samedi 22 janvier 2022
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« Monter une structure de formation »

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Arnaud Giusti est un président heureux. Son ASM Basket retrouve le monde professionnel. Retour sur une saison réussie, et projection sur le futur du club.

Monaco Hebdo : N’était-ce pas trop risqué d’annoncer la montée dès le début de saison ? Ou était-ce un bon moyen de motiver les troupes ?
Arnaud Giusti : C’était aussi une réalité des faits. On a dit qu’on jouait la montée, on l’a assumé. On avait calibré l’équipe pour faire ça. Avec le nouveau coach (Savo Vucevic, voire son portrait p. 14-15) qui a fait un travail formidable. On lui a donné les joueurs, il en a choisi, mais il a réussi à les faire jouer ensemble. Parce que si on met les meilleurs talents ensemble et qu’ils ne s’entendent pas, ça ne marche pas. Après c’est sûr qu’en annonçant ces objectifs, on avait une cible dans le dos. Surtout qu’on fait une préparation super (3 victoires en 3 matchs face à des pros B). On a eu un début de saison moyen (2 défaites et un victoire sur les 3 premières journées) en terme de résultats, mais on a su rectifier le tir rapidement.

M.H. : Vous avez douté à ce moment-là ?
A.G. : Non, on n’a pas douté. Si on n’avait pas gagné tous ces matchs de préparation, on se serait dit qu’on s’était peut-être trompé. Mais vu nos résultats, on savait qu’on était dans le vrai. Après on avait quelques déséquilibres sur certains postes. Les réajustements ont permis de trouver cet équilibre qui manquait, et on a entamé notre série de 24 victoires.

M.H. : Une série de 24 victoires d’affilée, c’est fou non ?
A.G. : C’est une folle série, mais notre travail y est aussi pour beaucoup. On a réussi à éviter les blessures, et je pense que c’est grâce au travail de notre préparateur physique. Après comme tout le monde on avait un blessé, mais jamais deux-trois joueurs blessés en même temps. Ce qui est un avantage. Après, la série de 24 victoires, on n’a pas non plus écrasé tout le monde. On a mis notre empreinte sur certains matchs. Mais on n’a pas gagné tous nos matchs facilement.

M.H. : Quelle est la première chose que vous avez ressenti en apprenant pour le titre et la montée ?
A.G. : De la fierté. De la fierté par rapport au moment où on a repris le club en 2009-2010, qui se maintenait miraculeusement en Nationale 2. Donc on est fier du chemin parcouru et du travail accompli. Le premier étage a été mis par Jean-Michel Sénégal, avec le retour en N1. Savo a mis le deuxième.

M.H. : Votre satisfaction principale cette année, en dehors du titre et de la montée ?
A.G. : La principale satisfaction c’est l’engouement du public. Il y a de plus en plus de monde qui vient. On propose un jeu attrayant, et on essaye de monter un petit show pour rendre le basket un peu festif. Contre Angers, on avait plus de 1 200 personnes, sachant que la salle, actuellement, peut accueillir 1 700 personnes. Sur la saison, on devait tourner à 600-700 personnes. Mais quand on jouait à l’extérieur, on attirait du monde, et ça jouait souvent à guichets fermés. Les gens voulaient voir l’équipe de Monaco et ses stars, même si pour moi il n’y en a pas. Parce que la star, c’est l’équipe.

M.H. : En parlant de vos joueurs, il s’est dit beaucoup de choses cette année concernant le budget du club et les salaires. Quelle est la réalité des choses ?
A.G. : J’étais assez énervé en début de saison, parce des pseudos journalistes d’internet ont fait des papiers sur Monaco complètement faux, en annonçant des chiffres multipliés par 3 ou 4 pour certains de nos salaires. On avait deux joueurs, étrangers, qui étaient plus payés que la moyenne des joueurs de N1, mais qui étaient loin de toucher les 20 000 euros par mois annoncés.

M.H. : Quel est le plus gros salaire chez vous ?
A.G. : Le plus gros salaire est à 6 000 euros. On a lu des choses folles aussi. Qu’on logeait soi-disant dans des Relais Châteaux, qu’on partait en avion privé. Alors qu’on partait simplement en bus ou en avion de ligne pour les longs déplacements. Et on descend dans des deux étoiles. Les garçons sont deux par chambre avec des lits trop petits pour eux. On a eu à faire à une belle campagne de déstabilisation, avec un budget qu’on nous a multiplié par 3 ou 4.

M.H. : A combien s’élevait votre budget justement pour la N1 ?
A.G. : On avait un budget de 1,3 million d’euros pour l’année, mais il y a 3-4 budgets au-dessus de nous. Ce budget, c’est celui de l’équipe première. On était dans les 5 plus gros budgets. Pour l’ensemble du club, on a un budget de 1,6 millions d’euros. Et un grand nombre de bénévoles, que je tiens à remercier, car on n’aurait jamais réussi à en arriver là sans eux.

M.H. : Quel budget vous faudra-t-il pour la Pro B ?
A.G. : Il faut le doubler. Tout dépend de ce qu’on veut faire en Pro B, mais, si l’on veut bien figurer, il faudra le doubler.

M.H. : Votre mécène, Sergei Dyadechko, est discret. Quel est son rôle au club ?
A.G. : C’est un passionné de basket. Il n’est pas dans l’organigramme du club, il ne souhaite pas y être. Je lui ai proposé, mais il n’a pas voulu. C’est un mécène, un sponsor particulier. Au quotidien, il nous laisse carte blanche dans le fonctionnement du club. En début de saison et avant chaque match il aime bien discuter avec Savo (Vucevic, le coach, N.D.L.R.) sur la tactique, ce genre de choses. Il aime bien discuter basket. Mais il ne va pas le voir pour lui dire de faire telle ou telle chose. Il nous amène à peu près 60-70 % du budget de l’équipe première.

M.H. : Le parallèle avec le football se fait régulièrement. Cela doit être pesant ?
A.G. : Certaines personnes pensent parfois que c’est le même que celui de l’ASMFC (Dmitry Rybolovlev, N.D.L.R.). Mais c’est vrai que c’est un peu pesant, et c’est pour ça que j’avais poussé un coup de gueule sur les salaires il y a quelques temps. Mais après, vu le modèle économique, il suffit de voir ce que fait le PSG avec le handball et le Paris Basket. Il sont entrain de créer de grosses structures sportives, où tous les sports sont réunis en une grande entité, comme cela est déjà le cas au FC Barcelone, au Real Madrid ou au Bayern Munich. On va arriver à ces modèles économiques. Je ne dis pas qu’il faut le faire, mais ça me paraîtrait logique que le foot prenne la mainmise sur le sport qui suit derrière, et je pense qu’en termes de niveau, on est le deuxième.

M.H. : Vous avez déjà tenté un rapprochement ?
A.G. : Non, pas du tout. Mais je pense qu’à terme, ce serait une bonne idée. Et je pense que par rapport à d’autres structures, nous on est déjà ASM. On est dans le même lieu, on a le même nom, ça pourrait être plus rapide à faire.

M.H. : Le problème de l’ASM et de son siège social, ça pourrait vous arriver ?
A.G. : Je ne pense pas. Au foot, c’était surtout par rapport aux impôts et au nombre d’étrangers. De notre côté, nous avons trois étrangers, et on ne peut pas en avoir plus. La différence est donc minime. Après si on joue à ça par rapport aux clubs français en basket, on peut aussi regarder à combien le taux de subvention de l’Etat et des collectivités est chez eux par rapport à chez nous. Si on fait le parallèle, je veux bien prendre leurs subventions et payer des impôts sur mes 3 étrangers.

M.H. : Quels seront les objectifs en Pro B ?
A.G. : Il seront en fonction du budget. Il y a un sacré fossé entre la N1 et la Pro B. La saison est beaucoup plus longue, avec 10 matchs de saison régulière en plus. La saison commence plus tôt, finit plus tard. Sur la feuille de match il y a 12 joueurs contre 10 en N1, donc pour en avoir 12 il en faut toujours un peu plus. Si j’arrive à trouver le fonctionnement financier, on jouera le haut de tableau je pense. On a aussi la construction d’un centre de formation parce que je veux développer ça.

M.H. : Un centre de formation ?
A.G. : A Monaco on a la chance d’avoir des infrastructures d’entraînements top, une scolarité top, donc on a tout pour créer quelque chose de sympa, si le gouvernement nous aide (rires). L’objectif c’est de monter une structure de formation. On a la chance d’avoir Jean-Michel Sénégal qui est toujours avec nous. On essaiera d’avoir un recrutement chez les jeunes sur la région, et puis peut-être deux ou trois qui viendront d’ailleurs. On voudrait réussir à amener au moins deux jeunes par an dans l’équipe pro, et que les autres puissent jouer dans la réserve, qui à terme, serait en N3.

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