dimanche 25 octobre 2020
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Culture Sélection de septembre 2020

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu rays, livres, bandes-dessinées et albums.

The Hunt de Craig Zobel

Exécutions. Pour se distraire, des dirigeants se réunissent dans un manoir à la campagne pour chasser et tuer de simples citoyens américains. Mais leurs plans sont contrariés par Crystal, une jeune femme qui se révèle être une candidate beaucoup plus coriace que prévu. L’opposition entre les élites, de riches libéraux progressistes, et les prolétaires, des « beaufs » très conservateurs, est grinçante, surtout que chaque camp est finalement renvoyé dos à dos. Ce récit de chasse à l’homme évoque bien sûr Les Chasses du comte Zaroff (1932) d’Ernest Schoedsack et Irving Pichel. Les exécutions sont filmées avec un humour très noir et les gags fusent. Intelligemment, Craig Zobel pousse le spectateur à prendre fait et cause pour ces “rednecks” pourchassés, que l’on imagine votant Trump, et adeptes de théories du complot qui se révèlent finalement pas tout à fait fausses. Malin.

The Hunt de Craig Zobel, avec Betty Gilpin, Hilary Swank, Wayne Duvall (USA, 2020, 1h31), 12,99 euros (DVD), 14,99 euros (blu-ray).

Benni de Nora Fingscheidt

Crises. Benni a 9 ans. Victime d’incontrôlables crises de rage, elle est livrée à elle-même, sa mère ayant baissé les bras depuis longtemps. Les services sociaux ont donc pris le relais et elle vit d’un foyer d’accueil à un autre, privée d’amour. Son assistante sociale et Micha, un éducateur, vont tenter de l’aider, et essayer de lui éviter d’être internée en psychiatrie. Nora Fingscheidt filme les troubles du comportement de Benni (Helena Zengel, impressionnante) sans pathos, ni misérabilisme. Le premier long métrage de cette réalisatrice allemande de 36 ans séduit. On suit avec émotion l’errance de Benni, rejetée par sa mère et trimbalée par les services sociaux d’un refuge à un autre. Porté par la jeune et épatante actrice Helena Zengel, Benni est un film sensible et attachant.

Benni de Nora Fingscheidt, avec Helena Zengel, Albrecht Schuch, Gabriela Maria Schmeide (ALL, 2020, 1h58), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 6 octobre 2020.

The Demon Inside de Pearry Reginald Teo

Exorcisme. Bien sûr, le sujet est très convenu. Il faut dire que depuis le succès de L’Exorciste (1974) de William Friedkin, très peu de films se sont distingués. Dans The Demon Inside, un prêtre exorciste, son adjoint et un psychiatre sont chargés de désenvoûter un enfant, dont le père suit un traitement contre la schizophrénie. Fraîchement sorti de prison suite à un exorcisme qui a laissé sur le carreau le possédé, le prêtre va devoir lutter contre des forces d’une grande violence, pendant que le père affronte des visions de plus en plus envahissantes. Essentiellement spécialisé dans le cinéma d’épouvante et fantastique, Pearry Reginald Teo remplit le cahier des charges et nous fait régulièrement sursauter. Très balisé et prévisible une bonne partie du temps, son sixième film parvient à se démarquer grâce à une fin suffisamment surprenante.

The Demon Inside de Pearry Reginald Teo, avec Robert Kazinsky, Peter Jason, Florence Faivre (USA, 2020, 1h27), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (blu-ray). Sortie le 21 octobre 2020.

The King of Staten Island de Judd Apatow

Doux-amer. Scott, 24 ans, est le fils d’un pompier mort en intervention. Il vit chez sa mère et passe ses journées à ne rien faire, si ce n’est fumer des joints avec ses amis, et multiplier des bêtises plus ou moins graves. Un jour, sa mère refait sa vie avec Ray, pompier lui aussi. Le monde de Scott s’effondre. Du coup, il fait tout ce qu’il peut pour détruire ce nouveau couple et finit par se retrouver exclu de la maison familiale. Il se réfugie alors à la caserne de pompiers où travaillait son père, et où officie désormais Ray. Après une première partie digne des meilleures comédies, la seconde moitié de The King of Staten Island vire au mélodrame. Plus triste, plus douloureux aussi, le film d’Apatow devient alors doux-amer, un style dans lequel ce réalisateur américain est particulièrement à l’aise.

The King of Staten Island de Judd Apatow, avec Pete Davidson, Marisa Tomei, Bill Burr (USA, 2020, 2h17), 14,99 euros (DVD seulement, pas de sortie blu-ray). Sortie le 28 octobre 2020.

L’enfer commence avec elle de John O’Hara

Libre. En 1935, lorsque John O’Hara (1905-1970) publie L’enfer commence avec elle, il a une idée bien précise en tête : dresser le portrait de Gloria Wandrous, une jeune femme très libre, qui multiplie les amants et assume sa sexualité dans le New York des années 1930. Cette histoire est inspirée d’un fait divers, qui a également été adapté au cinéma par Daniel Mann (1912-1991), dans La Vénus au vison (1961), un film grâce auquel Elizabeth Taylor a remporté -l’Oscar de la meilleure actrice. Traduit une première fois en langue française en 1947, cette réédition permet de replonger dans cette histoire hors du commun, entre charme, crise et prohibition.

L’enfer commence avec elle de John O’Hara (éditions de l’Olivier), traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Yves Malartic, édition révisée par Mathilde Deprez, 256 pages, 22 euros.

Elle a menti pour les ailes de Francesca Serra

Harcèlement. A 37 ans, Francesca Serra vient de remporter le prix littéraire Le Monde, et c’est mérité. Garance Sollogoub entre en seconde et attire tous les regards, notamment ceux du plus beau garçon du lycée, Victor, mais aussi de Maud et de sa bande. En mai 2016, Garance disparaît. Personne ne sait où. Tout le monde, et la police en premier, fouille ses comptes Instagram, Facebook ou Snapchat pour essayer de trouver une piste, ou au moins pour essayer de comprendre ce qui a pu lui arriver. Un début d’explication émerge : Garance a été victime de harcèlement sur les réseaux sociaux et personne n’a vu quoi que ce soit. Francesca Serra détaille avec une grande précision les rouages qui ont mené au harcèlement, puis à la disparition de Garance. Et c’est loin d’être la seule qualité de ce livre à ne pas rater.

Elle a menti pour les ailes de Francesca Serra (Anne Carrière), 480 pages, 21 euros.

Broadway de Fabrice Caro

Absurde. A 46 ans, Axel a tout pour être heureux… en apparence, en tout cas. Il a une femme, deux enfants, une maison dans un joli lotissement, des amis qui l’invitent pour un barbecue ou pour aller faire du paddle du côté de Biarritz. Un courrier de l’Assurance Maladie sert de détonateur : et s’il était temps pour Axel de tout plaquer pour vivre une vie d’aventure en Amérique du Sud ? Après Figurec (Gallimard, 2006) et Le Discours (Sygne/Gallimard, 2018), Fabrice Caro est de retour avec son irrésistible humour à la fois noir, absurde et mélancolique. La fuite en avant dans laquelle s’engage Axel est prétexte à une série de scènes absolument désopilantes auxquelles vous ne pourrez pas résister.

Broadway de Fabrice Caro (Sygne/Gallimard), 208 pages, 18 euros.

Mauretania – Une traversée de Chris Reynolds

Anthologie. Près de 300 pages pour se plonger dans l’univers du dessinateur gallois Chris Reynolds, c’est le joli cadeau que nous font les éditions Tanibis. Cette compilation de récits, parfois très elliptiques, est une véritable invitation au voyage et à l’instabilité. En effet, à chaque case, le lecteur peut se retrouver téléporté on ne sait où, sans aucune logique, ni souci de cohérence. Peu importe. L’important est ailleurs. Balloté quelque part entre La quatrième dimension et La guerre des mondes (1898) d’Herbert George Wells (1866-1946), on se laisse finalement aller au plaisir généré par les différentes émotions auxquelles Chris Reynolds nous soumet, tout au long de cette superbe anthologie. Une anthologie qui rassemble pour la première fois près de 300 planches publiées au Royaume-Uni dans les années 1980-1990.

Mauretania – Une traversée de Chris Reynolds (Tanibis), traduit de l’anglais par Jérôme LeGlatin, 292 pages, 27 euros.

My Road Movie de Nylso

Initiatique. Jean-Michel est très fier. Il vient de s’acheter sa première voiture, et il propose d’emmener son frère Philippe pour une virée à l’océan. Ce voyage est l’occasion pour les deux frères de parler et de se remémorer leurs souvenirs communs, notamment leur amour pour des groupes comme New Order. Mais, peu à peu, le voyage vers la mer et la Vendée vire à la catastrophe. La voiture de Jean-Michel tombe en panne, et la maison prêtée aux deux frères par un ami n’est finalement pas libre. Ce voyage initiatique imaginé par Nylso autour d’un magnifique noir et blanc, baigne dans une ambiance teintée de tristesse et de mélancolie. Ce road trip poétique est une belle réussite.

My Road Movie de Nylso (Misma), 140 pages, 20 euros.

Fall to pieces

Tricky

Sombre. Quatorzième album pour l’Anglais Tricky. Avec Fall to pieces, Tricky livre sans doute l’un de ses disques les plus accessibles. Très pop, les 11 titres sont construits pour neuf d’entre eux à partir de la voix de la Polonaise Marta Zlakowska. Elle apporte toute sa légèreté, notamment sur le très joli Fall Please. On a aussi beaucoup aimé le sombre et rythmé Thinking Of, sans oublier le très délicat Throws Me Around. Les deux titres restants sont parfaitement assurés par la chanteuse d’origine danoise, Oh Land. Il y a 25 ans, en pleine explosion du mouvement trip-hop, Tricky avait marqué les esprits avec son sublime premier album, l’excellent Maxinquaye (1995). A 52 ans, Adrian Thaws, son vrai nom, a perdu sa fille Mazy, qui s’est suicidée le 8 mai 2019. Une immense douleur qui a sans doute influencé une partie de cet album parfois sombre, mais d’une beauté à couper le souffle.

Fall to pieces, Tricky (False Idols/PIAS), 12,99 euros (CD), 19,99 euros (vinyle).

Cantus, descant

Sarah Davachi

Minimaliste. Née en 1987 à Calgary, Sarah Davachi s’est faite remarquer dès la sortie de son premier album Barons Court, en 2015. Elle est de retour avec Cantus, descant, un disque riche de 17 titres enregistrés dans des villes aussi variées que Amsterdam, Chicago, Los Angeles, Vancouver, ou Copenhague. Avec seulement quelques pianos, quelques cordes, la magie opère immédiatement. La voix de Sarah Davachi sur des titres comme Play the Ghost et Canyon Walls apporte une dimension quasi-mystique et totalement planante. Ce qui est une nouveauté pour cette compositrice de musique expérimentale, jusque-là davantage connue pour sa passion pour les orgues ou les harmoniums que pour son joli timbre de voix. Minimaliste, Cantus, descant séduit par ses ambiances raffinées et son élégance naturelle.

Cantus, descant, Sarah Davachi (Late Music/Rough Trade), 15,30 euros (2 CD), 29,50 euros (2 vinyles).

Inner Song

Kelly Lee Owens

Galloise. L’ouverture d’Inner Song est une version électronique et instrumentale de Weird Fishes/Arpeggi de Radiohead. Le deuxième album de la Galloise Kelly Lee Owens multiplie donc les approches et les genres, et nous fait naviguer de la pop, à de l’électro en passant par des titres dignes des plus grands clubs de la planète. Le lien reste l’émotion et la délicatesse avec laquelle sont ciselés chacun des 10 titres de cet album. Les mélodies sont accrocheuses, attractives et addictives. On retrouve même un autre Gallois, John Cale, sur Corner of my Sky, le reste des titres chantés étant assurés par la voix douce et aérienne de Kelly Lee Owens. Entre mélodies pop et une attirance certaine pour le dance-floor, Kelly Lee Owens ne choisit jamais, et on ne peut que l’en remercier.

Inner Song, Kelly Lee Owens (Smalltown Supersound), 12 euros (MP3), 12 euros (CD + album numérique), 21 euros (vinyle + album numérique).

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