dimanche 23 janvier 2022
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Boris Herrmann :
« Le top 5, ce serait formidable »

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Parti comme 32 autres skippers le 15 novembre 2020 à l’assaut du Vendée Globe, Boris Herrmann, qui navigue sous la bannière du Yacht club de Monaco, fait pour Monaco Hebdo un premier bilan de cet événement extraordinaire. Avec, en ligne de mire, un objectif d’une part, et un rêve d’autre part : parvenir à terminer cette course, et cela, si possible, dans les cinq premiers.

Avez-vous réussi à trouver un bon rythme pour cette course particulièrement exigeante sur le plan physique ?

Oui. Il faut toujours un certain temps pour trouver un rythme. Normalement, dans une course de deux semaines, il me faut environ trois jours. Cette fois-ci c’est différent, c’est beaucoup plus long, il y a plus de pression. C’est une si grande course et une si grande montagne à gravir que cela rend l’adaptation plus difficile, je pense. De plus, je traverse tellement de zones différentes avec des conditions de vent variées, que cela fait souvent monter ou descendre mon humeur en fonction de ce qu’il se passe. Dans l’ensemble, je suis très content de ma position et de mon rythme, à ce stade de la course [cette interview a été réalisée le 26 novembre 2020 – NDLR].

Comment se sont déroulées les deux premières semaines, alors qu’il a fallu notamment gérer le passage d’une tempête tropicale [les bateaux ont croisé la route de la tempête tropicale Théta, après quelques jours de navigation – NDLR) ?

Les premières semaines ont été bonnes, et je suis content de mon classement pour le moment. Oui, le plus dur a été de sortir de la première tempête et de retrouver un peu de calme, alors que je n’avais pas encore mis le cap au sud. C’était une bonne leçon, mais j’avais en tête la crainte de me retrouver bloqué dans cette zone sans vent pendant des semaines… En tout cas, ce genre de choses est toujours aussi difficile à gérer pour un marin.

L’état du bateau est un élément très important pour la réussite d’un Vendée Globe : dans quelle situation êtes-vous, de ce point de vue ?

Le bateau est dans un état incroyable. Toute l’équipe à terre a travaillé sans relâche toute l’année pour qu’il soit dans l’état dans lequel il est maintenant, et je ne pourrais pas être plus heureux. On touche du bois, mais, pour l’instant, il n’y a pas de problème avec le bateau. J’ai eu deux petites ruptures de bouts, mais cela a été facile à réparer. Tout le reste fonctionne très bien.

@ Boris Herrmann / Seaexplorer – YC de Monaco

« On touche du bois, mais, pour l’instant, il n’y a pas de problème avec le bateau. J’ai eu deux petites ruptures de bouts, mais cela a été facile à réparer. Tout le reste fonctionne très bien »

Quelle est votre routine quotidienne ?

La routine quotidienne est importante. J’essaie de dormir davantage la nuit, et je suis plus éveillé le jour. Dans ces conditions de chaleur, il est souvent difficile de dormir aussi bien pendant la journée, mais cela changera quand nous serons plus au sud, j’en suis sûr. J’ai l’intention de prendre mes trois repas par jour. Je fais une sieste au milieu de la journée et j’ai prévu un créneau horaire quotidien dédié aux médias. Le reste de la journée est principalement consacré à la météo et au routage. Je réserve du temps également pour parler à ma femme, et aussi à l’équipe. Ce lien avec l’extérieur est important pour moi.

Justement, comment gardez-vous le contact avec la terre ?

Avec la technologie, c’est assez facile. J’ai des appels réguliers avec ma femme et avec l’équipe et ils me tiennent au courant de ce qu’il se passe. Un membre de l’équipe m’envoie également chaque jour un message vocal sur l’actualité dans le monde réel, pour que je ne perde pas trop le fil. J’aime maintenir cette connexion.

Comment abordez-vous le reste du voyage ?

Mon approche reste la même : je suis en compétition, mais j’ai pour objectif de finir. Je vais pousser le bateau, mais je vais aussi le ménager. Je pense que ce sera la clé pendant le reste de la course. Avec ces bateaux et dans certaines conditions, il est souvent difficile de trouver cet équilibre. Mais c’est quelque chose auquel je suis habitué maintenant, et cela a été ma mentalité pendant de nombreuses courses. Je pense que cela s’avèrera précieux pendant ce Vendée Globe.

Quels sont vos objectifs deux semaines après le départ ?

Mon objectif est de rester dans le top 10. Et si nous pouvions terminer dans le top 5, ce serait formidable. Pour l’instant, je suis assez satisfait de ma place, et je vais m’efforcer de la conserver. 

@ Boris Herrmann / Seaexplorer – YC de Monaco

« Je traverse tellement de zones différentes avec des conditions de vent variées, que cela fait souvent monter ou descendre mon humeur en fonction de ce qu’il se passe »

Encadré 1 :Boris Herrmann, en bref

Né en 1981 à Oldenbourg (Allemagne), Boris Herrmann est le premier navigateur allemand à participer au Vendée Globe. Sponsorisé par Seaexplorer – Yacht Club de Monaco, ami de Pierre Casiraghi, le neveu du prince Albert, Boris Herrmann a embarqué avec lui toute une batterie d’appareils de mesures, qui permettront de mesurer le CO2, le PH et la salinité de l’eau, en partenariat avec Geomar, Max Planck et l’’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (Ifremer). Ces relevés seront d’autant plus précieux qu’il va naviguer dans des parages relativement peu fréquentés.On retrouve, dans son palmarès récent, les performances suivantes :- 7ème au Vendée Arctique Les Sables d’Olonne en 2020 – 12ème à la Transat Jacques Vabre en 2019 – 6ème au Bermudes 1000 Race en 2019 – 7ème à la Fastnet Race en 2019 – 7ème au Monaco Globe Series en 2018 – 5ème à la Route du Rhum 2018- 3ème à la Fastnet Race en 2017 – 4ème à la Transat Jacques Vabre en 2017 – 1er à l’Ultim Le Cap – Rio en 2014

Ce qui attend encore les skippers

Le parcours du Vendée Globe 2020 s’étend sur une superficie de quelque 21 638 milles, soit 40 075 kilomètres. C’est l’équivalent de la circonférence de la planète, et plus de trois fois son diamètre. Les skippers engagés dans la course vont ainsi faire littéralement le tour du monde, en passant par trois caps : Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn. Le tout, sans escale et sans assistance. « Un homme (ou une femme), le tour du monde, un bateau, expliquent les organisateurs. Il s’agit d’une course en solitaire dans laquelle personne d’autre que le skipper ne peut se trouver à bord du bateau durant le tour du monde. L’exception notable est évidemment le sauvetage d’un autre concurrent ! C’est déjà arrivé : par exemple lors de la troisième édition quand Pete Goss avait recueilli in extremis Raphaël Dinelli avant de le déposer en Nouvelle-Zélande et en 2009, quand Vincent Riou avait secouru Jean le Cam après le chavirage de son bateau au cap Horn. » Actuellement au large de l’Amérique du sud et en direction du Cap de Bonne-Espérance, ils affronteront durant leur périple trois passages clés. Tout d’abord, le pot au noir. C’est un lieu météorologique extrêmement variable, une bande située entre le 8° et le 3° Nord côté Afrique, autour de l’équateur côté Brésil, qui se caractérise par son alternance de calme et de grains violents, par sa couverture nuageuse et son fort taux d’humidité. Le passage du Cap Horn, ensuite. Il marque la sortie du Grand Sud et la remontée de l’océan Atlantique vers Les Sables d’Olonne. Les skippers doivent alors affronter l’anticyclone de Sainte-Hélène en le contournant, mais également en évitant les fortes dépressions orageuses venant du Brésil. Enfin, il faut affronter l’anticyclone des Açores, et la dernière ligne droite de cette course. Celui-ci peut être responsable d’importantes dépressions atlantiques, qui peuvent être plus dévastatrices que leurs homologues australes. L’ultime défi, en quelque sorte… Puis, après 70 à 75 jours de mer, le vainqueur du Vendée Globe 2020 pourra enfin apercevoir la bouée Nouch Sud. C’est elle qui marque la ligne d’arrivée de cette épreuve, aux Sables d’Olonne.

Boris Herrmann, en bref

Né en 1981 à Oldenbourg (Allemagne), Boris Herrmann est le premier navigateur allemand à participer au Vendée Globe. Sponsorisé par Seaexplorer – Yacht Club de Monaco, ami de Pierre Casiraghi, le neveu du prince Albert, Boris Herrmann a embarqué avec lui toute une batterie d’appareils de mesures, qui permettront de mesurer le CO2, le PH et la salinité de l’eau, en partenariat avec Geomar, Max Planck et l’’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (Ifremer). Ces relevés seront d’autant plus précieux qu’il va naviguer dans des parages relativement peu fréquentés. On retrouve, dans son palmarès récent, les performances suivantes :

  • 7ème au Vendée Arctique Les Sables d’Olonne en 2020 
  • 12ème à la Transat Jacques Vabre en 2019 
  • 6ème au Bermudes 1000 Race en 2019 
  • 7ème à la Fastnet Race en 2019 
  • 7ème au Monaco Globe Series en 2018 
  • 5ème à la Route du Rhum 2018
  • 3ème à la Fastnet Race en 2017 
  • 4ème à la Transat Jacques Vabre en 2017 
  • 1er à l’Ultim Le Cap – Rio en 2014

Ce qui attend encore les skippers

Le parcours du Vendée Globe 2020 s’étend sur une superficie de quelque 21 638 milles, soit 40 075 kilomètres. C’est l’équivalent de la circonférence de la planète, et plus de trois fois son diamètre. Les skippers engagés dans la course vont ainsi faire littéralement le tour du monde, en passant par trois caps : Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn. Le tout, sans escale et sans assistance. « Un homme (ou une femme), le tour du monde, un bateau, expliquent les organisateurs. Il s’agit d’une course en solitaire dans laquelle personne d’autre que le skipper ne peut se trouver à bord du bateau durant le tour du monde. L’exception notable est évidemment le sauvetage d’un autre concurrent ! C’est déjà arrivé : par exemple lors de la troisième édition quand Pete Goss avait recueilli in extremis Raphaël Dinelli avant de le déposer en Nouvelle-Zélande et en 2009, quand Vincent Riou avait secouru Jean le Cam après le chavirage de son bateau au cap Horn. » Le 30 novembre 2020, après le déclenchement de la balise de détresse de Kevin Escoffier (PRB), Jean Le Cam a été le premier à se dérouter pour lui porter secours. Boris Herrmann, Yannick Bestaven et Sébastien Simon ont aussi participé à ce sauvetage. Escoffier a finalement pu être récupéré par Le Cam le 1er décembre 2020, autour de 2 heures du matin. Actuellement au large de l’Amérique du sud et en direction du Cap de Bonne-Espérance [Monaco Hebdo n°1176 a été bouclé le 1er décembre 2020], ils affronteront pendant leur périple trois passages clés. Tout d’abord, le pot au noir. C’est un lieu météorologique extrêmement variable, une bande située entre le 8° et le 3° Nord côté Afrique, autour de l’équateur côté Brésil, qui se caractérise par son alternance de calme et de grains violents, par sa couverture nuageuse et son fort taux d’humidité. Le passage du Cap Horn, ensuite. Il marque la sortie du Grand Sud et la remontée de l’océan Atlantique vers Les Sables d’Olonne. Les skippers doivent alors affronter l’anticyclone de Sainte-Hélène en le contournant, mais également en évitant les fortes dépressions orageuses venant du Brésil. Enfin, il faut affronter l’anticyclone des Açores, et la dernière ligne droite de cette course. Celui-ci peut être responsable d’importantes dépressions atlantiques, qui peuvent être plus dévastatrices que leurs homologues australes. L’ultime défi, en quelque sorte… Puis, après 70 à 75 jours de mer, le vainqueur du Vendée Globe 2020 pourra enfin apercevoir la bouée Nouch Sud. C’est elle qui marque la ligne d’arrivée de cette épreuve, aux Sables d’Olonne. 


Vendée Globe : les précédents vainqueurs

  • 2016-2017 : Armel Le Cléac’h (74 jours, 27 455 milles parcourus, vitesse moyenne de 15,43 nœuds).
  • 2012-2013 : François Gabart (78 jours, 28 646 milles parcourus, vitesse moyenne de 15,30 nœuds)
  • 2008-2009 : Michel Desjoyeaux (84 jours, 28 303 milles parcourus, vitesse moyenne de 14 nœuds)
  • 2004-2005 : Vincent Riou (87 jours, 26 714 milles parcourus, vitesse moyenne de 12,73 nœuds)
  • 2000-2001 : Michel Desjoyeaux (93 jours, 26 700 milles parcourus, vitesse moyenne de 11,94 nœuds)
  • 1996-1997 : Christophe Auguin (105 jours, 26 520 milles parcourus, vitesse moyenne de 10,44 nœuds)
  • 1992-1993 : Alain Gautier (110 jours, 25 315 milles parcourus, vitesse moyenne de 9,58 nœuds)
  • 1990-1991 : Titouan Lamazou (109 jours, 25 485 milles parcourus, vitesse moyenne de 9,7 nœuds)

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Monaco Hebdo