samedi 22 janvier 2022
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Culture Sélection de mars 2020

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coup de cœur Blu ray, livres, bandes-dessinées et albums.

Brooklyn Affairs

d’Edward Norton

Labyrinthe En plein New York, dans les années 50, le détective privé Lionel Essrog enquête sur la mort de son ami, Frank Minna. Atteint du syndrome de Gilles de La Tourette, Essrog doit se battre pour découvrir la vérité, face à un Alec Baldwin très malin, et à un labyrinthe d’intrigues imbriquées dans la ville de New York. Ce thriller politico-immobilier est le deuxième film d’Edward Norton, après Au nom d’Anna, sorti en 2000. Du coup, si l’ambition était énorme, le résultat est sans doute un peu en deça de l’objectif visé. Mais on prend tout de même plaisir à se perdre dans ce dédale d’intrigues, où des seconds rôles, comme Willem Dafoe, tirent leur épingle du jeu.

Brooklyn Affairs d’Edward Norton, avec Edward Norton, Gugu Mabtha-Raw, Alec Baldwin (USA, 2019, 2h25), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (blu-ray, édition spéciale Fnac). Sortie le 8 avril 2020.

Matthias & Maxime

de Xavier Dolan

Identité. Un baiser anodin entre deux garçons pour le tournage d’un court métrage, et tout bascule. Les certitudes commencent à s’effriter, les conventions sociales ressurgissent, plus prégnantes que jamais, et il faut faire des choix. C’est à la cristallisation d’une identité que nous convie le surdoué Xavier Dolan. A seulement 30 ans, Matthias & Maxime est son huitième film. Il a déjà connu le succès, avec Mommy (2014), et l’échec, avec Ma vie avec John F. Donovan (2018). Ce long-métrage est sans doute le plus québécois de ses films, et on y voit aussi, pour la première fois depuis Tom à la ferme (2012), Xavier Dolan face à la caméra. Très maîtrisé, ce teen movie permet à Dolan de renouer avec la réussite.

Matthias & Maxime de Xavier Dolan, avec Gabriel D’Almeida Freitas, Xavier Dolan, Anne Dorval (CAN, 2019, 1h59), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 21 avril 2020.

Le lac aux oies sauvages

de Diao Yinan

Noirceur. On le comprend très vite. A Wuhan, l’amour naissant entre Zhou Zhenong (Ge Hu) et Liu Ai’ai (Gwei Lun Mei) s’annonce compliqué. Il est gangster, elle est prostituée. Et ils ont tous les deux de gros problèmes à régler. Diao Yinan est un habitué des films de gangsters. En la matière, on se souvient de son film précédent, Black Coal (2014), un film noir qu’on avait beaucoup aimé, récompensé d’ailleurs par un Ours d’or à la Berlinale. Cette fois, le réalisateur chinois mise sur la cavale de ce couple improbable, en basculant du point de vue des voyous à celui des policiers. La mise en scène de Diao Yinan est virtuose. Chaque plan fourmille d’idées et les images sont sublimes. La noirceur de ce film est porté par une réappropriation intelligente des figures du film noir des années 1940 et 1950.

Le lac aux oies sauvages de Diao Yinan, avec Ge Hu, Gwei Lun Mei, Liao Fan (CHI, 2019, 1h50), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 25 avril 2020.

The Lighthouse

de Robert Eggers

« Phallus ». C’est un véritable face-à-face que se livrent Willem Dafoe (Thomas Wake) et Robert Pattinson (Ephraim Winslow) dans The Lighthouse. Après avoir connu le succès avec son film d’épouvante The Witch (2016), Robert Eggers est de retour avec ce huis clos qui se déroule en 1890, sur une île de la Nouvelle-Angleterre. Le scénario est simplissime : le capitaine Thomas Wake doit veiller sur un phare, aidé par Ephraim Winslow. On se souvient que, pour décrire ce film récompensé par le prix Fipresci à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes et par le prix du jury au Festival de Deauville, Robert Eggers avait eu ces mots : « Rien de bon ne peut arriver quand deux hommes sont isolés dans un phallus géant. » C’est très juste. Reste que, tourné en 35 mm, en noir et blanc, et dans un format carré, The Lighthouse est aussi un objet très stylisé et très (trop ?) pensé.

The Lighthouse de Robert Eggers, avec Robert Pattinson, Willem Dafoe, Valeriia Karaman (USA-CAN, 2019, 1h49), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros blu-ray. Sortie le 29 avril 2020.

Bela Lugosi, biographie d’une métamorphose

d’Edgardo Franzosini

Mythe. L’acteur austro-hongrois Bela Lugosi (1882-1956) est incontestablement un cas à part dans l’histoire du cinéma. Cet artiste de théâtre, mais aussi de cinéma muet et parlant, a dû fuir son pays en 1919, alors que le régime communiste de Bela Kun (1886-1938), dont il était proche, s’effondrait. Arrivé aux Etats-Unis, il a fini par décrocher à Broadway le rôle du comte Dracula, dans une pièce de théâtre qu’il jouera des centaines de fois. Ensuite, pour comprendre comment Bela Lugosi s’est imposé pour devenir une véritable légende, il faut absolument lire la biographie d’Edgardo Franzosini. L’écrivain et traducteur italien parvient, en seulement 122 pages, à narrer la trajectoire de cet acteur qui a aussi inspiré le fameux Bela Lugosi’s Dead (1982) de Bauhaus. Un mythe, on vous dit.

Bela Lugosi, biographie d’une métamorphose d’Edgardo Franzosini (Editions la Baconnière), 122 pages, 14 euros.

Dé mem brer

de Joyce Carol Oates

Nouvelles. Ce n’est pas très gai, ce n’est pas très réjouissant, c’est même franchement assez sombre et plutôt pessimiste, mais c’est toujours aussi bon. Dans ce recueil de nouvelles, Joyce Carol Oates met en scène des femmes. Toutes différentes, elles sont confrontées aux dangers du monde extérieur. Si ces femmes sont toutes uniques, les risques qui les guettent sont, eux aussi, protéiformes. Dans Dé mem brer, on croise une femme traquée par le souvenir de la maison dans laquelle elle vivait avec son défunt mari. On y fréquente aussi une autre femme obnubilée par les oiseaux et sa soif de vengeance vis-à-vis d’un beau-frère jugé trop radin. L’ensemble est captivant et, au final, ces sept nouvelles à la frontière du fantastique, sont aussi habiles que captivantes.

Dé mem brer de Joyce Carol Oates, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Hauche (Philippe Rey), 248 pages, 19 euros.

Louisa

de Lou Syrah

Enquête. C’est un fait divers qui remonte à 1994. A Roubaix, Louisa, que l’on croyait possédée par le diable, est morte suite à une séance d’exorcisme pratiquée par un imam, Mohamed Kerzazi. Le père de l’autrice de ce livre, Lou Syrah (c’est un pseudo), a aussi été l’objet d’un exorcisme musulman. Comme Lou Syrah est aussi originaire de Roubaix, il y avait suffisamment de connexions pour qu’elle décide de se lancer dans l’écriture de ce passionnant livre-enquête. Le sujet est peu connu, que ce soit à Monaco ou en France. Mais Lou Syrah parvient à nous faire plonger dans cet univers mystique, trouble et peu documenté. Mohamed Kerzazi a été poursuivi en 1997 devant la cour d’assises du Nord pour « tortures ou actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Il a été condamné à 7 ans de prison.

Louisa de Lou Syrah, (Editions Goutte d’Or), 256 pages, 17 euros.

La Ligue des gentlemen extraordinaire. La Tempête

d’Alan Moore et Kevin O’Neill

Ultime. Il souhaitait sortir par la grande porte. Avec la publication de La Ligue des gentlemen extraordinaire. La Tempête, c’est désormais chose faite pour le scénariste anglais Alan Moore qui a décidé d’arrêter la bande dessinée, tout comme Kevin O’Neill d’ailleurs. Après 20 ans d’existence, le dernier tome de La Ligue des gentlemen extraordinaires est donc l’ultime, et c’est à un véritable feu d’artifice de pop culture que nous convient Alan Moore et Kevin O’Neill sur plus de 200 pages. Moore prend toujours plaisir à mélanger les époques et les genres. On retrouve ainsi Mina Murray issue du Dracula de Bram Stoker (1847-1912), mais aussi un groupe de super héros anglais, les Sept Etoiles, ou encore Emma Night, qui fait référence à Emma Peel, de la série Chapeau melon et bottes de cuir. Les différents niveaux de lecture promettent de longues heures de lecture. Idéal pendant le confinement.

La Ligue des gentlemen extraordinaire. La Tempête d’Alan Moore et Kevin O’Neill, traduit de l’anglais par Makma/Mathieu Auverdin (Panini Comics), 224 pages, 30 euros.

Maladroit de naissance

de Yarö Abe

Intime. La vie n’est pas facile lorsqu’on est maladroit depuis toujours. Cela, Makoto le sait très bien, puisque, depuis qu’il est tout petit, son quotidien est rythmé par des catastrophes, petites ou grandes, qu’il provoque malgré lui. Ce livre est construit autour d’une série d’anecdotes racontées et inspirées, en partie, par la vie de l’auteur, Yarō Abe. Ce mangaka japonais est aussi l’auteur de la série La cantine de minuit, publié dans le magazine Big Comic Original depuis octobre 2006, et dont l’éditeur Le Lézard Noir assure la version française depuis février 2017. Dans Maladroit de naissance, Yarō Abe raconte son enfance auprès d’un père plein d’humour. L’ensemble est à la fois poétique, intime et sensible.

Maladroit de naissance de Yarō Abe (Le Lézard Noir), 288 pages, 18 euros. Sortie le 26 mars 2020.

All Encores

Nils Frahm

Rattrapage. La période est propice à évoquer ce qui ne l’a pas forcément été. Publié en septembre 2019, All Encores n’a pas été chroniqué dans Culture Sélection. C’est un oubli qu’il fallait absolument réparer, car ce disque fragile est d’une beauté insondable. Le musicien allemand a imaginé un univers contemplatif, entre ambient et électro, dans lequel on a plaisir à se perdre. All Encores réunit trois EP – Encores 1, Encores 2 et Encores 3 – publiés entre juin 2018 et septembre 2019, soit 12 morceaux enregistrés lors des mêmes sessions qui ont donné le jour à l’album précédent, All Melody (2018). Encores 1 est acoustique, entièrement joué au piano, pendant qu’Encores 2 mixe acoustique et électronique. Enfin, Encores 3 est uniquement électronique, un champ d’expression dans lequel le titre All Armed accomplit des merveilles. Tout ça valait bien une séance de rattrapage express.

All Encores, Nils Frahm (Erased Tapes/Bigwax), 13,99 euros (CD), 17,55 euros (chaque vinyle).

Color Theory

Soccer Mommy

Peine. Après For Young Hearts (2016), Collection (2017) et Clean (2018), le quatrième album de Soccer Mommy (Sophie Allison) vient de sortir. A la première écoute, Color Theory peut sembler gai et léger. Mais les thèmes qu’il traite ne le sont pas, puisqu’il est essentiellement question d’une réflexion sur la maladie, la mort ou la dépression. Chaque couleur évoque une peine : le bleu pour la dépression, le jaune pour la maladie, et le gris pour la mort. En 10 titres, Sophie Allison évoque son mal-être avec une force et un talent rare. Quelque part entre Avril Lavigne et Natalie Imbruglia période Torn (1997), ce disque est donc une œuvre à double entrée, avec des textes sérieux et profonds, lovés dans une pop aussi douce qu’addictive.

Color Theory, Soccer Mommy, (Loma Vista Recordings/Caroline), 9,99 euros (CD), 19,99 euros (vinyle).

Mother

Cold Beat

Electro-pop. Originaire de San Francisco, le groupe post-punk Cold Beat dégaine un quatrième album construit autour d’une électro-pop qui rappelle le meilleur des Cocteau Twins. Lancé en éclaireur, le single Mother évoque quant à lui la synth-pop de Depeche Mode du milieu des années 80. Mais c’est sans doute le second single issu de cet album captivant qui séduit le plus, et de façon immédiate. En effet, les riffs de guitare de Prism empruntent à New Order, et c’est tout aussi efficace qu’avec le groupe de Bernard Sumner. Plus aérien, le titre Pearls est remarquable, pendant que Gloves replonge avec joie dans l’obscurité. Au final, magnifié par la voix d’Hannah Lew, Mother est un disque aussi varié que réussi, à écouter sans modération.

Mother, Cold Beat (DFA/PIAS), 13 euros (CD), 26 euros (vinyle).

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Monaco Hebdo