mardi 25 janvier 2022
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Savo le conquérant

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Arrivé à l’ASM Basket à l’orée de la saison 2013/14, Savo Vucevic a emmené le club en Pro B. Rencontre avec un coach pas comme les autres, entre Yougoslavie, coupe d’Europe et défis sportifs. Portrait.

« Je voulais un coach qui connaissait la pression du résultat et de la montée de N1 en Pro B. Il avait cette référence-là avec Antibes, et il avait l’expérience du haut niveau. » C’est ainsi qu’Arnaud Giusti, président de l’ASM Basket, justifie son choix au moment de remplacer Jean-Michel Sénégal. Et ce coach, c’est Savo Vucevic. Un grand bonhomme d’1m95, qui a pas mal baroudé avant de venir poser ses valises dans le sud de la France. C’était il y a 7 ans. Mais avant de venir apporter son savoir-faire à Antibes, qui venait de redescendre en Nationale 1, le Monténégrin a connu le haut niveau européen.

Le basket dans la peau
De sa jeunesse passée au bord de la mer, en ex-Yougoslavie, Vucevic ne garde que de bons souvenirs. Et notamment d’un système scolaire qui permettait la pratique du sport. « On avait école jusqu’à 13h, et l’après-midi, chacun pouvait pratiquer le sport qui lui convenait », se souvient-il. Jeune et déjà sportif, Savo Vucevic s’essaye à différents sports, allant du football au tennis de table, en passant par le water-polo et le handball. Mais très vite, il attrape « le virus du basket ». A peine âgé de 20 ans, il est déjà l’un des joueurs majeurs de son équipe, Bar (Yougoslavie), et se trouve être « le relais de l’entraîneur sur le terrain ». « J’étais un joueur très collectif, et le coach s’appuyait pas mal sur moi. J’avais déjà cette faculté d’analyse, » précise Vucevic. Une faculté qui le prédestine déjà à entraîner un jour. C’est d’ailleurs ce qui lui fait dire qu’à « 22 ans, (je) savais déjà que je serai coach ». Un jour qui arriverait d’ailleurs assez vite, puisqu’il arrête sa carrière de joueur alors qu’il n’a que 26 ans. Après quelques mois passés en tant qu’assistant de son entraîneur, il décide de partir pour un club voisin et de prendre les rennes de l’équipe première. Il n’a alors que 28 ans.

Arrivée en France
Marié à une handballeuse professionnelle, cette dernière, championne d’Europe, est approchée par un club français. Le couple décide donc de s’installer en France, en région parisienne. « Au départ, on devait venir pour 5 mois. Cela fait maintenant 25 ans qu’on est ici. » Pendant que madame foule les terrains de handball, monsieur prend en charge les féminines de l’AS Bondy 93. Mais c’est avec le groupe masculin qu’il va connaître ses premiers succès d’entraîneur. De la Nationale 3, il mènera le club jusqu’en Pro B. « On n’a pas pu aller plus haut, le club avait atteint sa limite malgré de bonnes structures, mais je pense que les dirigeants ne voulaient évoluer plus haut. » Une fois stabilisé, et le maintien assuré, Vucevic décide de partir au cours de la saison 2000-2001. Arrive en suite Cholet. En une saison là-bas, Vucevic glane le titre de meilleur entraîneur de l’année. Une renommée naissante qui va le propulser à Charleroi, en Belgique.

Défis
« Le club n’avait plus rien gagné depuis 4 ans. L’idée était donc de gagner quelque chose sur deux ans. » Un défi qui attire le technicien, lui qui est toujours appelé pour « reconstruire quelque chose », comme il l’exprime lui-même. Et dès la première année, le succès est au rendez-vous. Avec notamment un record à la clé, celui de 37 victoires en 38 matchs, toutes compétitions confondues (sur le plan national). Les succès ont continué, mais les challenges n’étaient plus forcément de mise. Et ce que redoute le plus Vucevic, c’est la routine du résultat, ou le manque d’ambition. « Je pense qu’on avait la possibilité de construire un grand club européen, mais des fois, il faut savoir concilier tout le monde. Et je n’avais pas envie de me battre sur et en dehors du terrain. »

Montée
Après son départ de Charleroi, et une pige à Saint-Quentin, « pour aider le club, dont je connaissais bien le président », Vucevic vient s’installer sur la Riviera avec sa famille. Le projet d’Antibes lui est proposé. Un défi de taille à relever, tant le club allait mal à cette époque. Fraîchement descendu en Nationale 1, il était au bord de la faillite. Et Savo est arrivé. Une saison plus tard, le club retrouvait la Pro B. « J’aime bien ce genre de situations, et on a réussi tout de suite, avec un groupe de joueurs extraordinaires. On est monté, mais on n’a pas réglé les problèmes ». Pour autant, celui qui se définit comme un « club man », ne s’est pas envolé à la première offre venue. Homme de parole, il reste au chevet du club pour le stabiliser en Pro B. Mais la fin de l’aventure reste amère pour le Monténégrin. « Quand je m’investis dans quelque chose, je vais au bout. J’étais à la tête de ce projet, j’ai tout laissé de côté. Mais il s’est passé des choses sur lesquelles je ne veux pas revenir. J’en suis sorti plus fort, même si ça a surtout été un échec humain. »

Monaco
Deux années sans travailler, un peu de repos, des voyages, et du temps pour observer le basket, et voir comment on travaille ailleurs. Il le dit lui-même, Savo Vucevic est « revenu plus fort et plus motivé » de cette période. Un passage qui a pris fin avec la proposition de l’ASM. A savoir amener le club le plus haut possible, le plus vite possible. Car à en écouter le coach, l’ambition est sans limite, « moi j’aimerais aller le plus vite possible en Pro A, et pourquoi pas en Europe, mais ça ne dépend pas que de moi », glisse-t-il, sourire en coin. La première étape du défi proposé par les dirigeants monégasques a été validée avec brio, la montée et le titre de champion ayant été acquis à 6 journées de la fin du championnat. Le tout grâce à un « basket conquérant », insufflé par Vucevic à ses joueurs. Un groupe où il considère chacun « comme (mon) fils. J’essaie d’être près des joueurs, mais sans trop l’être. Si l’on est trop proche, il n’y a plus de professionnalisme. Mais je ne pense pas être un coach rude ou sévère ». Plutôt meneur d’homme que père fouettard. L’inverse de l’image véhiculée par les entraîneurs venus de l’Est.
Partout où il est passé, Vucevic a mené ses missions à bien. De quoi y voir du bon pour l’avenir de l’ASM Basket. Déjà pour la saison prochaine en Pro B, avant, peut-être, de retrouver la Pro A…

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Monaco Hebdo