vendredi 3 décembre 2021
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Basket sur Monaco Info : « Il fallait rendre ces moments accessibles aux fans de Monaco »

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La chaîne publique monégasque Monaco Info est parvenue à trouver un accord avec l’EuroLeague pour retransmettre tous les matches de l’ASM Basket. Une bonne nouvelle pour les supporteurs de la Roca Team, qui pourront donc suivre chez eux, sur leur téléviseur, les performances de leur équipe dans la compétition reine du basket européen.

Décidément, les bonnes nouvelles s’enchaînent pour les fans de l’ASM Basket. Inquiets de devoir se rendre à Antibes pour assister aux matches européens de leur équipe favorite, les supporteurs de la Roca Team ont finalement accueilli, avec grande satisfaction, la dérogation accordée par l’EuroLeague autorisant la tenue des rencontres dans leur salle fétiche de Gaston Médecin [à ce sujet, lire notre article La salle Gaston Médecin accueillera bien l’EuroLeague publié dans Monaco Hebdo n° 1211 — NDLR]. Mais ce n’est pas tout, puisque depuis le début de la compétition, ils peuvent également suivre les performances de leurs protégés depuis chez eux, sur Monaco Info. La chaîne publique monégasque est en effet parvenue à trouver un accord avec l’instance européenne pour diffuser, en direct, l’intégralité des rencontres de l’ASM en EuroLeague.

Diffusion restreinte

« On s’est dit qu’il fallait rendre ces moments accessibles à la communauté des fans de Monaco. Et ce, le plus facilement possible, explique la directrice de la communication du gouvernement princier, Geneviève Berti, par ailleurs membre du conseil d’administration du club de la principauté. Au départ, nous souhaitions diffuser au moins les matches à l’extérieur. Car lorsqu’un diffuseur français a deux équipes à diffuser [Monaco et l’ASVEL participent à l’EuroLeague cette saison — NDLR], il peut choisir d’en retransmettre une en direct, et l’autre pas. Nous voulions donc sécuriser le fait que les gens puissent nous voir ». Dans l’incertitude quant au sort des affiches de son équipe, alors que les négociations entre les diffuseurs français et l’EuroLeague sont toujours au point mort [lire par ailleurs — NDLR], la principauté a donc décidé de prendre les devants, en passant son propre accord avec IMG, la société en charge de la commercialisation des droits télé de la compétition. « À la base, l’idée n’était pas vraiment de devenir un diffuseur, mais plutôt de passer un partenariat avec le diffuseur français. Mais très vite, l’EuroLeague nous a dit que les discussions avec RMC Sport [une chaîne qui n’est plus diffusée par Monaco Telecom — NDLR] étaient mal en point. Et que donc, potentiellement, il n’y aurait pas de diffuseur du tout. Donc, petit à petit, l’idée est venue d’acheter les droits, restreints assez drastiquement au territoire de Monaco », raconte la directrice de la communication, qui rappelle au passage que ces droits ont été acquis « à titre non exclusif ». En d’autres termes, cela signifie que si un diffuseur français — diffusable à Monaco — obtient demain un accord avec l’EuroLeague, il pourra lui aussi diffuser les matches en principauté. « Mais nous sommes déjà à la sixième journée [cette interview a été réalisée le 27 octobre 2021 — NDLR], et cela me semble tout de même mal embarqué, estime Geneviève Berti. Peut-être qu’il y aura des discussions pour la deuxième partie de saison. Mais je pense qu’il ne se passera pas grand-chose jusqu’à Noël. Surtout quand on voit l’ASVEL négocier ce genre de droits (1). Il ne doit pas y avoir une grande visibilité ».

« Monaco Info n’est pas une antenne commerciale. L’idée du gouvernement aujourd’hui n’est pas d’encaisser de l’argent sur une diffusion. C’est de servir le public »

Geneviève Berti. Directrice de la communication du gouvernement princier

Un investissement estimé à 800 000 euros

Mais alors que les diffuseurs français peinent à trouver un accord, notamment en raison du montant des droits jugé excessif, comment la chaîne publique monégasque est-elle parvenue à convaincre l’EuroLeague ? « IMG a tout de suite compris que c’était dans l’intérêt de la compétition, et de sa visibilité, de trouver un accord avec nous. Monaco est une plateforme d’un public mondial. Avec 127 nationalités, il y a de quoi toucher une cible extrêmement diverse », explique Geneviève Berti. Et de poursuivre : « Ils ont aussi vite compris que, pour nous, l’enjeu majeur était davantage la visibilité pour le projet basket, qu’une visibilité commerciale. Car Monaco Info n’est pas une antenne commerciale. Nous n’avons pas la vocation de rentabiliser commercialement l’antenne. L’idée du gouvernement aujourd’hui n’est pas d’encaisser de l’argent sur une diffusion. C’est de servir le public ». La directrice de la chaîne balaye aussi l’idée d’un “deal” conclu dans le cadre de la dérogation obtenue par le club pour disputer ses matches à domicile : « Il n’y avait pas du tout de package à ce niveau-là. Ce n’était pas lié. Néanmoins, nous, pouvoir public détenteur du service public, n’avons donné un “go” final aux négociations des droits TV qu’après la dérogation. Mais ça n’a jamais été mélangé dans les discussions ». Pour obtenir ces droits de retransmission durant une saison, la chaîne publique monégasque a déboursé 800 000 euros, répartis équitablement de la façon suivante : 400 000 euros de participation aux coûts de production, auxquels doivent contribuer tous les diffuseurs, et 400 000 euros pour les droits de diffusion. « C’est un investissement certain, concède Geneviève Berti. On fera le bilan en fin de saison. Mais tout le monde, le club, l’EuroLeague… se donne beaucoup de mal pour nous aider et mettre en images la salle de la meilleure façon. Ça nous fait tellement progresser, dans de nombreux domaines. Nous estimons donc que c’est une opération pertinente », juge-t-elle. Et, à l’heure où la souscription d’un abonnement est quasiment devenue la règle pour pouvoir suivre des événements sportifs à la télévision ou en streaming sur un ordinateur ou un smartphone, le gouvernement princier se refuse, pour le moment, d’adopter une telle formule. « Nous rendons un service au public, insiste Geneviève Berti. À un moment donné, on va réfléchir à un modèle économique sur une antenne de télévision à Monaco. Mais la question de l’abonnement n’est jamais venue sur la table », assure-t-elle, reconnaissant toutefois que « si ça se pérennise dans le temps, ça deviendra, si ce n’est une évidence, au moins une nécessité ».

Ali Traoré et David Cozette © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

David Cozette et Ali Traoré aux commentaires

En attendant, les Monégasques et les résidents de la principauté peuvent regarder gratuitement les matches de la Roca Team à la télévision, uniquement. Impossible d’y accéder par Internet, à cause de la géolocalisation : « On pourrait, mais il faudrait travailler avec Monaco Telecom sur une géolocalisation extrêmement stricte sur le territoire de Monaco. Pour le moment, les droits sont territoriaux. Quand vous négociez des droits pour un territoire de 2 kilomètres carrés, ce n’est pas pour que les autres aux alentours puissent les voir ». Seule solution possible, une nouvelle négociation avec IMG et l’EuroLeague, avec un coût financier forcément plus conséquent. Les fans français et les expatriés monégasques vont donc devoir patienter, avant de pouvoir suivre les performances de Mike James et consorts, commentées par les voix du basket hexagonal, David Cozette et Ali Traoré. « Nous ne voulions pas mettre à disposition de la communauté des commentaires en anglais. […] C’est la raison pour laquelle nous avons mis à l’antenne David Cozette et un ancien joueur de Monaco, Ali Traoré. Il fallait donner une identité à ce que l’on fait. Car, évidemment, si on veut continuer, il faut avoir des voix reconnaissables, qui instaurent une vraie relation avec les gens, et qui parlent à la communauté du basket, justifie Geneviève Berti. Ce n’est plus seulement un investissement de service, c’est aussi un investissement identitaire ». En enrôlant l’une des figures emblématiques des commentateurs sportifs français, Monaco Info a réussi un joli coup médiatique, mais aussi financier puisqu’à en croire la directrice de la chaîne, aucune enveloppe budgétaire supplémentaire n’a été nécessaire pour attirer ce duo : « Je ne dis pas qu’ils le font pour la beauté du geste, mais ils le font aussi parce que ce sont deux amoureux du basket. Ils viennent avec leur fraîcheur et leur envie. Et le principal, c’est que ça ne leur coûte rien. Donc, tous leurs frais sont pris en charge. Après, nous avons convenu d’une enveloppe extrêmement raisonnable. Nous ne sommes ni RMC Sport, ni Canal + », insiste Geneviève Berti, sans donner davantage de précision quant à cette fameuse « enveloppe ».

« Pour le moment, les droits sont territoriaux. Quand vous négociez des droits pour un territoire de 2 kilomètres carrés, ce n’est pas pour que les autres aux alentours puissent les voir »

Geneviève Berti. Directrice de la communication du gouvernement princier

Pas d’impact sur la billetterie

Qu’importe, la formule fonctionne bien, et plaît aux téléspectateurs toujours plus nombreux devant leur poste de télévision les soirs de matches d’EuroLeague. « Concernant l’audience, nous constatons des augmentations sur le pic de connexions. Par exemple, sur un coup d’envoi à 19h, nous sommes à +70, voire + 75 % de connexions. Et ce taux se maintient sur toute la durée du match. Il y a donc vraiment une prise d’audience », se félicite Geneviève Berti, ravie de voir dans le même temps une salle Gaston Médecin bien garnie. « Nous nous sommes bien sûr posé la question de savoir si nous n’allions pas vider la salle en diffusant les matches à la télévision. Mais nous nous sommes rendu compte, notamment pour le match de Barcelone, que non : la salle est pleine. Elle a son ambiance. Et nous faisons aussi des satisfaits autrement. Nous avons trouvé une solution équitable pour l’accessibilité », considère la directrice de la chaîne. Avant de poursuivre : « Même si elle est bien retransmise à la TV, ce n’est pas la même ambiance dans la salle. Quand on aime le basket, on aime venir à la salle. Et Gaston Médecin, ce n’est quand même pas non plus un parcours du combattant. Ceux qui veulent venir, viendront toujours ». La réception de l’Étoile Rouge de Belgrade, le 26 octobre 2021, devant une salle bien remplie lui donne raison. « À la base, ce n’était pas une affiche. C’était à 19h un mardi soir, ce n’était pas gagné. Et finalement, on a fait 800 places de moins que contre Barcelone où on était “sold out” [guichets fermés — NDLR]. Si l’équipe continue de gagner, de produire un jeu plaisant, les gens de Monaco et des alentours continueront de venir ». Le pari semble donc bien engagé pour la chaîne publique monégasque qui pourrait bien renouveler l’expérience la saison prochaine, si les audiences se confirment : « Plus nous ferons de connexions, mieux ce sera. Nous visons 50 % du parc en connexions. Pour le moment, nous ne l’avons pas encore atteint. Mais nous pensons que plus la saison va avancer, plus ça va monter ». Le changement d’horaire, avec des matches désormais à 20h au lieu de 19h, devrait contribuer à attirer plus de monde dans la salle Gaston Médecin, et devant les postes de télévision : « Bien sûr, il faudra se poser la question [du renouvellement — NDLR] si nous n’atteignons pas cet objectif. Là, nous apprenons en marchant. Nous sommes convaincus que c’est un vrai service pour notre communauté, et qu’il y a un vrai intérêt. Mais il faudra que cela se démontre ».

« Nous nous sommes, bien sûr, posé la question de savoir si nous n’allions pas vider la salle en diffusant les matches à la télévision. Mais nous nous sommes rendu compte que non : la salle est pleine. Elle a son ambiance. Et nous faisons aussi des satisfaits autrement. Nous avons trouvé une solution équitable pour l’accessibilité. » Geneviève Berti. Directrice de la communication du gouvernement princier. © Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« [À propos de l’audience] Nous visons 50 % du parc en connexions. Pour le moment, nous ne l’avons pas encore atteint, mais nous pensons que plus la saison va avancer, plus ça va monter »

Geneviève Berti. Directrice de la communication du gouvernement princier

Nouvelle ère

En obtenant ainsi les droits TV d’une compétition sportive majeure, Monaco Info franchit indéniablement un cap comme le confirme la directrice. « Ça fait monter tout le monde en compétences, et ça nous oblige à faire des pas de géant dans notre organisation, et dans nos capacités techniques et professionnelles. C’est super. Mais, au départ, nous réfléchissions en escalier », admet-elle. La chaîne publique monégasque grandirait-elle alors plus vite que prévu ? « La vocation de Monaco Info n’est pas d’acquérir des droits », rappelle simplement Geneviève Berti. Il n’empêche que cette expérimentation pourrait bien donner des idées aux décideurs. D’ailleurs, « nous sommes en train de réfléchir à travailler avec le rugby, notamment le rugby à VII (2). Ils sont en finale du championnat de France le 13 novembre à Paris. C’est trop tard pour ce coup-ci, mais on y réfléchit, révèle la directrice. Pour nous, la valeur de ces projets est aussi dans la capacité de la communauté monégasque, dans son grand ensemble, Monégasques et résidents, à la vivre. Si on ne fait pas en sorte de la rendre accessible, on enlève de la valeur à ce que l’on fait ». Mettre en valeur et diffuser le plus largement possible ce que la principauté produit et fait de mieux, voilà, en résumé, l’objectif de Monaco Info. Le sport, dont on connaît l’importance sur le territoire national monégasque, en fait partie, tout comme la culture qui figure aussi au tableau de chasse de la chaîne nationale. « Nous souhaitons être au plus près de ceux qui font Monaco et qui le vivent, ambitionne Geneviève Berti. Nous préparons des émissions grand format, avec des grands témoins de Monaco. Petit à petit, nous allons essayer de développer cette capacité qu’on a d’être le diffuseur en direct de ce qui se passe à Monaco. Parce que la matière est là ». Citant en exemple la tentative de record du monde du 5 kilomètres, les représentations au théâtre princesse Grace (TPG) ou encore les Rencontres philosophiques, la directrice de Monaco Info assure « vouloir faire du direct, avec la vie de ceux qui font et qui vivent Monaco pour partager ce succès ensemble ».

1) L’ASVEL et l’Olympique Lyonnais (OL) ont signé mardi 26 octobre 2021 un accord avec l’EuroLeague, afin de retransmettre tous les matches du club rhodanien sur la plateforme de contenus OLPLAY, ainsi que sur la chaîne OLTV.

2) Les droits audiovisuels du rugby à 7, le Super Sevens, sont détenus par Canal+ depuis la saison 2020-2021, et pour une durée de sept saisons.

Toujours pas d’accord avec les diffuseurs français

En France, les négociations autour des droits télé de l’EuroLeague semblent s’enliser, alors que, pour la première fois de l’histoire, deux clubs de son championnat participent à la compétition reine du basket européen. À l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, mardi 9 novembre 2021, aucun accord n’avait été trouvé avec un diffuseur français, en raison notamment du montant des droits, jugé trop excessif. Selon les informations de nos confrères de L’Équipe, plusieurs acteurs ont pourtant manifesté leur intérêt auprès de l’EuroLeague, parmi lesquels le dernier détenteur des droits RMC Sport, mais aussi Eurosport et Canal+, sans pour autant aboutir à un accord. Toujours selon nos confrères de L’Équipe, « aucun n’a accepté le prix plancher sous lequel l’EuroLeague n’était pas prête à lâcher — celui acquitté jusque-là, soit autour de 3 millions d’euros pour le package incluant EuroLeague (C1) et EuroCoupe (C2) ». Dans l’impasse, l’instance européenne a finalement décidé de diffuser l’intégralité des matches de la saison en priorité sur sa propre plateforme payante, EuroLeague TV (89,99 euros par an).

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Monaco Hebdo