lundi 20 septembre 2021
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Tempête Alex
Le village de Tende toujours coupé du monde

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Deux mois après le passage de la tempête Alex, Tende est comme coupé du monde.

Si l’eau potable et l’électricité ont été rétablies, ce village de 2 000 habitants, enclavé dans la vallée de la Roya, ne dispose toujours pas d’accès routier digne de ce nom. Une situation particulièrement difficile à gérer pour le maire de la commune, Jean-Pierre Vassallo.

Routes effondrées, maisons éventrées, ponts arrachés… Le 2 octobre 2020, les pluies diluviennes qui se sont abattues sur les vallées maralpines ont été à l’origine de terribles dégâts. Mais au-delà des dommages matériels, la tempête Alex a aussi coûté la vie à neuf personnes emportées par les crues exceptionnelles alors que neuf autres étaient toujours portées disparues le 12 novembre 2020. Un bilan très lourd qui reste donc provisoire pour le moment.

« Case départ »

Deux mois après la catastrophe, qui a laissé derrière elle des villages complètement dévastés, la situation est très variable selon que l’on se trouve en bas ou en haut de la vallée. Dans la Roya, si certaines communes comme Breil-sur-Roya se projettent déjà sur la reconstruction (lire par ailleurs), d’autres situées plus haut dans la vallée n’ont toujours pas passé la phase d’urgence. C’est le cas notamment à Tende, petite bourgade de 2 000 habitants enclavée dans la vallée. Le maire de Tende, Jean-Pierre Vassallo, n’y va pas par quatre chemins pour décrire la situation actuelle. « Nous sommes à la case départ. À part l’eau potable qui est maintenant distribuée dans tout le village sauf dans un quartier, le reste, je n’ai toujours pas de route. On est à la case départ, on est encore dans la plaie ouverte », insiste-t-il, résigné. Privé d’accès routier digne de ce nom, Tende se trouve donc toujours coupé du monde deux mois après les intempéries. Une situation compliquée que le maire et les habitants parviennent à gérer tant bien que mal. « On n’est desservi que par un train, qui s’arrête dans des conditions ubuesques. On est approvisionné en nourriture par la draisine [train-wagon – NDLR] qui monte de Breil-sur-Roya trois fois par semaine, raconte Jean-Pierre Vassallo. On fait des miracles pour respecter la chaîne du froid pour que le boucher soit alimenté. Le soir à 21 heures, on reçoit la viande dans des emplacements réfrigérés sur la draisine. On débarque la marchandise dans des conditions ubuesques dans un talus parce que le train n’arrive pas en gare. S’il neige ou s’il pleut, il sera inaccessible à pied. C’est une situation plus que difficile », reconnaît le maire de Tende.

Retour de l’eau potable

L’ouverture d’une « route » provisoire, lundi 23 novembre 2020, laisse toutefois entrevoir la lumière au bout du tunnel aux 2 200 habitants de Tende désormais reliés au reste de la vallée. Ouverte deux fois par jour, entre 7 et 8 heures et entre 17 et 18 heures, elle leur permet désormais de s’approvisionner avec leur propre véhicule. Pour autant, le retour à la normale n’est pas à l’ordre du jour comme l’explique Jean-Pierre Vassallo : « C’est une piste provisoire. Il faut la conforter et la sécuriser. Ce n’est pas une route ouverte à la circulation comme avant ». La circulation sur cet accès partiel reste d’ailleurs strictement interdite en dehors de créneaux prévus afin de permettre la poursuite des travaux de reconstruction. Mais qu’importe, en ces temps si difficiles, chaque pas en avant redonne un peu de baume au cœur à des Tendasques au moral déjà bien entamé. « Il ne faut pas faire un gros effort pour comprendre comment ils vont. Ils sont bloqués depuis un mois et demi », s’emporte un maire lui aussi à fleur de peau. Au rayon des bonnes nouvelles figure aussi le retour de l’eau potable dans la commune. « Le gros apport, c’est l’arrivée de l’eau potable. Mais vous vous rendez compte depuis le 2 octobre, on n’a eu l’eau potable que le 16 novembre. À notre époque, une telle situation semble impossible », déclare Jean-Pierre Vassallo précisant qu’un quartier restait encore provisoirement privé d’eau potable. Le soulagement est en tout cas énorme pour les habitants, qui étaient jusqu’alors contraints de transporter des bidons et de consommer de l’eau en bouteilles acheminées en train-wagon. Selon la Communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf), qui gère les réseaux d’eau et d’assainissement du secteur, huit kilomètres de canalisation ont été détruits dans la vallée durant la tempête.

« Travailler pierre par pierre »

Les Tendasques auront donc dû attendre six semaines pour avoir à nouveau accès à l’eau potable et sept semaines pour qu’une piste leur permette de quitter péniblement leur village. Malgré ces délais relativement longs, Jean-Pierre Vassallo ne veut pas accabler les collectivités : « La communauté d’agglomération de la Riviera française (Carf) et le département font le maximum. Nous, on ne s’en aperçoit pas parce que tous les travaux viennent par le bas. Nous, nous nous trouvons en bout de chaîne dans le creux de la vallée ». Cette situation somme toute précaire deux mois après le passage de la tempête Alex laisse à penser que le chantier de la reconstruction sera long et difficile à Tende. D’ailleurs, le maire du village refuse de tirer des plans sur la comète : « On va travailler et poser pierre par pierre. Je ne préfère pas fixer de date. Mais on a une volonté absolue et on veut positiver ». Et alors que les fêtes de fin d’année approchent à grands pas, Jean-Pierre Vassallo sait d’ores et déjà qu’elles n’auront pas la même saveur cette année. Car pour lui, l’essentiel est ailleurs : « On ne se projette même pas sur les fêtes, on se projette pour essayer de vivre normalement. Pour nous, les fêtes de fin d’année ce n’est pas un objectif. Notre objectif, c’est d’avoir une route, un train et puis c’est tout ». Une chose semble acquise aujourd’hui, le coût de la reconstruction sera important. « Ça va coûter des sommes extraordinaires. Nous, on est encore dans la plaie ouverte. Actuellement, on a des experts qui viennent, qui évaluent la perte des biens communaux en bâtiments, en routes communales… Mais nous n’en sommes qu’aux premières expertises, aux premières évaluations », explique Jean-Pierre Vassallo. Selon nos confrères de Nice Matin, la réparation de la voirie et des bâtiments à Tende est estimée à plus de 25 millions d’euros.

Solidarité

Le maire de Tende sait en tout cas qu’il pourra toujours compter sur l’élan de solidarité qui s’est spontanément mis en place au lendemain de la catastrophe et qui n’a jamais cessé depuis. « La solidarité, ça a été la plus belle des choses. Parce que pendant 48 heures, c’est la solidarité des gens qui nous a permis de nous en sortir. Au pic des pluies incroyables, on n’avait plus d’eau, plus d’électricité, plus rien. On était livré à nous-mêmes. Et on a réussi à évacuer 70 personnes de l’EHPAD Saint-Lazare vers le CHU de Tende ». La principauté de Monaco a aussi grandement participé en envoyant dans les vallées des denrées alimentaires et produits de première nécessité mais aussi en proposant des aides logistiques. La Croix-Rouge monégasque a ainsi offert un pick-up à la ville de Tende afin de permettre aux sauveteurs et services municipaux de circuler malgré des « conditions atroces ». « Pendant toute cette tragédie, nous avons perdu tout notre parc automobile. On est vraiment complètement déshabillé. Les premiers jours, on ne pouvait circuler qu’avec des quads », raconte Jean-Pierre Vassallo. Profondément touché par cette générosité et ce soutien spontané, le maire de Tende tient à exprimer sa reconnaissance et à adresser ces remerciements à toutes celles et ceux qui se sont mobilisés pour les vallées sinistrées : « Je dois remercier l’Automobile Club, le diocèse de Monaco, l’Ordre de Malte, l’hôpital de Monaco, la Croix-Rouge monégasque qui a fait une expédition en passant par les routes de montagne pour nous apporter des denrées. Je dois vraiment rendre hommage à l’ensemble de Monaco ». L’élan de solidarité va d’ailleurs se poursuivre puisque le gouvernement monégasque, « sur instruction du prince souverain », a fait savoir, mercredi 25 novembre, qu’il allait effectuer un don de 15 000 euros dans le cadre de l’opération « Noël Solidarité pour les enfants de la vallée de la Roya ». Cet événement solidaire a pour objectif d’offrir des jouets aux près de 600 enfants de 0 à 14 ans de la vallée. De quoi donner un peu de baume au cœur à une population meurtrie.

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Monaco Hebdo