dimanche 23 janvier 2022
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Accord ASM-LFP :
« Un petit miracle »

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Willy de Bruyn, administrateur de l’AS Monaco et conseiller de Dmitry Rybolovlev, revient sur les dessous de l’accord entre la Ligue de football professionnel et l’ASM.

« Quand on voit d’où on est parti, et où on est arrivé, c’est un petit miracle… », analyse Willy de Bruyn. Un « petit miracle » auquel l’administrateur de l’AS Monaco n’est pas étranger puisque durant des mois, il a participé, en toute discrétion, a ux négociations ayant abouti à un accord avec la LFP. Car avant de fumer le calumet de la paix, les deux ennemis d’hier sont passés par tous les états. Du clash lors de la décision de la Ligue, il y a un an, de contraindre tous les clubs à avoir leur siège social dans l’Hexagone, aux tentatives de rapprochements avortées. En passant, bien évidemment par la phase de la contestation judiciaire (en deux temps), avec la saisine du Conseil d’Etat en référé et le recours pour excès de pouvoir déposé par l’ASM.

« Une bombe »
Willy de Bruyn se souvient de tous ces soubresauts, à partir de ce fameux 21 mars 2013 et du “diktat” de la LFP impliquant une potentielle porte de sortie du championnat de France pour Monaco. « Quand on a appris la nouvelle fin mars, ça a fait l’effet d’une bombe. On savait qu’il y avait un certain mécontentement des présidents de club, mais une menace d’exclusion n’avais jamais été aussi clairement énoncée. Ça posait problème pour le club, mais aussi pour la principauté de Monaco. On n’en a peut- être pas assez parlé, mais le prince a dit à plusieurs reprises que le club de football était le ciment social de la population monégasque. Je vous laisse imaginer ce que ça aurait été si le club de football avait été obligé d’être transporté en France. »
Willy De Bruyn n’arrive toujours pas à comprendre la décision de la ligue d’obliger une société anonyme monégasque de déplacer son siège social en France. « Le seul effet aurait été d’obliger Monaco de payer des impôts en France. Cela aurait posé un problème politique et ça ouvrait la boîte de Pandore pour de multiples situations. » Commencent alors les premières discussions avec la Ligue et l’UCPF. L’objectif est de convaincre que « personne n’a intérêt à jouer au collecteur d’impôt pour le fisc français. » N’empêche. Pour le football français, déficitaire de 100 millions d’euros, l’objectif est de récolter de l’argent. Et vite. Le président Le Graët demandera carrément 200 millions d’euros. « Cette démarche malheureuse a connu un échec retentissant », commente Willy de Bruyn. Qui ajoute : « A partir de là, M. Vasilyev et moi-même avons commencé une campagne d’explications. Nous sommes allés voir un certain nombre de présidents de clubs. Puis nous avons été invités à venir faire une présentation devant l’UCPF », le 12 septembre 2013. Les négociateurs monégasques arrondissent les angles : « Nous avons plaidé la raison. Nous n’avons pas nié que Monaco avait des avantages fiscaux, mais nous avons clairement posé la question d’un championnat avec ou sans Monaco. » Ce qui revenait concrètement, à faire valoir ce qu’apporte Monaco au football français. A savoir « une grande équipe qui remplit les stades à l’extérieur » et fait donc grimper les recettes en billetteries des clubs, grâce aux « vedettes que tout le monde veut voir ». Mais aussi les royalties des droits TV : « Si la BBC diffuse un match de l’ASM, l’équipe contre qui joue Monaco en bénéficie également. » Le discours commence à prendre tout doucement. La preuve ? « Dans la discrétion la plus totale », les négociations démarrent avec Jean-Michel Roussier, président de l’OM entre 1995 et 1999, désigné par le président Thiriez. Les bases d’un accord financier sont esquissées, sous la forme d’une « contribution volontaire et définitive à la Ligue de 50 millions d’euros ». Un chiffre qui n’a rien à voir avec le hasard. « La LFP a négocié les droits sur une période de 4 ans, et a demandé à beIN Sports et Canal+ de payer 60 % du montant total les deux premières années, et 40 % les deux années suivantes. Ce qui fait que la Ligue se trouve avec des retombées moins importantes que les deux années précédentes. L’idée d’un “aidez-nous à combler ces pertes” est née. Même si la contribution de 50 millions d’euros ne suffit pas à les combler totalement ».

« La démocratie a été respectée »
C’est le 23 janvier qu’un accord oral est conclu avec Frédéric Thiriez. Il suffit alors de le formaliser, avec l’accord des présidents de clubs, qui ignorent ce qui se trame. « On a obtenu cet accord, soumis d’abord à un bureau exécutif, puis à un conseil d’administration (16 pour, 4 contre, 2 abstentions). Il permet de modifier le règlement de la Ligue en ouvrant le championnat de France à une équipe monégasque », résume Willy De Bruyn, qui estime que « la démocratie a été respectée au sein de la LFP ». L’administrateur de l’ASM est parfaitement conscient de la grogne déclarée au sein du football français. Certains présidents de clubs pestent contre un accord obtenu, à leur sens, sans contrepartie. Pour faire simple, la contribution est un « non sens économique » selon le président de Marseille Vincent Labrune et l’accord, « un passage en force » pour Triaud, le dirigeant des Girondins de Bordeaux. Des clubs à qui Monaco pourrait peut être chiper une place en coupes d’Europe ? « C’est pour ça que ça grogne. Mais j’espère que la raison va l’emporter, et qu’ils comprendront l’intérêt qui est le leur. Grâce aux bonnes performances de l’AS Monaco, le nombre de places en coupes européennes ne peut que s’accroître », souffle De Bruyn. Avant d’ajouter : « L’accord règle définitivement le problème. Il a pu être obtenu par l’appui le plus total du prince Albert II et de son gouvernement. » Cela n’empêche pas quelques frondeurs d’envisager carrément un recours devant le conseil d’Etat pour faire annuler la décision du CA de la ligue d’entériner son accord avec la LFP. Ce qui ne serait pas sans conséquence. « S’il y a une menace d’annulation de notre décision, les commissaires aux comptes vont nous forcer à mettre les 50 millions d’euros en provision et on ne pourra pas disposer de cet argent », a alerté Frédéric Thiriez, dans les colonnes de L’Equipe.

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