samedi 15 août 2020
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Culture Sélection d’avril 2020

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coup de cœur Blu ray, livres, bandes-dessinées et albums.

Underwater de William Eubank

Hostile. Un blockbuster efficace. C’est sans doute ainsi que l’on peut résumer Underwater. Suffisamment bref, 1h35 seulement, le film de William Eubank met en scène Kristen Stewart, ingénieure en mission sous-marine, à 11 kilomètres de profondeur. Tout irait bien si, victime d’un tremblement de terre, le vaisseau ne prenait pas l’eau de toute part. Rapidement, ce “survival” sous-marin va à l’essentiel : comment sauver sa peau dans un milieu aussi hostile ? Underwater n’invente rien, et emprunte dès qu’il le peut à Abyss (1989) de James Cameron ou à Alien de Ridley Scott (1979), avec son lot de “jump scares” [“sursaut de peur” — N.D.L.R.]. Pour le reste, il remplit le cahier des charges et s’avère être une agréable série B.

Underwater de William Eubank, avec Kristen Stewart, T. J. Miller, Jessica Henwick (USA, 2020, 1h35), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 8 mai 2020.

Sortilège d’Ala Eddine Slim

Essentiel. Après The Last of Us (2016), voici le deuxième film du réalisateur tunisien, Ala Eddine Slim. Un jeune soldat (Abdullah Miniawy) affronte dans le désert des terroristes qui restent invisibles. A la mort de sa mère, il décide de fuir l’armée. Poursuivi, il rencontre la femme insatisfaite et enceinte (Souhir Ben Amara) d’un riche homme d’affaires (Khaled Benaissa). Autant le dire tout de suite : le film d’Ala Eddine Slim n’est pas facile d’accès. Peu ou pas de dialogues, le soldat et sa protégée se parlent avec les yeux. L’essentiel est ailleurs. Hors du monde, hors de notre société devenue folle, l’ex-soldat et la femme enceinte reviennent à l’essentiel, et, pour cela, se transforment tout au long du film, pour devenir autre chose. Plus ésotérique, la deuxième partie de Sortilège convoque des symboles issus de la bible, le plus visible étant Adam et Eve, bien sûr.

Sortilège d’Ala Eddine Slim, avec Abdullah Minawy, Souhir Ben Amara, Khaled Ben Aissa (TUN-FRA, 2020, 2 heures), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 31 mai 2020.

Les Siffleurs De Corneliu Porumboiu

Silbo. Cristi (Vlad Ivanov), un inspecteur de police totalement corrompu, se rend dans une île des Canaries, La Gomera, où il doit apprendre le Silbo, une langue sifflée ancestrale. Objectif : utiliser le Silbo (“sifflement” en espagnol) pour assurer l’évasion d’un trafiquant de drogue, Zsolt (Sabin Tambrea), qui est le seul à savoir où se trouve un magot de 30 millions d’euros. Mais Zsolt est surveillé de très près par Magda (Rodica Lazar), la supérieure hiérarchique directe de Cristi. Multipliant les points de vue, le septième long-métrage de Corneliu Porumboiu est aussi déconstruit que possible dans sa chronologie, mais ce film mérite que l’on fasse l’effort de se laisser aller pendant son visionnage. Tout en détournant les codes du film noir, Les Siffleurs est aussi drôle qu’intelligent. Entre humour noir et réflexion sur l’image et le langage, rien ne manque.

Les Siffleurs, de Corneliu Porumboiu, avec Vlad Ivanov, Catrinel Marlon, Rodica Lazar (ROU-FRA-ALL, 2020, 1h37), 19,90 euros (DVD), 19,90 euros (blu-ray). Sortie le 31 mai 2020.

Tommaso d’Abel Ferrara

Addictions. On l’avait croisé à Monaco fin octobre 2016 (lire son interview publiée dans Monaco Hebdo n° 991) dans le cadre du festival itinérant ADDICTION à l’œuvre, pour évoquer ce thème qui traverse sa filmographie. Avec Tommaso, Abel Ferrara continue d’évoquer sa période “addictions”, avec la drogue et l’alcool plus précisément. Pour ce film, il a confié son propre rôle à Willem Dafoe, qu’il filme pour la cinquième fois. L’action se déroule à Rome, où vivent d’ailleurs Ferrara et Dafoe. On suit l’artiste américain Tommaso qui mène désormais une vie rangée. La femme de Tommaso, Cristina Chiriac (l’épouse d’Abel Ferrara) et sa petite fille Dee Dee (Anna Ferrara, la fille du réalisateur) complètent le tableau. Mais, peu à peu, Tommaso est persuadé que sa femme lui échappe. A moins qu’il ne soit victime d’une autre forme d’addiction ? Cet autoportrait, où l’insatisfaction est omniprésente, touche juste.

Tommaso, d’Abel Ferrara, avec Willem Dafoe, Anna Ferrara, Cristina Chiriac (ITA-GB-USA, 2020, 1h57), 16,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 31 mai 2020.

Jetez-moi aux chiens de Patrick McGuinness

Réseaux. Pour son deuxième roman après Les Cent Derniers Jours (2013), Patrick McGuinness a décidé de s’intéresser aux réseaux sociaux qui prennent une place croissante dans nos quotidiens. Lorsqu’une jeune femme est assassinée dans la banlieue de Londres, c’est vers son voisin, M. Wolphram, un professeur à la retraite, que les regards se tournent. Solitaire, amateur de musique classique qu’il écoute toute la journée, il est rapidement catalogué comme « bizarre » et, par voie de conséquence « suspect ». A tort ou à raison ? Ce qui est sûr, c’est que, très vite la rumeur de sa culpabilité va enfler et s’emparer de Twitter, Facebook ou Instagram, où le grand tribunal populaire des réseaux va s’emballer, sans limites. Mais les deux flics chargés de l’enquête, Gary et Ander, restent circonspects, surtout qu’Ander est un ancien élève de M. Wolphram. Malin et drôle, Jetez-moi aux chiens est plus que jamais indispensable.

Jetez-moi aux chiens de Patrick McGuinness (Grasset), traduit de l’anglais par Karine Laléchère, 384 pages, 15,99 euros (versionnumérique), 23 euros (livre physique).

Dans la lande immobile de Sarah Moss

Archéologie. Un stage d’archéologie expérimentale dans le nord de l’Angleterre organisé par un universitaire. C’est l’idée qu’a eu Bill pour lui, sa femme et sa fille adolescente, Silvie. Au sein d’un petit groupe, l’objectif est aussi d’adopter le mode de vie d’antan, période âge de fer, une époque pour laquelle Bill, chauffeur de bus très nationaliste et amateur d’histoire britannique, éprouve une véritable fascination. Pendant que les hommes chassent, les femmes gèrent la nourriture et l’entretien de l’abri où ils dorment. Silvie a compris que ce stage n’est qu’un prétexte pour lui faire accepter les thèses nationalistes d’un père qu’elle craint. La violence sourde qui règne dans ce camp, pousse Silvie à se rapprocher de Molly. Car elle sait que le pire est à venir. Sarah Moss tisse habilement son récit autour de cette micro société créée de toute pièce, qui servira de matrice à tous les excès.

Dans la lande immobile, de Sarah Moss (Actes Sud), traduit de l’anglais par Laure Manceau, 144 pages, 12,99 euros (version numérique), 17,80 euros (livre physique).

Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière

Saint-Flour. Laurence n’a pas une vie facile. Obèse, elle grandit au sein d’une famille difficile à Saint-Flour (Auvergne), où elle est le souffre douleur de son frère. Accusé d’attouchements sexuels sur mineure, son père est contraint de quitter le domicile familial. Pour éviter que son univers ne finisse de s’effondrer totalement, Laurence se bat et devient championne de lancer de poids. Puis, elle transforme son corps et devient alors pour beaucoup d’hommes un objet qu’ils convoitent pour profiter d’elle. Un jour, elle rencontre un médecin totalement possédé par le démon du jeu. Mais c’est avec lui qu’elle a envie de se projeter. Pour le meilleur ou pour le pire ? Le 13ème roman de Sophie Loubière a pour origine un meurtre réel, qui s’est déroulé à Saint-Flour, dans une chambre d’hôtel. Multipliant les fausses pistes, l’auteure des aventures de Desmond Blur – Black Coffee (2013) puis White Coffee (2016) – vous tiendra en haleine jusqu’au bout avec ce très bon thriller psychologique.

Cinq cartes brûlées de Sophie Loubière (Fleuve Noir), 352 pages, 14 euros (version numérique), 19,90 euros (version physique).

Sardine de l’espace, tome 1 : Platine laser d’Emmanuel Guibert et Joann Sfar

Pirate. Pendant cette période de confinement, comme beaucoup d’autres maisons d’éditions (Casterman, Atrabile, Le Lombard, Cornélius, FLBLB, Hachette, Glénat, Delcourt, ou la plate-forme de bandes dessinées numériques Izneo, entre autres), Dargaud propose des BD à lire gratuitement sur son site Internet. Cette maison d’édition offre le premier tome de la série Sardine de l’espace, qui s’intitule Platine laser (2007). Signée par Emmanuel Guibert et Joann Sfar, cette série de science-fiction absurde et poétique, est totalement irrésistible. Vainqueur du Grand Prix de la Ville d’Angoulême 2020, Emmanuel Guibert, 55 ans, a dessiné les 13 épisodes de cette série, en compagnie de Joann Sfar et Mathieu Sapin, qui met en scène le capitaine du vaisseau L’Hector Malot, un pirate de l’espace, qui recueille des orphelins, dont Sardine et P’tit Lulu.

Sardine de l’espace, tome 1 : Platine laser, d’Emmanuel Guibert et Joann Sfar (Dargaud), 128 pages, en accès libre et gratuit sur le site de Dargaud : www.dargaud.com/bd/Sardine-de-l-espace.

Vies de la mort de L.L. de Mars

Dédramatisation. « Comme ce serait flou et inconsistant une tête de vivant s’il n’y avait pas une tête de mort dedans… » Cette citation, que l’on doit à Pablo Picassso (1881-1973), est placée au dos de cette BD, aussi drôle que nécessaire en cette période de crise sanitaire mondiale, où toute forme de dédramatisation est forcément bonne à prendre. En 128 pages, sous la forme de “strip”, L.L. de Mars raconte avec humour et mélancolie, et en quelques cases donc, comment travaille la mort. L.L. de Mars est une figure qui compte dans le monde de la BD alternative, et on peut d’ailleurs profiter du confinement pour élargir la lecture au reste de son travail, foisonnant et protéiforme. Pour se faire une petite idée, sans bouger de chez soi, on peut prendre son clavier et se plonger dans une partie du travail de L.L. de Mars en se baladant sur www.le-terrier.net. Ce site propose un répertoire d’œuvres en libre service d’artistes aussi divers que passionnants.

Vies de la mort, de L.L. de Mars (6 Pieds sous terre), 128 pages, 16 euros. Sortie le 20 mai 2020.

Ritorno, Andrea

Ambiances. Premier album pour le producteur italien Andrea. Originaire de Turin, il propose un disque varié, qui joue avec les ambiances, au gré de ses humeurs. Attimo, qui fait l’ouverture de Ritorni, nous plonge dans une ambiance cotonneuse, portée par des vagues électroniques, propices au rêve. Il faut attendre la piste numéro 4, TrackQY, pour que l’ambiance décolle sérieusement. On est alors proche d’une ambiance de club, à laquelle il vous sera bien difficile de résister. Dans une veine davantage teintée de “dubstep”, Liquid fonctionne à merveille et démontre toute l’étendue du talent d’Andrea. Aussi à l’aise avec la techno, le trip-hop, la jungle ou le breakbeat, il navigue à vue, sans jamais perdre le sens du rythme. Le titre Isabelle’s String en est la parfaite illustration.

Ritorno, Andrea (Ilian Tape), 12,50 euros (MP3), 18,50 euros (vinyle).

This Is a Quarantine, Arnaud Rebotini

Quarantine. Confiné mais pas vidé de sa force créatrice, Arnaud Rebotini a immédiatement réagi en lançant This Is a Quarantine, un projet qui consiste à publier chaque semaine un nouveau morceau réalisé dans l’intimité de son “home-studio”. Le premier titre, Minimize Contact Between People nous place immédiatement face à un morceau qui lorgne très clairement en direction des Allemands de Kraftwerk. Considéré comme l’un des fers de lance de l’électro française, Arnaud Rebotini ne se contente pas de publier de la musique, il accompagne ce morceau par un clip. Et pour cela, il a travaillé avec deux documentaristes de l’INA, Linda Simhon et Etienne Randier, mais aussi avec deux réalisateurs, Franck Podguszer et Thomas Bernon. Une voix robotique, très « kraftwerkienne », lance des « minimize contact between people », dans une ambiance vidéo construite avec des images 70’s. La suite de ce projet (Digital Lockdown, Chloroquine, Etat naturel…) est tout aussi passionnante. Vivement la suite.

This Is a Quarantine, Arnaud Rebotini (Blackstrobe Records/INA). Sur Soundcloud (en accès libre).

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Perception is/as/of Deception , Adult.

Consumérisme. Depuis 1998, Nicola Kuperus et Adam Lee Miller nous ont rarement déçus. Leur premier album, Resuscitation (2001), leur a permis très rapidement de trouver leur public. Leur huitième disque, Perception is/as/of Deception, devrait aussi faire son chemin, tant il est accrocheur. Le premier single, Why Always Why, et le clip que ce groupe originaire de Detroit a lui-même réalisé, questionnent sur le consumérisme et le rapport au bonheur qu’il est supposé engendrer. A cela, Nicola Kuperus and Adam Lee Miller lancent un « Don’t you know consuming doesn’t make you exist ? » [« Ne sais-tu pas que consommer ne te fais pas exister ? » — N.D.L.R.]. Ce qui n’empêche pas ce duo de porter tout au long de ce clip des lunettes de soleil aussi ostentatoires que possible, assorties de vestes en cuir. Pour le reste, le son de ce disque rappelle la tonalité industrielle et minimaliste de Front 242 ou de DAF. On ne s’en plaindra pas.

Perception is/as/of Deception, Adult. (Rough Trade), 10 euros (MP3), 13,99 euros (CD), 19,99 euros (vinyle). Sortie le 1er mai 2020.

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