samedi 24 juillet 2021
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Pompiers de Monaco : comment le coronavirus a bouleversé leur quotidien

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En première ligne pendant la crise sanitaire, les sapeurs-pompiers de la principauté ont dû adapter leur façon de travailler et prendre de nouvelles précautions pour se protéger du coronavirus. En caserne comme sur le terrain, le virus a bouleversé leur quotidien.

Incendies, accidents de la circulation, blessures diverses… Telles sont habituellement les missions des sapeurs-pompiers. Mais depuis la mi-mars 2020, la plupart de leurs interventions concerne des détresses respiratoires et des suspicions de Covid-19. Pour éviter tout risque de contamination, un protocole bien précis a été mis en place.

Nouvelle organisation

En temps normal, 50 hommes sur un effectif total de 152 sont chaque jour sur le pont, prêts à intervenir à n’importe quel moment sur n’importe quel terrain. Aujourd’hui, en raison de l’épidémie de coronavirus, deux personnes supplémentaires sont venues compléter cet effectif quotidien pour assumer les missions Covid comme l’explique le chef de corps des pompiers, le lieutenant-colonel Norbert Fassiaux : « L’effectif opérationnel est de 50 hommes de garde chaque jour, plus deux personnels en complément, qui sont dédiés à l’ambulance Covid dans le cadre du protocole de transport des personnes potentiellement suspectes. J’ai donc 52 personnes présentes tous les jours ». Un renfort supplémentaire qui n’est pas superflu car si les activités opérationnelles ont baissé de 40 % pendant le confinement, les interventions Covid se sont multipliées au cours des dernières semaines (173 interventions pour des suspicions de Covid-19 entre le 16 février et le 22 avril 2020 sur Monaco et les communes limitrophes). « La vie ne s’arrête pas. Je suis obligé de fournir le même effectif tous les jours pour assumer les missions. Tout peut arriver, à tout moment. Nous devons être prêts pour affronter toujours les mêmes missions, en plus de la mission Covid […]. Le principe de base de notre métier, c’est l’anticipation. On essaie toujours d’être un petit peu en avance par rapport à la situation », confie Norbert Fassiaux. Les sapeurs-pompiers de Monaco n’ont donc pas attendu le mois de mars 2020 pour s’organiser face à l’épidémie : « Nous nous sommes mis en ordre de bataille dès janvier en prenant toutes les mesures qui allaient bien », se félicite le chef de corps. Parmi celles-ci, un comité de suivi a notamment été créé afin de faire régulièrement le point sur la situation et adapter les procédures en fonction des remontées du terrain. « Ce groupe de suivi Covid-19, auquel on a associé les carabiniers, se réunit deux, voire trois fois par semaine, par réunions sur Skype. Il a été spécialement mis en place pour le Covid-19, afin de suivre la crise régulièrement, et d’y apporter une réponse opérationnelle », explique le lieutenant-colonel Fassiaux qui dirige ce comité de suivi auquel participent également le chef du bureau opération et différents chefs de bureau « liés de près ou de loin à la gestion du casernement ».

À Monaco, tous les personnels et leur famille vivent dans les casernes. Si cette particularité monégasque présente quelques avantages, elle peut aussi devenir une « faiblesse », si un virus particulièrement contagieux, comme le Covid-19, venait à se propager dans les casernes

Nouveau protocole d’intervention

Sur le terrain, la crise sanitaire a aussi obligé les pompiers à modifier leur protocole d’intervention. Aujourd’hui, dès lors qu’ils se trouvent face à une victime, quelle qu’elle soit, les soldats du feu doivent limiter au maximum les contacts proches. Lorsque la distanciation sociale ne peut pas être respectée, le port du masque et de gants est obligatoire pour les équipes d’intervention, mais aussi pour la ou les victimes. « La protection marche dans les deux sens », insiste Norbert Fassiaux. Lorsqu’ils sont amenés à prendre en charge une personne présentant des symptômes caractéristiques du Covid-19 (difficultés respiratoires, courbatures, fièvre…), les sapeurs-pompiers doivent systématiquement porter une combinaison adaptée, des lunettes, un masque et des gants. « Un protocole bien particulier est défini pour la prise en charge des cas suspects de Covid. Il est basé sur la protection du personnel, mais aussi de la victime », indique le chef de corps. Ce nouveau protocole d’intervention s’articule autour de trois axes majeurs : le temps, la distance et l’écran. « L’écran, c’est les mesures barrières c’est-à-dire la protection avec une combinaison adaptée, les lunettes, le masque, les gants. Ensuite, il y a la distance. Si on peut rester loin de la victime, on reste loin de la victime. Enfin, le temps est aussi important. Moins on reste à côté, « mieux on se porte », dans le sens où, moins on risque d’avoir une charge virale importante. Après, si des actes de secourisme doivent être réalisés, on les fait sous protection », détaille le lieutenant-colonel Fassiaux. Après chaque intervention, tous les véhicules sanitaires sont désinfectés avec des produits adaptés, selon « un protocole de nettoyage précis qui dure 15-20 minutes ». Les véhicules de secours aux victimes (VSAV) ont également fait l’objet de quelques ajustements, afin de limiter au maximum le risque de contamination. « À l’intérieur du véhicule, on a un sas de confinement. Le brancard est entouré d’une bâche de protection », décrit Norbert Fassiaux, qui explique que tous ces protocoles et mesures « se sont adaptés à l’évolution et à la circulation des virus. Après chaque crise, il doit y avoir des retours d’expérience. C’est ce qui permet de faire avancer les choses ».

© Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« Nos protocoles se sont adaptés à l’évolution et à la circulation des virus. Après chaque crise, il doit y avoir des retours d’expérience. C’est ce qui permet de faire avancer les choses » Norbert Fassiaux. Chef de corps des sapeurs-pompiers de Monaco

Mesures sanitaires strictes dans les casernes

À Monaco, tous les personnels et leur famille vivent dans les casernes. Au total, 300 personnes y sont logées. Si cette particularité monégasque présente quelques avantages, notamment celui d’avoir rapidement tout son personnel à disposition en cas d’urgence, elle peut aussi devenir une « faiblesse », si un virus particulièrement contagieux comme le Covid-19 venait à se propager dans les casernes. L’objectif de Norbert Fassiaux et de ses hommes est donc de tout faire pour éviter que le virus ne pénètre dans les locaux. Pour cela, des mesures sanitaires strictes ont été prises. Des gels hydroalcooliques ont été installés un peu partout dans les casernes, des affiches d’information sanitaire ont été placardées, le port du masque est obligatoire lorsque la distanciation sociale ne peut pas être respectée, les gymnases ont été fermés, les manœuvres, c’est-à-dire les entraînements en extérieur, suspendues, les locaux et points de contact sont régulièrement désinfectés et aérés… « C’est l’intérêt collectif qui doit primer. Il faut aussi du bon sens », souligne le chef de corps des sapeurs-pompiers, qui reconnaît avoir « comme tout le monde souffert du manque d’approvisionnement en protections sanitaires » à un moment donné. « Mais on avait tout de même des stocks stratégiques. On avait des masques FFP2 et quelques masques pour l’usage interne. Cela nous a permis d’attendre la livraison des masques. Aujourd’hui, je n’ai plus de souci d’approvisionnement ». Après plusieurs semaines d’angoisse et de stress dus à la propagation du virus en principauté, les casernes monégasques ont retrouvé une certaine sérénité depuis quelque temps. « Le moral est bon », assure Norbert Fassiaux. Le chef de corps des sapeurs-pompiers n’a d’ailleurs pas jugé utile de mettre en place une aide psychologique : « Chez nous, la base, c’est le réflexe à chaud. C’est-à-dire que les gens se parlent entre eux après chaque intervention. Nous avons l’habitude de parler des interventions. On n’est pas enfermé dans notre tour d’ivoire. On peut donc détecter facilement des gens qui auraient quelques soucis. Et, à ce jour, je n’ai pas eu de remontées d’informations dans ce domaine ». Alors que l’épidémie continue de marquer le pas en principauté, les soldats du feu monégasques restent mobilisés, prêts à repartir au front pour gagner cette « guerre » contre le Covid-19.

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