jeudi 20 janvier 2022
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En 1911, Monaco aussi,
a eu sa (petite) révolution

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Neuf jours après les célébrations de la fête nationale française consacrant le début de la Révolution en 1789, Monaco  Hebdo s’est plongé dans ce que certains appellent encore aujourd’hui « la Révolution monégasque ». L’occasion de retracer les évènements de 1910-1911 ayant abouti à l’octroi par le prince Albert Ier de la première Charte constitutionnelle de la principauté.

Pierre Kropotkine (1842-1921) nommait la Révolution française, « la Grande Révolution » dans son ouvrage de 1909 (1), dont les célébrations ont eu lieu en France ce 14 juillet, comme chaque année. A Monaco, c’est plutôt une petite révolution qui s’est opérée sur le Rocher monégasque. Si l’on entend par « révolution » un changement de régime, ce n’est qu’en janvier 1911 que la principauté a connu la sienne. Quoique les archivistes du palais princier préfèrent le terme d’évolution, étant donné un simple passage d’une monarchie absolue à une monarchie constitutionnelle. Le prince est resté en place, il n’y a pas eu de rupture brutale, pas de morts. « C’est une grande étape, mais je ne dirais pas que c’est une révolution, parce qu’il n’y a pas de rupture. Le régime reste monarchique, avec un prince qui conserve les pouvoirs exécutifs. Ça s’est fait dans le chahut, il y a eu des manifestations. Mais si j’en crois les révolutions qui se passent dans d’autres pays, aux mêmes époques, c’était souvent dans le sang », explique Thomas Blanchy, administrateur principal aux archives et à la bibliothèque du palais princier. Pas vraiment une révolution, mais tout de même un acte fondateur.

Émergence d’une nouvelle génération de Monégasques

Comme toute révolution, la journée du 5 janvier 1911, date à laquelle le prince Albert Ier a présenté la Charte constitutionnelle à ses sujets, représente seulement le point de bascule d’un long processus. « Pour les premiers remous, on pourrait remonter plus haut. En 1895, une petite délégation monégasque se rend au château de Marchais [situé dans l’Aisne, près de Laon, dans le nord de la France — N.D.L.R.] pour y retrouver le prince Albert  Ier et y présenter quelques doléances », raconte Thomas Blanchy. Depuis le milieu du XIXème siècle, dans un contexte international favorable à l’émergence de revendications révolutionnaires, par capillarité, les Monégasques changent peu à peu de mode de vie. « Monaco a souvent été influencé par la France, avec toujours un petit peu de retard. En 1848, avec le printemps des peuples en Europe, Menton et Roquebrune font sécession. » Malgré, cette perte de territoires, la principauté demeure en l’état. « Dans les années 1860, ils sont encore éleveurs, agriculteurs, ils ne sont pas formés encore. Ils ne sont pas toujours alphabétisés. C’est aussi l’émergence d’une nouvelle génération de Monégasques, qui sont éduqués, qui ont fait des études, qui ont accédé à une nouvelle classe sociale », analyse l’archiviste du palais. Au-delà d’une nouvelle conscience politique, c’est aussi la situation économique et nationale qui va amener une partie des Monégasques à s’insurger. « Dès ce moment, on a l’idée qu’ils deviennent minoritaires dans leur propre pays. Jusqu’en 1850-1860, Monaco, c’était 3 000 habitants qui habitaient sur le Rocher. Il n’y avait pas beaucoup d’étrangers. Avec le développement de Monte-Carlo, tout d’un coup, les étrangers affluent. Le groupe augmente, mais les Monégasques restent environ 1 500. Comme les étrangers qui arrivent sont les plus riches, que la Société des Bains de Mer (SBM), à partir de la création de Monte-Carlo, par délégation de service public, gère un grand nombre de services publics (voirie, gaz, etc.), les Monégasques ont l’impression qu’ils sont peu à peu dépossédés de leur destin. Ils ne peuvent pas prendre part aux affaires locales qui les concernent en premier chef. C’est ce qui crée cette idée qu’il faut revendiquer un élargissement de leurs droits », explique Thomas Blanchy. La SBM est devenue un État dans l’État, et le prince estime ne pas avoir à intervenir dans la gestion d’une entreprise privée. « Disposant d’un budget de 20 millions de francs et employant 2 500 personnes, cette entreprise subvenait, du fait du cahier des charges qui lui avait été imposé par le gouvernement, aux services publics de la principauté, se substituant ainsi à l’État, incapable d’assurer la charge des investissements et du fonctionnement de ces activités nouvelles », écrivait Georges Grinda, ancien chef de cabinet du prince Rainier, auteur de l’article Comment la principauté de Monaco est devenue un Etat constitutionnel, en 2011, pour les cent ans de la Charte de 1911.

Création d’un comité monégasque

Dans ce contexte se crée le Comité monégasque, regroupant les plus éminentes figures monégasques, capables de porter les revendications de la population. Ce n’est qu’en avril 1909 que celui-ci est officiellement reconnu comme interlocuteur par le palais. « Au départ, le comité monégasque n’était pas reconnu, le gouverneur général refusait de traiter avec lui. Le comité monégasque, c’était un regroupement d’une vingtaine, ou d’une trentaine de notables qui se réunissaient chez les uns et chez les autres. C’est vers 1907-1908 que ça s’est mis en place. Il a fini par se faire reconnaître, et les délégués ont été reçus », détaille Thomas Blanchy. Le Comité crée un journal. S’organise alors un rapport de force avec le palais. Comment parviennent-ils à exercer une pression sur le prince ? « Il y a des manifestations, des pétitions. En 1907, il y a une pétition de 345 Monégasques présentée au prince avec des revendications. Il y a des tracts qui se passent sous le manteau, un journal. Le comité monégasque édite une feuille qui s’appelle Le Réveil monégasque, qui est interdite et qui reprend un autre nom L’Éveil. Il exprime les idées soulevées par le comité. Cela crée une atmosphère de chahut : on peut parler d’agitation. Il y a une pression, car le prince et le gouverneur général ne veulent pas que ça s’envenime ». Parmi les revendications principales contenues dans L’Eveil, on note : « la personnalité civile du Conseil Communal, l’extension de ses attributions ; la nomination de ses membres par les Monégasques ; mais, surtout, des questions d’intérêt national : la création d’un Conseil de gouvernement exclusivement composé de Monégasques ; la consultation des Monégasques dans toutes les questions touchant aux intérêts vitaux du pays et les moyens propres à l’assurer ; l’organisation des pouvoirs publics », comme l’énonce Georges Grinda, dans son article retraçant cette période.

Du « chahut » au palais

Contrairement aux moments révolutionnaires faits d’affrontements physiques, ceux de Monaco se déroulent dans ce qui sera qualifié de « chahut » ou d’agitation, tout au plus. La journée la plus marquante restera celle du 6 mars 1910, où une foule de 800 personnes arrive au palais, puis entre dans celui-ci pour y déposer les doléances populaires. Aussi, en octobre 1910, les Monégasques se pressent à nouveau au palais princier pacifiquement et y rencontrent le prince héréditaire Louis II, envoyé par son père pour calmer les sujets. La liberté de réunion et la liberté de la presse avaient été concédées, ainsi que le statut électif du conseil communal. Mais, les revendications concernant les affaires nationales n’ont pas été réglées, notamment sur la question d’un conseil de gouvernement composé de Monégasques, ainsi qu’une plus grande transparence des comptes publics. « Dans les années 1910, il y a eu quelques fonctionnaires molestés. Émile Bernich, qui était un des symboles de ces conseillers français qui entouraient le prince, a été conspué. Il y a des étapes comme cela, qui n’ont jamais vraiment dépassé le stade du chahut », retrace l’administrateur des archives princières. Ce conseiller était accusé « de favoriser les intérêts de la SBM, au détriment de ceux des Monégasques », comme le rappelle Georges Grinda. Face à cela, quelle réaction a le prince ? « Il faut savoir que le prince Albert Ier a une aversion de la politique, énonce Thomas Blanchy. Il n’aime pas le côté « politique politicienne » comme on dirait aujourd’hui. Il ne comprend pas que les Monégasques veuillent ce type d’activité. Il trouve que ce n’est pas très noble. Au départ, il y a sans doute une incompréhension. Et puis, il y a une crainte aussi que le mouvement s’envenime et que ça crée du désordre. Il a une conception qui n’est pas libérale. Mais il sent sans doute le vent de l’Histoire. Il comprend assez vite que c’est une évolution souhaitable ». Parmi les grandes figures de l’époque, on trouve notamment Suffren Reymond (1866-1920), avocat et l’un des leaders du mouvement. « Suffren Reymond devient par son charisme et son intelligence un porte-parole du mouvement. Quand il s’agit de discuter avec le prince, de lui donner des revendications, il y a Suffren Reymond qui est en première ligne », affirme Thomas Blanchy.

Le prince héréditaire Louis II (1870-1949) s’entretenant avec Suffren Reymond (1866-1920), le 16 octobre 1910. © Photo DR – Archives du Palais prinicier

« C’est une grande étape, mais je ne dirais pas que c’est une révolution, parce qu’il n’y a pas de rupture. Le régime reste monarchique, avec un prince qui conserve les pouvoirs exécutifs » Thomas Blanchy. Administrateur principal aux archives et à la bibliothèque du palais princier

Charte octroyée

Le 13 mars 1910, un article du New York Times titre : Trône du prince de Monaco en danger : « Constitution ou révolution », l’ultimatum de la moitié des sujets du petit royaume. Pourtant, dans le récit actuel, ainsi que les déclarations du prince de l’époque, convergent vers une idée aujourd’hui consacrée : les Monégasques n’ont pas demandé de Constitution, le prince leur en a donné une, allant ainsi plus loin que les revendications populaires. « Au départ, ce sont surtout des revendications d’ordre communal. Il n’y a pas de remise en cause du rôle du prince. Il y a une volonté de collaboration avec le prince directement, sans avoir d’intermédiaires français, conseillers du prince », rappelle Thomas Blanchy. Le 16 novembre 1910, depuis Paris, le prince Albert Ier déclarait : « J’ai promis un régime constitutionnel sans que la population eût réclamé ni attendu ce changement dans nos institutions. » C’est ce que l’histoire officielle veut retenir. Celle d’un prince qui avait entendu, et qui, dans sa grande mansuétude, est allé par-delà les revendications. « Il faut surtout se rappeler que cette communauté villageoise ne s’est jamais spontanément insurgée […] contre les princes – au cours des sept siècles de son histoire », écrit Georges Grinda. Néanmoins, dans les archives de Louis Aureglia, juriste et maire de Monaco de 1933 à 1944, publiées dans l’ouvrage de Félicitas Guillot, Reflets d’un siècle de vie publique monégasque (2), on trouve un document qui liste les commandements du Monégasque, écrit par François Gastaud, une des figures du mouvement insurrectionnel, et parmi ceux-ci on peut lire : « Bonne Constitution, demanderas à ton prince si clément. Bons conseillers tu nommeras, afin de vivre tranquillement ». « La Constitution n’est pas ce qui était mis en avant par les délégués, qui disaient toujours : « Nous, on est principistes, de toute façon » », recadre Thomas Blanchy. Quoi qu’il en soit, le prince « savait que la gestion du pays avait amené une prospérité. Il ne voulait pas changer, parce qu’il avait peur que ça génère un peu le chaos. Il ne voulait pas de mouvements séditieux parce que ça pouvait faire peur à Monaco. Mais pour obtenir un rôle politique, il fallait une formation, et il doutait que les Monégasques à l’époque avaient cette compétence-là. En faisant cette Constitution, il avait quand même une prudence, et il disait : « J’octroie cette Constitution, mais il va falloir s’en montrer digne ». » Une conception paternaliste du pouvoir, souvent évoquée par les historiens de la principauté, dont la Charte constitutionnelle de 1911 se veut être le dernier avatar. La définition du paternalisme d’alors que donne Georges Grinda trouve également une certaine résonance dans les rapports que les Monégasques entretiennent toujours avec leur souverain. « Le paternalisme reposait sur le sentiment de respect séculaire qui unissait la population au prince aussi bien que dans la chaleureuse sincérité de celui-ci lorsqu’il s’adressait à « son peuple » », écrit-il. « Le prince est le père de famille en quelque sorte », renchérit Thomas Blanchy.

Effets de la Charte

« Avant la Charte constitutionnelle de 1911, le pays n’était pas institutionnalisé de manière légale. C’était le prince et ses sujets, sans cadre légal, sans document fondateur. Il ne faisait pas de différence entre les biens de sa personne, et les biens publics », poursuit-il. Cependant, la Charte n’est pas bien reçue. Premièrement, elle n’est pas écrite par des Monégasques, mais par « trois jurisconsultes français André Weiss, Louis Renault et Jules Roche. Deux éminents spécialistes en droit international et un ancien ministre et député, qui travaillent sur cette Constitution. L’argument du prince, c’est de dire : « Puisque c’est moi qui vous propose une constitution, c’est à moi d’en choisir les termes et de la confectionner avec mes conseillers ». », témoigne Thomas Blanchy. Ensuite, elle ne semble pas répondre complètement aux aspirations populaires, malgré la création de plusieurs novations institutionnelles : institution du Conseil national, du ministre d’État entouré de conseillers de gouvernement, remplaçant ainsi le gouverneur général, redistribution du rôle du prince avec le partage de l’initiative législative, et tripartition de la commune en trois entités : La Condamine, Monte-Carlo, et Monaco-Ville. Cette introduction de trois communes au sein de Monaco « ne marchera jamais ». « Cette charte fut mal accueillie par l’opposition, groupée autour de MM. Suffren Reymond et Aureglia. On reprochait au prince d’en avoir confié la rédaction à trois juristes français, sans que les Monégasques, eux-mêmes, aient pu y participer ; on regrettait que l’ordonnance, acte de la seule autorité souveraine, ne soit pas mieux définie. Enfin, on critiquait l’éclatement communal en trois secteurs », relate Félicitas Guillot, dans Reflets d’un siècle de vie publique monégasque. Le rôle alloué au Conseil national est considéré comme consultatif, « puisqu’on ne donne pas aux commissions la possibilité de se livrer, à leur convenance, à un examen suffisamment approfondi des questions à l’étude », note un compte-rendu de séance du Conseil national de novembre 1912. En préambule de la charte, on trouve l’affirmation de la souveraineté et de l’indépendance de l’État de Monaco. Il y a la question du statut de la famille princière qui est réaffirmé dans son rôle et se voit attribuer une sorte de budget séparé du budget du gouvernement. Il y a l’idée d’institutionnaliser les droits des Monégasques. Définir ce qu’est un Monégasque, comment on acquiert la nationalité. Elle fait entrer la principauté dans une nouvelle ère. Pourtant, la suite des évènements va très vite reléguer cette Charte constitutionnelle en arrière-plan. « Cette Constitution va être assez rapidement suspendue puisqu’en 1914, il y a la guerre. Elle est remise en place en 1917. Mais elle a évolué », évoque Thomas Blanchy.

L’héritage actuel de la Charte de 1911

Pour autant, malgré une certaine incompréhension, la charte « marque une étape psychologiquement » pour les Monégasques. « Cette Charte, c’était un point de départ qui a engendré une période de 50 ans, qui a permis de tester des choses, et d’arriver à la Constitution de 1962 qui fonctionne plutôt bien. Elle est dans la continuité, avec des différences, certes ». Cette Constitution a également pour effet de créer une citoyenneté monégasque. « Avec la création d’un Conseil national, en quelque sorte, même si le mot n’est pas forcément utilisé », admet Thomas Blanchy. Elle donne également une philosophie politique différente. « Il y a une idée de partage avec son peuple au niveau législatif. Cette philosophie, c’est un esprit de coopération, l’idée de consensus qui fait qu’aujourd’hui quand le Conseil national discute des lois il peut s’opposer au gouvernement mais il y aura toujours une relation de déférence envers la personne du prince. On avance avec deux ensembles qui essaient de trouver une solution commune. » Elle a permis également, selon Thomas Blanchy, d’affirmer une identité monégasque. « Il y a l’essor d’une identité monégasque dans les années 1910-1920, qui naît de la peur d’être dissous. Cela va se traduire par la création d’un comité des traditions pour sauver un peu l’héritage de l’ancien Monaco. Le renouveau de la langue monégasque avec sa grammaire qui est écrite et codifiée dans les années 1920, c’est la même chose. La peur d’être dissous, et la volonté de s’affirmer en tant que peuple avec une identité, une culture, avec des traditions, et que tout cela soit respecté. Mais aujourd’hui ça l’est finalement, ces traditions sont vivaces. Aujourd’hui, il n’y a plus d’inquiétude. Ils savent qu’ils ont un cadre. C’est ça la différence essentielle. » De nombreux parallèles peuvent être tracés avec la situation des Monégasques d’aujourd’hui. Comme à l’époque pré-révolutionnaire, ils sont toujours minoritaires dans leur pays, bien que le ratio se soit réduit (1/12ème en 1910, 1/5ème environ aujourd’hui, en 2020), ils ne sont pas parmi les plus argentés, les hauts-fonctionnaires français y ont toujours bonne place, notamment à la tête du gouvernement princier. « La différence avec aujourd’hui, c’est que les Monégasques ont des droits, ils sont protégés, ils savent qu’ils ne vont pas être dilués », note l’historien. Monaco fût l’une des dernières monarchies absolues d’Europe, résistant ainsi au sens de l’histoire jusqu’au dernier moment. Aujourd’hui encore, malgré les atours démocratiques qu’elle se donne, la principauté demeure l’une des seules monarchies héréditaires et constitutionnelles d’Europe avec un chef de l’État cumulant le pouvoir exécutif et législatif, et judiciaire, quoique délégué. La justice est rendue au nom du prince, la loi est promulguée par la grâce de Dieu, et le souverain règne par la grâce de Dieu. Malgré la sécularisation de l’État français à l’œuvre au début XXème siècle, la question n’a, semble-t-il, jamais été soulevé selon Thomas Blanchy, pendant les manifestations de 1910. Si la dénomination de « révolution » concernant cette période peut être sujette à débat, les années de remous ayant abouti à cette Charte constituent un moment décisif dans l’évolution de la principauté vers sa forme actuelle. Raymond Damien, dans son ouvrage Albert Ier, prince souverain de Monaco écrivait en 1964 : « Le plus grand bienfait du règne fut, pour Monaco, d’avoir fait l’économie d’une révolution, parce que le prince la fit lui-même ».

1) La Grande révolution (1789-1793), de Pierre Kropotkine (éditions du Sextant), 560 pages, 26 euros.

2) Reflets d’un siècle de vie publique monégasque, Félicitas Guillot (Payot), 303 pages, 28 euros.

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