samedi 23 janvier 2021
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Raoni
Un Indien dans la ville

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Raoni chef de tribu
Le chef de tribu Raoni © Photo Monaco Hebdo

Le chef de tribu Raoni était déjà venu en Europe en 1989 pour la sauvegarde de l’Amazonie. Il était à Monaco la semaine dernière car les terres des Indiens Kayapos sont menacées par la construction d’un barrage.

Il y a foule à la Fnac de Monaco ce jour là.  Et c’est un choc de symboles auquel on assiste. L’agitateur de foules à la rencontre de l’agitateur d’idées. D’un côté, le chef indien Raoni, avec sa coiffe de plumes et son fameux labret, c’est-à-dire son plateau labial. De l’autre, la modernité. Avec les livres, les CD, Les Blu-Ray, les DVD, les appareils photos numériques, les téléphones portables, les ordinateurs et les écrans plasma ou LCD.

Raoni a rencontré Lula
En tout cas, Raoni est de retour. Il y a plus de 20 ans, avec le chanteur anglais Sting, soutenu par Jacques Chirac, il avait déjà parcouru le monde pour défendre le mode de vie des indiens d’Amazonie. S’il revient aujourd’hui, c’est que, malgré les avancées qui ont permis la démarcation des terres ancestrales des Kayapos situés sur le territoire du Brésil, elles sont toujours menacées. Mais cette fois par la construction du barrage de Belo Monte. Un immense barrage qui sera terminé en 2015, sur l’un des affluents de l’Amazone. Avec le risque d’inonder 500 km2 des terres des Kayapos.
Raoni a été élevé par son père dans un esprit de paix. Devenir un chef oui, mais sans provoquer de guerres avec les clans voisins. Bref, il milite pour l’unité et la paix. Ce qu’il a d’ailleurs toujours fait avec les blancs. Mais aujourd’hui, s’il parcourt encore le monde à 75 ou 80 ans, il ne le sait lui-même pas très bien, c’est qu’une fois de plus cette paix est menacée par l’avidité des occidentaux : « Les blancs ont tué tellement d’Indiens… On est presque tous morts. D’ailleurs, il ne reste que nous. Aujourd’hui on a les yeux ouverts. On protège nos terres. Et on ne laisse personne y entrer. »
Après les chercheurs d’or, les bûcherons, et surtout les entreprises forestières qui viennent tout raser pour laisser place libre à l’élevage extensif des bœufs, il y a donc une menace plus importante, avec la construction du troisième plus gros barrage au monde. Du coup, Raoni a rencontré le président Lula à Bahia, il y a 2 ans pour lui demander de renoncer. Lula lui a dit oui.

“Les Indiens ne disent pas du mal des blancs”
Mais il aurait menti selon Raoni. Il faut dire qu’à la clé, il y a 18 000 emplois et l’énergie que le pouvoir estime indispensable à la croissance de la zone. « Lula n’est pas foncièrement mauvais. Il nous a dit qu’il allait nous aider. D’ailleurs, on a voté pour lui, nous les indiens. Mais il n’a rien fait », ajoute Raoni qui menace de déterrer la hache de guerre : « Face à Lula, je ne pourrai pas tenir mon peuple. »
La semaine dernière, Raoni a rencontré le Prince Albert. Et il lui a demandé de téléphoner à Lula pour lui dire qu’il ne construise pas ce barrage. Une certitude, Raoni est en colère contre les blancs : « Ils ne pensent pas correctement. Il faut qu’ils nous respectent, car on n’est plus beaucoup actuellement. Mais on veut continuer à vivre comme on a toujours vécu. Avec nos arcs et nos flèches. Les Indiens ne disent pas du mal des blancs. Il n’y a que les blancs qui disent du mal des indiens et ne les respectent pas. »
En tout cas, Raoni a été ovationné lors de son apparition a la Fnac de Monaco(1). Mais aujourd’hui Raoni porte montre, baskets et boit du Coca zéro. Un grignotage insidieux de la société de consommation qui est finalement peut être plus dangereux pour la pérennité de sa civilisation que les coups de boutoir de l’industrialisation. D’ailleurs il n’hésite pas à se mettre en colère contre ses propres fils. « Avant ils ne connaissaient pas les blancs et respectaient les coutumes. Aujourd’hui ils se coupent les cheveux et ne portent plus les boucles d’oreilles. Car ils veulent ressembler aux blancs. » La menace vient aussi de l’intérieur.    l

(1) Mémoires d’un chef indien, Raoni, en collaboration avec Jean Pierre Dutilleux, Editions du Rocher, 19 euros. www.raoni.fr

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