vendredi 3 décembre 2021
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Ezio Greggio : « 18 000 petits-enfants en Italie… C’est plus fort que tout »

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Ezio Greggio, acteur, réalisateur, animateur de télévision, et président depuis 2015 du COM.IT.ES, le comité des Italiens à l’étranger de Monaco, est à nouveau candidat pour un nouveau mandat. Il explique pourquoi à Monaco Hebdo, tout en évoquant ses projets, notamment au cinéma. Interview.

Vous êtes président sortant du COM.IT.ES depuis avril 2015 : quel bilan faites-vous de ces six années ?

Le bilan est très positif. Le COM.IT.ES a beaucoup travaillé pendant ces six années, notamment avec l’ambassade d’Italie, car c’est la base de notre organisation. Nous apportons notre contribution à l’ambassade dans un certain nombre d’activités, comme la culture, par exemple. Nous avons aidé des familles italiennes qui avaient besoin d’aide. Nous avons fait preuve de solidarité auprès de ces familles, tout en épaulant également les Italiens qui arrivent à Monaco. Nous avons aussi travaillé sur la culture, sur la diffusion de la langue italienne, ou sur des manifestations, comme les fêtes de Noël, par exemple. Andrea Morricone, le fils du compositeur Ennio Morricone (1928-2020), a d’ailleurs fait un grand concert avec des musiciens de gospel italien.

Quelles sont les principales missions du COM.IT.ES ?

Le COM.IT.ES est né suite à une demande du ministère des affaires étrangères italien. L’objectif était d’aider les ambassades italiennes dans des activités annexes, comme la culture et le secteur événementiel. L’idée était aussi de parvenir à diffuser des informations à la population italienne qui réside à l’étranger.

Pourquoi être à nouveau candidat en cette fin d’année 2021 pour l’élection du COM.IT.ES ?

Je sors de six ans de présidence, et beaucoup d’Italiens m’ont demandé de continuer. Je crois qu’il est important d’avoir à Monaco une organisation qui peut aider les Italiens, quand ils en ont besoin. Par exemple, certaines chaînes italiennes, comme Mediaset où je travaille en Italie, n’étaient pas disponibles en principauté, sur la box de Monaco Telecom. Je suis parvenu à résoudre ce problème. Canale 5, Italia 1 et Rete 4 sont arrivées à Monaco, et on a aussi ajouté d’autres chaînes par la suite. Ce qui me motive beaucoup avec ma liste Greggio, c’est la volonté d’augmenter encore la présence de la culture italienne en principauté. Parmi mes activités liées à la culture, il y a mon festival de la comédie que je fais depuis 19 ans, le Monte-Carlo Film Festival de la comédie, qui a reçu le soutien du prince dès la première édition, en novembre 2001. Le COM.IT.ES aide ce festival, tout comme il aide aussi beaucoup d’autres activités culturelles à Monaco. J’aimerais que la langue italienne soit un peu plus représentée dans les communications officielles de la principauté.

Ezio Greggio interview Monaco
© Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« Le COM.IT.ES est né suite à une demande du ministère des affaires étrangères italien. L’objectif était d’aider les ambassades italiennes dans des activités annexes, comme la culture et le secteur événementiel. L’idée était aussi de parvenir à diffuser des informations à la population italienne qui réside à l’étranger »

Ezio Greggio

Qui seront les personnes présentes sur votre liste ?

Ma liste, qui s’appelle « liste Greggio », représente très bien la communauté italienne résidente à Monaco. C’est une liste jeune et variée, avec des entrepreneurs, des mécènes, des managers sportifs, des représentants du monde de la culture ou de l’événementiel, des journalistes, des éditeurs… Cette liste donnera une image très positive de la communauté italienne à l’extérieur et à Monaco.

Vous pourrez être à nouveau candidat en 2027 ?

Ce sera ma dernière participation à cette élection du COM.IT.ES, car on ne peut faire que deux mandats de six ans.

Vous travaillez aussi à la télévision italienne ?

Cela fait 40 ans que je fais de la télévision en Italie. Je participe à l’émission Striscia la Notizia depuis sa création en 1988, sur Canale 5. Le 13 décembre 2021, je retourne d’ailleurs dans les studios de Canale 5 avec mon amie, Michelle Hunziker. Ça sera la 35ème saison à laquelle je participe à cette émission d’information et de divertissement. Peut-être qu’on pourra aussi faire quelque chose pour ce projet de nouvelle télévision qu’a Monaco.

Et pour le cinéma ?

Je fais du cinéma en Italie, mais aussi aux États-Unis, au Canada, et en France depuis les années 1980.

En plus de ces activités, vous êtes aussi président d’une association créée en 1994, qui vient en aide aux enfants nés prématurés : pourquoi cet engagement ?

Mon fils, Gabriele, n’est pas né prématurément. Il est né au terme, mais il était très gros, et il n’avait pas envie de sortir. Du coup, ma femme a dû faire une césarienne. Il a ensuite dû passer quelques jours en soins intensifs à Milan. J’ai alors vu des médecins, des professeurs, des infirmières, bref tout le personnel de l’hôpital, travailler avec beaucoup de cœur, comme si les enfants qu’ils soignent étaient leurs propres enfants. J’ai découvert que ces gens-là font de vrais miracles. Ils doivent parfois sauver des enfants nés prématurément, qui ne font que 500 grammes. C’est incroyable. Mon fils faisait presque cinq kilos, et je voyais d’autres enfants qui ne faisaient qu’un kilo. J’ai aussi vu le visage des parents qui regardaient leur enfant dans l’incubateur. Tout ça m’a marqué.

« Cela fait 40 ans que je fais de la télévision en Italie. Je participe à l’émission Striscia la Notizia depuis sa création en 1988, sur Canale 5. Le 13 décembre 2021, je retourne d’ailleurs dans les studios de Canale 5 avec mon amie, Michelle Hunziker »

Ezio Greggio

Qu’avez-vous appris ?

J’ai appris que ces bébés ont une force incroyable. J’ai aussi appris qu’ils ne sont pas malades. Dans la plupart des cas, ils sont seulement trop petits. Il faut donc leur donner la chaleur, l’oxygène et l’alimentation, bref, leur offrir toutes les conditions nécessaires, comme s’ils étaient dans l’utérus de leur mère. Je me suis rapidement passionné pour cette question. J’ai fait la connaissance du professeur Rondini, un néonatologue italien. Il m’a dit : « Ezio, tu es très connu. Nous avons des besoins à combler. Si tu pouvais nous aider, ça serait formidable. » Il m’a expliqué que des enfants prématurés mourraient, faute d’incubateurs de transport pour les déplacer d’un hôpital à un autre. J’ai donc décidé de me lancer, et de créer mon association d’aide ici, à Monaco, en 1994.

Votre première décision avec votre association Ezio Greggio ?

J’ai commencé par m’impliquer dans l’achat d’incubateurs pour assurer le transport en toute sécurité des bébés prématurés. Nous avons aidé en priorité les villes et les hôpitaux qui en avaient le plus besoin. En cinq ou six ans, ce problème a été résolu en Italie. Nous avons aidé 70 hôpitaux italiens. Par souci de transparence, toute la liste des structures aidées peut être consultée sur mon site Internet www.eziogreggio.mc.

Comment vous financez votre association ?

À cette époque, dans les années 1990, j’étais en train d’écrire un livre qui s’est très bien vendu et qui a été un “top seller”. J’ai donc commencé à financer mon association en utilisant les droits d’auteur de ce livre. Nous avons aussi organisé des soirées caritatives en faveur des hôpitaux. De plus, nous avons également bénéficié de donations de personnes privées. J’ai aussi organisé des matches de football avec un groupe d’artistes et d’anciens joueurs de l’équipe nationale d’Italie. Il faut savoir qu’avec mon association, la totalité des dons est reversée pour l’achat de matériel médical. Il est très important pour moi que 100 % de l’argent récolté puisse réellement bénéficier aux hôpitaux qui en ont besoin.

Comment s’est développée votre association ?

Nous avons décidé de mener une activité d’aide à l’international. Nous avons ainsi pu aider l’Afrique, Madagascar, le Liban… À travers l’association les Amis du Liban de Monaco et Brunella Pastorelli, qui fait d’ailleurs aussi partie de mon association, nous avons envoyé beaucoup de vêtements. En ce moment, nous sommes en train d’envoyer 400 kg de médicaments vers le Liban, via La Croix de Malte.

Vous êtes né à Cossato, dans la province de Biella, en Italie, le 7 avril 1954 : vous avez toujours voulu être acteur ?

Très tôt, j’ai voulu être acteur. À Biella, il y avait un théâtre dans lequel les plus grandes compagnies venaient. J’étais tout le temps là. J’ai passé une partie de ma vie dans ce théâtre.

Le déclic s’est produit quand ?

Jean-Paul Belmondo (1933-2021) m’a donné envie de faire ce métier. En 1977, j’étais à l’école à Paris. Un jour, en passant devant le Sacré-Cœur, j’ai vu Belmondo en train de tourner un film. C’était L’Animal (1977) de Claude Zidi. J’ai passé la journée là. J’ai raconté cette histoire à Paul Belmondo, qui est un ami, et il m’a conseillé de raconter ça à son père. J’ai eu l’occasion d’évoquer ça avec Jean-Paul Belmondo. Ça l’a beaucoup fait rire, et il m’a dit : « Je suis très content d’être l’un des coupables qui t’a poussé à être acteur. »

« Avec mon association, j’ai commencé par m’impliquer dans l’achat d’incubateurs pour assurer le transport en toute sécurité des bébés prématurés. Nous avons aidé en priorité les villes et les hôpitaux qui en avaient le plus besoin. En cinq ou six ans, ce problème a été résolu en Italie »

Ezio Greggio

D’autres professionnels du cinéma vous ont donné envie de faire ce métier ?

J’aimais aussi beaucoup Totò (1898-1967), Peppino De Filippo (1903-1980)… Je n’ai pas eu la chance de pouvoir connaître Totò, mais j’ai pu passer beaucoup de temps avec Peppino De Filippo, qui était l’un de ses amis. J’ai aussi connu Alberto Sordi (1920-2003). Ensuite, j’ai commencé à faire de la télévision et des films. Au total, j’ai participé à plus de 40 films, que ce soit pour le cinéma ou la télévision.

Vous avez débuté comment ?

Comme j’étais dans une petite ville de province, j’ai pris ma valise, et j’ai voyagé. J’ai commencé par du cabaret. J’ai fait en quelque sorte « l’université du spectacle », dans des théâtres. Je suis d’ailleurs en train d’écrire un livre qui raconte mon parcours. Mon rêve, c’était d’aller à Hollywood. Et j’y suis arrivé. J’ai tourné cinq ou six films en Amérique. Je suis devenu ami avec le réalisateur américain Mel Brooks, avec qui j’ai tourné Dracula, mort et heureux de l’être (1995). J’étais aussi ami avec l’acteur américain Leslie Nielsen (1926-2010), qui est venu à mon festival du film, le Monte-Carlo Film Festival. Je suis aussi proche de John Landis, qui a été l’un des présidents de mon festival.

Quel genre d’enfant vous étiez ?

Quand j’étais enfant, j’étais passionné par le football. Je jouais à l’avant, avec le numéro 9, 10 ou 11. J’étais très technique, mais pas physique. La deuxième chose que j’adorais faire, c’était d’observer ce qu’il y a de drôle et d’amusant dans les situations de la vie de tous les jours. À cette époque-là, les Guignols de l’info, sur Canal+, n’existaient pas. Mais j’étais un fan des Guignols, sans les connaître. Par exemple, quand j’allais assister à un enterrement avec mes parents, je regardais les visages des gens, et l’idée d’un gag me venait immédiatement. À l’école, c’était la même chose. J’assistais à des situations très sérieuses, et je remarquais des détails, comme un professeur en train de parler, avec une mouche dans l’oreille. Mon travail est basé sur l’observation. Ensuite, je transforme la réalité en un gag.

Ezio Greggio interview Monaco
« J’ai commencé l’émission satirique Striscia la Notizia sur Canale 5 dès le début, en 1988. Canale 5 est une chaîne de télévision du groupe Mediaset, qui appartient à Silvio Berlusconi. Or, dans Striscia la Notizia, nous avons parlé de Berlusconi, comme de tous les autres hommes politiques. Il a été président du Conseil, donc on parlait de lui dans l’émission, tous les soirs. Il n’était vraiment pas content… » Ezio Greggio. Acteur, réalisateur, et animateur de télévision. © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« Jean-Paul Belmondo (1933-2021) m’a donné envie de faire ce métier. En 1977, j’étais à l’école à Paris. Un jour, en passant devant le Sacré-Cœur, j’ai vu Belmondo en train de tourner un film. C’était L’Animal (1977) de Claude Zidi. J’ai passé la journée là »

Ezio Greggio

Qu’est-ce qui a été décisif dans le succès de votre carrière ?

J’ai commencé par faire de toutes petites choses à la télévision à partir de 1972, sur Telebiella. À tel point que, pour me voir, mes parents devaient enregistrer l’émission et la regarder ensuite au ralenti. En octobre 1978, j’ai fait des apparitions sur la Raiuno dans l’émission comique, La Sberla. Puis en 1981 sur Raidue, dans une autre émission comique, Tutto compresse. Mais mes vrais débuts à la télévision, c’était en 1983, dans une émission qui s’appelait Drive In. Ce programme a changé l’histoire de la variété à la télévision italienne. Cette émission a commencé sur Canale 5. Il devait durer une saison, avec 12 émissions. Finalement, Drive In a duré cinq ans, et ça a été un des plus grands succès de la télévision italienne.

Et au cinéma ?

Au cinéma, j’ai débuté dans Sbamm ! (1980), de Francesco Abussi. Ce film a été présenté au festival du film de Nice, où j’ai pu rencontrer Alberto Sordi et Sophia Loren. Mais le film qui m’a fait vraiment connaître, c’est Yuppies – I giovani di successo (1986), de Carlo Vanzina.

C’est grâce à la télévision que vous avez pu faire du cinéma ?

Oui, même si j’ai fait Sbamm ! avant de faire Drive In, sur Canale 5. Cette comédie a obtenu des prix à Nice, à Naples, à Rome… Sbamm ! était un grand hommage aux films muets. Je suis un grand amoureux de Jacques Tati (1907-1982), et dans Sbamm ! on a reproduit certaines scènes de ce grand réalisateur français, avec notamment Les vacances de M. Hulot (1953).

À la télévision italienne, vous êtes aujourd’hui connu pour l’émission Striscia la Notizia, diffusée sur Canale 5, et que vous animez depuis 2004 avec Michelle Hunziker ?

J’ai commencé l’émission satirique Striscia la Notizia sur Canale 5 dès le début, en 1988. Canale 5 est une chaîne de télévision du groupe Mediaset, qui appartient à Silvio Berlusconi. Or, dans Striscia la Notizia, nous avons parlé de Berlusconi, comme de tous les autres hommes politiques. Il a été président du Conseil, donc on parlait de lui dans l’émission, tous les soirs. Il n’était vraiment pas content…

Qu’avez-vous fait ?

On a continué à parler de la vie politique de Berlusconi, du Milan AC, de sa vie privée, etc. C’est l’actualité qui dicte le contenu d’une émission comme Striscia la Notizia. Nous avons aussi montré dans des reportages très sérieux des arnaques liées à des banques par exemple. Les Italiens regardent en premier la version « officielle » des informations. Et après, ils regardent Striscia la Notizia, qui est diffusée du lundi au samedi, tous les soirs en direct. Comme c’était le cas en France, avec les Guignols de l’Info, sur Canal+. 

Comment expliquez-vous le succès et la longévité de cette émission satirique créée par Antonio Ricci en 1988, sur Italia 1 ?

On travaille à 150 % tous les jours. Il faut trouver les côtés amusants, satiriques ou touchants qu’il peut y avoir dans l’information. Nous nous intéressons aussi souvent à des sujets qui peuvent déranger certains politiciens, certaines organisations italiennes, ou certaines entreprises privées. Certains de nos correspondants ont d’ailleurs été frappés, et ils ont fini à l’hôpital.

Un exemple ?

Nous avons fait un reportage sur différents lieux où on vend de la drogue. Vittorio Brumotti, qui est animateur et champion de vélo trial, a risqué sa vie. Il a reçu des pierres et des morceaux de métal. Nous avons aussi montré la gare de Milan, qui est devenu un lieu de deal pour la drogue. Ce ne sont plus les forces de police qui ont le contrôle. Et nous sommes quand même allés sur place. Lorsque Vittorio Brumotti est allé à Palerme, dans une voiture blindée, on lui a tiré dessus deux ou trois fois.

« Quand j’allais assister à un enterrement avec mes parents, je regardais les visages des gens, et l’idée d’un gag me venait immédiatement. À l’école, c’était la même chose. […] Mon travail est basé sur l’observation. Ensuite, je transforme la réalité en un gag »

Ezio Greggio

Vous avez déjà subi des menaces ou des pressions ?

Tout le temps. Cela fait 28 ans que je suis résident à Monaco. Lorsque je suis arrivé, en 1993, c’était parce que déjà, à cette époque-là, on avait des problèmes. Je ne veux pas parler de tous les problèmes qu’on a eus, et que l’on a encore. Des problèmes liés à des menaces, des problèmes liés à des personnes qui nous attaquent avec leurs avocats parce qu’on a dérangé leurs intérêts… Mais, à ce jour, nous avons tout le temps gagné. J’espère qu’on pourra continuer à faire Striscia la Notizia, car c’est une voix pour la liberté qui est très forte en Italie.

Comment organisez-vous votre travail entre Monaco et Milan pour Striscia La Notizia ?

Pour Striscia La Notizia, je travaille trois mois en Italie, de décembre à début mars, à Milan. Le reste du temps, je suis à Monaco.

Que pensez-vous des critiques qui visent la présence de jeunes femmes légèrement vêtues, les Velines, dans votre émission, Striscia la Notizia ?

Les filles que l’on peut voir dans Striscia la Notizia sont ce que nous appelons des Velines. À l’origine, la Velina, c’est un papier transparent utilisé par les politiciens pour écrire ce qu’ils souhaiteraient voir écrit ou montré par les journalistes. Dans Striscia La Notizia, on a donc décidé de montrer la Velina en chair et en os. Elles sont incarnées par des jeunes femmes chargées de nous apporter les nouvelles. C’était un jeu très drôle, qui permettait de rappeler que Striscia la Notizia n’est pas une émission d’information classique, et que ça reste aussi du divertissement, et de la variété. Mais ces jeunes femmes qui dansent sont toutes de grandes professionnelles. Presque 80 % d’entre elles sont aujourd’hui animatrices à la télévision ou à la radio. Ou elles font de la publicité, du théâtre, pendant que d’autres ont ouvert des écoles de danse.

Le mouvement #MeToo concerne aussi Striscia la Notizia ?

Le phénomène #MeToo ne concerne pas Striscia la Notizia. Au contraire, nous avons toujours lancé des initiatives en faveur des femmes. On a travaillé dans ce sens-là. Les jeunes femmes que l’on voit dans Striscia La Notizia ne sont pas déshabillées : elles portent le costume traditionnel des émissions de variétés à la télévision italienne. Il n’y a jamais d’exagération, ni de voyeurisme.

Que ce soit à la télévision ou au cinéma, qu’a changé le mouvement #MeToo ?

Le mouvement #MeToo a fait changer beaucoup de choses. Mais je ne suis pas sûr que tout ait encore vraiment changé. En Italie, l’actrice et réalisatrice Asia Argento s’est beaucoup exprimée sur ce sujet.

Finalement, c’est plus facile de faire rire ou de faire pleurer ?

La comédie est l’un des genres les plus difficiles. Faire rire, c’est de la magie. C’est à chaque fois un miracle. Le réalisateur et acteur de cinéma américain, Peter Bogdanovich, qui a été président et jury de mon festival, a dit : « Faire rire, c’est l’une des choses les plus difficiles au monde. Pensez à la nature. Si on coupe un oignon, on pleure. Mais quel fruit ou quel légume fait rire ? Aucun. C’est impossible ! ».

Ezio Greggio interview Monaco
© Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« J’ai commencé par faire de toutes petites choses à la télévision à partir de 1972, sur Telebiella. À tel point que, pour me voir, mes parents devaient enregistrer l’émission et la regarder ensuite au ralenti »

Ezio Greggio

Que pensez-vous des émissions de télé-réalité, qui inondent les télévisions, essentiellement depuis le début des années 2000 ?

Je déteste les émissions de télé-réalité. En Italie, on appelle les participants à ces émissions les « morto di fame » [les morts de faim — NDLR]. Pour faire de la télévision, ces gens sont prêts à faire n’importe quoi. Mais ce ne sont pas des professionnels. Ils n’ont aucun talent. Ils ont seulement la volonté de faire de la télévision. Et ils sont prêts à tout pour y parvenir.

Depuis 1988 et les débuts de Striscia la Notizia, comment a évolué la façon de rire à la télévision ?

Il y a des mécanismes liés au rire qui restent les mêmes. Mais la société a changé. Si on raconte une histoire qui concerne la vie politique, économique ou sociale de l’Italie ou de la France d’aujourd’hui, c’est complètement différent de ce que racontaient Alberto Sordi ou Fernandel (1903-1971) dans les années 1940 à 1970, par exemple. La façon de rire a changé. Le rythme est très important, tout comme le sujet abordé.

Les réseaux sociaux ont aussi changé la manière de faire rire, et même de rire ?

Les réseaux sociaux ont aussi complètement changé les habitudes. Désormais, les jeunes regardent des vidéos sur les réseaux sociaux, et après 10 ou 12 secondes, ils passent à autre chose. Ça, c’est compliqué. Les jeunes regardent des films sur un smartphone ou sur un iPad. C’est terrible, car un film doit être vu en priorité au cinéma. Un film, c’est de l’interprétation, c’est un scénario, c’est de la lumière, c’est du son, c’est de l’image, c’est un très grand écran… Alors, bien sûr, aujourd’hui, on peut aussi avoir un grand écran à la maison. Mais on va perdre la subtilité du travail qui a été réalisé pour le cinéma.

Pourquoi ?

Parce qu’une projection au cinéma apporte plus que le visionnage d’un film sur un téléviseur. Vittorio Storaro, qui est l’un des plus grands directeurs de la photographie au monde, est venu faire une conférence sur la lumière à l’université de Monaco. Au départ, cela devait durer 45 minutes, et on est resté 2h30. Tout le monde, tous les jeunes étaient enthousiastes. Vittorio Storaro a expliqué ce qu’est le travail de la lumière. C’est la lumière qui détermine la qualité d’une réalisation, que ce soit un tableau réalisé par un peintre, ou un film. C’est ça le cinéma.

Ezio Greggio interview Monaco
© Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« Dans Striscia la Notizia, nous nous intéressons souvent à des sujets qui peuvent déranger certains politiciens, certaines organisations italiennes, ou certaines entreprises privées. Certains de nos correspondants ont d’ailleurs été frappés, et ils ont fini à l’hôpital »

Ezio Greggio

En 1995, vous avez tourné dans Dracula mort et heureux de l’être du réalisateur américain Mel Brooks, aux côtés de Leslie Nielsen : comment avez-vous rencontré Mel Brooks ?

Mel Brooks est un grand ami. Actuellement, il travaille sur un livre All about me, dans lequel il raconte son parcours. Mel Brooks est quelqu’un d’extraordinaire, comme les personnages de ses films. Je l’ai rencontré il y a une trentaine d’années, alors que j’étais à Los Angeles. Une attachée de presse de la 20th Century Fox m’avait dit que je lui rappelais l’un de ses amis, Mel Brooks. Elle m’avait lancé : « Tu es la version italienne de Mel Brooks, parce que tu vois le monde d’une façon comique et satirique. » Elle m’a alors proposé de me le présenter.

Comment s’est passée la première rencontre avec Mel Brooks ?

Mel Brooks aime beaucoup l’Italie, car sa femme s’appelait Anna Maria Louisa Italiano (1931-2005), et elle était d’origine italienne, de Salerne, près de Naples. Quand j’ai rencontré Mel Brooks pour la première fois, en 1985, j’ai fait un petit show pour lui. À la fin, il m’a demandé de m’asseoir dans le fauteuil de son bureau. Il est sorti, puis il est revenu, et il a joué la même scène. C’est de là qu’a commencé notre amitié.

En 2000, vous avez joué dans Y a-t-il un flic pour sauver l’humanité ? d’Allan A. Goldstein, toujours avec l’acteur canadien naturalisé américain, Leslie Nielsen (1926-2010) : Leslie Nielsen était quel genre d’acteur et d’homme ?

J’ai rencontré Leslie Nielsen par l’intermédiaire d’amis communs. J’avais une agent qui était amie avec lui. Ensuite, j’ai travaillé avec Leslie Nielsen au Canada, dans un film où j’étais aussi le co-producteur pour l’Italie, et qui s’appelle Y a-t-il un flic pour sauver l’humanité ?. Ophélie Winter joue aussi dans ce film. Toujours avec Leslie Nielsen, j’ai aussi fait un caméo dans Dracula mort et heureux de l’être (1995), alors qu’il interprétait le rôle de Dracula. Leslie Nielsen était quelqu’un de très drôle. Dans la vie réelle, il était pareil : il faisait continuellement des blagues.

Pourquoi rester dans le registre de l’humour et ne pas interpréter davantage de rôles dramatiques ?

En 2020, j’ai fait Lockdown all’italiana, une comédie qui comporte aussi des moments très touchants. En ce moment, je suis en train d’écrire un scénario. Je pense que ça sera le plus beau film que j’ai fait. Il s’agit d’une comédie très dramatique, dans la tradition d’Ettore Scola (1931-2016), de Mario Monicelli (1915-2010), ou de Dino Risi (1916-2008), que j’espère tourner en 2022. Son titre provisoire, c’est La Scelta [Le Choix — NDLR]. Je l’ai écrit avec un grand scénariste et réalisateur italien, Giovanni Veronesi. L’autre scénariste avec qui je travaille, c’est Filippo Bologna, qui est l’un des scénaristes de Perfetti sconosciuti (2016), de Paolo Genovese. Perfetti sconosciuti est un film qui a eu un énorme succès : il a engendré 18 “remakes”, ce qui est un record dans l’histoire du cinéma.

Ezio Greggio interview Monaco
« J’ai tourné cinq ou six films en Amérique. Je suis devenu ami avec le réalisateur américain Mel Brooks, avec qui j’ai tourné Dracula, mort et heureux de l’être (1995). J’étais aussi ami avec l’acteur américain Leslie Nielsen (1926-2010), qui est venu à mon festival du film, le Monte-Carlo Film Festival. Je suis également proche de John Landis. » Ezio Greggio. Acteur, réalisateur, et animateur de télévision. © Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo.

« Je suis en train d’écrire un scénario. Je pense que ça sera le plus beau film que j’ai fait. Il s’agit d’une comédie très dramatique, dans la tradition d’Ettore Scola (1931-2016), de Mario Monicelli (1915-2010), ou de Dino Risi (1916-2008), que j’espère tourner en 2022. Son titre provisoire, c’est La Scelta »

Ezio Greggio

De quoi parle votre film ?

J’ai acheté les droits d’un livre, dont l’histoire se passe à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit d’une comédie dramatique. Si mon ami Mario Monicelli était encore en vie, je pense qu’il serait très content de faire partie de ce projet.

Vous avez d’autres projets pour 2022 ?

Je travaille aussi sur un autre scénario avec Pupi Avati. C’est avec lui que j’ai fait le film le plus dramatique de ma carrière, Il papà di Giovanna (2008), avec lequel j’ai gagné beaucoup de prix. En 2022, je vais donc probablement faire un autre film dramatique avec Pupi Avati.

Aujourd’hui, quand vous regardez votre parcours, de quoi êtes-vous le plus fier ?

Ce qui me rend le plus fier, c’est mon association Ezio Greggio, car j’ai utilisé ma popularité pour venir en aide aux enfants. Les grands acteurs comiques, comme Totò, ont toujours eu un rapport privilégié avec les enfants. Pouvoir aider ces enfants qui ne peuvent pas se défendre, c’est un grand succès pour moi. Le président de la société italienne de néonatologie, Fabio Mosca, a indiqué que 18 000 enfants ont été sauvés grâce aux incubateurs que mon association a financés en Italie. Bien sûr, en parallèle, j’ai gagné beaucoup de prix, que ce soit à la télévision ou au cinéma. Je suis très content d’avoir travaillé avec Alberto Sordi, Mel Brooks, Leslie Nielsen, Martin Balsam (1919-1996), Joanna Pacula, Billy Zane, Shelley Winters (1920-2006)… Ça, c’est fantastique. Dans mon film Il silenzio dei prosciutti (1994), j’ai eu comme acteurs John Landis, John Carpenter, Joe Dante… Mais quand je pense que j’ai 18 000 petits-enfants en Italie… C’est plus fort que tout. C’est ça le plus important.

Vidéo : notre interview d’Ezio Greggio à Monaco

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Monaco Hebdo