dimanche 17 octobre 2021
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Arnaud Ducret : « Je revendique et défends le populaire »

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À la fois humoriste et acteur, capable aussi bien d’interpréter des personnages déjantés dans Divorce Club (2019) ou Les Profs (2013) que d’entrer dans la peau de Xavier Dupont de Ligonnès dans Un Homme ordinaire (2020), Arnaud Ducret est ce que l’on appelle un artiste aux multiples facettes. Il sera prochainement à l’affiche de la série Mensonges (2021) sur TF1. Monaco Hebdo l’a rencontré lors du dernier festival de télévision de Monte-Carlo. Interview.

Vous avez incarné Xavier Dupont de Ligonnès dans Un homme ordinaire, mais aussi un homme brisé dans Divorce Club, une comédie de Michaël Youn : comment arrivez-vous à interpréter des personnages si différents ?

C’est notre métier. Il faut savoir recentrer le jeu quand il faut. C’est tout le travail que je fais avec ma coach, Patricia Sterlin, qui collabore notamment avec José Garcia. Elle a un regard bienveillant sur moi, et me conseille.

On vous voit surtout dans le registre de la comédie : pourquoi est-ce important pour vous de faire rire les gens ?

Je revendique et défends le populaire. Aujourd’hui, tout le monde veut trouver une cause politique ou sociale à tout. Tout le monde donne son avis sur tout. Moi, je suis là pour distraire les gens. Après, si le film vous amène sur un truc politique ou social qui vous dépasse un peu, tant mieux. C’est justement l’histoire ou le scénario qui va vous guider. Mais moi, je suis là pour distraire les gens. Mon métier, c’est d’amener les téléspectateurs dans mes histoires. Je revendique le populaire. Le fait que mes films soient vus par un maximum de gens, c’est ce que je veux. La comédie, j’aime ça.

Il vous arrive aussi de délaisser la comédie pure pour un registre plus dramatique : qu’est-ce qui vous attire vers ce registre ?

C’est l’histoire. Mon métier, c’est de jouer. J’ai toujours voulu tout jouer. Vous pouvez me faire interpréter un serial killer homosexuel ou n’importe quoi, tant que l’histoire est superbe, et que le personnage me donne envie, j’y vais.

« Je revendique le populaire. Le fait que mes films soient vus par un maximum de gens, c’est ce que je veux. La comédie, j’aime ça »

Dans Mensonges, vous jouez le rôle d’un homme accusé de viol : comment aborde-t-on un tel personnage et avez-vous regardé la série Liar (2017) ?

Oui, j’ai vu la série Liar. On m’a proposé le scénario lors du premier confinement. On m’a proposé énormément de scénarios lors du premier confinement (rires). Dont celui de Liar, la version anglaise. J’ai regardé et j’ai adoré. Donc, j’ai accepté. Ce sont les fameuses séries premium sur TF1. Je me suis préparé de la même manière que pour Un homme ordinaire. Ce n’est pas la même chose, mais on recentre.

Mensonges sera-t-il très différent de Liar ?

Non, ce n’est pas très différent de la version anglaise. C’est plus lumineux. Dans la version anglaise, c’est vraiment la pluie, les briques… C’est très froid. Dans Mensonges, ce sera plus lumineux. Nous avons d’ailleurs tourné à Collioure [dans le sud de la France, dans le département des Pyrénées-Orientales – NDLR].

Vous retrouvez Audrey Fleurot dans cette série ?

Ils [les scénaristes – NDLR] voulaient Audrey, mais ils n’étaient pas sûrs de l’avoir. Et comme je la connaissais bien, vu qu’on avait fait Divorce club ensemble, je l’ai appelée pour lui parler du scénario. Je crois que ça a un peu joué dans son choix. Audrey, c’est une très bonne camarade. J’aime beaucoup son jeu. Elle mène bien sa barque. On pourrait croire qu’elle est un peu froide, mais en fait, non. Elle est super. On s’est vraiment bien entendu, et on s’est bien marré.

De quelle façon vous êtes-vous senti proche de votre personnage dans la série ?

Aujourd’hui, la presse va tellement vite que le mec est déjà coupable. Et après, tu as du mal à t’en remettre. Je pense que ça va se calmer, qu’on va prendre le recul. C’est important de poser les choses, et de voir ce qu’il s’est passé. Surtout ce genre d’accusation [de viol – NDLR] : tu es direct planté, et pour t’en remettre, c’est très difficile. Ça peut détruire une vie. Les réseaux sociaux peuvent détruire une vie. On l’a déjà vu.

Avez-vous été surpris de recevoir autant de projets pendant le confinement ?

On était tous à l’arrêt d’un coup, donc on ne voyait plus le bout. On n’arrivait plus à se projeter, et, malgré tout, j’ai reçu des choses. Et de lire des scénarios, des histoires, tu te projettes. J’ai eu beaucoup de choses de TF1. Oui, j’ai été étonné parce qu’on ne savait pas quand ça allait reprendre. Mais maintenant, ça repart vite, et c’est la folie.

Lors du dernier festival de télévision de Monte-Carlo, Arnaud Ducret faisait partie du jury «fiction» aux côtés de Joey Starr (à gauche) © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

« Vous pouvez me faire interpréter un serial killer homosexuel, ou n’importe quoi, tant que l’histoire est superbe et que le personnage me donne envie, j’y vais »

Quels sont vos futurs projets ?

Déjà, je vais me marier [Arnaud Ducret s’est marié le 3 juillet 2021 avec Claire Francisci — NDLR]. Comme je travaille aussi avec Hyundai et Ollygan, une marque de vêtements, j’ai la chance de faire de la publicité, et d’être en contrat avec des marques. En tant que comédien, c’est une chance, car ça me permet parfois d’être plus tranquille pour choisir des choses. J’avais aussi deux films, mais ils ont sauté. Il y en avait un avec Hakim Jemili, pour Amazon. C’est dommage, car ce film est super bien. C’est une sorte de buddy-movie [film de « potes » – NDLR] à la Bourvil-Louis de Funès, La Chèvre (1981)… L’autre film est lui, reporté.

On va aussi vous voir dans Le visiteur du futur avec votre fils, Oscar ?

Le réalisateur et créateur de la série, François Descraques, m’a contacté il y a longtemps. Il m’avait vu dans Spamalot (1975), la comédie musicale des Monty Python, que je jouais à Paris. De me choisir par rapport à une comédie musicale, j’ai été étonné (rires). Ils m’ont envoyé le scénario, et j’ai aimé. J’ai compris ensuite d’où ça venait, et j’ai trouvé ça génial. Ce n’était pas mon réseau, je ne connaissais pas du tout. Mais ça m’a tout de suite plu, donc j’y suis allé, et nous nous sommes très bien entendus. D’ailleurs, sur le tournage, nous étions comme une troupe.

Vous avez pris des cours de chant et de danse ?

Oui, quand j’étais jeune, j’ai commencé par la comédie musicale. J’ai aussi fait du gospel, j’étais dans les chœurs. À la base, on faisait de la comédie musicale, et puis, tout d’un coup, le directeur artistique de cette troupe, Jean-Paul Goury, nous a dit qu’il voulait faire du gospel. Moi, j’ai toujours aimé la musique noire américaine. Donc on est parti là-dessus, et on a fait du gospel Kirk Franklin, qui est un grand chanteur et prêcheur aux États-Unis.

« Mensonges ne sera pas très différent de Liar. Dans la version anglaise, c’est vraiment la pluie, les briques… C’est très froid. Dans Mensonges, ce sera plus lumineux. Nous avons d’ailleurs tourné à Collioure »

Vous faites encore du gospel ?

Non. Mais le gospel m’a énormément aidé pour mon métier. Pour Spamalot, par exemple, le metteur en scène Pef ne trouvait personne à Paris qui avait la veine comédie, et qui savait chanter. J’ai passé le test et ils m’ont choisi pour faire le rôle de Galahad, car j’arrive à chercher des notes assez hautes. Tout ça, c’est grâce à la comédie musicale.

Vous allez aussi remonter sur les planches pour votre nouveau one-man-show, That’s life : c’est important pour vous de retrouver la scène et le public ?

Oui. Quand on avait fait le Marrakech du rire, Jamel Debbouze m’avait dit de garder mon spectacle, car un film, c’est un film. Si ça marche, c’est Disneyland, c’est la cerise sur le gâteau. S’il ne marche pas, c’est difficile. Et entre les films, qu’est-ce que tu fais ? Il m’a dit que le spectacle, c’est ce qui nous maintenait avec le public. J’ai compris ce qu’il voulait dire. Par exemple, quand j’ai tourné Les dents, pipi et au lit (2018), entre deux films, il n’y avait rien. Et c’était un vrai manque. Ça me manquait de ne pas être sur scène, car c’est là que tu retrouves ton public. Et si un film ne marche pas, au moins tu as ton one-man-show. Ce n’est pas grave, tu continues à être avec les gens. Le public, c’est notre énergie.

« J’ai aussi doublé des films porno quand j’étais jeune. […] Tu arrivais à 7 heures du matin, tu avais un écran avec une fille et deux ou trois mecs. Tu hallucines. Comme il n’y avait pas assez de budget, je doublais tout, et tout le monde »

Que faut-il attendre de ce spectacle ?

That’s life, c’est en fait cinq ans de ma vie. En cinq ans, j’ai rencontré une femme, ma future épouse qui a des triplés. Elle fait de la pole dance. J’ai fait Vendredi tout est permis et Xavier Dupont de Ligonnès [dans Un homme ordinaire – NDLR]. Il n’y a rien en commun. Je raconte mes petits boulots et j’explique que le temps passe vite. Quand je me retourne, je me vois gamin, quand je faisais des petits boulots, quand j’étais serveur pour faire ce métier. J’explique tout ça. J’ai aussi doublé des films porno quand j’étais jeune.

Comment ça se passait ?

Un des potes doublait des films porno à l’époque où on les doublait encore. Tu arrivais à 7 heures du matin, tu avais un écran avec une fille et deux ou trois mecs. Tu hallucines. Comme il n’y avait pas assez de budget, je doublais tout, et tout le monde. J’ai fait tout un sketch sur ça qui cartonne. J’y tenais, mais je ne savais pas trop comment l’aborder. Les gens se tapent des fous rires. Ce qui était drôle dans les films porno, c’est quand il y avait les fameuses partouses. On était à 4 ou 5 autour de la barre, et on doublait. C’était très drôle.

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Monaco Hebdo