mardi 19 octobre 2021
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La bourse ou le Grand Prix

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Casino
© Photo SBM.

Le 24 mai, la grève des employés de jeux européens durant le week-end du Grand Prix semblait inéluctable.

Lors du bouclage de Monaco Hebdo, la tension était à son comble à la Société des bains de mer. « A ce moment précis, il y a 70 % de chances que l’on fasse grève. Deux tiers des employés en ont ras-le-bol », confiait Eric Elena, secrétaire général du syndicat des jeux européens. Sans pour autant préjuger du résultat des urnes?: le vote des 150 employés de jeux européens se clôturait le 25 mai à 22 heures. Mais les choses semblaient mal engagées. Malgré deux réunions au conseil national, avec l’ensemble des groupes politiques de l’assemblée – sauf l’UPM –, le scénario laissait préjuger du pire. C’est bien simple?: le gouvernement a évité de peu un sitting des employés de jeux européens devant le Ministère d’Etat. Initialement, le rendez-vous avec Michel Roger était fixé après le Grand prix. De quoi irriter un personnel à fleur de peau qui comptait défiler de la place d’Armes jusqu’à Monaco-Ville, et attendre le temps qu’il fallait, place de la visitation, pour que le gouvernement les reçoive?! Ce n’est qu’à la dernière minute que le ministre d’Etat a décidé de les rencontrer avant le départ des F1, mercredi à 15h… Une rencontre qui a sans doute peu de chances d’aboutir. Selon une source officielle, « le ministre reçoit les syndicats à leur demande. Mais la ligne du gouvernement, basée sur l’écoute et la fermeté, reste inchangée depuis le week-end de Pâques. »

« Ça coûte 0 euro à la maison »

Or, comme à Pâques justement, les employés de jeux européens demandent « d’augmenter leur minimum garanti. Ça coûte 0 euro à la maison, qui se limite à payer nos charges patronales. Soit 26?000 à 27?000 euros par employé et par an. Nous sommes payés sur nos pourboires », justifie Eric Elena. Avant d’aller plus loin?: « Nos revenus ont chuté à cause de manquements dans la gestion, dans l’organisation du secteur jeux. Depuis 1982, tout ça nous a coûté 23 millions d’euros. » De là à demander 10?000 euros de minimum garanti comme le soutient la SBM?? « Il nous arrivait de gagner bien plus », réplique le syndicaliste, sans rentrer dans la bataille des chiffres.
Autre problème?: le conflit social devrait se régler au tribunal. « La SBM se met hors la loi en décidant de placer des roulettes européennes dans tous les casinos et de nous enlever notre outil de travail. Nous venons de déposer un recours en justice », annonce Eric Elena, qui rappelle que les employés de jeux européens ont le monopole des « cylindres »… De quoi ranimer la guéguerre intestine avec les frères ennemis des jeux américains?? « Il ne faut pas faire l’amalgame entre jeux européens et jeux américains. Les jeux européens, c’est l’aboutissement d’une carrière. C’est la crème?! », distingue le croupier, chiffres à l’appui?: « Au week-end de Pâques, les employés ont généré 44?000 euros de pourboires en 4 jours. Nous, en un soir, 70?000 euros?! »

Le conseil national médiateur

Le conseil national, lui, aura tenté, à coup de réunions avec les différents secteurs de jeux, d’éviter le mouvement social. « La SBM ne voulant plus discuter, nous avons proposé la médiation de la commission de coopération avec la SBM », soupire le président Jean-François Robillon. Qui veut voir un espoir « au-delà de la grève »?: « Il faut relancer la négociation sur le statut unique. La SBM est une poudrière alors qu’il s’agit d’un poumon économique pour les Monégasques », regrette encore Jean-François Robillon (Union des Monégasques). De son côté, Laurent Nouvion (Rassemblement & Enjeux) avait demandé « la suspension du principe des menaces réciproques. Il faut que tout le monde se mette à la même table. » Et vite. Car aujourd’hui, en période de crise, la population a de plus en plus de mal à comprendre les revendications des croupiers. « Leur image est écornée, souffle Nouvion. Je les ai prévenus qu’ils étaient en train de se tirer une balle dans le pied… »

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Monaco Hebdo