lundi 27 septembre 2021
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Isabelle Bonnal : « Humilité et pragmatisme sont les valeurs qui me guident »

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Une deuxième année sous Covid-19 : c’est le scénario auquel se préparent les enseignants et les élèves à Monaco. Si le spectre du coronavirus continue de faire peser un certain nombre d’incertitudes, la directrice de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, Isabelle Bonnal, explique à Monaco Hebdo les adaptations déployées pour cette rentrée 2021.

Comment abordez-vous cette rentrée 2021 ?

J’aborde cette rentrée avec sérénité et vigilance. Sérénité tout d’abord, parce que la rentrée scolaire se fera dans les conditions les plus normales possible pour les élèves. Mais l’épidémie n’est pas terminée. C’est pourquoi, il faudra continuer à porter le masque dès le CP et respecter encore les gestes barrières. Mais les élèves pourront retrouver leurs camarades et leurs enseignants, continuer à apprendre et à construire leur personnalité. L’école, c’est la vie, et je remercie tous ceux qui ont contribué à faire de cette rentrée ce moment si important pour nos jeunes, malgré le Covid-19.

Il faudra donc aussi de la vigilance ?

Il faudra de la vigilance également, oui, car l’épidémie de Covid-19 est toujours présente, et demeure une préoccupation de tous les instants. Sur ce point, nous bénéficions de l’expérience de 2020-2021. Grâce aux mesures sanitaires mises en œuvre, les établissements scolaires de la principauté n’ont pas été un foyer de contamination, ce qui est une belle satisfaction. Cette réussite est le fruit de la mobilisation de tous les acteurs, personnels, parents, élèves, et de la politique du gouvernement princier qui a mobilisé les moyens nécessaires pour assurer l’accueil des élèves à l’école dans des conditions de sécurité sanitaire maximales.

En France, il y a eu 12 semaines de fermeture des écoles depuis mars 2020, contre 56 semaines aux États-Unis et 34 semaines en Allemagne : et à Monaco ?

À Monaco, les classes ont été fermées entre 8 et 12 semaines, selon les niveaux. Fidèle à sa gestion pragmatique de la crise sanitaire, le gouvernement princier a décidé de faire revenir en classes les élèves de manière progressive, en donnant la priorité à ceux qui préparaient des examens de fin de cycle et aux classes charnières pour le premier degré. Ainsi, dès le 11 mai 2020, les lycéens ont pu retourner en cours, suivis par les collégiens le 18 mai, les écoliers le 25 mai, et enfin les grandes sections de maternelles le 8 juin 2020. À la rentrée de septembre 2020, la principauté a privilégié l’enseignement en présentiel. Nous avons pu maintenir ce dispositif toute l’année scolaire, grâce à la mobilisation de la communauté éducative, et à la mise en place de protocoles sanitaires stricts, afin d’assurer la santé et la sécurité des élèves et du personnel.

« À Monaco, les classes ont été fermées entre 8 et 12 semaines, selon les niveaux. Fidèle à sa gestion pragmatique de la crise sanitaire, le gouvernement princier a décidé de faire revenir en classes les élèves de manière progressive »

Sur le plan sanitaire, qu’est-ce qui a changé par rapport à la rentrée 2020 ?

En l’état actuel de la situation sanitaire, le gouvernement a décidé, pour l’heure, de maintenir les mesures sanitaires mises en œuvre l’an passé, à savoir : le lavage et la désinfection des mains plusieurs fois par jour, la mise à disposition de gel hydroalcoolique, le port du masque obligatoire pour le personnel et les élèves à partir du CP, la limitation du brassage des élèves, le respect de la distanciation sanitaire, et la désinfection et l’aération renforcées des locaux. Ces mesures ont montré leur efficacité. Ainsi, aucune fermeture d’établissement scolaire n’a dû être décidée par le gouvernement princier en raison de la présence d’un foyer de contamination. Bien évidemment, il convient de demeurer pragmatique, et ces mesures seront susceptibles d’évoluer en fonction du contexte sanitaire à venir.

Quels enseignements avez-vous tiré de cette année 2020 passée sous la menace des contaminations au Covid-19 ?

L’année 2020 a d’abord montré la capacité de la mobilisation et la responsabilisation de la communauté éducative au sens large. Ceci est à saluer. Cette mobilisation et cette responsabilisation de tous les acteurs ont eu un impact réel pour lutter contre la propagation du virus. Le bon respect des gestes barrières en a été le signe le plus manifeste. La mise en œuvre de protocoles a facilité la réactivité face aux cas de contamination et a permis d’être transparent vis-à-vis des familles. Je souligne aussi la réussite collective que la mobilisation et le sérieux dont tous les intervenants ont fait preuve d’un bout à l’autre de la chaîne : les établissements scolaires, la direction de l’Education Nationale de la Jeunesse et des Sports (DENJS), les autorités sanitaires, les familles et les élèves. C’est cette unicité d’action qui a permis de gérer sereinement, et de manière proportionnée, chaque situation. Ce que Monaco a montré en 2020, c’est qu’il était possible de permettre aux élèves de venir à l’école, de poursuivre un enseignement en présentiel, dans le respect strict des règles sanitaires. Je crois que nous pouvons tous nous en féliciter.

Quel est le dispositif prévu pour cette rentrée 2021 : uniquement du présentiel ou un système qui mixe présentiel et cours à distance ?

Pour cette rentrée 2021, fort de la réussite du maintien des cours en présentiel tout au long de l’année scolaire passée tout en assurant la sécurité sanitaire de l’ensemble de la communauté éducative et au vu de la situation sanitaire, le gouvernement a décidé de ne pas modifier la doctrine : privilégier l’enseignement en présentiel est, et restera, une priorité absolue. Ainsi, la nouvelle année scolaire est prévue avec un enseignement en présentiel intégral. Même si nous avons désormais les outils, les ressources et l’expérience nécessaires pour mieux faire face, le cas échéant, à une fermeture d’une classe ou de nos écoles, le recours à l’enseignement à distance ne peut constituer qu’une solution d’ultime recours.

« À la rentrée de septembre 2020, la principauté a privilégié l’enseignement en présentiel. Nous avons pu maintenir ce dispositif toute l’année scolaire, grâce à la mobilisation de la communauté éducative, et à la mise en place de protocoles sanitaires stricts, afin d’assurer la santé et la sécurité des élèves et du personnel. » Isabelle Bonnal. Directrice de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. © Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« Même si nous avons désormais les outils, les ressources et l’expérience nécessaires pour mieux faire face, le cas échéant, à une fermeture d’une classe ou de nos écoles, le recours à l’enseignement à distance ne peut constituer qu’une solution d’ultime recours »

Le port du masque sera obligatoire partout ?

Effectivement, le port du masque sera obligatoire en intérieur et en extérieur des établissements scolaires pour les élèves à partir du CP et pour tous les personnels, y compris lors de la pratique sportive en lieu clos. Je tiens à rassurer les familles concernant le sport scolaire. La DENJS fera en sorte que la grande majorité des enseignements d’éducation physique et sportive (EPS) soient dispensés en extérieur.

En France, dans les collèges et les lycées, seuls les élèves non vaccinés devront rentrer chez eux s’il y a un cas de Covid dans leur classe : et à Monaco ?

Depuis le début de la crise sanitaire, la stratégie déployée au sein des établissements scolaires repose sur une gestion pragmatique des fermetures de classes et des cas contacts. Après chaque apparition d’un cas positif, une enquête épidémiologique est effectuée. Celle-ci permet d’apprécier la situation des différentes personnes ayant été en contact avec celle déclarée positive, et de décider, ou non, la fermeture d’une classe. En classes de maternelle, la fermeture de la classe sera prononcée dès le premier cas positif d’un élève car, en raison de leur jeune âge, ces enfants ne portent pas de masque, ce qui accroît le risque de contamination. De l’école élémentaire au post-bac, la fermeture d’une classe sera examinée à partir de trois cas positifs. Cette fermeture ne sera prononcée que si la suspicion de contamination provient réellement de la classe concernée. Les élèves considérés comme « contacts à risque élevé », vaccinés ou pas, seront placés en éviction, et feront l’objet d’un test de dépistage. Quant aux élèves « contacts à risque faible », ils poursuivront les cours en présentiel. Ils seront surveillés et testés en tant que de besoin dans leur établissement, afin de s’assurer de leur non-contamination.

« Les élèves considérés comme “contacts à risque élevé”, vaccinés ou pas, seront placés en éviction, et feront l’objet d’un test de dépistage. Quant aux élèves “contacts à risque faible”, ils poursuivront les cours en présentiel »

Combien de tests hebdomadaires sont visés chez les écoliers ?

À ma connaissance, il n’est pas prévu d’organiser des campagnes hebdomadaires de tests dans les écoles. Comme l’an passé, des tests seront organisés dans les établissements scolaires, mais uniquement dans le cadre de la gestion des cas contacts d’une personne testée positive, et ce, afin de s’assurer de leur non-contamination. Je tiens à remercier la direction de l’action sanitaire et le centre national de dépistage qui permettent la réalisation de ces tests dans les établissements scolaires depuis maintenant une année.

Allez-vous déployer des campagnes de vaccination spécifiques dans les écoles ?

La vaccination fait effectivement partie de la stratégie du gouvernement princier pour lutter contre la propagation du Covid-19. Elle en est même un élément majeur, puisqu’elle permet de réduire le nombre de cas graves, d’hospitalisations et de décès. Toutefois, le maintien et le respect des gestes barrières (port du masque, distanciation physique, etc.) sont indispensables, afin de limiter les contaminations. À ce jour, le gouvernement n’a pas décidé de mettre en place des campagnes de vaccination dans les établissements scolaires, d’autant que le centre national de vaccination, situé à l’auditorium Rainier III, répond non seulement aux besoins des nationaux et des résidents âgés de plus de 12 ans, mais permet également la vaccination des salariés de la principauté. Afin de favoriser la vaccination, les élèves pourront s’absenter afin de se rendre à leur rendez-vous pendant le temps scolaire. Les établissements scolaires feront preuve, dans cette perspective, d’une certaine tolérance.

Comment protéger les enfants qui sont en école primaire, les collégiens de moins de 12 ans et les nombreux adolescents qui ne seront pas vaccinés pour cette rentrée 2021 ?

Comme je vous l’ai précisé précédemment, si la vaccination est un élément majeur afin de lutter contre le virus, le respect des gestes barrières, à travers un protocole sanitaire strict, demeure un allié indispensable pour arriver à bout de cette crise sanitaire.

Dans un appel lancé en octobre 2020 dans The Lancet, plus d’une centaine de scientifiques estiment que laisser circuler le virus parmi les enfants et les adolescents serait à la fois une atteinte morale et une erreur sanitaire : qu’en pensez-vous ?

Il ne m’appartient pas de me prononcer sur cette question.

« Ce que Monaco a montré en 2020, c’est qu’il était possible de permettre aux élèves de venir à l’école, de poursuivre un enseignement en présentiel, dans le respect strict des règles sanitaires. » Isabelle Bonnal. Directrice de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports. © Photo Manuel Vitali / Direction de la Communication

« En classes de maternelle, la fermeture de la classe sera prononcée dès le premier cas positif d’un élève car, en raison de leur jeune âge, ces enfants ne portent pas de masque, ce qui accroît le risque de contamination. De l’école élémentaire au post-bac, la fermeture d’une classe sera examinée à partir de trois cas positifs »

Quel pourcentage de vaccinés (première et deuxième injection) avez-vous chez les 12-17 ans (les collégiens et les lycéens), chez les enseignants, chez le personnel administratif, et quels sont vos objectifs de vaccinés chez les élèves et personnels en milieu scolaire d’ici Noël 2021 et d’ici les vacances d’été 2022 ?

L’état de vaccination d’un individu est une donnée médicale à caractère personnel, que la direction de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports n’a pas à connaître. Il ne m’est donc pas possible de répondre à ces questions.

Pensez-vous que l’année scolaire 2021-2022 sera plus calme sur le plan sanitaire que l’année précédente ?

En ce qui me concerne, humilité et pragmatisme sont les valeurs qui me guident dans la gestion de l’éducation pendant cette crise sanitaire. Pour ce qui est de l’évolution de la situation sanitaire en principauté, je ne dispose malheureusement pas du don de prédiction, mais sachez que le gouvernement princier, mes équipes et moi-même continuerons à lutter avec toute notre énergie contre cette épidémie, et ainsi maintenir l’enseignement en présentiel, pour le bien-être et la réussite de nos élèves.

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Monaco Hebdo