mercredi 21 avril 2021
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Pierre Lequien : de photographe du prince à maire

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Pierre Lequien a été un photographe très actif à Monaco, avant de tout quitter il y a 20 ans pour rejoindre son village natal du Pas-de-Calais, où il est élu maire depuis trois mandats.

Pendant 15 ans, il a immortalisé le prince Albert II comme photographe accrédité pour la Croix-Rouge. Il nous raconte.

C’est un destin peu commun, d’une côte à l’autre de l’Hexagone. Pierre Lequien, les plus anciens Monégasques s’en souviennent peut-être, a été photographe professionnel au sein de la principauté pendant 30 ans, entre 1973 et 2000. Un temps où le numérique n’était pas roi, et où les réseaux sociaux n’existaient pas tels qu’on les connaît. Il avait alors son studio, rue des Lilas, et travaillait pour des particuliers et des grandes marques de cosmétiques, entre autres. Car, au-delà du travail quotidien, Pierre Lequien s’est distingué comme l’un des rares photographes à avoir été accrédité par le prince Albert II. Pendant 15 ans, alors qu’il officiait pour la Croix-Rouge depuis 1985, il a en effet suivi le souverain sur plusieurs événements. 

Des relations discrètes 

Cette petite consécration lui a ouvert bien des portes. À sa collection d’images, ce photographe a en effet pu ajouter des portraits de chefs d’Etat et de célébrités dont les noms lui échappent aujourd’hui, tellement il y en a eu. Vrai oubli, ou simple précaution pour ne pas trop en dire ? Le doute plane, et c’est bien normal. Parmi toutes ses photos, rares sont celles qui ont pu quitter le palais et les bureaux de la Croix-Rouge. La discrétion, pour ne pas dire le secret, était une règle d’or, à laquelle Pierre Lequien ne devait surtout pas déroger : «J’avais interdiction de vendre mes photos du prince à des agences, sous peine d’être interdit de séjour et, surtout, de rompre la relation de confiance qui s’était installée entre nous.» Il ne pouvait pas non plus photographier ce qu’il voulait, quand il le voulait. Outre l’obligation de faire valider ses demandes par des intermédiaires, comme l’aide de camp du prince, Pierre Lequien devait se fier un certain protocole, parfois assez drôle : «Il ne fallait jamais photographier le prince avec un verre à la main, même si c’était du jus d’orange, se souvient-il. Je devais aussi porter une cravate quand je l’accompagnais.» Pour être accrédité, l’ancien photographe a même été soumis à une enquête de personnalité auprès du garde du corps du prince, dont il ne saura rien au final, si ce n’est que rien de compromettant ne figurait dans son dossier. Mais, au-delà des règles et au-delà de l’image, il y avait les relations humaines : «Je garde un excellent souvenir du prince, qui s’est toujours prêté au jeu de l’objectif en collaborant vraiment. Ce n’était pas le cas de tout le monde à Monaco, raconte-t-il. Et, à l’occasion de mon dernier jour de travail à ses côtés pour la Croix-Rouge, il a organisé une petite réception en mon honneur, une surprise. Et il a tenu à se faire photographier avec moi. C’était spontané et ça m’a fait très plaisir.» 

Pierre Lequien et le Prince Albert II

Leurs rapports ne dépassaient pas le cadre professionnel, mais on lui devine un petit air de nostalgie dans la voix lorsqu’il nous parle du prince Albert, comme d’une amitié passée. Une sensibilité qu’il range franchement au placard au sujet des autres personnalités qu’il a pu rencontrer : «Photographier des célébrités, c’est comme photographier des chaussures. J’exagère peut-être, mais j’y suis vraiment insensible, dit-il. Tout ce que je voulais à cette époque, c’était mettre en valeur les personnes et leur sourire.»

Maire, et verrier d’art    

Ne lui parlez plus de photo aujourd’hui, ni de Monaco. Ni l’une, ni l’autre, ne s’est bonifiée avec l’âge, selon lui : «Je regrette un peu que tout soit si bétonné. Et puis je trouve que le Larvotto ressemble plus à un lavabo qu’à une mer, mais ce n’est que mon regard de touriste. D’ailleurs, ça ne me regarde plus, raconte-t-il. Tout a changé en 20 ans. Même les mentalités sont très différentes, éloignées des réalités. Je ne pourrais plus y vivre.»  C’est bien simple, lorsque la photographie numérique commence à s’imposer, au début des années 2 000, Pierre Lequien décide de ranger son matériel, et de quitter la Côte d’Azur pour la Côte d’Opale, bien plus haut, bien plus petit, mais chez lui. Il rejoint en effet Widehem, son village natal, près de Boulogne-sur-Mer, sur un vent contraire : «J’ai changé de boulot, changé de femme, changé de vie.»  Pour vivre, il devient verrier d’art, un métier rare qui consiste à créer et réparer des vitraux médiévaux. C’est en photographiant les vitraux de l’église Notre Dame Auxiliatrice Don Bosco, à Nice, que le virus lui a pris. Après une formation à Castillon, il fait ses valises, puis installe son atelier dans une vieille maison retapée : «Je n’ai pas manqué de commandes, car je suis arrivé pile-poil au bon cycle. On refait généralement les vitraux d’une église tous les 150 ans, et nous étions en plein dedans.» Bon timing en politique également. Six ans après son retour à Widehem, Pierre Lequien décide de se présenter aux élections municipales pour briguer le fauteuil de maire. Il avait déjà essayé plusieurs fois à Beausoleil, en vain, sous l’étiquette union de la gauche, à tendance écologiste. Mais en 2008, la victoire est au rendez-vous, Pierre Lequien devient maire de son village avec 58,33% des voix. Et, depuis trois mandats, ça ne change pas :  «Je revenais de loin, j’avais un métier bizarre, donc rien pour gagner. Mais j’ai quand même réussi.» 

Un retour artistique avec le groupe Signe

S’il aime moins le Monaco d’aujourd’hui que celui d’hier, Pierre Lequien y a encore plusieurs bons amis, ses «frères d’art», du groupe Signe, un collectif d’artistes avec lesquels il a fait les 400 coups, artistiquement parlant, au début des années 70. Ses camarades, plasticiens, peintres et poètes, s’appellent Michel Cresp, Roland Marghieri et Claude Rostichier. Des noms qui se sont fait un peu plus discret depuis. Mais, à leur grande époque, ces joyeux lurons faisaient des actions coup de poing. Un jour, ils lançaient une montgolfière sur la plage du Larvotto, un autre ils dénonçaient la frénésie acheteuse et la grande consommation devant la cathédrale Notre-Dame-Immaculée. Puis plus rien, ou presque. Jusqu’à 2012, quand Pierre Lequien les a rejoints pour une exposition symbolique réalisée en leur honneur à la Villa Paloma. Une sorte de rétrospective des actions qu’ils avaient pu mener en principauté, 40 ans plus tôt. L’ex photographe y a d’ailleurs exposé une oeuvre assez explicite, intitulée «télévision, piège à cons», réalisée à partir de carcasses de télés dans lesquelles apparaissaient des portraits d’anonymes hébétés. La famille princière était présente pour l’occasion mais, manque de chance, Pierre Lequien a manqué l’apparition du prince Albert II. Pas de regrets cependant, la page est tournée. Il lui reste tout de même une photo de lui, à côté de son œuvre. Une photo bien rangée dans ses archives, entre d’autres souvenirs. 

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