dimanche 23 janvier 2022
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« Réussir sa vie, c’est faire ce qu’on aime »

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ZAZ
© Photo Laurent Clément.

Zaz était de passage en principauté pour un concert le 8 juin à la salle du Canton. L’occasion de rencontrer la chanteuse à la voix cassée. Le rendez-vous est donné dans sa chambre d’hôtel pour une rencontre sans artifice. Pas maquillée, en tenue décontractée et avec le sourire.

Propos recueillis par Aline Lambert.

Monaco Hebdo?: Est-ce la première fois que vous vous venez à Monaco??
Zaz?: Oui. Apparemment, c’est un endroit complètement atypique. Je ne suis pas fan de tous ces bâtiments, j’aime quand c’est désert. Je fuis le tourisme. Mais si je n’aimerais pas y habiter, ça a l’air agréable à visiter?!

M.H.?: Vous enchaîniez les concerts dans les piano-bars et dans la rue avant de percer. Depuis, vous avez fréquenté les scènes du monde entier. Qu’est-ce que ça vous fait??
Zaz?: Ce n’est pas du tout la même organisation. On a un ingénieur du son, un retour, une régisseuse, les musiciens… C’est une entreprise?! Mais je sais qui je suis, si demain tout s’arrête, je ne meurs pas?! Je trouve dangereux de s’identifier à tout ça. Ça ne tient à rien?: si demain on ne t’aime plus… Mais peut-être que plus tard, je pourrais m’acheter une maison plus facilement?!

M.H.?: Et ce soir, la salle du Canton de Monaco. Qu’est-ce que ça représente pour vous??
Zaz?: Un nouveau concert, la découverte d’un lieu, d’un public. C’est parfois plus agréable de jouer dans des petites salles, parce qu’on est plus proche de son public. Le son est aussi plus agréable que dans certains Zénith où ça résonne beaucoup. Mais on s’adapte, comme dans la vie de tous les jours?!

M.H.?: Depuis l’année dernière, les récompenses pleuvent, le public français et international vous aime. Comment avez-vous vécu cette soudaine notoriété??
Zaz?: Plutôt bien. Forcément, c’est très excessif donc il y a des moments où c’est difficile à gérer. Quand je suis sur scène, je donne, je suis présente, je fais du mieux que je peux. Mais je n’ai pas de temps pour moi. C’est difficile de se retrouver face aux gens qui me reconnaissent. Je n’ai plus d’intimité. En général, les gens sont compréhensifs, mais quand ce n’est pas le cas, c’est dur de surmonter leurs regards. Je suis très sensible. Il faut que j’apprenne à vivre avec. Il y a aussi des avantages parfois. Au restaurant, on m’a déjà offert du foie gras?! Mais je l’ai refusé?: il n’y a pas de favoritisme?! C’est aussi un inconvénient?: les rapports sont faussés avec les gens. Je vais moins vers eux car d’entrée, quelque chose est faussé.

M.H.?: Est-ce que cette popularité a changé vos habitudes??
Zaz?: Je suis toujours ce que je suis?! Mais je vis quelque chose de différent, donc forcément, je change un peu. Je n’ai plus de temps donc je sors moins, je vois moins mes amis, je fais moins de choses pour moi-même. Mais c’était surtout l’année dernière, parce que j’ai dû travailler mon image. En 2012, je veux retrouver mon univers intérieur et prendre du recul sur ce que j’ai envie de faire.

M.H.?: Si vous n’étiez pas chanteuse, quel métier auriez-vous exercé??
Zaz?: J’aurais fait ce que j’aime. Quelque chose qui me fait du bien, qui me passionne et qui me rend joyeuse. Cela aurait pu être la peinture, un art martial, pilote d’avion… Un métier où je peux m’exprimer et créer des liens sociaux. Ou peut-être ermite et méditer toute ma vie?!

M.H.?: Vous avez suivi une formation théâtrale en 2006, à Paris. Avez-vous des rêves d’actrice??
Zaz?: C’était des cours d’expression de la voix à travers le corps, de la méthode Roy Hart. Je n’ai pas vraiment pu la suivre, je n’étais pas prête émotionnellement. Mais j’adorerais développer le théâtre.

M.H.?: Vous avez rejoint la troupe des Enfoirés cette année. Comment avez-vécu cette expérience??
Zaz?: C’était une sacrée expérience de rencontrer tous ces gens réunis autour d’un but commun?! Le public des Enfoirés fait aussi entièrement partie du spectacle. Il est vraiment particulier, il est bien présent. Et tous ces bénévoles qui travaillent, c’est toute une équipe où chacun constitue un maillon de la chaîne. Tout le monde est ensemble, c’est pour ça que ça fonctionne.

M.H.?: Sur Internet, on trouve des commentaires comme « Elle fait revivre la chanson française. ». Avez-vous l’impression de donner un nouveau souffle à la chanson française??
Zaz?: Non, je fais ce que j’aime, comme d’autres artistes. Pourquoi tu préfères une pomme à une poire?? C’est une question de goût?! Tout le monde voit les choses à travers ses yeux. C’est peut être flatteur, mais si je commence à m’attacher à ces choses positives, je m’attache aussi aux moins bonnes. Ce qui m’importe, c’est de m’amuser. Les gens prennent ou ne prennent pas, ça ne m’appartient plus. Tu ne fais pas les choses pour qu’on t’aime. Pour moi, réussir sa vie, c’est faire ce qu’on aime. Et ça ne dépend pas de la médiatisation. Ce qui important, c’est d’être passionné par son métier, s’épanouir et surtout apprendre?!

M.H.?: Quelles sont vos principales influences musicales??
Zaz?: Ça va du jazz, au blues, à la soul, au flamenco, en passant par la musique latine, afro, afro-cubaine, cap verdienne, brésilienne… J’aime les musiques du monde, mais ça dépend des périodes. En ce moment, j’écoute Agnès Obel. Son album permet de se laisser aller?!

M.H.?: Vous avez écrit ou co-écrit plusieurs chansons de votre album. D’où vous vient l’inspiration??
Zaz?: De mes expériences, de mes états d’âmes, de mes réflexions, de mes rencontres, de la vie.

M.H.?: Un prochain album en vue??
Zaz?: En 2012, je vais y travailler. Me poser, prendre le temps de faire des rencontres et partager.

Portrait chinois

Votre hobby préféré??
Zaz?: Me balader dans la montagne, dans la forêt ou faire du canyoning. Une activité dans la nature.

Votre dernier coup de coeur??
Zaz?: Le livre Parole de Terre, de Pierre Rabhi.

Votre dernier coup de gueule??
Zaz?: Contre la destruction du gaz de schiste (elle montre le badge qu’elle arbore sur sa veste et qui la condamne), des nappes phréatiques et le fait d’oser y penser.

Votre rêve??
Zaz?: Je vais le réaliser, comme tous mes rêves (rires)?: mettre en place rapidement un partenariat avec Pierre Rabhi pour offrir aux gens des clés pour agir au quotidien puis le développer avec des idées auxquelles je n’ai pas encore pensé.

Votre plat préféré??
Zaz?: J’en ai plein, je suis très très gourmande?! Le poulet coco ou ces gros haricots revenus dans le sésame et l’huile d’olive. Le poulet en général. Tout ce qui est fait avec amour et subtilité.

Si vous étiez un animal??
Zaz?: Un loup.

Ce que vous détestez par dessus-tout??
Zaz?: On a une tendance à tout juger, à travers nos filtres. On ne se donne pas les moyens de regarder au delà de nos idées qui sont très arrêtées parfois.

Votre mot préféré??
Zaz?: Conscience.

Votre devise??
Zaz?: Ce à quoi tu résistes, persiste.

Je veux d’l’amour, d’la joie, de la bonne humeur?!
Son concert à la salle du Canton du 8 juin s’est joué à guichets fermés. Après une première partie plutôt fraîche de Johanna Piraino, Zaz est apparue en star au milieu de ses musiciens. De la pêche, de la bonne humeur en son et lumière. La chanteuse a offert un concert entrecoupé d’interludes comiques pour le plus grand plaisir de son public. Elle joue avec lui, lui parle, lui demande de chanter, de crier pour elle. Elle lui fait des confessions, s’amuse et blague. Un public d’ailleurs de tout âge?: des jeunes enfants et leurs parents, des ados, des personnes plus âgées qui viennent parfois de loin, comme ce couple, venu exprès de Marseille. La chanteuse a ajouté quelques chansons inédites à ses grands hits. Avec de l’énergie et de la joie. Que l’on aime ou pas sa musique, difficile de quitter la salle sans un sourire après un tel déchaînement de bonne humeur.

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Monaco Hebdo