vendredi 3 décembre 2021
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Fête nationale : « Un jour de fierté et d’appartenance à une communauté »

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Comme chaque année depuis 1952, la fête nationale monégasque a été célébrée le 19 novembre. Thomas Fouilleron, historien au palais princier, revient pour Monaco  Hebdo sur l’origine et les évolutions de cette manifestation.

L’origine de la fête nationale ?

L’origine de la fête du prince, ou fête nationale dans une version contemporaine, peut être rattachée au règne du prince Charles III (1818-1889). C’est au début de son règne, à partir de 1857, que l’habitude a été prise de fêter de façon systématique le saint patron du souverain. Ce jour est alors fixé au jour de la Saint-Charles, le 4 novembre.

Quel est le contenu de cette fête, à l’époque ?

Entre 1857 et 1871, cette fête se limite à un Te Deum à l’église Saint-Nicolas, en présence du gouverneur général, qui représente le prince à Monaco, de par sa fonction de chef du gouvernement. À l’époque, et ça peut sembler paradoxal aujourd’hui, le prince n’assiste pas à ces célébrations. En effet, même si on appelle cette célébration « la fête du prince », dans un premier temps, le prince en est totalement absent. Il va ensuite progressivement investir cette fête. Le premier passage en revue de la garde d’honneur remonte à 1871, sur la place du palais.

« Aujourd’hui, nous sommes dans une ère beaucoup plus médiatique, ce qui rend la présence réelle du prince fondamentale. Pour la plupart de leurs sujets, les souverains de l’Ancien Régime, en France, à Monaco ou ailleurs, étaient lointains. » Thomas Fouilleron. Historien au palais princier. © Photo Archives du Palais de Monaco.

« Entre 1857 et 1871, cette fête se limite à un Te Deum à l’église Saint-Nicolas, en présence du gouverneur général, qui représente le prince à Monaco, de par sa fonction de chef du gouvernement »

Pourquoi le prince était-il absent de sa propre fête ?

À l’époque, le prince n’assiste pas à ces célébrations tout simplement parce que, le plus souvent, il n’est pas à Monaco. Il faut rappeler que la résidence du prince à Monaco devient une réalité constante sous le règne du prince Rainier III (1923-2005). Auparavant, du prince Albert Ier (1848-1922) au prince Louis II (1870-1949), cette réalité se met progressivement en place. Au XVIIIème et au début du XIXème siècle, les princes viennent quelques semaines par an à Monaco. Car, pour défendre la souveraineté monégasque, il faut alors être à la cour de France, à Versailles, ou à la cour impériale. Charles III, jeune, fréquente beaucoup la cour de Napoléon III (1808-1873), à Saint-Cloud ou à Compiègne.

La question de la présence du prince pendant cette fête a donc évolué au fil du temps ?

Lors de la fête nationale, le prince est représenté par son gouverneur général. C’est lui qui se rend au Te Deum, à l’église Saint-Nicolas. À l’époque, il n’y a alors pas la nécessité de voir le prince se montrer physiquement. Aujourd’hui, nous sommes dans une ère beaucoup plus médiatique, ce qui rend la présence réelle du prince fondamentale. Pour la plupart de leurs sujets, les souverains de l’Ancien Régime, en France, à Monaco ou ailleurs, étaient lointains.

Le prince était tout de même parfois fêté en sa présence ?

La vraie fête « charnelle » autour du prince se déroulait à l’occasion de son retour à Monaco en compagnie de sa famille, une ou deux fois par an environ. Une entrée solennelle en principauté était alors organisée, et on faisait alors la fête au prince. Avec des arcs de triomphe éphémères, de la musique, des réjouissances populaires, des illuminations… Puis, au fil du temps, ces entrées solennelles ont fini par disparaître, car la présence du prince en principauté est devenue beaucoup plus régulière, avant de finir par se banaliser. L’extraordinaire est devenu ordinaire. Un passage de relais s’est effectué entre ces entrées solennelles, qui ponctuaient chaque retour du prince à Monaco, et le jour de sa fête. C’était un jour où les gens pensaient au prince, même s’il n’était pas présent, priaient pour lui à travers son saint patron, et rendaient grâce à Dieu pour être sous son règne et sous sa souveraineté.

Certains princes sont restés plus distanciés que d’autres part rapport à cette fête nationale ?

Pendant tout son règne, le prince Albert Ier n’a jamais assisté à une fête nationale. À l’époque, cette fête se déroulait le jour de la Saint-Albert, le 15 novembre. Or, cela correspondait à une période de l’année où le prince Albert Ier n’avait pas l’habitude de venir à Monaco.

Comment a évolué la fête du prince, ensuite ?

Dans la fête nationale, il y a d’abord la dimension religieuse, qui est primordiale, avec le Te Deum. Ensuite, il y a l’aspect militaire, avec la prise d’armes sur la place du palais. Des illuminations, une fête populaire, puis une représentation, musicale ou théâtrale, selon les époques, se mettent ensuite en place, grâce à la Société des bains de mer (SBM), toujours à partir des années 1870.

fête nationale Monaco
« Il ne faut pas oublier que le point de départ de cette fête du prince est religieux, avec le Te Deum. Cet aspect illustre bien le lien très particulier qui existe entre l’Église catholique et l’État monégasque, et qu’exprime la devise des princes : Deo juvante ! ». Thomas Fouilleron. Historien au palais princier. © Photo Michael Alesi / Direction de la Communication

« À l’époque, le prince n’assiste pas à ces célébrations tout simplement parce que, le plus souvent, il n’est pas à Monaco. Il faut rappeler que la résidence du prince à Monaco devient une réalité constante sous le règne du prince Rainier III (1923-2005) »

À partir de quand le prince est vraiment physiquement présent pendant cette fête ?

Avec le prince Louis II, à partir des années 1920, on voit un prince davantage présent. D’ailleurs, il remet lui-même les décorations qu’il attribue à l’occasion de la fête nationale, notamment les promotions de l’ordre de Saint-Charles. Le prince Rainier III crée ensuite d’autres ordres, notamment l’ordre des Grimaldi, l’ordre du Mérite culturel, puis différentes médailles. La médaille d’honneur date, par contre, du prince Albert Ier, et celle de l’éducation physique et des sports, du prince Louis II.

Quelles sont les dernières évolutions liées à cette fête nationale ?

Le prince Rainier III va donner une ampleur nouvelle et achever de codifier les temps forts de cette fête du prince, parfois mis en place pendant les règnes précédents, sans être systématisés. La soirée de gala est ritualisée, avec la représentation d’un opéra à la salle Garnier.

La date de cette fête nationale a aussi changé au fil du temps ?

En 1857, alors qu’il est dans la deuxième année de son règne, Charles III fixe la fête nationale le jour de son saint patron, la Saint-Charles donc, le 4 novembre. Puis, avec l’avènement du prince Albert Ier, en 1889, cette fête est déplacée au 15 novembre, ce qui correspond à la fête de saint Albert le Grand. Sous Louis II, qui arrive au pouvoir en 1922, la date aurait dû être fixée au 25 août, jour de la Saint-Louis. Mais, comme le 25 août était mal placé, en plein milieu de l’été, il a été décidé de déplacer cette fête au 17 janvier, qui correspond à la fête de saint Antoine abbé, le patron de la princesse Antoinette (1920-2011), qui était alors, avant la naissance de son frère, le prince Rainier III, l’héritière présomptive.

Et ensuite ?

En 1949, le prince Rainier III fixe la première fête nationale en même temps que les réjouissances de son avènement, au 11 avril 1950. Il fallait d’abord respecter six mois de deuil, à la suite de la mort, le 9 mai 1949, du prince Louis II. L’intronisation a donc lieu le 19 novembre 1949. Le prince Rainier III décide ensuite de revenir à cette date pour la fête nationale, à partir de 1952. Du coup, les premières fêtes nationales du prince Rainier III ont lieu le 11 avril 1950, puis le 11 avril 1951. L’année suivante, en 1952, la fête nationale est célébrée le 19 novembre.

Que s’est-il passé en 2005, avec l’avènement du prince Albert II ?

Pour rendre hommage à son père, le prince Albert II a décidé de maintenir la fête du prince à la date du 19 novembre. Cette fête devient alors véritablement une fête nationale. Car, même si on continue de parler de la « fête du prince », on ne fête plus le saint patron du souverain, sauf si, bien sûr, un successeur souhaitait changer cela. En maintenant la date du 19 novembre, le prince Albert II a rendu un hommage très fort à son père. Car cela signifie que la fête nationale de la principauté de Monaco est désormais, pour toujours, la fête du prince Rainier.

Sur le plan symbolique, que fixe cette fête nationale monégasque ?

À Monaco, la fête nationale est, avant tout, le moment où les sujets du prince et les résidents de la principauté montrent leur attachement et leur loyauté à l’égard de la dynastie des Grimaldi et des institutions. Comme dans tous les pays, c’est aussi, vis-à-vis de l’extérieur, un jour de fierté et d’appartenance à une communauté. C’est un moment pendant lequel on se réunit sur la place du palais princier. Ce symbole de la foule, au pied des fenêtres du palais, où le prince et sa famille sont acclamés, est quelque chose de très fort. La dimension militaire est aussi très importante aujourd’hui, comme les multiples médailles et décorations qui récompensent les mérites professionnels et personnels. Mais il ne faut pas oublier que le point de départ de cette fête du prince est religieux, avec le Te Deum. Cet aspect illustre bien le lien très particulier qui existe entre l’Église catholique et l’État monégasque, et qu’exprime la devise des princes : Deo juvante (1) !

1) Deo juvante : « Avec l’aide de Dieu. »

Une fête nationale joyeuse, malgré tout

Malgré l’absence de la princesse Charlène pour des raisons de santé et une cinquième vague de Covid-19 qui touche aussi la principauté, la fête nationale s’est déroulée dans la joie, portée par la présence de la jeune génération, jumeaux princiers en tête. Retour en images sur les principaux temps forts de ce moment de communion nationale.

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