jeudi 28 janvier 2021
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“Lamentable”

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Michel-Aubery vice-président de l'AS Monaco
« Je ne reconnais pas Patrice Evra. Ce n'est plus le joueur qui jouait à Monaco. En fait, il fait plus chef de bande que capitaine de l'équipe de France. » Michel-Aubery vice-président de l'AS Monaco © Photo Monaco Hebdo

Après les insultes d’Anelka contre Domenech et la grève des joueurs le 20 juin, l’équipe de France a été éliminée de la Coupe du monde 48 heures après. Résultat, le foot français est ébranlé. Une crise sans précédent que le vice-président de l’AS Monaco, Michel Aubery, analyse.

Monaco Hebdo : C’est normal que les Bleus aient refusé de s’entraîner le week-end dernier ?
Michel Aubery : C’est lamentable. Mais ce que je trouve aussi assez lamentable, c’est le staff de l’équipe de France qui n’a pas réagi. D’ailleurs, ils ont simplement regardé passer les joueurs de l’équipe de France devant eux. Bref, c’est un mauvais coup pour le foot français. Car le risque, c’est que les supporters mettent tous les joueurs dans le même sac. Alors qu’il y a des joueurs qui se comportent bien.

M.H. : Avouez qu’il y a quand même des joueurs qui posent problème ?

M.A. : Bien sûr. Ce que je remarque, c’est que la plupart de ceux qu’on peut considérer comme des chefs de bande, jouent à l’étranger. Notamment Anelka, Gallas ou Ribéry par exemple. Alors que ceux qui jouent en France, comme Lloris, Gourcuff ou Toulalan, ne semblent pas poser problème. Et puis, j’ai parfois l’impression que certains joueurs n’ont pas l’amour du maillot.

M.H. : Patrice Evra, qui a joué à Monaco de 2002 à 2006, a beaucoup changé ?

M.A. : Je ne le reconnais pas. Ce n’est plus le Evra qui jouait à Monaco. En fait, il fait plus chef de bande que capitaine de l’équipe de France. On a pris Evra à Monaco quand il sortait de Nice. C’était en 2002. Il avait 21 ans. Aujourd’hui, il semble très sûr de lui. Bien sûr, c’est vrai qu’il fait une belle carrière en Angleterre, à Manchester United. Cela dit, à part Evra, qui pourrait être capitaine de l’équipe de France ? Peut-être Toulalan ?

M.H. : Pourquoi Evra n’a pas lu lui-même le communiqué des joueurs ?

M.A. : Je ne sais pas. Et je ne comprends pas pourquoi Raymond Domenech l’a fait. Il a presque donné l’impression d’avoir peur. Et d’avoir vraiment perdu le contrôle de cette équipe de France.

M.H. : Après les insultes d’Anelka, il fallait l’exclure du groupe ?

M.A. : A partir du moment où tout ça est sorti du vestiaire, oui. Mais mettre ces insultes en première page de L’Equipe, le 19 juin, c’était un peu choquant. Cela dit, c’est aussi un juste retour de bâton. Car certains joueurs se moquent des journalistes. De toute façon, même si cette histoire n’avait pas été rendue publique, il fallait sanctionner Anelka. Sinon, c’est la porte ouverte à tout.

M.H. : C’est courant qu’un entraîneur se fasse insulter par ses joueurs ?

M.A. : Je ne sais pas. Mais je ne pense pas que l’entraîneur de l’AS Monaco, Guy Lacombe, accepterait de se laisser insulter sans réagir !

M.H. : Vous pensez que les joueurs ont eu raison de faire grève ?

M.A. : Non. Qu’un salarié qui travaille en usine, fasse grève pour réclamer une augmentation, je peux le comprendre. Mais que des millionnaires du foot fassent grève, non. C’est une honte ! Déjà que l’image du foot professionnel n’est pas très bonne, ça n’arrange rien.

M.H. : Mais les joueurs ont fait grève pour protester contre l’exclusion d’Anelka ?

M.A. : Dans un cas pareil, les joueurs n’ont rien à dire. Ils doivent accepter la décision de la Fédération française de foot (FFF). C’est tout.

M.H. : Pourquoi Anelka n’a pas de problème avec son entraîneur à Chelsea ?

M.A. : Parce qu’Anelka est un salarié de Chelsea. Et qu’il prend environ 6,5 millions d’euros par an. Du coup, en cas de dérapage, son entraîneur, Carlo Ancelotti, peut le sanctionner financièrement. C’est malheureux, mais c’est uniquement avec l’argent qu’on peut tenir certains joueurs. Et puis, il y a aussi un problème d’éducation. Résultat, certains joueurs sont déconnectés de la réalité.

M.H. : Le préparateur physique, Robert Duverne, a eu raison de s’énerver contre Patrice Evra ?

M.A. : Difficile à dire. Mais je comprends sa réaction. D’ailleurs, à sa place, j’aurais sûrement réagi de la même manière. En tout cas, je n’ai pas compris la passivité de l’encadrement de l’équipe de France face aux joueurs. Pourtant, il y a des hommes de caractère, comme Bruno Martini ou Alain Boghossian par exemple. Pourquoi n’ont-ils pas tout simplement fermé la porte du bus ? Ce qui aurait forcé les joueurs à assumer. Quitte à ce qu’ils rentrent à l’hôtel à pied !

M.H. : Vous comprenez la démission du directeur général délégué de la Fédération, Jean-Louis Valentin ?

M.A. : Oui et non. Sur le coup, oui. Car ça doit être quelqu’un d’entier. Mais quelques heures plus tard, en y réfléchissant, peut-être qu’il aurait dû rester et faire face.

M.H. : Au fond, qui est responsable de cette affaire ?

M.A. : Les responsabilités sont sans doute multiples. Mais je pense notamment au directeur technique national, Gérard Houllier. D’ailleurs, même après 2008, il a toujours dit qu’il fallait continuer à faire confiance à Raymond Domenech. Quant à Michel Platini, qui lui aussi a soutenu Domenech, on ne l’entend pas sur ce sujet. Bien sûr, Platini ne fait pas partie de la FFF, mais il a quand même donné son avis à l’époque.

M.H. : Domenech n’est pas responsable alors ?

M.A. : Même si Domenech n’a pas un grand palmarès en tant que sélectionneur, il connaît le foot. D’ailleurs, ce n’est pas parce qu’un sélectionneur a décroché des titres que les joueurs le respectent. Mais Domenech a joué en équipe de France de 1973 à 1979. Et il faisait peur à tout le monde à l’époque. Ce n’est pas pour rien qu’il était surnommé “le boucher” ! Sur le terrain, c’était un véritable tueur. Du coup, je ne comprends pas qu’il se soit obstiné à faire jouer systématiquement Govou et Anelka. En fait, je pense que ce n’est pas lui qui décidait et qui faisait l’équipe.

M.H. : Il faut aussi sanctionner les joueurs ?

M.A. : Les joueurs sont salariés par leurs clubs. Pas par la FFF, qui leur verse des primes selon les résultats et les recettes du sponsoring. Du coup, pour moi les 5 millions d’euros que devaient se partager les joueurs devraient être versé pour moitié aux sinistrés dans le Var. Et l’autre moitié au foot amateur.

M.H. : Mais il paraît que certains joueurs n’étaient pas d’accord avec cette grève ?

M.A. : Bien sûr. Notamment ceux qui ne jouent pas ou qu’on a peu vu. Comme Gourcuff, Gignac, Valbuena, ­­Squillaci… Or, ce sont eux qui devraient être les vrais cadres de cette équipe de France.

M.H. : Le président de la FFF, Jean-Pierre Escalettes, doit démissionner ?

M.A. : Ce n’est pas à moi de le dire. Mais aujourd’hui, même si son mandat va jusqu’en 2012, sa situation est devenue difficile à tenir.

M.H. : Selon vous, le foot français va exploser ?

M.A. : Non. Je ne suis pas inquiet pour Laurent Blanc, qui va succéder à Domenech. Car les joueurs qui évoluent dans le championnat français n’ont pas la mentalité affichée en Afrique du Sud. D’ailleurs, je ne me rappelle pas avoir déjà vu des engueulades de ce niveau là, en club. Avec Monaco, pour la finale de la Coupe de France à Paris, Pino et Nenê se sont accrochés. Mais ça n’est pas allé plus loin. Bref, ce qui s’est passé en équipe de France, je n’en reviens pas. Je n’ai jamais vu ça.

L’escalade du ridicule

“Va te faire enculer, sale fils de pute !” C’est la phrase qui a fait la une de L’Equipe, samedi 19 juin. Une phrase qu’aurait balancé Anelka à Domenech, à la mi-temps de France-Mexique, le 17 juin. Résultat, la FFF a décidé d’exclure le joueur de Chelsea. Mais le 20 juin, c’est le clash. A 16 heures, le préparateur physique, Robert Duverne, et le capitaine des Bleus, Patrice Evra, ont une altercation. Domenech les sépare. Mais 5 minutes après, les joueurs refusent de s’entraîner et quittent le terrain. Le coup de trop pour le directeur général délégué de la FFF, Jean-Louis Valentin, qui annonce sa démission.
Depuis ce putsch, une véritable tempête médiatique s’abat sur les joueurs et la FFF. Alors que les sponsors de l’équipe de France laissent tomber les Bleus, les uns après les autres. Si la ministre de la santé et des sports, Roselyne Bachelot, n’a pas le pouvoir de virer les dirigeants de la FFF, Escalettes et son équipe peuvent décider de démissionner. A suivre.

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