lundi 17 janvier 2022
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Le télétravail progresse : un défi humain pour Monaco

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En principauté, l’emploi aussi se numérise. Près de 1 500 personnes sous contrat à Monaco sont en télétravail, à l’approche de la fin d’année 2021. Un chiffre qui ne doit pas toute son explication au Covid-19, tant la courbe de télétravailleurs ne cesse de grimper depuis 2017, année où la loi a permis aux salariés et collaborateurs de Monaco à travailler depuis leur domicile. Pour le meilleur, et aussi le pire ?

Incontournable, c’est le mot. À Monaco, le nombre de personnes qui travaillent depuis leur domicile ne cesse d’augmenter chaque année. Si la pandémie de Covid-19 a bien évidemment joué en la faveur de la démocratisation du télétravail, grâce à l’instauration du dispositif exceptionnel de travail à distance, encore en vigueur jusqu’au 31 décembre 2021, la courbe des salariés en télétravail est nettement en hausse depuis son instauration en 2017, par voie légale. À son lancement, ils étaient 325 à avoir choisi le télétravail à Monaco, selon l’institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE), et 1 480 le 2 novembre 2021. Succès, vous avez dit succès ? Attention toutefois à ne pas tout mélanger, car la crise Covid n’explique pas tout. Le dispositif exceptionnel de travail à distance ne s’intègre pas à ce chiffre. Le « travail à distance » monégasque, c’est un peu du télétravail « Canada dry » : ça y ressemble, mais ça n’en est pas. Le dispositif de travail à distance, instauré par le gouvernement princier dès mars 2020 pour contrer la progression de la pandémie de Covid-19 à Monaco, en limitant le brassage de population au bureau et dans les transports en commun, est un programme temporaire qui devrait prendre fin en 2022, et qui n’engage pas de gros changements structurels au sein des entreprises concernées, puisqu’elles ne seront pas tenues de continuer sur cette voie. Le dispositif de télétravail, au contraire, renvoie à un contrat de travail bien spécifique, et à toute une organisation à revoir pour les entreprises, afin de permettre aux collaborateurs qui le souhaitent de s’y consacrer [à ce sujet, lire notre article Organiser le télétravail : les pièges à éviter publié dans ce dossier spécial — NDLR]. Et c’est ce type de contrat qui gagne en popularité, depuis qu’il a été mis en place en 2017. En 2018, le nombre de personnes en télétravail avait ainsi plus que doublé, passant de 325 à 738 personnes, en seulement un an. En 2019, leur part était passée à 1 075, puis 1 290 en fin d’année 2020. Avant le Covid-19, la tendance était donc déjà marquée. De plus, il faut le rappeler, les données présentées par l’IMSEE ne prennent compte que le dispositif de télétravail au sens de la loi uniquement, et pas le dispositif exceptionnel de travail à distance.

À son lancement, ils étaient 325 à avoir choisi le télétravail à Monaco, selon l’institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE), et 1 480 le 2 novembre 2021

Le télétravail prisé des Français

Après plusieurs années de négociations avec les autorités françaises, la principauté de Monaco s’est dotée d’un cadre juridique, la loi 1.429 du 4 juillet 2016, qui permet la mise en place du télétravail en créant un dispositif « clair, encadré et protecteur, tant pour les salariés que pour les employeurs de la principauté du secteur privé », selon l’IMSEE. C’est donc, sans surprise, que l’on retrouve essentiellement des Français dans les rangs des télétravailleurs d’entreprises monégasques. Les Français représentent 80,07 % des salariés en télétravail, selon les dernières données de l’IMSEE. Ces télétravailleurs français sont principalement originaires des Alpes-Maritimes, avec quelques cas isolés au-delà des Alpes-Maritimes, précise le gouvernement. Les Monégasques, quant à eux, sont tout de même passés de 16 télétravailleurs en 2017, à 47 en 2020, avec une évolution de 9 % entre 2019 et 2020. En novembre 2021, le télétravail est opéré pour 5,2 % à Monaco.

télétravail monaco
© Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

« Tant dans l’administration que dans les entreprises privées, on ne peut pas avoir seulement des échanges virtuels. […] Ces nouveaux instruments ne doivent pas se substituer totalement à ce qui fait la richesse des contacts »

Pierre Dartout. Ministre d’État

Une tendance généralisée

Cette tendance du travail à distance numérisé suit celle des pays voisins. En France, même si le nombre de salariés en télétravail diminue alors que la crise du Covid-19 se tempère par rapport à l’année 2020 à la même période, ils étaient encore 21 % à avoir télétravaillé au moins un jour dans la semaine en septembre 2021, selon les derniers chiffres de la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares). Ils étaient 30 % en novembre 2019 à télétravailler, dont seulement 8 % de façon contractualisée. Cependant, le nombre de jours télétravaillés continue d’être élevé avec 3,6 jours par semaine en moyenne, contre 1,6 jour fin 2019, alors que 45 % des salariés en télétravail le pratiquent encore à 100 %. En Italie, près de 4,3 millions de travailleurs optent pour un modèle hybride, alternant deux jours au bureau, et trois jours en télétravail, selon une analyse de l’école polytechnique de Milan, Politecnico, présentée mercredi 3 novembre 2021. Cette étude révèle d’ailleurs la nécessité d’encadrer cette nouvelle donne, tant les défis sont nombreux, entre la gestion du droit à la déconnexion, l’isolement des salariés et les nouveaux rapports humains entre manager et salarié [à ce sujet, lire notre article Les mauvais points du télétravail, publié dans ce dossier spécial — NDLR]. Et, cela tombe bien, c’est ce qui semble ressortir des rapports d’entreprises, puisque 81 % des entreprises sondées pour cette étude italienne souhaitent encadrer le télétravail de manière structurelle. Une nouvelle manière de penser le travail, qui suit, peut-être, les attentes des candidats potentiels. Entre avril et juin 2021, 484 000 personnes ont ainsi démissionné de leur poste, soit 18,7 % des contrats de travail terminés dans la période.

Le dispositif de télétravail, au contraire, renvoie à un contrat de travail bien spécifique, et à toute une organisation à revoir pour les entreprises, afin de permettre aux collaborateurs qui le souhaitent de s’y consacrer

Le gouvernement veut tempérer

À Monaco, le terrain se prépare pour permettre aux entreprises de s’adapter au télétravail. Le dispositif exceptionnel de travail à distance est ainsi prorogé jusqu’au 31 décembre 2021 pour laisser aux entreprises le temps de s’organiser. Mais la volonté du gouvernement ne consiste pas, non plus, à faire adopter un virage à 180° en la matière. Interrogé au sujet du télétravail, le ministre d’État, Pierre Dartout, tient en effet à tempérer : « Il faut toujours veiller à la bonne modernisation de l’administration, et ce dans tous les pays. Des choses ont été faites, et je pense qu’il faut poursuivre encore : le numérique, incontestablement, est un moyen de renforcer l’administration. Depuis une dizaine d’années, des ordinateurs puissants et sécurisés nous offrent un atout pour moderniser notre administration. Différents chantiers nous attendent dans le cadre des ressources humaines, dans le cadre budgétaire et comptable. Cette crise implique, en effet, que nous ne travaillons plus comme avant. » Puis, il ajoute : « Pour autant, tant dans l’administration que dans les entreprises privées, on ne peut pas avoir seulement des échanges virtuels. Nous développons, par exemple, le guichet numérique unique [à ce sujet, lire notre article Monaco lance MonGuichet.mc, publié dans Monaco Hebdo n° 1219 — NDLR]. C’est une révolution, et Monaco est très en tête de l’identité numérique. Mais ces nouveaux instruments ne doivent pas se substituer totalement à ce qui fait la richesse des contacts. Je n’imagine pas un conseil du gouvernement par écrans interposés, par exemple. Cela peut se faire occasionnellement, mais cela ne doit pas devenir une habitude. » Une modernisation tempérée, donc, mais une modernisation qui se fait. À ce sujet, Robert Colle, secrétaire général du gouvernement, a d’ailleurs confié à Monaco Hebdo qu’une loi encadrera bientôt le télétravail pour le secteur public : « Le télétravail est encadré par une loi pour le secteur privé. Pour le secteur public, des circulaires ont été prises pendant la crise, et il sera intégré dans la prochaine loi sur le statut de la fonction publique, en discussion avec le Conseil national. » La machine est lancée.

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