt Berninger (Book’s Records/Concord Records/Caroline), 14,99 euros (CD), 19,99 euros (vinyle).

Idiot Prayer, Nick Cave alone at Alexandra Palace

Nick Cave

Sublime. « This sucks. » C’est en ces termes, « tout ça craint », que Nick Cave a décrit l’impact du Covid-19, qui vient de causer l’annulation de sa tournée européenne. Il s’est exprimé dans le cadre de ses « Red Hand Files » (theredhandfiles.com), un site sur lequel il répond aux questions de ses fans, lancé en 2018. Alors oui, « it sucks », mais comme une très belle consolation, Nick Cave nous livre un album sublime, interprété seul au piano. Cet album est le prolongement de Conversations with Nick Cave, une tournée pendant laquelle le public lui suggérait des titres, qu’il jouait ensuite au piano. Cette performance a été filmée par Robbie Ryan le 19 juin 2020, à l’Alexandra Palace, à Londres. Nick Cave interprète des titres des Bad Seeds et de Grinderman, compris entre 1986 et 2020. Mention spéciale à The Mercy Seat, Jubilee Street, et Higgs Boson Blues, magnifiés par un Nick Cave au sommet.

Idiot Prayer, Nick Cave alone at Alexandra Palace, Nick Cave (Bad Seed Ltd) 15,99 euros (CD), 25,99 euros (vinyle).

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