jeudi 16 septembre 2021
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Mathias Lessort, carnet d’un bourlingueur

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Passé par Chalon-sur-Saône et Nanterre, avant de connaître des fortunes diverses dans de grands championnats européens, Mathias Lessort a déjà pas mal bourlingué dans sa carrière,

évoluant dans six clubs différents à seulement 25 ans. Récent vainqueur de l’EuroCoupe et qualifié pour la prochaine saison d’EuroLigue, le pivot international français posera-t-il enfin durablement ses valises en principauté ? Monaco Hebdo retrace son parcours.

Un père ancien gardien de but de football, un grand frère joueur de basket professionnel, un autre préparateur physique et entraîneur… Mathias Lessort est l’héritier d’une famille de sportifs de haut niveau bien implantée dans le basket. « Quand mon père a arrêté sa carrière de footballeur, il a joué un peu au basket. C’est comme ça que mes frères ont commencé. Et moi, j’ai juste suivi mes grands frères, raconte le pivot monégasque. Toute la famille est dans le basket, même si le foot a aussi sa place. Tous mes cousins, mes cousines, mes frères… Nous avons tous commencé par le basket, plutôt que le foot ».

© Direction de la Communication Manuel Vitali

« Quand mon père a arrêté sa carrière de footballeur, il a joué un peu au basket. C’est comme ça que mes frères ont commencé et moi, j’ai juste suivi mes grands frères »

De la Martinique à Chalon-sur-Saône

Après avoir fait ses gammes dans des clubs martiniquais, Mathias Lessort tape dans l’œil des recruteurs de Chalon-sur-Saône lors d’un tournoi dans l’Hexagone. Il se voit alors proposer d’intégrer le centre de formation du club bourguignon. Âgé de 15 ans, à l’époque, Mathias n’hésite pas longtemps et décide de quitter sa famille et son île pour rejoindre la Métropole, étape selon lui indispensable pour réaliser son rêve : devenir un joueur de basket professionnel. À son arrivée sur les bords de Saône, le choc est pourtant rude pour le jeune Martiniquais : « C’était le jour et la nuit (rires). Quand je suis arrivé, au début, j’étais vraiment excité. Mais après, j’ai eu le blues, parce que j’avais le mal de la maison. J’avais envie de rentrer chez moi. Le soleil, la plage, la famille, la culture… me manquaient », se souvient Mathias Lessort. Mais pas question pour autant d’abandonner : « Je n’ai jamais pensé à renoncer même si c’était dur, parce que je savais pourquoi j’étais là, et ce que ça pouvait m’apporter. Et je savais le sacrifice que ma famille avait fait pour que je puisse arriver ici donc je ne voulais pas laisser tomber et décevoir tous ces gens qui comptaient sur moi et qui croyaient en moi ». Lors de ses premières années à Chalon, Mathias renonce même à rejoindre sa famille en Martinique pour les fêtes de fin d’année. Une manière pour le jeune homme de se préserver et de s’éviter des retours en Métropole trop difficiles : « Je préférais rester à Chalon, être concentré sur le basket, plutôt que de rentrer en Martinique avoir le soleil, la chaleur, et ensuite revenir en Métropole pendant l’hiver, où il faisait froid. Faire la fête chez moi et ensuite revenir, ça aurait été encore plus dur mentalement, avoue-t-il. Je préférais donc ne pas rentrer en Martinique pendant les vacances. C’était aussi une preuve que j’étais prêt à faire des sacrifices, pour arriver là où je souhaitais ».

« La draft NBA, c’était une expérience spéciale. En une soirée, j’ai vécu toutes les émotions possibles. J’étais content, en colère, excité, fâché, triste, heureux… C’était un ascenseur émotionnel incroyable »

La saison de l’explosion à Nanterre

Cette épreuve va endurcir le jeune homme qui peut aussi compter en Bourgogne sur des soutiens de poids, aujourd’hui devenus de véritables amis. « Heureusement, beaucoup de bonnes personnes m’ont aidé à faire la transition, m’ont facilité les choses et m’ont soutenu quand ça allait un peu moins bien. Au final, ça s’est très bien passé. Je suis resté à Chalon pendant cinq ans et j’ai passé de super moments là-bas. J’y ai rencontré des personnes avec qui j’ai des liens très forts aujourd’hui ». Après avoir découvert la Pro A (aujourd’hui Jeep Elite) et l’exigence du haut niveau avec Chalon, Mathias Lessort quitte son club formateur pour rejoindre Nanterre lors de la saison 2016-2017. Un choix payant puisque le pivot martiniquais va exploser au sein du club francilien. Avec une moyenne de 10,5 points et 7,2 rebonds par match, Mathias présente les meilleures statistiques de sa carrière et remporte ses premiers titres : la coupe de France et la FIBA Europe Cup. Ses performances ne passent pas inaperçues outre-Atlantique et en juin 2017, Mathias Lessort est sélectionné à la 50ème position de la draft NBA par les 76ers de Philadelphie. « La draft, c’était une expérience spéciale, se rappelle le joueur. En une soirée, j’ai vécu toutes les émotions possibles. J’étais content, en colère, excité, fâché, triste, heureux… C’était un ascenseur émotionnel incroyable. Je n’aurais jamais cru que c’était possible. Mais c’était une bonne expérience, que j’ai eu la chance de vivre avec ma famille ».

« Je suis revenu en France avec un rôle et un statut totalement différent de celui que j’avais. C’était aussi une manière pour moi de me jauger, de m’évaluer par rapport à ce que j’avais fait avant. Donc pour moi, ce n’est pas du tout un retour en arrière »

Tour d’Europe

À l’issue de cette « fabuleuse saison » qui lui vaudra d’être appelé pour la première fois en équipe de France, Mathias prend la direction de la Serbie et plus précisément de l’Étoile Rouge de Belgrade. Avec le club serbe, réputé pour sa ferveur, le jeune pivot découvre la prestigieuse EuroLigue et passe ainsi un nouveau cap dans sa carrière. Avec des moyennes de 8,5 points et 5,7 rebonds en Coupe d’Europe et à peu près la même dynamique (8,8 points, 4,4 rebonds) en ABA League, l’international français se révèle aux yeux de l’Europe et attise les convoitises des plus grands clubs comme Barcelone ou l’Olympiakos. Mais c’est finalement la formation espagnole d’Unicaja Malaga qui parvient à arracher la signature de celui qui est alors considéré comme l’un des meilleurs jeunes du continent. Auteur d’une très bonne saison sous les couleurs du club espagnol avec lequel il atteint les quarts de finale de l’EuroCoupe, Mathias Lessort décide une nouvelle fois de plier bagages à l’intersaison, un an seulement après son arrivée en Andalousie, pour rejoindre le Bayern Munich. Mais l’expérience avec le champion d’Allemagne tourne rapidement au vinaigre. « La saison [2019-2020 — NDLR] a été compliquée pour tout le monde au Bayern Munich. Pour le club, pour la plupart des joueurs, pour les coaches… C’était une saison que nous avons tous essayé d’oublier, explique l’international français. Je n’avais pas un très bon rôle dans l’équipe, je ne jouais pas beaucoup. En plus, on ne gagnait pas beaucoup de matches. En championnat d’Allemagne, on n’a pas eu les résultats qu’on voulait. En EuroLigue, on était parmi les derniers. C’était vraiment une saison compliquée », concède le joueur qui préfère retenir le positif. « Dans ces moments-là, on apprend à prendre sur soi, on progresse mentalement… Ça m’a servi dans ce sens-là. En plus, le coronavirus nous a encore plus forcés à être forts mentalement. Donc c’est une saison qui m’a apporté en expérience et en mentalité ».

Retour en France

Non retenu par le Bayern au terme de la saison, Mathias Lessort choisit après mûre réflexion de revenir en France [lire son interview, par ailleurs dans ce numéro — NDLR]. Et c’est à Monaco que le pivot pose ses valises en septembre 2020 pour former avec Will Yeguete et Damien Inglis une raquette à forte tendance « made in France ». « Monaco était pour moi la meilleure option pour la suite de ma carrière. C’était une équipe ambitieuse avec de beaux projets aussi bien en EuroCoupe qu’en France », justifie Mathias Lessort qui ne considère pas ce retour en Jeep Elite comme un pas en arrière dans sa carrière. « Je suis à Monaco dans une équipe qui progresse, une équipe qui est de plus en plus ambitieuse. Mon rôle a changé, je suis revenu en France avec un rôle et un statut totalement différent de celui que j’avais. C’était aussi une manière pour moi de me jauger, de m’évaluer par rapport à ce que j’avais fait avant. Donc pour moi, ce n’est pas du tout un retour en arrière, insiste-t-il. Monaco est une équipe compétitive aussi bien pour jouer le titre que la coupe d’Europe. C’était un beau challenge ». Le parcours de la Roca Team lui donne raison. Vainqueur de l’EuroCoupe, leader incontesté en Jeep Élite, et qualifiée pour la prochaine saison de l’EuroLigue, l’ASM Basket surfe sur la vague du succès cette saison.

© Direction de la Communication Manuel Vitali

« Tout dépend des opportunités que j’aurai et de ce que le club veut faire et va me proposer. Mais je me plais à Monaco. La ville est bien, avec le coach et les dirigeants ça se passe bien donc pourquoi ne pas rester ? »

Une saison de plus à Monaco ?

Sera-ce suffisant pour convaincre Lessort de rester une saison de plus sur le Rocher ? « Question piège (rires). Pour le moment, c’est beaucoup trop tôt pour le savoir. Avant de savoir si je veux rester, il faudrait déjà demander aux dirigeants s’ils veulent me garder », rétorque le Martiniquais laissant ainsi la porte ouverte à une prolongation de contrat. « Tout dépend des opportunités que j’aurai et de ce que le club veut faire et va me proposer. Mais je me plais ici. La ville est bien, avec le coach et les dirigeants ça se passe bien, donc pourquoi ne pas rester ? » Après avoir connu quatre clubs depuis son départ de Nanterre en 2017, le pivot de 25 ans va-t-il enfin poser ses valises et faire le choix de la stabilité ? « On me le dit souvent, mais c’est juste que chaque année, j’avais des opportunités qui se présentaient et qui faisaient que le mieux pour moi, c’était d’aller ailleurs, se défend Mathias Lessort. Il n’y a aucun club où j’ai joué où je voulais absolument partir, où j’étais mal… À chaque fois, je suis parti parce qu’il y avait de meilleures opportunités ailleurs, et que c’était le meilleur choix pour ma carrière. En plus, pour le moment, je n’ai pas d’enfant, pas de famille donc je n’ai pas de contrainte de rester. » Et l’international français de conclure : « Peut-être que je vais trouver un club où je vais rester longtemps, où je vais me plaire, et je n’aurai pas de meilleures opportunités ». En attendant de savoir si ce club sera Monaco, Mathias Lessort a encore un titre de champion de France à aller chercher avec la Roca Team. L’occasion pour lui de garnir un peu plus sa vitrine de trophées après le sacre en EuroCoupe. « Je suis encore jeune dans ma carrière. J’espère qu’il me reste encore de belles années devant moi (rires), mais pour le moment, je suis plutôt content de mon parcours. Même si je peux encore faire mieux. Je n’ai pas encore atteint mes limites », assure le Monégasque. « Quand je regarde d’où je suis sorti, d’un petit village en Martinique pour arriver à jouer pour les grands clubs d’Europe, faire la coupe du monde avec l’équipe de France… c’est plutôt bien. Mais je ne veux pas me satisfaire de ça. Je pense que je peux encore faire beaucoup mieux ».

Son frère Grégory et Ronny Turiaf comme modèles

«Même s’il joue à un niveau inférieur, c’est un modèle par son professionnalisme, sa façon de gérer son parcours, de toujours se battre, de toujours enfoncer les portes même si elles n’étaient pas ouvertes. Il m’a beaucoup inspiré. » Mathias Lessort est dithyrambique quand il évoque son grand frère, Grégory, ancien joueur pro passé notamment par Antibes, Évreux et Vichy-Clermont au cours de sa carrière. Le pivot de la Roca Team a d’ailleurs fait de son aîné l’une de ses principales sources d’inspiration depuis l’enfance au même titre qu’un autre Martiniquais bien connu des parquets français, Ronny Turiaf. « Ronny, c’est comme un grand frère pour moi, reconnaît le Monégasque. On échange de temps en temps. Par exemple, avant la draft NBA [en 2017 — NDLR], il m’avait envoyé un message pour me donner deux-trois conseils. Pour les Martiniquais, c’est Ronny qui a eu la meilleure carrière. Il a été champion NBA, il a joué avec les plus grands joueurs, donc c’est vraiment un modèle et une inspiration pour nous tous ». Outre ces deux modèles, Mathias Lessort se plaît à regarder du basket à la télévision. Une manière selon lui d’apprendre des plus grands joueurs. « Je m’inspire de beaucoup de joueurs différents. Je ne peux pas citer un seul joueur, mais j’essaie d’apprendre des meilleurs. Je regarde beaucoup de matches d’EuroLigue et de NBA. Et j’essaie de voir les pivots dominants, comment ils jouent, comment ils posent des écrans, leur jeu de jambes dos au panier… », confie le Martiniquais.

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