mardi 28 septembre 2021
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Culture Sélection de juin 2021

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

Host

De Rob Savage

Moyens. Bien sûr, on a déjà vu ça. Il faut dire que le film de Rob Savage arrive longtemps après Paranormal Activity (2007) ou Unfriended (2014), deux longs-métrages dont il utilise certaines ficelles. Mais si Host ne surprend pas, il n’est pas pour autant désagréable à regarder, loin de là. Le scénario est simple : une période de confinement et six amis connectés sur Zoom pour une séance de spiritisme. Bien entendu, ça va dégénérer lorsqu’un esprit malin va s’en mêler. Host ne dure que 1h05, ce qui est un élément qui joue en sa faveur : toute l’action se déroulant sur un écran d’ordinateur, le dispositif aurait pu lasser sur une plus longue durée. Toutes proportions gardées, l’atmosphère rappelle quelque peu celle qui hantait l’excellent Projet Blair Witch (1999). Les petits budgets de ces deux films se sont mués en moteur : faire peur avec peu de moyens, c’est toujours possible, en étant malin.

Host, de Rob Savage avec Haley Bishop, Jemma Moore, Emma  (GB, 2021, 1h05), 14,99 euros (DVD), 16,99 euros (Blu-ray). Sortie le 7 juillet 2021.

The Beach Bum

d’Harmony Korine

Epicurien. Réalisateur des très bons Kids (1995), Gummo (1997) ou Ken Park (2002), Harmony Korine n’avait plus réalisé de film depuis l’excellent Spring Breakers, en 2012. Dans The Beach Bum, on suit avec délectation la vie quotidienne de Moondog (Matthew McConaughey), un poète épicurien qui vit en toute liberté, entre alcool, sexe et drogue. Sorte de cousin germain du rappeur un peu dingue joué par James Franco dans Spring Breakers, Moondog ne pense qu’au plaisir sous toutes ses formes. Autour de lui, on retrouve Jonah Hill, Snoop Dog et Martin Lawrence. Harmony Korine célèbre les marginaux, les hédonistes et les originaux, dans ce film léger et joyeux qu’il faut absolument voir.

The Beach Bum d’Harmony Korine, avec Matthew McConaughey, Isla Fisher, Snoop Dog (USA, 2019, 1h35), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 7 juillet 2021.

Une vie secrète

De Jon Garaño, Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga

Temps. Lorsque les troupes franquistes sont à sa porte, Higinio (Antonio de la Torre), un républicain, n’a pas d’autre choix que de se cacher avec sa femme Rosa (Belen Cuesta) et leur fils Jaime (Emilio Palacios) dans sa maison. De 1939 à 1969, soit pendant trente ans, ils vont rester cachés dans quelques mètres carrés. En partie inspirée de faits réels, cette histoire a nécessité trois réalisateurs et une durée de 2h27 pour rendre presque palpable le temps qui passe si lentement lorsqu’on est captif. Ils seraient des dizaines d’antifranquistes à avoir vécu ainsi, dans un confinement le plus total, attendant l’amnistie décidée en 1969. Evitant intelligemment le pathos, Une vie secrète construit son succès sur sa sobriété.

Une vie secrète de Jon Garaño, Aitor Arregi et Jose Mari Goenaga, avec Antonio de la Torre, Belén Cuesta, Vicente Vergara (ESP, 2021, 2h27), 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 20 juillet 2021.

The Only Child

De Lee Cronin

Gouffre. Désormais séparée de son mari, Sarah élève son fils Chris de façon solitaire, quelque part dans une maison isolée, au fin fond d’une forêt irlandaise. A l’occasion d’une promenade, Chris échappe à sa vigilance. Sarah le retrouve peu après, à proximité d’un mystérieux gouffre. Soulagée, elle repart avec lui. Mais Chris n’est plus le même… Fragilisée psychologiquement par sa séparation, Sarah se trompe-t-elle sur son ressenti ? Ou bien son fils est-il réellement devenu quelqu’un d’autre ? A moins que la vérité soit autre ? Pour son premier long-métrage, Lee Cronin joue habilement sa partition, et navigue à la lisière de ces possibilités pendant une bonne partie de son film. Les principaux enjeux ne s’éventent pas, et ce gouffre et ses secrets maintiennent suffisamment de suspens pour qu’on se laisse prendre par ce film horrifique irlandais.

The Only Child de Lee Cronin, avec Seana Kerslake, James Quinn Markey, Kati Outinen (USA, 2021, 1h35), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 22 juillet 2021.

Vivre avec nos morts

de Delphine Horvilleur

Vie. Elle est rabbine, autrice et philosophe. Dans son essai Vivre avec nos morts, Delphine Horvilleur nous livre ses réflexions autour de la fin de vie. Elle explore ce sentiment de vulnérabilité et sur l’apport qu’il peut représenter pour chacun de nous. La logique de finitude qui dicte nos vies peut être une richesse explique-t-elle, pourvu que nous en prenions conscience. La force de Vivre avec nos morts, c’est de ne jamais plonger dans le pathos, et même, parfois, de savoir se montrer drôle. La pandémie de Covid-19 a rendu la mort plus présente autour de nous, mais, face à cela, il faut savoir raconter la vie du disparu. Pour qu’à la fin, la mort ne gagne pas.

Vivre avec nos morts de Delphine Horvilleur (Grasset), 234 pages, 19,50 euros.

Le Monde du dessous. Poèmes et proses

de Charlotte, Emily, Anne et Branwell Brontë

Aventures. En 1826, les enfants Brontë, Charlotte, Emily, Branwell et Anne, ont une dizaine d’années, parfois un peu moins, et ils s’inventent un monde à eux, avec une série de personnages, dont ils prennent possession à tour de rôle. Ce monde, ils l’appellent le « monde du dessous ». Au moment de rassembler les poèmes et les proses qui composent cet ouvrage remarquable, Patrick Reumaux a décidé de les réunir sous la bannière de ce monde enfantin et fantasmé. Dans le texte Le Monde du dessous, les quatre voix s’entremêlent et les aventures fantastiques se teintent parfois de mélancolie. Les prémices des futurs grands romans des Brontë sont déjà là, pour notre plus grand plaisir.

Le Monde du dessous. Poèmes et proses de Charlotte, Emily, Anne et Branwell Brontë, traduit de l’anglais et préfacé par Patrick Reumaux (Les Belles Lettres) 396 pages, 21,50 euros (format « papier »), 16 euros (format numérique).

Le Recensement des intellos de gauche

de Giacomo Papi

Autodafés. En Italie, pendant une émission télévisée, un participant cite le philosophe néerlandais Spinoza (1632-1677). Grave erreur. Ce programme étant principalement regardé par des familles, celui qui est immédiatement qualifié d’« intellectuel », se voit remis à sa place par le ministre de l’intérieur, présent lui aussi sur le plateau : « Vous devriez avoir honte ! Faire des citations savantes quand le peuple crève de faim ! » La machine est lancée. Rien ne l’arrêtera. Giacomo Papi nous plonge dans une Italie qui fait la chasse à la culture et qui ne recule devant rien. Meurtres, bien sûr, mais aussi création d’une Haute autorité « pour la simplification populaire de la langue italienne ». Quelques autodafés plus tard, on rit souvent en lisant cette dystopie. En espérant que la fiction ne finisse pas un jour par rejoindre la réalité, en Italie ou ailleurs.

Le Recensement des intellos de gauche de Giacomo Papi (Grasset), 234 pages, 19 euros (format papier), 13,99 euros (format numérique).

L’Envol

de Kuniko Tsurita

Féminisme. Les éditions Atrabile proposent L’Envol, un recueil consacré à la mangaka Kuniko Tsurita (1947-1985). Utilisant son trait fin et subtil, porté par un magnifique noir et blanc, elle s’est intéressée à différents thèmes, du féminisme à la misogynie, en passant par la question du genre. Une trentaine d’histoires, inédites en français, écrites entre 1965 et 1981 : c’est ce qu’offre L’Envol. Ces récits racontent, en creux, ce qu’est la société japonaise de l’époque. Mais ils traitent aussi de moments plus expérimentaux ou poétiques, tout en questionnant la politique et le féminisme. Première femme à avoir dessiné dans la revue Garo (1964-2002), pilier des avant-gardes artistiques japonaises, dans lesquelles on retrouvait Yoshihiro Tatsumi (1935-2015), Shigeru Mizuki (1922-2015) ou Yoshiharu Tsuge, Tsurita est quelque peu tombée dans l’oubli. En publiant L’Envol, les éditions Atrabile réparent cela.

L’Envol de Kuniko Tsurita (Atrabile), traduction du japonais et postface par Léopold Dahan, 496 pages, 30 euros.

Un été

d’Alessandro Tota

Pouilles. Il fait très chaud l’été à Bari. C’est le moment que choisit Claudio pour quitter la bande de punks avec qui il traîne, pour vivre pleinement son histoire d’amour avec Cloe. Mais les événements vont s’enchaîner, et cet été ne sera pas de tout repos. Né en 1982 dans la région italienne des Pouilles, et plus précisément à Bari, Alessandro Tota nous avait raconté dans Fratelli (2011) sa jeunesse italienne. On y retrouvait alors les virées en bord de mer sur la côte Adriatique et quelques portraits de marginaux, de punks et de dealers. Dans Un été, on retrouve des personnages connus, et Alessandro Tota nous embarque, une fois encore, et pour notre plus grand plaisir, dans son Italie natale. Promesses d’éternité sur fond de mer cristalline et de sublimes couchers de soleil, on plonge aussi facilement dans les pages d’Un été que dans un verre de Spritz, sur une plage des Pouilles.

Un été d’Alessandro Tota (Cornélius), 184 pages, 22,50 euros.

Discovery : Live in Rio 1994

Pet Shop Boys

Pop. C’est un concert que les fans des Pet Shop Boys connaissent par cœur. Disponible en vidéo, ce concert filmé à Rio est désormais proposé en CD, sous la forme d’un joli coffret. On y retrouve ce qui a fait le succès de ce duo de synth-pop, composé de Neil Tennant et de Chris Lowe, et qui a sorti en 2020 son quatorzième album, Hotspot. Les tubes comme West End Girls (1984), It’s a sin (1987), ou Go West (1993), sont accompagnés de titres issus de leur premier album, Please (1986), comme Suburbia, par exemple. On appréciera aussi d’entendre en “live” les très bons Rent (1987) ou King’s Cross (1987). Depuis 35 ans, Neil Tennant et Chris Lowe donnent à la pop ses lettres de noblesse en la célébrant avec intelligence et élégance. Ce concert enregistré au Brésil l’atteste une fois encore, si besoin était.

Discovery : Live in Rio 1994, Pet Shop Boys (Parlophone), 19,99 euros (CD, édition limitée, coffret deux CD et un DVD).

No Gods, No Masters

Garbage

Sombre. Shirley Manson, Duke Erikson, Steve Marker et Butch Vig sont de retour. Avec No Gods, No Masters, on replonge dans le son des années 1990, qui a fait le succès de Garbage avec son premier album éponyme en 1998, puis avec Version 2.0 en 2016. Il faut dire que derrière la batterie de Garbage, on retrouve le producteur de Nirvana et des Smashing Pumpkins, Butch Vig. « Save your prayers for yourself » [« garde tes prières pour toi-même » – NDLR] lance Shirley Manson pour planter le décor sur No Gods, No Masters. Entre sonorités gothiques, pop et shoegaze, sur fond de guitares traitées électroniquement, Garbage reste fidèle au son qui a fait son succès. Totalement sombre et magnétique, Shirley Manson impressionne toujours, notamment sur l’excellent The Men Who Rule The World. Ses murmures sur le très doux Waiting for God sont d’une abyssale beauté, faisant de No Gods, No Masters l’un des meilleurs albums de 2021.

No Gods, No Masters, Garbage (Infectious Music), 17,99 euros (CD, édition deluxe limitée), 29,99 euros (vinyle).

On Tilt EP

Beneath

Dubstep. En six titres, le producteur anglais Beneath (Ben Walker) démontre qu’en seulement 35 minutes, on peut emporter l’adhésion grâce à une électro dépouillée, mixant dubstep et musique de club futuriste. Originaire de Stoke-on-Trent, Ben Walker a marqué la musique des clubs britanniques entre 2010 et aujourd’hui. Porté par des sonorités sombres, son EP baptisé On Tilt constitue sa première apparition en solo depuis 2018, et deux titres publiés alors avec le label Blackest Ever Black : Cloudy et Outsource. Le titre Lesser Circulation se fait vite remarquer, pour rapidement devenir l’un des moments forts de cet album, grâce à un imparable sens du rythme, qui vous conduira sur la piste de danse la plus proche, dès que la crise sanitaire le permettra. En attendant, on peut aussi danser dans son salon.

On Tilt EP, Beneath (Hemlock Recordings), 6,75 euros (sur Bandcamp), 19,30 euros (vinyle).

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