lundi 17 janvier 2022
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Avec le départ de Kovac,
l’ASM renoue avec l’instabilité

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Les dirigeants de l’AS Monaco ont décidé, à la surprise générale, de se séparer de Niko Kovac avant même la fin de la saison. Un choix fort, qui plonge à nouveau le club de la principauté dans une période de doute et d’incertitude.

Il ne fait décidément pas bon d’être entraîneur en principauté. Après le départ précipité de Zvezdan Mitrovic le 13 décembre 2021, remplacé depuis par Sasa Obradovic sur le banc de l’AS Monaco Basket, c’est au tour de Niko Kovac de prendre la porte de l’ASM foot, officiellement remercié par ses dirigeants samedi 1er janvier 2022. Le parcours des deux techniciens est d’ailleurs assez similaire. Arrivés tous les deux sur le Rocher au cours de l’intersaison 2020, le Monténégrin et le Croate ont d’abord connu une saison faste permettant à leurs équipes respectives de retrouver les sommets. Avant de faire les frais cette saison de résultats en dents de scie et de méthodes jugées trop rudes par certains.

« Nous n’étions pas au niveau que l’on pensait atteindre [sixième à quatre points du podium — NDLR]. Nous avons estimé que les objectifs fixés auraient du mal à être atteints et qu’il fallait changer pour se donner les meilleures chances d’y parvenir »

Paul Mitchell. Directeur sportif de l’AS Monaco

Un bilan flatteur

C’est par le biais d’un communiqué pour le moins laconique que le club de la principauté a officialisé, le jour de l’an, le départ de celui qui a dirigé les Rouge-et-Blanc à 74 reprises au cours de son mandat. « L’AS Monaco annonce avoir pris la décision de se séparer de Niko Kovac. L’entraîneur croate en a été informé jeudi [30 décembre 2021 — NDLR] lors d’un entretien préalable », peut-on ainsi lire dans le communiqué d’à peine six petites lignes. Fait suffisamment rare pour être souligné, aucun remerciement n’est adressé à celui qui a pourtant permis à l’ASM de retrouver le sommet de la Ligue 1. Ce qui en dit long sur la rupture, brutale et totale, entre les deux parties. Alors, comment en est-on arrivé là ? Qu’est-ce qui a poussé les dirigeants monégasques à évincer Kovac avant même la fin de la saison ? Si on se penche sur le bilan sportif du Croate à la tête de l’équipe de la principauté, on constate qu’il est loin, très loin même, d’être catastrophique. Sous les ordres de Niko Kovac, l’AS Monaco comptabilise en effet 43 victoires, 15 nuls et 16 défaites. Soit 58 % de succès, ce qui le place devant Leonardo Jardim qui cumulait 54,7 % de victoires lors de son premier passage sur le banc monégasque ponctué par un titre de champion de France. Surtout le technicien croate aura permis au club de la principauté de regoûter à la Ligue des Champions (C1), plus précisément à ses barrages, en concluant un premier exercice 2020-2021 à la troisième place de la Ligue 1 (L1). Il aura également offert à l’ASM sa première finale de coupe de France depuis 2010, perdue 2-0 contre le Paris Saint-Germain (PSG). Cette saison, le jeu proposé par l’ASM est peut-être moins séduisant, mais il continue d’être efficace, puisqu’à la mi-saison, les Monégasques pointent en sixième position au classement à quatre points seulement du podium. Un écart loin d’être rédhibitoire pour arracher le podium en fin de saison, objectif annoncé du club. Sur la scène européenne, l’élimination contre le Shakhtar Donetsk (0-1, 2-2) en barrages de C1 a évidemment fait mal. Mais les partenaires de Wissam Ben Yedder ont depuis redressé la barre, en terminant premiers de leur groupe de Ligue Europa, synonyme de qualification directe pour les huitièmes de finale. La troupe de Niko Kovac est également parvenue à déjouer les pièges en coupe de France en sortant le Red Star (2-0) en 32èmes, puis Quevilly-Rouen (1-3) en 16èmes. Seule ombre au tableau, à l’image de la double confrontation contre Donetsk, l’ASM sous l’ère Kovac est capable du meilleur mais aussi de souffrir face aux grosses écuries du championnat. En attestent les défaites contre le PSG (2-0), Lyon (2-0) et Marseille (0-2) ou encore les nuls contre Nice (2-2) et Lille (2-2) lors de la phase aller. Au soir de la victoire contre Rennes (2-1) juste avant la trêve hivernale, le 22 décembre 2021, Niko Kovac se montrait toutefois satisfait de la première partie de saison de son équipe qu’il estimait capable de « se battre jusqu’au bout pour les premières places du championnat. L’an dernier [en 2020-2021 — NDLR], on comptait quatre points de moins et on était à neuf points du podium. Là, on est à quatre points. Ce sera une lutte acharnée jusqu’à la fin ». L’entraîneur croate était alors loin d’imaginer ce qui l’attendait…

© Photo AS Monaco FC.

« À la fin de l’année, nous avons fait une analyse complète de tout ce qui a été fait. Ce qui nous a conduit à cette décision. Ce n’est jamais facile, jamais agréable. Je voudrais remercier Niko et son staff pour tout ce qui a été fait. Je lui souhaite le meilleur pour la suite »

Oleg Petrov. Vice-président de l’AS Monaco

Les raisons d’une éviction inattendue

Loin de contredire son désormais ex-entraîneur ce soir-là, le vice-président de l’ASM Oleg Petrov n’avait en effet rien laissé transparaître au moment de dresser le bilan de 2021. Évoquant « une année dans son ensemble positive » avec un podium décroché en mai et des résultats européens « plutôt positifs », le dirigeant monégasque avouait cependant « espérer mieux que cette sixième place au classement » mais restait optimiste pour la suite de la saison. « Notre première partie de saison n’est peut-être pas parfaite, mais il y a le temps de réagir, il reste encore beaucoup de journées. Nous allons analyser cette première partie et revenir plus forts en janvier ». La reprise se fera finalement sans Niko Kovac, limogé une semaine plus tard à la surprise générale. Présent au centre de performance de La Turbie pour la présentation du nouveau coach Philippe Clement (lire par ailleurs), mercredi 5 janvier 2022, Oleg Petrov a tenu à saluer le travail effectué par le Croate : « À la fin de l’année, nous avons fait une analyse complète de tout ce qui a été fait. Ce qui nous a conduits à cette décision. Ce n’est jamais facile, jamais agréable. Je voudrais remercier Niko et son staff pour tout ce qui a été fait. Ils ont mis en place les premières bases de notre projet sportif. Je lui souhaite le meilleur pour la suite ». Le directeur sportif du club de la principauté, Paul Mitchell, a lui aussi témoigné de son « plus grand respect pour le travail effectué par Niko durant ces seize derniers mois », avant de revenir plus précisément sur les raisons qui ont poussé la direction à évincer celui qui a redoré le blason du club la saison dernière. « Nous avons fait une longue analyse après le match contre Rennes, nous avons étudié l’ensemble de la première partie de saison, depuis l’été. Et nous en avons conclu que nous n’étions pas au niveau que l’on pensait atteindre [sixième à quatre points du podium — NDLR]. Nous avons estimé que les objectifs fixés auraient du mal à être atteints et qu’il fallait changer pour se donner les meilleures chances d’y parvenir », a-t-il déclaré en préambule. Avant de pointer plus clairement le bilan comptable du technicien croate : « Nous avons construit ensemble des fondations solides de notre projet. Mais les performances depuis cet été jusqu’à Noël nous ont montré que nous n’exprimions pas tout notre potentiel. En première partie d’année, nous avions montré des signaux encourageants, nous considérions que nous avions à cet égard une longueur d’avance pour démarrer cette saison par rapport à nos rivaux. Nous avons aussi eu le soutien indéfectible de notre actionnaire qui nous a permis de conserver tous nos meilleurs joueurs et de nous renforcer pour jouer sur tous les tableaux. Mais nous n’avons pas figuré une seule fois dans le top 5 depuis le début de la saison. Et nous avons senti qu’il était nécessaire d’augmenter cette capacité à exploiter tout le potentiel de l’ASM. En Angleterre, on dit souvent qu’il faut être le rival du favori, et aujourd’hui, nous sommes à 17 points du favori en L1 [le Paris Saint-Germain – NDLR]. Au vu de notre ambition, cet écart est beaucoup trop important ». Le directeur sportif de l’ASM a d’ailleurs rappelé à cette occasion les hautes ambitions du club sur les scènes nationale et européenne : « Notre ambition est intacte. Nous avons le sentiment que le potentiel de ce club et de cet effectif doit nous permettre d’être encore plus haut par rapport à où nous sommes aujourd’hui. Nous voulons chaque année être au sommet de la Ligue 1 (L1) et jouer l’Europe. Enfin, nous voulons continuer à faire progresser nos joueurs pour qu’ils deviennent les meilleurs au monde ».

« Nous n’avons pas figuré une seule fois dans le top 5 depuis le début de la saison. En Angleterre, on dit souvent qu’il faut être le rival du favori, et aujourd’hui, nous sommes à 17 points du favori en L1 [le Paris Saint-Germain — NDLR]. Au vu de notre ambition, cet écart est beaucoup trop important »

Paul Mitchell. Directeur sportif de l’AS Monaco

La valse des entraîneurs

Toujours est-il que ce nouveau changement d’entraîneur illustre l’instabilité chronique dont souffre le club de la principauté depuis son passage sous pavillon russe. Depuis 2011, les techniciens se sont succédé sur le banc monégasque. Et cette valse des entraîneurs s’est même accélérée ces dernières années puisque Niko Kovac est le quatrième à prendre la porte en trois saisons après Thierry Henry (d’octobre 2018 à janvier 2019), Leonardo Jardim (de janvier 2019 à décembre 2019) et Robert Moreno (de décembre 2019 à juillet 2020). Une consommation frénétique d’entraîneurs qui n’a pas toujours été couronnée de succès. L’arrivée de Niko Kovac dans le sillage du directeur sportif, Paul Mitchell, au cours de l’été 2020 était censée apporter enfin un peu de stabilité à l’ASM. Mais l’embellie n’aura finalement duré qu’une saison et demie, et le club de la principauté repart à nouveau d’une page blanche, ou presque, avec Philippe Clement aux commandes. L’ancien international belge, 47 ans, débarque sur le Rocher en provenance du Club Bruges où il a remporté les deux derniers titres de champion. Réputé pour son style de jeu offensif et sa capacité à tirer le meilleur de groupes jeunes et talentueux, Philippe Clement aura pour mission d’insuffler un nouvel élan à l’équipe monégasque pour atteindre les objectifs élevés de la direction. Un défi de taille qu’il s’est dit prêt à relever en conférence de presse, mercredi 5 janvier : « Entraîner reste une passion. Je pense toujours à gagner le prochain match, à créer une atmosphère, avec des joueurs ambitieux qui ne doivent pas avoir peur de perdre. Je veux toujours tout gagner même si ce n’est malheureusement pas possible. Tu dois tout faire chaque jour pour être aussi fort que possible. À Bruges, la pression était aussi là car, dans toute son histoire, le club avait seulement été deux fois champion deux années d’affilée. J’aime vraiment la pression comme ça car elle n’est pas négative, elle pousse les gens à gagner. C’est un environnement intéressant, que j’aime ». Philippe Clement, qui a paraphé un contrat de deux ans et demi, a désormais cinq mois pour convaincre les dirigeants monégasques qu’il est l’homme de la situation. Sans coupe d’Europe à l’issue de la saison, nul ne sait le sort qui pourrait lui être réservé. Car l’expérience montre que tout peut aller très vite à l’AS Monaco, et seuls les résultats comptent. Le technicien belge est prévenu.

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