mercredi 25 novembre 2020
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Musée océanographique
Un centenaire,
9 directeurs

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Jean-Louis Etienne
Jean-Louis Etienne a décollé lundi de l'île du Spitzberg, à bord d'un ballon, pour la première traversée en solitaire de la banquise. Il a dirigé le musée de 2007 à 2008. © Photo D.R.

Episode 2 de l’épopée du musée océanographique, avec un zoom sur les dirigeants qui ont marqué cet établissement. 100 ans d’administration qui riment avec 100 ans de prises de décisions et de trajectoires différentes. Parfois innovantes, quelques fois incomprises.

Le musée exige une administration sans faille et une effervescence à la fois scientifique et tournée vers le grand public. C’est avec ces éléments, souvent contradictoires, que ses dirigeants ont dû composer. Avec, parfois, des déconvenues.

Le premier

Compagnon de route et fidèle collaborateur du Prince Albert Ier, spécialisé dans les travaux de laboratoire, Jules Richard est le premier directeur du musée. Un poste qu’il occupera jusqu’en 1945. Au cours de sa longue carrière dédiée à l’étude de la mer et jusqu’à sa disparition, Jules Richard est en relation avec de nombreux savants du monde entier. Depuis 1955, la bourse Richard est une récompense attribuée à un jeune chercheur par l’Académie des sciences afin de soutenir des recherches innovantes sur des thématiques s’adressant au milieu marin conduites dans le cadre du musée océanographique de Monaco ou d’autres laboratoires français.

Le plus connu

Surnommé “Le Pacha”, Jacques Yves Cousteau, océanographe et inventeur de la plongée sous-marine moderne, internationalement connu comme commandant de la Calypso, prend la tête du musée en 1957. Personnage préféré des Français, son nom est aussi connu aux Etats Unis. Du coup, il met sa notoriété au service du musée. Ce qui lui permet de faire rayonner le monde du silence à travers ses programmes de recherches et ses films. Résultat, c’est dans les années Cousteau que le musée connaît son apogée en terme d’entrées. Avec plus d’un million de visiteurs par an. Un record inégalé depuis de nombreuses années. Mais sa direction est entachée par “l’affaire caulerpa taxifolia”, cette algue tueuse soupçonnée de s’être échappée des aquariums du musée et qui a proliféré jusqu’à s’étendre aujourd’hui sur plus de 5 000 hectares de petits fonds sous-marins, sur la Côte d’Azur, en Croatie, en Sicile et aux Baléares. Il quitte le musée en 1988, après 32 ans de direction et devient Immortel en étant élu à l’Académie française. En cette année du centenaire du musée, le commandant Cousteau aurait eu 100 ans.

La femme

Première femme à être nommée à ce poste prestigieux, Michèle Dufrenne entre en fonction le 1er octobre 2001. Présentée comme le choix du Prince Rainier, elle n’est pas celui de la fondation qui gère à la fois le musée et l’institut océanographique de Paris. Une fondation qui n’apprécie pas l’envoi d’une lettre de la directrice au Prince qui s’étonne que ses délégués « ne sont pas tenus informés de ce qui se passe en conseil d’administration. » Et les ennuis ne s’arrêtent pas là pour Michèle Dufrenne. Car elle est licenciée pour faute grave. En fait, on lui reproche une mauvaise gestion des ressources humaines. Notamment avec des victimes d’arrêts maladie et de dépressions. Et un manquement à son obligation de loyauté vis-à-vis de la fondation. En cause : une tentative de modification de ses statuts sans l’approbation du conseil d’administration ni du comité de perfectionnement.
Du coup, elle quitte son poste le 16 avril 2004. Et elle attaque le musée au tribunal du travail. Mais en 2008, elle perd en appel. Résultat, elle est condamnée à verser 5 000 euros pour procédure abusive à la fondation Albert Ier qui gère le musée, alors qu’elle demandait 1,3 millions d’euros d’indemnisation pour licenciement abusif.

Le plus polémique

C’est Jean Louis Etienne qui est le premier à bénéficier du changement de statuts en 2006 (voir détails ci-dessous) en coiffant la double casquette de directeur du musée et de l’institut océanographique, en septembre 2007. Ce médecin et explorateur français, reconnu pour ses expéditions arctiques et antarctiques, a jeté un pavé dans la mare, un peu trop lisse à son goût, de l’organisation de cette institution. Avec plusieurs objectifs : revoir une muséologie qu’il jugeait vieillissante, insuffler des coproductions pour rentabiliser les expositions, lancer un projet de bateau-ambassadeur pour la préservation des océans et relancer de nouveaux programmes et de nouvelles recherches, rénover l’institut en en faisant une sorte d’agence de presse de données scientifiques à destination du plus grand nombre. Du coup, en octobre 2008, alors que son contrat n’est pas reconduit « pour absence de gestion » d’après le conseil d’administration et Michel Petit, président de la fondation Albert Ier, Etienne plaide pour une gestion humaine plutôt que financière. Tout en dénonçant un manque d’interlocuteurs pour avancer.

L’intérimaire

C’est Jean-Didier Blanchet, ex-directeur général d’Air France dans les années 90, qui remplace Jean-Louis Etienne. Nommé pour 3 mois, il est renouvelé. C’est un gestionnaire pur et dur qui assure l’intérim, le temps de nommer un nouveau directeur.

Le Monégasque

Reprise en main du gouvernement princier après l’affaire Jean Louis Etienne, avec la nomination de Robert Calcagno. Cet ancien conseiller au cabinet d’Albert II, puis conseiller de gouvernement pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme entre 2006 et 2009, est nommé en avril 2009 directeur général de l’institut océanographique et du musée océanographique. Pour lui, « le centenaire n’est qu’une étape pour réaffirmer nos actions. Notre mission centrale, c’est la médiation des connaissances scientifiques vers le grand public et les décideurs et vice-versa. » Comme il l’a rappellé lors de la conférence de presse du centenaire du musée, le 29 mars dernier : « Au moment où la conférence de la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) de Doha au Qatar, ne s’est pas prononcée en faveur de plusieurs espèces en danger d’extinction, comme le thon rouge, le requin-marteau ou le requin-taupe, il est encore plus important que le musée et l’institut océanographique rappellent leurs rôles. » Avant d’ajouter : « Albert II m’a donné plusieurs axes de travail lors de ma nomination : il m’a demandé de remettre de la vie et de la jeunesse dans le musée en étant ancré dans notre temps : l’exposition de Damien Hirst en est le résultat ; de remettre en lumière notre magnifique patrimoine, c’est en cours grâce à l’enveloppe princière de 30 millions d’euros ; et de nous impliquer dans l’avenir autour de l’engagement renouvelé pour la connaissance et la protection des océans avec le lancement de la Monaco Blue Initiative pour sensibiliser les décideurs et l’opinion publique. De plus, le musée travaille avec la fondation Prince Albert II pour ce qui concerne les questions politiques ; pour avoir plus de poids auprès des donneurs d’ordres. »

9 directeurs en 100 ans

1900-1945 : Jules Richard
1945-1957 : Jules Rouch
1957-1988 : Jacques-Yves Cousteau
1989-2001 : François Doumenge
2001-2004 : Michèle Dufrenne
2004-2007 : Jean Jaubert
2007-2008 : Jean-Louis Étienne
2008-2009 : Jean-Didier Blanchet
Depuis 2009 : Robert Calcagno
2006 : Les changements de statuts permettent désormais une plus grande marge de manœuvre à la Principauté. Le Prince devient président d’honneur de la fondation Albert Ier, l’Etat monégasque dispose de 2 représentants au conseil d’administration, et le musée océanographique et l’institut fondation Albert-Ier peuvent être dirigés par une seule et même personne. Objectif : permettre une meilleure gourvernance.

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