jeudi 15 avril 2021
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Culture Sélection de février 2021

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Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et albums.

Ovni(s) d’Antony Cordier

Étrange. Diffusée sur Canal+ entre le 11 janvier et le 1er février 2021, Ovni(s), la série d’Antony Cordier est désormais disponible en Blu-ray. Le réalisateur, entre autres, de Gaspard va au mariage (2018), nous plonge dans la France des années 1970. Plus exactement en 1977, date à laquelle a été créé au sein même du Centre national d’études spatiales (Cnes), à Toulouse, le Groupe d’études des phénomènes aérospatiaux non-identifiés (Gepan). Son rôle : étudier les ovnis. C’est dans cette structure que se retrouve placardisé Didier Mathure (Melvil Poupaud), suite à l’explosion de la fusée spatiale dont il avait la charge depuis une dizaine d’années. Pour espérer quitter un jour le Gepan, Mathure doit boucler un maximum de dossiers. Flanqué de collègues de travail loufoques, comme l’étrange et décalée Véra (Daphné Patakia, parfaite), Mathure n’est pas au bout de ses peines.

Ovni(s) d’Antony Cordier, avec Melvil Poupaud, Michel Vuillermoz, Géraldine Pailhas (série diffusée sur Canal+, FRA, 2021, 12 épisodes de 29 minutes), 24,99 euros (DVD), 29,99 euros (Blu-ray).

Un pays qui se tient sage

De David Dufresne

Violences. Pour mieux comprendre les violences policières, le journaliste et documentariste David Dufresne a réuni diverses personnalités. Face aux images massivement diffusées sur les réseaux sociaux, Twitter en tête, les intervenants échangent par groupe de deux. Ces intervenants sont divers et uniquement crédités en fin de documentaire : historienne (Mathilde Larrère), policier (Patrice Ribeiro), ethnographe (Romain Huët), chauffeur routier (Patrice Philippe)… Ne pas connaître la fonction de chaque interviewé permet d’écouter chacun sans a priori. On se souvient que David Dufresne a relayé et archivé les violences lors des manifestations des « Gilets jaune » dans sa rubrique « Allo Place Beauvau », reprise sur son compte Twitter. Si le dispositif peut être remis en question, si le film oublie, ou minimise, les violences des manifestants, Un pays qui se tient sage incite au débat et à la réflexion. Et c’est l’essentiel.

Un pays qui se tient sage, de David Dufresne (FRA, 2020, 1h26), documentaire, 19,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 2 mars 2021.

Les Nouvelles Aventures de Rita et Machin

De Pon Kozutsumi et Jun Takagi

Fusionnelle. C’est le deuxième film tiré de la licence Rita et Machin. Toujours inspiré par la série de livres pour la jeunesse de Jean-Philippe Arrou-Vignod et Olivier Tallec, ce film de 45 minutes est une production franco-japonaise, dont la réalisation a été confiée à Pon Kozutsumi et Jun Takagi. On suit les aventures d’une petite fille, accompagnée de son chien aussi paresseux, que gourmand. Machin parle, mais seule Rita peut le comprendre. Si le premier volet de Rita et Machin était centré sur leur rencontre, cette fois ce sont des situations de la vie de tous les jours qui servent de trame à cette relation fusionnelle. Toujours aussi drôle, porté par un graphisme aussi dépouillé que réjouissant, on regrettera seulement l’absence de sortie Blu-ray pour ce dessin animé qui l’aurait largement mérité.

Les Nouvelles Aventures de Rita et Machin, de Pon Kozutsumi et Jun Takagi, avec Célia Asensio, Tangi Simon, Korbell Nolwenn (JAP/FRA, 2020, 0h45), 24,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 3 mars 2021.

A Dark, Dark Man

De Adilkhan Yerzhanov

Steppes. Les petits arrangements, la corruption, Bekzat (Daniar Alshinov), un jeune policier, connaît ça par cœur. Jusqu’au jour où Ariana (Dinara Baktybayeva), une journaliste, l’empêche de mettre sous le tapis le meurtre d’un enfant. Avec A Dark, Dark Man, Adilkhan Yerzhanov nous plonge dans une esthétique proche du western, dans les steppes kazakhes. Né en 1982, l’auteur de La Tendre Indifférence du monde (2018) présenté à Cannes en 2018 à Un certain regard, nous offre un film de gangsters taiseux, qui joue sur une trame minimaliste. Ce polar stylisé, influencé par Jean-Pierre Melville (1917-1973), est d’une profonde noirceur. D’une profonde beauté, aussi.

A Dark, Dark Man, de Adilkhan Yerzhanov, avec Daniar Alshinov, Dinara Baktybaeva, Teoman Khos (KAZ/FRA, 2020, 1h50), 16,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 17 mars 2021.

J’ai vu naître le monstre. Twitter va-t-il tuer la #démocratie ?

De Samuel Laurent

Nuance. L’ex-chef du service des Décodeurs du Monde, Samuel Laurent, revient dans J’ai vu naître le monstre. Twitter va-t-il tuer la #démocratie ? sur l’évolution de ce réseau social. Créé en 2008, Twitter a immédiatement attiré Samuel Laurent, qui y voyait alors un espace de liberté, qui a accompagné des mouvements comme #MeToo, #BlackLivesMatter ou les Printemps arabes en 2011. Ce journaliste explique qu’en 2012, avec l’arrivée massive de politiques, de militants et le développement du nombre d’utilisateurs, Twitter a davantage glissé vers une culture de l’invective, du harcèlement et du « troll ». En charge de faire de la vérification de faits pour Les Décodeurs, Samuel Laurent est alors régulièrement exposé à la colère d’utilisateurs politisés et/ou indignés. Rappelant que Twitter ne permet pas la nuance, et que seule la radicalité permet de faire de l’audience, Samuel Laurent a quitté Twitter en 2019, après avoir notamment reçu des menaces de mort.

J’ai vu naître le monstre. Twitter va-t-il tuer la #démocratie ?, de Samuel Laurent (Les Arènes), 240 pages, 19 euros.

Œuvres romanesques complètes III

De Vladimir Nabokov

Brillant. La Pléiade vient de publier la dernière partie de l’œuvre de l’écrivain russe Vladimir Nabokov (1899-1977). L’occasion de retrouver de très grands romans, comme Ada ou l’ardeur (1969) notamment, mais aussi Pnine (1957, nouvelle traduction), Feu Pâle (1962), La transparence des choses (1972), Regarde, regarde les Arlequins (1974), et enfin L’original de Laura (2009, inachevé). Cette magnifique édition est accompagnée de notes et d’une introduction signée Maurice Couturier, dans laquelle il explique que Nabokov était un « génial illusionniste […]. Lire et étudier Nabokov, c’est se livrer à une véritable thérapie de l’esprit, et apprendre à dépasser la patine des choses ». Sur cette dernière période, c’est sans doute Ada ou l’ardeur qui impressionne le plus, notamment pour sa construction narrative à plusieurs degrés. Brillant.

Œuvres romanesques complètes III de Vladimir Nabokov (La Pléiade), 1 648 pages, 72 euros (jusqu’au 31 août 2021), 78 euros (à partir du 1er septembre 2021).

L’inconnu de la poste

De Florence Aubenas

Mystérieux. Dans L’inconnu de la poste, Florence Aubenas évoque l’affaire du meurtrier de la postière de Montréal-la-Cluse, dans l’Ain. Le 19 août 2008, on retrouve le corps sans vie de Catherine Burgod dans le bureau de poste où elle travaille. La caisse a disparu et la victime a été poignardée de 28 coups de couteau. A l’époque, les enquêteurs soupçonnent le comédien Gérald Thomassin, César du meilleur espoir masculin en 1990, à 16 ans, pour son rôle dans Le petit criminel (1990) de Jacques Doillon. Thomassin, qui vit dans ce village, est interpellé et mis en examen en 2013 pour « vol avec arme et meurtre aggravé ». Il est incarcéré, puis sort en 2015, avec un bracelet électronique. Mais l’ADN correspond à celui d’un marginal. En 2016, une confrontation est prévue chez le juge. Thomassin est introuvable. En juin 2020, un an après sa disparition, la justice conclut pour lui à un non-lieu pour assassinat. La journaliste du Monde explore avec brio les méandres de ce dossier qui, encore aujourd’hui, reste très mystérieux.

L’inconnu de la poste, de Florence Aubenas (éditions de l’Olivier), 240 pages, 19 euros.

Alt-Life 2

De Joseph Falzon et Thomas Cadène

Désincarné. Enfin. Voici la suite d’Alt-Life, une BD très réussie de Thomas Cadène et Joseph Falzon sur la réalité virtuelle. Dans le premier tome, on se souvient que Josiane et René avaient rejoint les premiers un monde virtuel pour évoluer au plus près de leurs désirs, débarrassés de leurs corps. Si la question des sentiments et de la sexualité reste en suspens, cela n’empêche pas des millions de consciences de rejoindre ce duo. Pour aller plus loin, René décide de créer un univers à lui, dont il s’auto-proclame « dieu vivant ». Mais lorsqu’il invite Josiane pour lui faire découvrir son monde, rien ne se déroule comme prévu. Tout aussi inventif et profond que le premier volume, Alt-Life 2 est une réussite totale.

Alt-Life 2, de Joseph Falzon et Thomas Cadène (Le Lombard), 160 pages, 19,99 euros.

Les Déchets

De Michelangelo Setola

Post-apocalyptique. Dans Les Déchets, l’auteur italien Michelangelo Setola, nous plonge dans un monde post-apocalyptique, dans lequel on suit une équipe chargée de réaliser des travaux de maintenance dans une usine pétrochimique vétuste. Sommés de boucler ces travaux en un temps record, les ouvriers se rendent très vite compte qu’ils ne pourront pas tenir les délais. Lorsqu’une explosion bloque cette équipe au sein même de l’usine, l’horreur est totale. Déformés par les substances toxiques, les corps souffrent, sans possibilité d’espérer quoi que ce soit. Né en 1980 à Bologne, Michelangelo Setola décrit un monde voué à une industrialisation forcenée, qui ne réfléchit plus aux conséquences de ses choix. Les Déchets pose la question de l’urgence climatique, mais aussi sociale, à laquelle notre société est aujourd’hui confrontée. Après Dormir dans la boue (2016), publié chez Actes Sud, Michelangelo Setola séduit encore, en créant une ambiance aussi anxiogène qu’étouffante.

Les Déchets, de Michelangelo Setola (Misma), 32 pages, 17 euros. Sortie le 9 avril 2021.

The Third Chimpanzee

Martin Gore

Animal. Quatrième album solo pour le cofondateur et compositeur de Depeche Mode, Martin Gore. Après Counterfeit E.P. (1989), Counterfeit (2003), et MG (2015), voici The Third Chimpanzee (2021). En seulement cinq titres instrumental et electro, Martin Gore signe un concept-album dans lequel chaque titre répond à l’autre. Inspiré par le livre Le troisième chimpanzé : essai sur l’évolution et l’avenir de l’animal humain (Gallimard/Folio) du chercheur américain Jared Diamond, The Third Chimpanzee joue avec la frontière, parfois floue, entre l’homme et l’animal. Avec des accents très industriels, notamment sur le titre Howler qui ouvre cet album, ce disque ose prendre son temps, avec par exemple Vervet et ses plus de 8 minutes de spirales électroniques. Les rythmes tranchants de Mandrill marquent dès la première écoute, et confortent ce que l’on savait déjà : la créativité de Martin Gore est sans limite.

The Third Chimpanzee, Martin Gore (Mute/PIAS), 17,99 euros (vinyle), 9,99 euros (CD), 4,99 euros (MP3).

Sand

Balthazar

“Groovy”. Le groupe de rock flamand Balthazar sort un cinquième album porté par la légèreté, et une tonalité plus “groovy” que dans le passé, comme le montre Losers, le premier extrait dévoilé à l’automne 2020. Formé en 2004, ce quintet originaire de Courtrai glisse aussi avec aisance vers la pop, avec des titres comme On a Roll, par exemple. La formation belge sait également calmer le jeu et jouer de son charme, quelque peu vénéneux et très “jazzy”, notamment sur You Won’t Come Around. En 11 morceaux, Balthazar fait de Sand le digne héritier de l’album précédent, Fever (2019). Le “groove” est toujours là, la sensualité aussi, portés par les voix de Maarten Devoldere et Jinte Deprez. On sent que le groupe possède indiscutablement la bonne recette pour créer un tube, mais il s’y refuse, peut-être par peur de céder à la facilité. Ce qui n’empêchera pas Sand de tourner sans fin sur vos platines.

Sand, Balthazar (PIAS), 22,99 euros (vinyle), 14,99 euros (CD).

As the Love Continues

Mogwai

Contemplatif. On avait adoré le premier extrait du nouvel album des Ecossais de Mogwai. En un peu plus de 5 minutes, Dry Fantasy dessinait les contours du grand album qu’est As The Love Continues. Ce dixième album fait suite à l’excellent Every Country’s Sun (2017), et il évoque parfois une ambiance très cinématographique. Pas étonnant, quand on se souvient que ce groupe originaire de Glasgow a signé la bande son de la série Les Revenants (2012) ou, plus récemment, de ZeroZeroZero (2020), la série policière imaginée par l’excellent Stefano Sollima. Le post-rock, parfois contemplatif, de Mogwai tourne à plein régime sur les 11 plages qui composent As the Love Continues. Mogwai mise aussi sur un single plus évident, Ritchie Sacremento, aussi sombre que délicieux. Depuis sa création en 1995 et la sortie de leur premier album, Young Team (1997), Mogwai n’en finit pas d’étonner et de séduire. Plus de 25 ans après, la magie Mogwai opère toujours. Et pour longtemps.

As the Love Continues, Mogwai (Rock Action Records/PIAS), 22,99 euros (vinyle), 14,99 euros (CD).

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