samedi 23 janvier 2021
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“Keller n’est pas d’accord avec la politique du club”

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Marc Keller
« Le contrat de Sportfive, une agence de marketing chargée de vendre l'image de l'AS Monaco, se termine. Keller a proposé de reconduire ce contrat. En évoquant aussi d'autres pistes. Mais les dirigeants ne l'ont pas suivi. » © Photo Monaco Hebdo

Bilan de la saison, transferts, situation financière du club… Le journaliste de L’Equipe Jean-Pierre Rivais, qui suit l’AS Monaco depuis 1987, a accepté de faire le point.

Monaco Hebdo : Le bilan de cette saison ?
Jean-Pierre Rivais : Dans le contexte monégasque de ces dernières années, c’est une bonne saison. D’ailleurs, l’ASM a fini 8ème. Ce qui n’était plus arrivé depuis le départ de Didier Deschamps, en septembre 2005. Et puis, Monaco est arrivé en finale de Coupe de France. Avec un parcours intéressant, car ils ont quand même éliminé Lyon et Bordeaux, qui sont deux grosses équipes. Donc c’est un bilan satisfaisant.

M.H. : Comment expliquez-vous ces résultats ?

J.-P.R. : Pour la première fois, cette saison, on a eu une véritable osmose à la tête du club. Avec le directeur général Marc Keller, le responsable de la cellule recrutement Jean Petit et l’entraîneur Guy Lacombe qui ont travaillé main dans la main, comme une vraie équipe. Même si tout n’est pas parfait, bien sûr. Alors qu’avant, c’était plus une addition d’individualités à tous les niveaux.

M.H. : D’autres raisons ?

J.-P.R. : La stabilité. Car cette saison, il n’y a pas eu de changement d’entraîneur ou de président. Et un nombre d’arrivées et de départs de joueurs assez raisonnable.

M.H. : A votre avis il était impossible de faire mieux que 8ème ?

J.-P.R. : A un moment, Monaco était deuxième. Ce qui prouve qu’il était possible de faire mieux. Surtout quand on voit certaines équipes qui ont fini devant l’ASM. Je pense notamment à Lorient et à Auxerre. Mais ce sont des équipes qui ont le gros avantage d’avoir pu travailler dans la durée. Avec 4 ou 5 ans de vie en commun. Du coup, en finissant 8ème, Monaco est à peu près à sa place.

M.H. : Vous êtes convaincu par la première saison de l’entraîneur, Guy Lacombe ?

J.-P.R. : Oui. D’ailleurs, j’étais déjà convaincu quand Lacombe est arrivé en Principauté en début de saison. Et les résultats ont confirmé que c’était le bon choix pour rebâtir une équipe. Même si tout ça n’était pas la faute du précédent entraîneur, le Brésilien Ricardo. Au fond, c’est la faute à 3 ou 4 ans d’instabilité chronique à tous les niveaux. Des joueurs à la présidence, en passant par les entraîneurs.

M.H. : Mais Lacombe passe pour un entraîneur assez colérique ?

J.-P.R. : Une partie de son image a été fabriquée par les médias. Même si c’est vrai que c’est un sanguin. C’est aussi quelqu’un qui ne prend pas forcément des pincettes pour dire les choses. Ce qui lui vaut parfois des inimitiés. Ou même des clash, avec certains de ses joueurs. D’ailleurs, je pense qu’il y en a eu quelques-uns cette saison à l’entraînement. Mais Lacombe fonctionne comme ça. Et ses résultats parlent pour lui.

M.H. : Pourtant certains journalistes, comme Pierre Ménès, estiment que Lacombe réussit toujours sa première saison dans un club, mais pas forcément les suivantes ?
J.-P.R. : Je ne partage pas cet avis. Car Lacombe a entraîné Sochaux de 2002 à 2005. Et il a gagné la Coupe de la Ligue en 2004. Donc au bout de deux saisons ! Et la première année, pour la saison 2002-2003, il est arrivé en finale, mais son équipe a perdu contre Monaco (1-4). Au fond, le problème avec Lacombe, c’est que les observateurs se focalisent sur son passage au Paris-SG, de décembre 2005 à janvier 2007. Un passage qui a été assez houleux. Or, le Paris-SG, c’est un club très spécial où beaucoup d’entraîneurs ont du mal à s’imposer.

M.H. : Quels joueurs vous ont séduit ?

J.-P.R. : Le gardien Stéphane Ruffier, sans discussion possible. Car il a réalisé une superbe saison. Sinon, j’ai aussi aimé l’attaquant brésilien Nenê pour son début de saison. Même s’il a eu beaucoup de mal à confirmer après la trêve hivernale. On peut aussi citer le milieu de terrain argentin Diego Perez. Et l’émergence du talent de Lukman Haruna. Sans oublier les deux prêts qui ont été une réussite : Sébastien Puygrenier et Moussa Maazou.

M.H. : Mais il y a aussi eu des déceptions ?

J.-P.R. : Il y a bien sûr l’attaquant islandais, Eidur Gudjohnsen, qui a d’ailleurs été prêté en Angleterre, à Tottenham pendant le mercato d’hiver. Difficile d’expliquer cet échec. Il faut dire qu’au niveau sportif, Gudjohnsen a tout connu, aussi bien à Chelsea qu’à Barcelone. Du coup, peut-être qu’il a manqué de pression ? Surtout à Monaco, où la vie est assez calme. Et puis, je crois que beaucoup d’étrangers qui arrivent dans le championnat français sous estiment le niveau de la Ligue 1. Or, sur l’intensité physique et tactique, c’est sûrement l’un des championnats les plus difficiles en Europe.

M.H. : D’autres déceptions ?

J.-P.R. : Mathieu Coutadeur. Mais il faut rappeler qu’il a été blessé en début de saison. Et il a fallu attendre jusqu’en février. Du coup, il a raté environ 6 mois. Et comme il venait du Mans, ça n’a pas facilité son intégration pour une première saison. Mais c’est un bon joueur, aucun doute. Donc il peut apporter la saison prochaine ce qu’on attend de lui. Je demande à voir.
Sinon, j’attendais un peu plus du milieu argentin Alejandro Alonso qui n’a pas été à la hauteur ni de sa réputation, ni de son rôle de capitaine, malgré un bon début de saison. D’ailleurs, je ne l’ai pas senti peser vraiment sur le jeu de l’équipe. Enfin, les milieux Yohan Mollo et la recrue de l’été dernier, Eduardo Costa, ne m’ont pas convaincu.

M.H. : Au niveau du jeu, on s’est ennuyé ?

J.-P.R. : Ennuyé, non. Car il y a eu de bonnes choses. Mais c’était trop inconstant. Donc au niveau du jeu, il n’y avait pas toujours de quoi se lever de sa chaise. Car ça manquait de fluidité. Même en janvier, quand Monaco gagnait tous ses matches, c’était avec un mental solide et du réalisme. Mais jamais en faisant des matches de grande folie.

M.H. : La grosse déception, c’est la finale de Coupe de France ?

J.-P.R. : Bien sûr. Surtout après avoir battu Tours en prolongations. Et s’être aussi imposé contre de grosses équipes, comme Lyon et Bordeaux. Et puis, il y a eu des matches gagnés de justesse, notamment contre Sochaux et Lens.

M.H. : Le Paris-SG était-il vraiment plus fort en finale ?

J.-P.R. : Sur ce match-là, oui. Même si on n’a pas eu droit à un Paris-SG stratosphérique, loin de là ! Mais Monaco n’a pas été bon. Et certains joueurs sont un peu passés à travers. Notamment Nenê, Alonso, Costa ou Mangani par exemple. D’ailleurs, la défense monégasque n’a pas été exceptionnelle. Et le meilleur, ça a été le gardien, Ruffier. En fait, les jeunes ont payé leur inexpérience. Et les autres n’ont pas su les tirer vers le haut.

M.H. : Vous êtes confiant pour la saison prochaine ?

J.-P.R. : Je serai rassuré uniquement si le club fait les efforts nécessaires en matière de transferts. Une certitude : il ne faut pas repartir avec cette équipe-là, c’est clair. Idéalement, il faudrait recruter deux défenseurs, un milieu et deux attaquants. En gardant les deux joueurs prêtés, c’est-à-dire Maazou et Puygrenier.

M.H. : Le profil de ces recrues ?

J.-P.R. : L’attaquant doit avant tout être un véritable buteur capable de marquer 15 buts par saison. Car Maazou doit encore apprendre. Et Park n’est pas un buteur. Alors que Nenê est là pour animer le jeu, pas pour marquer. En fait, il faudrait un attaquant avec le profil d’un David Trezeguet, d’un André-Pierre Gignac ou d’un Djibril Cissé. Mais le club n’a pas les moyens de faire signer ces joueurs-là.

M.H. : D’autres besoins pour le recrutement ?

J.-P.R. : Il faut aussi un joueur latéral, plutôt du côté droit. Et il faut un milieu de terrain, même si c’est pas la priorité.
M.H. : Certains transferts sont bouclés ?
J.-P.R. : Monaco a déjà fait signer au Rennais Petter Hansson un contrat d’un an. C’est un défenseur suédois très pro et très sérieux. Et même s’il a 33 ans, ce n’est pas un mec qui va venir en pré-retraite sur la Côte d’Azur ! D’ailleurs le capitaine de l’Inter de Milan, Javier Zanetti, vient de gagner la Ligue des champions à bientôt 37 ans. Au fond, il n’y a qu’en France où on pense encore qu’après 30 ans, un joueur est presque fini.

M.H. : D’autres rumeurs ?

J.-P.R. : On parle du milieu de terrain lillois, Mathieu Debuchy. Ou de Loïc Perrin, de Saint-Etienne. En attaque, on a l’auxerrois, Daniel Niculae. Mais David Trezeguet, c’est compliqué. D’ailleurs, quand j’en parle au club, on me dit que c’est 3 millions par an…

M.H. : Mais avec la crise, difficile de recruter ?

J.-P.R. : Non. Car l’ASM va faire des économies. Notamment grâce au départ de Simic, Leko et Müller. Ce qui représente environ 3 millions d’économies au total.

M.H. : Pourtant, selon L’Equipe, un rapport confidentiel de la direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) évoque une perte de 100 millions pour les 40 clubs de Ligue 1 et de Ligue 2 ?

J.-P.R. : Peut-être. Mais je ne crois pas à des dépôts de bilan. Exemple : Nice a un déficit de 9 millions d’euros. Or, s’ils vendent leur attaquant Loïc Rémy, dont la valeur est estimée à 15 millions, c’est réglé. Quant à Monaco, les résultats sont équilibrés chaque année. Et puis, ils ont quand même pris Gudjohnsen avec un salaire de 250 000 euros par mois. Ce qui prouve que les caisses ne sont pas vides. Du coup, je ne suis pas inquiet pour la santé financière de l’ASM.

M.H. : Mais, la DNCG aimerait un retour à 18 clubs en Ligue 1, avec des effectifs et des salaires limités ?

J.-P.R. : 18 clubs, sportivement c’est une bonne idée. Car ça permet un resserrement de l’élite. Avec des calendriers plus cohérents.

M.H. : Pourquoi tous ces licenciements à l’ASM ?

J.-P.R. : Il semblerait que certains dirigeants aimeraient que le club soit piloté uniquement par des Monégasques. D’ailleurs, en mars, il y a eu le licenciement du directeur administratif et financier, Alain Cloux. En fait, Cloux était arrivé au club en juillet 2005, sous la présidence de Michel Pastor. Et il y a une quinzaine de jours, on a appris que le directeur de la communication et du marketing, Thierry Hubac, était viré à son tour. Cet ancien journaliste était arrivé en Principauté en 2006, avec le soutien de l’actuel directeur général, Marc Keller.

M.H. : Du coup, le directeur général, Marc Keller, pourrait quitter Monaco ?

J.-P.R. : Difficile à dire. Une certitude, Keller n’était pas d’accord avec cette politique qui risque de plonger à nouveau le club dans une période d’instabilité. Mais il n’a pas été écouté. Même si Keller a été choisi par le Prince Albert et que le Prince lui fait toujours confiance. Et puis, il pourrait y avoir des conséquences financières.

M.H. : Lesquelles ?

J.-P.R. : Le contrat de Sportfive, une agence de marketing chargée de vendre l’image de l’AS Monaco, se termine. Or, Keller a proposé de le reconduire. Tout en évoquant aussi d’autres pistes. Mais les dirigeants ne l’ont pas suivi. Car ils préfèrent miser sur des Monégasques proches du club, mais sans grande expérience, pour gérer la commercialisation de l’image de l’ASM. Ce qui est risqué. Car c’est un marché qui pèse plusieurs millions d’euros.

“Pas de tensions au club”

Interrogé par Monaco Hebdo, le vice-président de l’AS Monaco, Michel Aubery, a accepté de donner sa version : « Il n’y a pas de tensions au club et aucune guerre interne. D’ailleurs, Marc Keller est toujours directeur général. Et il n’y a aucune instabilité à l’AS Monaco. » Quant à installer des Monégasques à tous les étages du club, Michel Aubery estime qu’il s’agit de « fantasmes. D’ailleurs, on a beaucoup de Français qui travaillent au club avec nous depuis longtemps. Et on les considère comme des Monégasques ! Ce qui n’empêche pas de vouloir donner une identité rouge et blanche au club. » Sur le dossier Sportfive, là encore, Aubery est très clair : « Dans son édition du 28 mai, L’Equipe a écrit que le contrat avec Sportfive se chiffrait à plusieurs dizaines de millions d’euros. Ce qui est faux ! C’est beaucoup moins, bien sûr. En fait, le journaliste a fait une confusion avec les droits télé et la prime de classement en fin de saison qui eux rapportent plusieurs dizaines de millions. » En revanche, le vice-président de Monaco confirme que le contrat avec le directeur de Sportfive, Christophe Bouchet, n’a pas été renouvelé : « Comme Sportfive n’a pas apporté suffisamment à l’ASM sur les dernières années, on a décidé de ne pas reconduire le contrat. » En revanche, pour le moment, aucun nom ne circule sur le nom du successeur de Sportfive.

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