vendredi 14 août 2020
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« Il faut accélérer
la sécurisation des sites »

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Le directeur général de l’Institut océanographique de Monaco, Robert Calcagno, répond à Kelly Slater. Le champion du monde américain de surf réclame de « sérieuses captures » après la mort d’un jeune bodyboardeur, le 21 février dernier, à La Réunion.

Les propos tenus par Kelly Slater vous ont surpris ?

Les propos et positions de Kelly Slater sont plus modérés et équilibrés que ne le laisse paraître ce simple message sorti de son contexte, et approximativement traduit en français. Je souhaite réagir à ce sujet sensible et touchant aux relations entre l’Homme et la nature. Chasse aux requins, mais aussi dégradations, insultes, menaces à l’encontre des scientifiques et de la réserve marine de La Réunion… Voici des scènes qui nous ramènent plusieurs années en arrière, en pleine “crise requins”. C’est vrai, tout est à nouveau parti du terrible décès d’un jeune surfeur.

Il s’agit donc donc d’un inévitable recommencement ?

Pourtant, la situation avait évolué positivement depuis deux ans. Quelques “spots” de surf très réputés de la côte Ouest ont été sécurisés durablement par des filets, ou ponctuellement, par les vigies requins. Ceci a permis la reprise du surf dans de bonnes conditions, et les attaques ont notablement diminué. Une nouvelle campagne d’expérimentation était annoncée, pour que de nouvelles techniques puissent sécuriser encore plus de sites. Les tensions sociales semblaient ainsi laisser la place à un vrai élan porté par la puissance publique pour innover et se doter d’outils efficaces de gestion du risque.

Que s’est-il passé alors ?

Voilà que la passion d’un petit groupe de surfeurs les conduit à l’autre bout de l’île, vers une zone interdite, non sécurisée, réputée depuis de longues années — avant même la crise — comme dangereuse. Des conditions exceptionnelles, un risque requin maximum, des vagues sans doute fascinantes et la mort pour l’un des surfeurs. Un scénario que l’on retrouve chaque année en haute montagne, lorsque les avalanches emportent professionnels et pratiquants chevronnés. Mais à La Réunion, la peine, bien compréhensible, conduit à une violence qui l’est bien moins. Les solutions techniques développées ces dernières années sont balayées par la colère et la vengeance.

Vraiment ?

Le lancement en 2012 de notre grand programme sur les requins a malheureusement coïncidé avec la série d’attaques récentes à La Réunion. Cela nous a bien-sûr bouleversés et nous a conduit à travailler sur le risque requin et les solutions existantes pour le gérer. Notamment en organisant plusieurs ateliers avec des parties prenantes de la crise réunionnaise et les principaux experts internationaux, pour partager les expériences des différents pays concernés et identifier et évaluer les solutions techniques existantes et en développement. Nous ne pouvions donc que nous réjouir de la mise en œuvre à La Réunion de solutions efficaces de surveillance et de maintien à distance des requins, que ce soit les vigies requins ou les filets de séparation, qui constituent selon nous la stratégie la plus pertinente.

Il faut procéder à de « sérieuses captures », comme le réclame Kelly Slater ?

Nous n’avons pas de dogme quant à la pêche des requins à travers le monde, sous réserve que, comme pour tous les autres poissons, celle-ci ne remette pas en cause les populations ni l’équilibre des écosystèmes. Le requin-bouledogue n’est pas une espèce en danger et n’est pas protégée. Une pêche raisonnable pourrait s’envisager, sous réserve des vérifications sanitaires sur la présence de ciguatera (1).

Faut-il aller plus loin et abattre les requins qui menacent l’île de la Réunion ?

L’éradication des requins « par précaution » n’est pas une solution envisageable, ni acceptable. S’agissant d’espèces qui migrent et se déplacent, elle signifierait l’élimination de toutes les espèces aux environs de l’île. Ceci n’est pas possible. Ce n’est pas non plus acceptable de provoquer un déséquilibre aux conséquences imprévisibles et graves.

Mais la situation semble aujourd’hui très tendue ?

Que cet accident ravive les tensions liées aux requins à La Réunion, l’Institut océanographique partage la peine de la famille d’Alexandre et s’associe au message d’apaisement de sa mère vendredi, sur Twitter : « N’associez surtout pas mon fils Alexandre à ce genre de comportement. Il était trop respectueux de l’environnement et des animaux et même de vous, qui publiez en son nom des atrocités. »

Que faire, maintenant ?

Nous souhaitons que cet accident accélère la sécurisation de sites et le développement de nouvelles techniques de protection. Avec une compréhension plus fine du comportement des requins, ces dernières devraient, à terme, permettre de sécuriser suffisamment de sites pour permettre un retour de la pratique du surf dans des conditions satisfaisantes. C’est cette voie que nous continuons de privilégier.

 

(1) La ciguatera est une maladie tropicale d’origine alimentaire provoquée par la consommation de poissons contaminés avec une toxine, la “ciguatoxine”. Sans goût et inodore, la ciguatera résiste à la cuisson, à la congélation, à la mise en conserve, au fumage, au séchage et à la salaison.

 

Jeremy-Flores-Kelly-Slater-@-DR

Crise requins : la polémique Kelly Slater

Suite au décès le 21 février d’un jeune bodyboardeur de 26 ans sur l’île de la Réunion, le champion du monde de surf américain Kelly Slater a provoqué la polémique en publiant un commentaire sur le compte Instagram du surfeur français, Jérémy Florès : « Honnêtement, je ne vais pas être très populaire en disant ça, mais la Réunion a besoin de réaliser des sérieuses captures, et cela doit être mis en place quotidiennement. Il y a un déséquilibre évident dans l’océan là-bas. Si le monde entier avait ces taux d’attaques, personne ne continuerait à jouir de l’océan et des millions de personnes mourraient littéralement de cette manière. Le gouvernement français doit trouver une solution dès maintenant. 20 attaques depuis 2011 !? » Impliqué dans la défense de la cause animale, notamment avec l’association Sea Sheperd, Kelly Slater, 45 ans, a surpris et les débats se sont rapidement enflammés. Le 27 février, le commentaire de Slater avait été supprimé.

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