samedi 15 août 2020
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Julie Bourges : le phénix qui inspire

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Le 12  février  2013, Julie Bourges n’a que 16 ans quand elle est brûlée à 40 % de son corps. Un drame dont elle a su faire une force pour elle, et pour les autres, grâce aux réseaux sociaux. Souvent invitée à Monaco par certaines marques, elle a accepté de se raconter pour Monaco Hebdo. Portrait.

Elle est devenue, un peu malgré elle, un symbole, un exemple. La fille à suivre. Sur son compte Instagram, créé le 13 novembre 2015, elle compte aujourd’hui 177 000 abonnés. Des gens que sa force inspire. « Pourtant, je l’ai ouvert parce que j’avais besoin d’aide. Et finalement, c’est eux que j’aide ! » Julie Bourges a un sourire et un rire communicatif. A 20 ans, la jeune femme respire la joie de vivre. Difficile d’imaginer qu’elle a traversé l’enfer quatre ans plus tôt. « C’était le 12 février 2013, le jour de carnaval. Un ami se déguisait en berger, se souvient Julie Bourges. Avec une copine, on a décidé de se déguiser en mouton. » Fières de leur idée, les deux ados achètent du scotch double face et des boules de coton. Elles fixent le scotch sur leurs jeans et t-shirts et ajoutent le coton.

Une cigarette

« La journée se passe normalement. Je fumais au lycée et il n’y avait pas eu de problème. D’ailleurs, mon amie fumait aussi. Et elle non plus n’a pas eu de soucis. » En fin de journée, Julie retrouve sa meilleure amie de l’époque dans la rue, près de chez elle à La Gaude. Sa copine demande à fumer une cigarette. Les deux adolescentes de 16 ans fument toutes les deux, l’amie de Julie passe un coup de fil. « Je ne remarquais rien, je fumais ma cigarette et là, elle me dit “tu prends feu !”, se souvient la jeune femme. Je me mets à courir, ce qui est un mauvais réflexe, parce que ça active les flammes. Tout mon costume prenait feu. Au niveau de la douleur, je ne sentais pas grand-chose. Je pense que l’adrénaline a dû jouer. »

Coma

Elle finit par se rouler par terre et une voisine intervient pour éteindre les dernières flammes avec de l’eau. Les secours et les parents de Julie Bourges arrivent à leur tour. « Les pompiers me font prendre une douche tiède pour éviter le choc thermique et l’hypothermie. C’est à ce moment que j’ai eu mal. Une douleur atroce, décrit Julie Bourges. Mais j’ai quand même marché jusqu’au camion par mes propres moyens. Je ne me rendais pas compte de ce qui m’était arrivé. J’étais consciente et je pensais que je m’étais juste un peu brûlée et que j’allais sortir de l’hôpital le lendemain. » Son dernier souvenir de ce jour-là, c’est la vision du masque que les pompiers apposent sur son visage pour l’endormir. Elle ne se réveillera que trois mois plus tard, après avoir été maintenue dans un coma artificiel, à l’hôpital militaire Saint-Anne de Toulon.

Rêves artificiels

« Pour moi, la vie avait continué. Durant mon coma, probablement à cause des sédatifs très forts qu’on m’administrait, j’ai fait beaucoup de rêves. Ils avaient l’air réels comme lorsque l’on émerge du sommeil et qu’on n’est pas encore vraiment dans la réalité. Sauf que là, c’était puissance 10, détaille Julie Bourges. Toutes les sensations étaient au max. J’ai rêvé que ma mère avait un quatrième enfant. D’ailleurs, quand je me suis réveillée, j’ai demandé où était ma sœur ! » Mais à son réveil, c’est la douleur et la terrible réalité qui l’attendent. « J’étais bandée de la tête aux pieds, brûlée au troisième degré sur 40 % du corps. J’étais passée de 48 à 33 kg, je n’avais plus de poitrine, raconte-t-elle. Ma mère m’a annoncé que mes cheveux avaient été coupés. Je me souvenais que je portais une cagoule au moment de mon accident, donc je savais que j’avais toujours mes longs cheveux. Lorsqu’elle m’a dit ça, j’ai pensé qu’ils avaient fait un carré. Peut-être parce que mes cheveux les gênaient pour me soigner. »

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« J’étais bandée de la tête aux pieds, brûlée au troisième degré sur 40 % du corps. J’étais passée de 48 à 33 kg, je n’avais plus de poitrine »

 

Multiples greffes

En réalité, les chirurgiens ont dû lui raser le crâne. Un choc pour cette adolescente pour qui ses très longs cheveux blonds étaient partie intégrante d’elle-même. « Comme j’étais brûlée sur la quasi moitié de mon corps, c’était un problème pour prélever de la peau et faire les greffes. Les boules de coton avaient pris feu et brûlé mon corps un peu partout. » Les médecins doivent prélever la peau de son crâne pour effectuer des greffes. Lorsque Julie finit par se regarder dans un miroir, elle ne se reconnaît pas. « J’avais une grosse cicatrice rouge-violette sur le visage. Je me suis demandé si j’allais garder ça, si j’allais retrouver une peau de couleur normale. » A cause d’une trachéotomie et de la fonte musculaire, Julie Bourges doit tout réapprendre : à marcher, à parler, à respirer, à manger, à boire. « En fait, je suis comme un bébé. Le moindre petit cadeau, la moindre petite attention, je suis contente, mais dès que je suis seule, je panique, se souvient-elle. A 16 ans, normalement, c’est l’âge de l’indépendance, mais là, j’étais complètement dépendante de mes parents. »

Sport

Très vite, son caractère volontaire reprend le dessus. Julie Bourges tient absolument à passer en terminale pour rester avec ses amies et passe l’épreuve des Travaux personnels encadrés (TPE) à l’hôpital. Puis, avec sa kinésithérapeute, elle reprend confiance dans son corps. Cette ancienne gymnaste, accro à la compétition, doit se le réapproprier. Très vite, l’entrainement recommence. La rééducation se poursuit durant trois mois à l’hôpital. Elle ne rentre chez elle que le 12 juillet 2013, pile 6 mois après son accident. Et en septembre, elle effectue sa rentrée scolaire. « J’avais acheté une perruque, parce que je n’assumais pas d’avoir le crâne rasé. Et je me suis couverte de vêtements : manches longues, écharpe, etc. » Julie ne remarche normalement qu’en octobre de cette année-là et continue à se couvrir entièrement pendant deux ans.

S’assumer

Et puis, un jour de novembre 2015, elle crée son compte Instagram qu’elle nomme Douze Février. Le jour de son accident. « J’avais besoin de savoir ce que pensaient les gens de moi, de mon corps. J’ai fait le pari que les réseaux sociaux avaient du bon, estime-t-elle. C’était un appel à l’aide, j’avais besoin qu’on me dise “assume-toi”. Et j’ai fait face à une vague de solidarité incroyable. »

 

« Je suis invitée aux côtés de bloggeuses et youtubeuses, c’est fou ! Je suis souvent à Monaco pour des événements organisés par des grandes marques »

 

Joie de vivre

Des jeunes filles lui écrivent pour lui dire combien elle les inspire. Elle devient, un peu malgré elle, un exemple. De combativité, de force. Mais de joie de vivre aussi. Car sur toutes ses photos, Douze Février affiche un grand sourire. Et une détermination sans faille. Depuis sa rééducation, elle s’est tournée vers le fitness qu’elle pratique plus de 4h par semaine à côté de ses footings et autres activités sportives. A force d’exercices, elle s’est redessiné un corps tout en muscles. « Le sport est ma passion, j’en pratique depuis mes 4 ans ! Je pense que c’est l’esprit de compétition et l’envie d’aller plus loin qui m’ont aidés à arriver là où j’en suis aujourd’hui. »

Grands brûlés

Avec ses 177 000 abonnés, elle est approchée par les médias, mais aussi par les marques. « Je suis invitée aux côtés de bloggeuses et youtubeuses, c’est fou ! Je suis souvent à Monaco pour des événements organisés par des grandes marques. Mais cela me permet de faire parler de la cause des grands brûlés. J’ai l’impression qu’elle est grandissante. Je ne sais pas si c’est le fait de faire des émissions, mais on en parle beaucoup plus. » La jeune fille souhaite faire évoluer le regard des gens sur les grands brûlés. « 10 000 personnes sont brûlées tous les ans. C’est énorme. Bien souvent, elles n’osent pas sortir de chez elles, de peur d’être jugées, de peur du regard des autres, explique Julie Bourges. Moi aussi, au début, je voyais ces regards avec de la pitié, de la peur mais aussi des interrogations. Je préfère que les gens viennent me voir pour me demander ce qui m’est arrivé. C’est beaucoup mieux d’expliquer. » Aujourd’hui, Julie se cache moins. Cet été, elle l’a annoncé sur Instagram, elle a remis un short pour la première fois depuis son accident. Un grand pas pour elle.

Future coach

Résolument tournée vers l’avenir, Julie Bourges s’apprête à passer le Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS) qui lui permettra de devenir coach sportif. « Je voudrais faire quelque chose de différent, proposer un coaching de vie à côté du coaching sportif, explique-t-elle. J’aimerais aider les gens à s’accepter tels qu’ils sont avant de changer leur corps, même si cela paraît paradoxal ! » Elle n’a pas l’intention d’abandonner son compte Instagram et affirme être infiniment reconnaissante envers ses abonnés. « Je me demande parfois si tout cela ne va pas être éphémère. Est-ce que les gens vont se lasser ? Qu’est-ce qu’ils attendent de moi ? Est-ce qu’il faut que j’écrive un livre ? Est-ce que ce serait prétentieux ?, s’interroge la jeune femme. Quand on atteint une petite notoriété, il faut garder les pieds sur terre et avoir un plan derrière. » D’une grande maturité, Julie Bourges espère continuer à donner du courage à ses abonnés, qui eux, c’est sûr, lui en donnent chaque jour.

 

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