lundi 6 décembre 2021
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Mecaplast : « La pilule
a du mal à passer »

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Après les fermetures programmées de Théramex et Monachem, c’est un nouveau coup dur pour l’industrie monégasque. Mecaplast a décidé de procéder à des suppressions de postes dans son usine historique. Un choc pour les salariés.

 

Nouvelle restructuration chez Mecaplast. Deux ans quasiment jour pour jour après avoir procédé à 71 licenciements secs dans le cadre d’un vaste « projet de redéploiement », le couperet est tombé le 25 octobre : 67 postes sont supprimés sur le site de production monégasque. Un choc énorme pour les salariés de Mecaplast Production qui ne s’attendaient pas à un plan social de cette ampleur. « On savait que ça allait faire mal mais pas à ce point, commentent les délégués syndicaux et du personnel Jean-François Vestri et Raphaël Routier. La direction a annoncé qu’elle privilégiait des départs volontaires. Mais comment imaginer 67 départs volontaires dans une société de 140 personnes ? La pilule a du mal à passer. » Dans cette société emblématique de Monaco, créée par Charles Manni, certains employés ont fait toute leur carrière. « L’ancienneté dans l’entreprise est en moyenne de 24 ans, certains y sont restés 35. Il y a des familles touchées. Peut-être bientôt des couples au chômage… » se désolent les responsables du personnel.

 

Baisse du chiffre d’affaires de 38,5 % en 5 ans

Depuis juillet, la situation était tendue dans l’entreprise qui développe et fabrique des pièces détachées pour les véhicules. Le 10 juillet, une cinquantaine de salariés avaient ainsi fait grève pour une durée de 24 heures et défilé dans les rues de Fontvieille, craignant un plan social à la rentrée de septembre. La direction elle-même avait indiqué qu’elle opèrerait une « réorientation géographique » pour se positionner sur d’autres secteurs industriels. Avec « une éventuelle adaptation de l’effectif et des surfaces » à la clé…

Conséquence de « l’érosion significative et structurelle » du portefeuille de commandes, liée à la baisse de la production de véhicules en France de 40 % et en Europe de l’ouest de 20 % entre 2009 et 2013 : la chute de 38,5 % du chiffre d’affaires entre 2008 et 2013 chez Mecaplast Production devrait se confirmer en 2014 et 2015. Les projections annoncent 12,8 et 9 millions d’euros de chiffre d’affaires pour les prochains exercices… Cette baisse d’activité avait déjà entraîné l’arrêt du recours aux intérimaires, des mesures de chômage temporaire ou encore le non remplacement des départs…

 

67 départs volontaires… au mieux

Aujourd’hui, on passe à la vitesse supérieure avec la restructuration du site historique de Fontvieille et la réduction d’effectifs qui se concrétisera, au mieux, avec 67 départs volontaires. Une décision qui provoque la colère des syndicats. « Les départs volontaires, ce sont des licenciements déguisés. Si le groupe Mecaplast peut faire 660 millions de chiffre d’affaires, c’est bien parce qu’il y a une usine à Monaco. N’oublions pas que le fondateur Charles Manni a commencé dans un garage monégasque avec deux presses en 1955… », rappelle le responsable de l’USM, Olivier Cardot. La décision de délocaliser la production a d’autant plus de mal à passer que Mecaplast a reçu 14 millions d’aide du gouvernement. « Qu’est-ce que la direction a fait de cet argent ? Alors que la politique du gouvernement est de miser sur l’attractivité et de faire venir des investisseurs pour implanter des entreprises à Monaco, un entrepreneur monégasque (Thierry Manni, président du conseil d’administration et fils de Charles Manni, N.D.L.R.) délocalise sa production ! »

 

Premiers rendez-vous

Reste qu’aujourd’hui, les négociations démarrent. Le premier rendez-vous avec les délégués du personnel et syndicaux devait se dérouler ce mercredi pour fixer le calendrier. Première revendication : « On exige qu’un représentant de l’USM soit à la table des négociations », insistent-ils. « Il s’agira ensuite de demander des conditions de départ plus favorables. » La direction s’est engagée à mettre en place un dispositif d’accompagnement comprenant « une cellule psychologique une proposition de mobilité interne sur une trentaine de postes basés en France et à Monaco, une cellule de reclassement et une indemnité de départ supérieure à l’obligation légale ». Pas suffisant pour les responsables du personnel : « Ces mesures d’accompagnement prêtent à sourire. Les conditions financières proposées sont trop basses et ne sont pas avantageuses, contrairement à ce que dit le gouvernement. S’agissant des propositions de mobilité, quel salarié va accepter de déménager en France, compte tenu de la précarité actuelle ? Y a-t-il des aides au déménagement ? Cela donne droit à l’ouverture de négociations supplémentaires. L’aide de l’Etat à hauteur de 14 millions d’euros donne le droit d’avoir des exigences ». Un appel clair et net au gouvernement et au conseiller pour les affaires sociales Stéphane Valeri, afin qu’il fasse preuve de vigilance. Ce dernier avait acté dans un communiqué « la réduction d’environ la moitié des effectifs du site de production monégasque. Le gouvernement — et plus particulièrement le département des Affaires sociales — veillera à ce que toutes les dispositions nécessaires soient prises pour soutenir les salariés dans leur recherche d’emploi à venir en principauté », a-t-il prévenu. Les salariés victimes du dégraissage pourront ainsi s’inscrire auprès du service de l’emploi, quel que soit leur lieu de résidence. « S’agit-il de maintenir l’emploi ou bien d’encourager les départs volontaires tout en actant la mort de l’emploi à Monaco ? » s’interroge alors Olivier Cardot.

Autre question en suspens : comment ne pas pointer le flou artistique qui accompagne le projet stratégique du groupe ? La direction de Mecaplast Production annonce que la société doit amorcer un virage pour sortir de l’activité 100 % automobile et se diversifier dans d’autres secteurs. Notamment à travers la société Foreplast. Dans un communiqué, « le groupe Mecaplast réaffirme sa volonté de renforcer ses activités en principauté, confirmant ainsi son ancrage historique. Ceci passe par le renforcement de son siège social à Monaco et de son Centre d’expertises spécialisé dans la conception de produits intérieurs, l’ensemble représentant 200 collaborateurs. » Cela reste encore à prouver.

 

Comment Mecaplast a touché 14 millions d’euros de l’Etat ?

Au fil des ans, et depuis la dégradation de l’activité de Mecaplast, l’Etat monégasque a financé Mecaplast à hauteur de 14 millions d’euros. Il a consenti dès 2008 une garantie de paiement sur un prêt accordé par la HSBC à Mecaplast pour un montant de 10 millions d’euros. En 2009, deux prêts ont été concédés par l’Etat : l’un, de 3 millions d’euros, à Mecaplast. L’autre, de 9,3 millions d’euros, à la filiale française Mecacorp. Sachant que les intérêts étaient facturés tous les semestres ou trimestres à l’Etat… Sans oublier les impayés de charges locatives. Bien évidemment l’ensemble n’a pas été remboursé à l’Etat monégasque. Un abandon de créances a permis de sauver le groupe monégasque au moment de l’effondrement du marché automobile européen.
En 2009, l’équipementier monégasque, au bord de la faillite, a également bénéficié du soutien financier du Fonds de modernisation des équipementiers automobile français (FMEA). Après avoir injecté 55 millions d’euros, il est entré au capital de l’entreprise à hauteur de 33 %. Mecaplast Group est un des leaders européens de l’équipement automobile. Il est aujourd’hui dirigé par Pierre Boulet et réalise un chiffre d’affaires de 661 millions d’euros. Les 6 000 collaborateurs sont implantés dans 16 pays.

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Monaco Hebdo