vendredi 3 décembre 2021
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Muriel Hurtis : « Il faudrait plus fédérer cette équipe de France d’athlétisme »

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Présidente du jury des Sportel Awards 2021, Muriel Hurtis a répondu aux questions de Monaco Hebdo. L’ancienne sprinteuse revient sur les grands moments de sa carrière, et sur la période délicate que traverse l’athlétisme français. Entretien.

Muriel Hurtis, que devenez-vous depuis la fin de votre carrière en 2014 ?

Aujourd’hui, je fais toujours du sport. Parce que le sport sera toujours dans ma vie. C’est important d’en faire. Je ne fais plus de compétition, bien sûr. C’est ce qui me manque le plus, mais il y a un temps pour tout. Je cours sur de longues distances, désormais je fais des courses sur route. Pour une ex-sprinteuse, c’est un grand pas (rires). Et à côté, je travaille dans un service communication pour une entreprise dans l’univers du sport. J’interviens au niveau des partenariats sportifs et de la communication externe autour du sport.

Quels sont vos liens avec la principauté ?

En tant qu’athlète, je venais tous les ans à Monaco. Soit pour participer au meeting Herculis, soit pour le regarder. Car il s’agit de l’un des plus beaux meetings de la Diamond League. J’ai toujours aimé venir à Monaco. Le cadre est plutôt agréable. On se sent bien ici.

« Mon image sportive cette année, c’est la victoire de l’équipe de France masculine de volley-ball aux Jeux olympiques de Tokyo. Cette équipe m’a fait vivre de belles émotions. Il y avait à la fois le suspense et l’inattendu »

Quelle est votre plus belle image sportive en 2021 ?

Mon image sportive cette année, c’est la victoire de l’équipe de France masculine de volley-ball aux Jeux olympiques (JO) de Tokyo. Cette équipe m’a fait vivre de belles émotions comme avec d’autres sports. Mais il y avait à la fois le suspense et l’inattendu, car elle n’était pas du tout attendue à ce niveau-là. Ils ont créé la surprise, et derrière, on s’est progressivement attaché à cette équipe de France, qui a décroché la médaille d’or. C’est aussi ça le sport : rien n’est écrit d’avance et tout peut se passer. De très belles choses peuvent toujours se réaliser.

Quel est votre meilleur et votre pire souvenir dans votre carrière d’athlète ?

J’ai eu de très bons souvenirs dans ma carrière. Il est difficile d’en sortir un. J’ai eu la chance de monter sur un podium olympique [le bronze sur le relais 4 x 100 mètres lors des Jeux d’Athènes en 2004 – NDLR]. J’ai également été championne du monde à domicile, devant ma famille et mes amis au Stade de France [en 2003 – NDLR]. Cela reste aussi un moment inoubliable. Enfin, j’ai terminé ma carrière en beauté avec une belle médaille d’or aux championnats d’Europe de Zürich en 2014. Terminer ma carrière par la grande porte, ça reste, car j’ai terminé de la plus belle des manières, sans frustration. Entre ces trois grands moments, mon cœur balance. Il y en a eu d’autres, mais ceux-là m’ont particulièrement marquée.

« Au niveau résultats et performances, l’athlétisme n’est pas au top, en ce moment. Aux JO de Tokyo, la France n’a obtenu qu’une seule médaille avec Kevin Mayer. J’espère que pour les Jeux de Paris, nous arriverons à avoir des athlètes qui vont se confronter aux plus grands mondiaux. » Muriel Hurtis. © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

Et votre pire souvenir ?

Les moins bons souvenirs, dans le sport il y en a forcément car il y a de la réussite mais aussi des échecs. J’ai encore en mémoire l’échec de la demi-finale des JO de Pékin, où je reste aux portes de la finale, alors que mon objectif était vraiment de rentrer dans cette finale. J’avais fait beaucoup de sacrifices pour cette olympiade. Mais je n’ai pas réussi à atteindre mon objectif. Cet échec a été très difficile à vivre.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre sport et sur l’équipe de France d’athlétisme ?

Je veux rester positive. Au niveau résultats et performances, l’athlétisme n’est pas au top en ce moment. Aux JO [de Tokyo – NDLR], la France n’a obtenu qu’une seule médaille en athlétisme avec Kevin Mayer. Dans le sprint, la relève a du mal à émerger, donc j’espère que pour les Jeux de Paris [en 2024 – NDLR], nous arriverons à avoir des athlètes qui vont se confronter aux plus grands mondiaux. Je ne désespère pas, car il y a de très beaux athlètes au sein de cette équipe de France, qui ont malheureusement eu des concours de circonstances sur les Jeux, soit des blessures, soit une mauvaise préparation. Car ces JO ont été très compliqués à préparer, en raison de la situation sanitaire. Mais cette équipe de France conserve un très beau potentiel, et j’espère qu’elle sera performante et à la hauteur dans trois ans à Paris.

« Les athlètes se sentent peu ou pas écoutés. Je pense qu’il y a quelque chose à repenser au niveau de la fédération »

L’équipe de France est-elle capable de refaire son retard en trois ans ?

Oui, il faut y croire. Nous avons de très bons résultats chez les jeunes sur les championnats d’Europe espoirs, sur les championnats du monde. Il y a de très bons athlètes qui arrivent, et qui vont gagner en maturité dans les années à venir. Moi, j’y crois encore.

L’athlétisme français semble chercher un nouveau souffle depuis quelque temps : comment l’expliquez-vous et comment relancer la machine ?

Les athlètes se sentent peu ou pas écoutés. Je pense qu’il y a quelque chose à repenser au niveau de la fédération. Il est vrai que nous avons un peu perdu cette cohésion de groupe qui s’était installée. Il faudrait plus fédérer cette équipe de France, qu’elle soit plus soudée. On a l’impression qu’on est un peu tous dispersés à droite, à gauche, chacun dans son coin. Il n’y a plus cet esprit fédérateur, et cela manque à cette équipe de France d’athlétisme. On le voit : quand il y a une belle cohésion, quand ça fédère, ça impulse quelque chose et ça donne envie. J’espère que la fédération va s’en rendre compte, et va faire en sorte de fédérer à nouveau cette belle équipe de France.

Aimeriez-vous y contribuer ?

Si je peux apporter quelque chose, je le ferai avec plaisir. Depuis le début de l’année, j’ai intégré le comité directeur de la fédération. Je découvre ainsi la fédération sous un autre angle. J’ai encore à apprendre, car c’est un univers que je ne connaissais pas du tout. Oui, si je peux apporter quelque chose et insuffler quelque chose je le ferai. En tout cas, j’essayerai. Il y a vraiment quelque chose à faire.

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